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19/05/2016

Polémique sur les programmes d'histoire, les raccourcis de Dimitri Casali

 Polémique sur les programmes d'histoire, les raccourcis de Dimitri Casali

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Dimitri Casali s'est fait connaître depuis quelques années en s'élevant face aux nouveaux programmes d'histoire qui conduiraient à un oubli de nos grandes figures historiques. Il y a quelques années il publiait un article sur le Figaro « Ce que nos enfants n'apprennent plus au collège ». Ce titre tapageur chapeaute un développement à charge contre les programmes entrés en vigueur en 2008 alors que Xavier Darcos était Ministre de l'Education Nationale de Nicolas Sarkozy. C'est donc un débat un peu ancien, mais qui risque de revenir sur le tapis avec la publication des nouveaux programmes de collège à partir de la rentrée 2016.

L'article n'y va pas avec le dos de la cuillère « Le saviez-vous ? Clovis, Saint Louis ou François I er , mais aussi Henri IV, Louis XIV ou Napoléon ne sont plus étudiés dans les collèges français ! Rayés des programmes ou relégués en option. Raison invoquée par l'Education nationale: il faut consacrer du temps, entre la sixième et la cinquième, à «l'enseignement des civilisations extra-européennes», de l'empire du Mali à la Chine des Hans. »

Tout dans ce développement est faux. Les grandes figures de l'histoire de France ne sont pas « rayés des programmes ou relégués en option », elles sont replacées dans des études thématiques (ou chrono-thématiques), ce qui est différent. Une lecture claire des Bulletins Officiels permet d'ailleurs de se faire une idée assez juste de la réalité.

En 5eme, les rois capétiens sont replacés dans l'émergence de l'Etat en France :

« La France est le cadre privilégié de l’étude. Celle-ci est conduite à partir d’exemples au choix :

- de personnages significatifs de la construction de l’État en France :

Philippe Auguste, Blanche de Castille, Philippe IV le Bel et Guillaume de Nogaret, Charles VII et Jeanne d’Arc, Louis XI…), ou

- d’événements significatifs de l’affirmation de l’État (la bataille de Bouvines, le procès des Templiers, le sacre de Charles VII…).

A la fin de l’étude, les élèves découvrent une carte des principales monarchies de l’Europe à la fin du XVe siècle. »

Quant à Louis XIV, il est étudié dans le cadre de l'émergence du « roi absolu » :

« L’étude qui est conduite à partir d’exemples au choix:

- de la vie et l’action d’un souverain

- d’un événement significatif

Le château de Versailles et la cour sous Louis XIV, et une œuvre littéraire ou artistique de son règne au choix sont étudiés pour donner quelques images du « roi absolu » et de son rôle dans l’État. »

Au final, les connaissances suivantes sont attendues pour les élèves :

« 1661-1715 : le règne personnel de Louis XIV

Raconter une journée de Louis XIV à Versailles révélatrice du pouvoir du roi »

Autre exemple en 4eme sur la période révolutionnaire :

« On renonce à un récit continu des événements de la Révolution et de l’Empire ; l’étude se concentre sur un petit nombre d’événements et de grandes figures à l’aide d’images au choix pour mettre en évidence les ruptures avec l’ordre ancien. »

L'élève doit d'ailleurs être capable de connaître et de restituer les repères suivants :

« Le Consulat et l’Empire : 1799 – 1815. Napoléon Ier, empereur des Français : 1804 »

Alors certes, on étudie plus Clovis, ni même Saint Louis, mais l'idée est surtout de positionner les personnages dans un contexte, ce qui ne semble pas tellement saugrenu, l'histoire n'étant pas une succession de biographies de rois et de princes... Je pourrais poursuivre sur d'autres points du programme, mais ces quelques exemples suffisent à se convaincre des propos excessifs de Dimitri Casali, de leur caractère très largement polémique et surtout de l'absence de volonté du spectre des droites d'envisager les programmes avec un prisme autre que la « destruction des savoirs ». L'histoire est une matière qui a beaucoup changé, en particulier sous l'impulsion de l'école des Annales, et la chronologie « bête et méchante » n'est effectivement plus à l'ordre du jour. Cela ne signifie pas qu'elle a disparu, les élèves ont des repères chronologiques à savoir pour le Brevet dont voici la liste ICI . Je doute que tous ceux qui passent leur temps à critiquer les programmes scolaires ou qui glosent sur « la perte des savoirs » les connaissent tous... 39 sur 54 concernent d'ailleurs de près ou de loin la France et en intégrant Alésia, la paix romaine et la diffusion du christianisme, on arriverait même à 42 sur 54. Aucun des thèmes vilipendés (L'empire du Mali, la Chine des Han ou la Révolution et les femmes par exemple) ne fait l'objet de repères chronologiques obligatoires.

De plus, en ce qui concerne les civilisations extra-européennes, là aussi, sachons raison garder. En 5eme l'empire africain choisi doit être traité, à l'instar de la Chine des Han en 6eme, pendant 10% du temps. Soit environ 3h. Surtout ce qu'une lecture de cette accroche outrancière ne laisse pas transparaître, c'est que l'étude de l'empire africain va de paire avec une étude de la traite musulmane et permet donc aux élèves de replacer la traite dans le temps long et non de la limiter aux seuls Européens. Quant à la Chine, le thème permet de travailler sur la route de la soie avec l'empire romain et de proposer aux élèves de découvrir quelques inventions (comme la boussole, le gouvernail d'étambot ou le papier). J'ai du mal à voir en quoi l'étude des routes commerciales, de l'esclavage musulman et de l'invention du papier seraient un « scandale pédagogique et culturel »...

Ce que traduit surtout la logique du choix des thèmes dans les programmes, c'est la liberté pédagogique des enseignants. Ce qui est plutôt une bonne chose de prime abord. Et ce qui peut éventuellement poser problème, ce n'est pas que les grands personnages historiques seraient menacés mais qu'une enseignante hystériquement féministe profite de cette liberté pour choisir « Les femmes et la Révolution » et faire un lavage de cerveau quelconque à ces élèves, sortant non seulement de son droit de réserve mais rompant également avec l'égalité républicaine. L'histoire de France n'est d'ailleurs pas délaissée, mais elle est surtout centrée sur la République en 4eme et en 3eme. Ajoutons enfin que le christianisme est très largement étudié par exemple en 6eme où il est abordé sur deux thèmes pour un total de 7 heures. Le programme de 5eme laisse une très grande place au christianisme et à son évolution (l'Eglise au Moyen Âge, le caractère sacré du roi capétien, les croisades, la Renaissance, les guerres de religion et le roi absolu) puis est abordé en 4eme en lien avec les mutations philosophiques, politiques et sociales via les Lumières, l'encyclique Rerum Novarum ou même la séparation des Eglises et de l'Etat... Au final en plus de l'histoire politique de la France, c'est surement l'histoire du christianisme qui est la plus abordée dans les programmes. D'ailleurs si Casali s'insurge sur l'absence des grands personnages, il ferait mieux de plutôt s'interroger sur le fait que les programmes focalisent essentiellement sur l'Etat en ce qui concerne la France et n'abordent pas vraiment le peuple Français lui-même.

Alors bien sur tout n'est pas à jeter dans cet article et celui-ci pose des questions légitimes. Par exemple le saupoudrage et l'éparpillement sont un risque non négligeable, de même que l'étalement chronologique considérable de ces programmes (de L'Orient ancien aux empires chrétiens du Haut Moyen Âge en 6eme soit environ 3500 ans !) mais en réalité si Dimitri Casali s'insurge contre une histoire de France qui serait amputée c'est pour mieux favoriser … l'intégration. La défense d'une histoire commune, vieille chimère républicaine, plutôt que d'une histoire plurielle (passion post-moderniste) démontre surtout un débat interne à ceux pour qui la préoccupation est d'abord et avant tout le destin des « minorités » au sein de la France. Il est certain que ce ne sont pas trois heures sur l'Afrique dont au moins une heure sur la traite islamique qui permettront aux Français de fraîche date de se sentir appartenir à la communauté nationale... Mais ce n'est pas plus une histoire relatant les batailles épiques qui produira ce résultat, tout simplement parce que le communautarisme est alimenté d'abord et avant tout par la démographie et qu'il est impossible d'assimiler des groupes culturels différents et structurés en pleine croissance. Ce n'est certainement pas l'école qui y parviendra... D'ailleurs Dimitri Casali commet une erreur en confondant l'intégration et l'assimilation dans son propos. L'intégration se fait par le respect des lois de la collectivité alors que l'assimilation conduit à un dépouillement complet de son passif ethno-culturel au profit d'un autre.

Au final, si les préoccupations envers les programmes sont légitimes, il faut se méfier des propos trop définitifs à ce sujet et ne pas oublier que l'enseignement d'une matière dépend également beaucoup de l'enseignant qui s'en charge... Les nouveaux programmes d'histoire feront l'objet d'un article pour vous aider à y voir plus clair et pour vous proposer une approche plus nuancée face aux polémistes professionnels.

Jean/C.N.C.

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17/05/2016

La Révolution sera verte ! ou le salut par la terre : Perspectives

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La Révolution sera verte ! ou le salut par la terre

Perspectives (2ème partie)

Notre premier article avait pour but de présenter plusieurs modèles actuels -notamment Cuba-pouvant nous apporter quelques clés sur les bienfaits apportés par un retour à la terre dans une optique révolutionnaire (par rapport aux chimères de la production-consommation mondialiste actuelle). Cette seconde partie présentera plusieurs idées susceptibles de concourir à une réflexion sur le besoin impérieux d'une Révolution verte dans un pays comme la France. Il va sans dire que les pistes de réflexion qui suivent ne prétendent pas apporter la solution à tous les maux dont nous souffrons.

Indépendance et nouveau modèle

En premier lieu, nous avions souligné à quel point le renouveau dans la manière de cultiver (l'agriculture urbaine, dont le développement apparaît essentiel dans notre époque d'urbanisation à outrance) et la recherche de la qualité semblaient fondamentales. Nous devons nous adapter à un monde qui a changé. En effet, l'agriculture n'est plus ce qu'elle a toujours été... Cela fait des décennies que les manières de produire et de consommer ont été cadrées par une course effrénée au rendement, au profit, au business. On a industrialisé l'agriculture comme pour mieux la vider de son essence. L'agriculteur actuel est pris à la gorge par une cohorte de parasites mondialistes (UE, Monsanto etc) qui n'ont comme seul dessein que de l'asservir dans des buts marchands où toute morale est absente. Résultat : le suicide de tant de ces travailleurs de la terre dont le nombre ne cesse de décroître avec les années (environ 900.000 aujourd'hui alors qu'ils étaient encore 4 millions il y a 50 ans). Le constat est tristement simple : aujourd'hui, tout est maltraité, trafiqué, transformé, empoisonné, nié : la terre, les graines, les animaux, les hommes.

Pour nous, il est donc urgent de repenser le mode (mais surtout la manière) de production afin de nous affranchir au plus vite de la tutelle mortifère que le Système nous impose également sur ce sujet primordial. Il en va de notre survie. Le XXIe siècle sera celui de la surpopulation démentielle -il l'est déjà- mais nous n'avons encore rien vu. Les Européens doivent retourner à la terre s'ils veulent perdurer et ne pas laisser les rennes de leur destin à ceux qui veulent les voir crever (par idéologie ou profit).

Les modèles présentés dans la première partie de l'article montrent que tout est encore possible. Cuba, grâce à ses centaines de milliers d'exploitations agricoles urbaines (crées en seulement 20 ans!) est en route vers l'autonomie alimentaire ! Face aux dangers actuels et futurs, un Etat sage serait celui qui chercherait à s'affranchir de la tutelle mondialiste des marchés et à recouvrer son autonomie, donc sa souveraineté. Ceci est une évidence.

Afin de faire face à toutes sortes de problèmes liés aux approvisionnements et pour ne plus dépendre de la grande distribution (la seule à proposer, aujourd'hui, des réserves de nourriture pour quelques jours), on a vu comment des villes telles que Lisbonne ont entamé des programmes d'indépendance alimentaire. Si toutes les villes d'importance sont capables de subvenir, elles-mêmes, aux besoins de leurs habitants et si elles peuvent en outre réagir rapidement à tout souci alimentaire non prévu, le pari est gagné : elles sont autonomes. Et si elles le sont, c'est parce qu'inévitablement, elles ont favorisé la production (et donc la consommation) locale. Elles ont fait travailler leurs terres et donc leur région. Ville et campagne deviennent complémentaires et non antagonistes. Le lien est rebâti.

Quels gains pour la société ?

Le retour à la terre est un projet révolutionnaire par son aspect éminemment inactuel. Ne vivons-nous pas en une époque où l'on considère peu ou mal l'agriculteur, son travail, son mode de vie ? Ne raille-t-on pas le « bouseux », le « ringard », l' « arriéré » entre une collation au Starbucks et un tweet sur la dernière émission de Hanouna ? La politique agricole de la France et ceux qui la mènent (ou la soutiennent) nous confirment bien cette impression. Et tous les zombies du Système également. Allez demander à un « homo festivus » ce qu'il en pense de la terre et de l'agriculture. Vous serez servis...

Cette haine de la terre et, finalement, de tout ce qu'elle représente (le lien avec la nature, la vie, les racines...) a participé au meurtre des sociétés traditionnelles ou de ce qu'il en restait. L'homme de l'époque de la Révolution industrielle a quitté la terre, le village et la communauté pour aller travailler dans des villes grises où il a perdu, peu à peu, son âme. Lui et les générations qui ont suivi ont été gagnés par toutes les tares du monde moderne : perte d'identité et de toute spiritualité, individualisme, parasitisme... Pour imager et simplifier, on pourrait dire que nos sociétés doivent devenir plus vertes et moins grises (le gris représentant ici à merveille le monde libéral et cosmopolite).

Plus de trois quarts des français vivant en ville, il est impérieux qu'ils soient les cibles de la Révolution verte... d'où l'agriculture urbaine qui présente, en plus de tout ce que l'on a évoqué plus haut, un bon nombre de perspectives intéressantes :

  1. Tout le monde peut, en principe, participer. Jeunes et moins jeunes ; chômeurs, « actifs » ou retraités... Par ce biais, les gens peuvent, grâce au travail commun, se connaître, se côtoyer, recréer des liens, s'entraider. Voilà un bon moyen pour lutter contre l'hyper-individualisme qui a pourri la vie de nos « sociétés » qui n'en sont plus réellement. Nous sommes arrivés à une situation si critique d'atomisation du corps social qu'il faut urgemment penser aux manières de recréer de la communauté. Travailler la terre peut, en conséquence, permettre un certain réenracinement pour bien des personnes.

  2. L'adage dit qu'il n'y a de richesse que d'hommes... Effectivement, des bras, nous n'en manquons pas ! Chômeurs, retraités ou bonnes volontés peuvent servir un objectif commun. Et que dire des millions d'assistés ne faisant strictement rien et dégénérant de génération en génération ? On pourrait enfin les mettre au travail et les revaloriser en tant que personnes et en tant que membres de la communauté. On les soustrait à la télé et on les oblige à donner, chaque semaine, un peu de leur temps pour cultiver dans leur quartier ou dans leur ville. Finies les aides sans contrepartie qui tombent de la naissance à la mort ! Tu veux être aidé ? D'accord, mais tu fais ta part du boulot et tu cesses d'être un parasite pour tout le monde. En plus, tu pourras bénéficier du fruit de ton travail en nature. Cela t'aidera à sortir de ta totale dépendance vis à vis de l'Etat. N'oublions pas non plus que l'oisiveté est la mère de tous les vices. Il faut donc réoccuper des millions de personnes. Là encore, la terre nous semble être un moyen des plus sains pour faire sortir de l'impasse une partie de notre population. La richesse qui sera créée à cette occasion sera multiforme : personnelle, communautaire, nationale.

  3. Dans une époque de technique, il serait stupide de la rejeter. Si elle est bien utilisée, elle permettra des innovations dans les cultures, une meilleure production, une augmentation de la qualité et des pratiques. Les gens qui travailleront ensemble apprendront les uns des autres. Assistés de quelques spécialistes (comme à Cuba), des cultivateurs novices peuvent rapidement faire des merveilles.

  4. Les possibilités sont, pour ainsi dire, infinies. Les villes ont des tas de terres inutilisées ou pouvant être valorisées par une activité agricole. Nous renvoyons une fois encore à notre premier article. Cultiver permet de se réapproprier l'espace proche et de ne plus être un étranger dans son propre environnement.

  1. Il convient de choisir un système d'exploitation qui bénéficie d'abord à ceux qui travaillent la terre (paiement du travail en nature, constitution de coopératives...). Cependant, les gens des alentours doivent pouvoir venir se ravitailler à bas coût en produits de qualité. L'argent ainsi récolté pourra permettre d'amortir les coûts mais aussi d'innover si besoin est.

  2. Le changement apporté pourrait modifier en profondeur les habitudes et les modes de vie urbains. Il permettra aux jeunes et aux générations suivantes de ne plus être coupés de la terre nourricière et de pouvoir se débrouiller seuls grâce à ce qu'ils auront appris.

Beaucoup de modalités seraient à discuter mais les quelques pistes que nous présentons méritent, selon nous, réflexion. Elles peuvent être retravaillées, corrigées et complétées.

Il y a cependant fort à parier que des initiatives telles que celles que nous avons présentées vont continuer à se développer partout en Europe. Il ne faut pas laisser à nos ennemis le bénéfice de monopoliser la question. Nous devons y réfléchir mais également agir quand il le faut et ne pas hésiter à soutenir et participer aux initiatives de bon sens. Le sujet traité ici bouleverse les clivages politiques et peut plaire à tout le monde. Ce type de projet est des plus rassembleurs... cela tombe bien, c'est une des clefs pour bâtir un futur meilleur pour notre peuple !

Rüdiger et Ann / C.N.C.

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16/05/2016

Haro sur la liberté éducative !

 Haro sur la liberté éducative !

école maison.jpgEric Ciotti, député du parti « Les Républicains » à l'Assemblée Nationale et président du département des Alpes-Maritimes a soumis avec d'autres députés une proposition de loi visant « à renforcer l’encadrement des établissements privés hors contrat et à limiter les possibilités de dérogation à l’obligation scolaire ». En clair, Eric Ciotti souhaite renforcer le contrôle des établissements hors contrats et conduire à une interdiction progressive de l'école à la maison. Les autres députés signataires font pour la plupart parti de la « Droite forte », une branche du parti « Les Républicains » qui souhaite avoir un discours plus musclé sur les « valeurs » et la « sécurité » pour berner les électeurs français et les détourner du vote Front National.

Les motifs invoqués dans la proposition de loi sont clairs : « la déscolarisation d’un nombre croissant d’enfants, surtout des filles, pour des motifs d’ordre essentiellement religieux d’une part, et la multiplication d’écoles privées hors contrat prônant un islam radical, d’autre part. » Cette proposition de loi viserai donc à contrôler la propagation de l'islam dit radical sur notre territoire.

Rendez-vous compte, toujours selon la proposition de loi, il y aurait en France 300 établissements hors contrats confessionnels (non précisés) pour 1300 établissements au total, soit 23%, et 4 000 à 5 000 élèves dans des écoles hors contrats musulmanes sur 56000 élèves au total soit entre 7,1% et 8,9% ...

Mais ce n'est pas tout « le second objet de cette proposition de loi est de limiter les possibilités de dérogation à l’obligation scolaire.

En 2010-2011, en France, 18 818 enfants étaient instruits à domicile, dont 5 063 en dehors d’une inscription réglementée au Centre national d’enseignement à distance (Cned). Cela représente une augmentation de 54,6 % en trois ans. »

Là aussi le motif invoqué est la crainte de voir de plus en plus d'enfants scolarisés dans la famille pour échapper à une école qui dispense les « valeurs de la République » au profit d'un embrigadement politique ou religieux.

C'est donc toujours au nom d'une minorité de musulmans vivant en France « hors la France » qu'on se propose de restreindre la liberté de la majorité des Français. Qu'en sera-t-il des autorités chargées comme en Alsace et en Moselle de délivrer les autorisations lorsque des catholiques souhaiteront ouvrir une école hors contrat pour faire échapper légitimement leurs enfants à l'embrigadement post-moderniste de la théorie du genre par exemple ? Vont-elles bloquer les écoles catholiques au principe que celles-ci s'opposeraient aux « valeurs de la République » qui sont régulièrement modifiées par la gauche au gré de ses lubies ?

L'augmentation de 54,6% des scolarisations à domicile hors CNED ne viennent-elles pas plutôt de la crainte des parents de voir leurs enfants confrontés à des programmes idéologiques et à une violence scolaire de plus en plus forte (harcèlement, racket, « bolossage », etc...) plutôt qu'à un renforcement de l'islamisme ? De plus en plus de parents se tournent en effet vers les établissements privés sous-contrats, les établissements privés hors contrat ou l'école à la maison. La politique laxiste, démagogique et anxiogène de Mme Vallaud-Belkacem y est sûrement pour beaucoup plus que la progression de l'islam « radical ». Progression qui est d'ailleurs massive au sein même du système scolaire public sans qu'aucune solution ne soit proposée aux enseignants, derniers remparts de la République, pour empêcher les dérives lors de l'adolescence.

Les tentations autoritaires et sécuritaires du LRPS au prétexte de la menace islamiste se multiplient : prolongation de l'Etat d'urgence, interdiction des manifestations, couvre-feu, arrestations arbitraires sans lien avec le terrorisme, contrôle d'internet, usage du 49-3, usage abusif de décrets pour imposer la réforme du collège et désormais volonté d'aller en l'encontre de la liberté éducative.

La droite emboîte le pas à une gauche liberticide et à un souhait déjà exprimé par Najat Vallaud-Belkacem qui n'aime pas l'enseignement privé, qu'il soit sous contrat ou non, d'ailleurs et qui souhaite réintégrer de force les enfants scolarisés dans le cadre familial.

Une politique volontariste d'expulsion du territoire national des salafistes et des Frères Musulmans, organisation interdite dans de nombreux pays, serait par exemple une politique bien plus efficace à même de protéger nos enfants et nos concitoyens sans entamer une énième fois les libertés chèrement acquises par le peuple Français. Cela ne fait que démontrer une fois de plus que l'immigration menace nos libertés et que trop de liberté à l'extérieur conduit à moins de liberté à l'intérieur. Pour les Français c'est la double peine systématique : on leur impose une immigration dont ils ne veulent pas, puis on réduit leurs droits à cause des effets de cette immigration.

Jean/C.N.C.

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12/05/2016

La puissance russe en question

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 La puissance russe en question

Je publiais l'année dernière un article quasi définitif intitulé « le 9 mai de la honte ? » où je faisais une mise au point sur l'insupportable russôlatrie soviétoïde du camp national. Cette année les commentaires m'ont semblé un peu moins sombrer dans l'absurde si l'on excepte la saillie d'Oscar Freysinger : « Au moment où Hitler envahit l'URSS, Staline n'en appelle pas à l'idéologie, il en appelle au patriotisme et à la spiritualité. Je ne suis pas là pour fêter les communistes. Je suis là pour fêter cet esprit millénaire, cette force spirituelle qui a permis à la Russie de vaincre les nazis. Prétendre que c'est les Américains qui ont provoqué le tournant de la guerre — non. »

Il va de soi que le principal effort de guerre fut soviétique, mais moyennant un soutien logistique des Alliés, pour le reste, le caractère révisionniste et caricatural de cette sortie est tellement limpide qu'un commentaire ne me semble pas nécessaire...

Aussi, quelle ne fut pas ma stupéfaction lors de ce 71ème anniversaire de voir à nouveau des bouts de chou hauts comme trois pommes affublés de costumes de l'Armée Rouge et de décorations militaires. Sans oublier le traditionnel symbole soviétique composé d'une faucille et d'un marteau sous fond d'étoile rouge sur leur petits bérets... Alors certes, la Russie ne refera jamais l'histoire, c'est bel et bien sous un régime communiste que celle-ci a empêché le Reich de la dominer. Mais il existe une différence de fond entre célébrer le sacrifice d'un peuple et encenser un régime totalitaire comme cela semble souvent le cas. Est-ce qu'en France, célébrer Bouvines revient dans le même temps à célébrer la monarchie capétienne de droit divin ? Certainement pas ! Nous avons une histoire et un héritage, cela fait partie de nous, mais nous savons aussi faire un « inventaire » de notre histoire, contextualiser et en un mot, faire preuve de discernement. La Russie poutinienne en est incapable.

Incapable car tous les apparatchiks du régime poutinien sont issus de l'ex URSS, en partie du KGB/FSB et de l'Etat profond soviétique. Ils ont été façonnés par cet environnement soviético-patriotique où il est impossible d'apporter une lecture critique – réfléchir c'est déjà désobéir -, choses dont sont capables, parfois jusqu’à l'excès d'ailleurs, les Occidentaux. Dans le champs politique, un mouvement comme Casapound n'hésite pas, par exemple, à expliquer qu'il est en capacité de proposer un fascisme revu, épuré de ce qui lui a semblé mauvais ou d'inefficace et de préférer incarner « l'esprit » que la lettre... Il en serait de même pour l'Action Française, qui ne reprend pas telles quelles les théories de Maurras ou autre Daudet pour proposer une monarchie du XXIeme siècle. Mais en Russie, on fonctionne allègrement sur le révisionnisme historique, les cérémonies emphatiques confinant au grotesque et un univers mental bloqué en 1980. Le pouvoir russe a une incapacité à innover, à se projeter, à incarner une avant-garde. L'oligarchie au pourvoir en Russie est en grande partie incapable de penser hors de son schéma mafieux post-communiste d'économie de prédation énergétique.

Si la Russie poutinienne plaît tant aux droitards et aux cocardiers, c'est parce qu'elle incarne une conception obsolète de la puissance. Une conception dans la droite ligne de nos anciens qui étaient attachés à l'empire colonial quand celui-ci s'effritait année après année. Et cette fascination pour la Russie, de même que l'image qu'elle projette, est un prétexte tout trouvé pour réfléchir en quelques lignes à la puissance.

En effet, à l'heure où Google apparaît de plus en plus comme une véritable puissance mondiale, on ne peut plus nous recycler les théories sur « le nomos de la terre » et le « heartland » du début du XXème siècle. Théories qui n'étaient d'ailleurs déjà pas valables lorsqu'elles ont été écrites en raison des débuts de l'aviation et de l'ère nucléaire et satellitaire à venir. Si la Russie nous séduit peu et si sa propagande grandiloquente en matière de commémoration nous paraît ridicule c'est parce que l'image qu'elle manifeste de la puissance est totalement datée. Loin de moi l'idée de sombrer dans une logorrhée progressiste digne des pires canards du politiquement correct. Il s'agit d'une analyse froide, d'une critique positive. Il n'est pas étonnant que les « anciens » de notre environnement politique soient fascinés par la puissance russe, car elle incarne et symbolise une certaine forme de puissance qui fonctionnait encore au XXème siècle avant le tournant néo-libéral et globalisé des années 80/90. Mais pour nous autres, elle est le symbole d'un monde et d'une approche de la puissance qui ne convient pas à l'ère post-moderne et qu'une crise pétrolière suffirait à mettre au tapis.

L'empire britannique fonctionnait déjà au XIXème siècle sur un modèle de puissance très pertinent. La fameuse « thalassocratie » n'était pas un quadrillage systématique des océans mais une occupation stratégique de ceux-ci comme l'illustrent les possessions de Suez ou de Gibraltar. Les Britanniques ne s'embêtaient pas à gérer d'immenses territoires et déléguaient d'ailleurs bien souvent aux autochtones le soin de s'administrer en fonction des capacités à s'auto-gouverner de ceux-ci. Par ailleurs, les Britanniques maîtrisaient déjà la guerre économique (via le développement ou le rachat de brevets par exemple) et développaient des technologies nouvelles (qu'on songe à la machine à vapeur de Watt dès le XVIIIème siècle ou au développement du train dans la région de Manchester et de Liverpool dès les années 1820). La reine avait pour fonction d'incarner l'empire (on songera évidemment au long règne de Victoria) mais son pouvoir était essentiellement symbolique. A cela il faut ajouter une tendance au libre-échange qui allait de pair avec le contrôle des passages stratégiques.

La France, de son côté, était empêtrée dans la gestion de grands espaces (A.O.F., A.E.F.) et dans une tentative de francisation chimérique des populations autochtones auxquelles elle ne laissait que peu d'autonomie. Il n'est d'ailleurs pas étonnant que les principaux conflits de la décolonisation aient concerné la France et le Portugal, deux pays avec une conception autoritaire et directe de la domination et qui ne percevaient pas suffisamment le « basculement » qu'avaient déjà perçus les Britanniques un siècle plus tôt. Lorsque j'écris qu'il ne le percevait pas suffisamment, il serait exact de dire qu'une certaine France conservatrice ne le percevait pas et que si De Gaulle est éminemment condamnable pour sa gestion désastreuse de la situation des pieds-noirs et des harkis, il avait bel et bien compris que la puissance reposerait sur autre chose que d'immenses territoires aux populations ingérables et à la démographie galopante : le développement de notre programme nucléaire, spatial, ferroviaire en sont de parfaits exemples. De Gaulle avait une vision. Et ce qui importe en politique c'est bien d'avoir cette vision d'avenir et non d'entretenir des éléments qui purent faire de nous une puissance mais qui ne sont plus adaptés.

Ce raisonnement nous permettra aisément de comprendre que la réalité de la puissance russe n'est pas totalement dans ses grands espaces, dans son armée et dans son président, mais plutôt dans la capacité du réseau oligarchique et financier russe à participer à la guerre économique et à être présent au sein des lieux de pouvoir de la mondialisation que sont les villes-mondiales et les grandes métropoles. La puissance russe aurait également bien plus d'intérêt à contrôler des territoires stratégiques qu'à gérer un immense espace multi-ethnique. L'ouverture d'une route maritime au nord de la Russie serait par exemple un élément à même de modifier l'économie mondiale qui profite aujourd’hui à l'Asie pacifique (ex. Chine), à l'Asie du sud-est (ex. Malaisie et Indonésie), à l'Australie (via Port Hedland) ou à l'Egypte (ex. Suez). L'intérêt portée à la Russie autant par les Occidentaux que par les Chinois vient d'ailleurs peut-être de la perspective de cette route maritime du nord qui rebattrait les cartes et non du contrôle des grands espaces.

Il faut en finir avec la mythologie des grands espaces. Certains ne retiennent d'ailleurs de Ratzel que la théorie des grands espaces en oubliant qu'il appelait l'Allemagne à s'adjuger des territoires clefs et qu'il était critique sur la pratique coloniale coûteuse de la France. Il ne faut plus contrôler les grands espaces mais des territoires productifs et stratégiques. La territorialité est un phénomène qui n'a pas perdu de son importance. La France avec son petit territoire métropolitain idéalement situé en Europe et son immense ZEE dispose par exemple d'atouts très importants. En Chine, 94% de la population vit sur 43% du territoire, à l'est. Les marges tibétaines et islamiques constituent donc un problème à gérer, à l'instar des marges caucasiennes, centre-asiatiques et sibériennes pour la Russie. Aux Etats-Unis, une partie non-négligeable du territoire est « vide » et les Grandes Plaines ont surtout pour intérêt d'être un espace productif. La mondialisation conduit en effet à une forte territorialisation et à une réflexion en terme d'espaces productifs, de territoires de production. A l'inverse, une immense partie de l'espace russe est gelé et enneigé et ne permet pas le développement de l'agriculture. Seules des activités en lien avec les ressources sont possibles, mais ces activités sont tributaires d'une difficile accessibilité et d'un isolement important des villes qui se développent grâce à elles. Quant au sud, l'échec de l'Armée Rouge en Afghanistan a définitivement fermé la route de l'Océan Indien à la Russie.

Ce sont les naïfs qui imaginent donc que la Russie sera en capacité de bousculer les Etats-Unis. Seule sa capacité à contrôler les voies maritimes et à s'assurer la fidélité les petits génies de l'informatique lui permettra de résister : car à l'ère des flux et de l'hypercommunication numérique, la puissance repose en grande partie, mais pas seulement, sur le contrôle des activités en lien avec le commerce maritime et le numérique. Je ne voudrais pas que mon propos apparaisse comme caricatural, mais bien qu'il apparaisse aussi pour ce qu'il est : une piste de réflexion. La Russie aurait tout intérêt à encourager et poursuivre le développement de son réseau de satellites, de ses propres moteurs de recherche, de ses propres systèmes d'exploitation, de ses propres réseaux sociaux et autres plate-forme vidéos et d'en faire une promotion efficace auprès de sa population et des populations européennes plutôt qu'à user d'un soft-power à base d'anciens combattants bardés de breloques. Tout cela est fort sympathique mais totalement voué à l'échec. La concurrence avec les Etats-Unis dont le soft power est hyper puissant et repose en grande partie sur les entreprises de la Silicon Valley qui sont le maître-étalon de la puissance économique et technologique de la mondialisation est donc impossible en l'état. Ce raisonnement vaut bien évidemment pour la France et l'Europe dont les capacités d'ingénieries informatiques et technologiques ont été sabordées. Qu'on songe aux années Mitterrand où nos activités de développement informatique ont été négligées au profit des « entreprises de souveraineté » qui magouillaient en Afrique pour le résultat que l'on sait : notre dépendance aux Etats-Unis en matière numérique et la perte de la plupart de nos marchés en Afrique au profit de la Chine.

Ce propos pourra surprendre pour un site qui prône plutôt la décroissance. Mais tâchons d'être un minimum objectif et pragmatique, le retour à la terre ne sera pas en mesure de nous préserver d'une domination totale du monde anglo-saxon et de son concurrent chinois. La décroissance est une éthique, la puissance une nécessité. Pour la Russie, seule une projection réelle dans la guerre économique du IIIème millénaire sera à même de garantir son statut de puissance. Ce qui pourrait à terme faire vaciller le régime poutinien ce n'est pas tant une pratique du pouvoir qui bafoue les droits de l'homme qu'une conception de la puissance trop marquée par la guerre froide et qui ne prend pas la mesure des changements de paradigmes, de la révolution que connaît le monde depuis 30 ans. D'ailleurs, soyons taquin, mais habiller des enfants, qui représentent l'avenir, avec des costumes de l'Armée Rouge n'illustre-t-il pas parfaitement cela ? La première victoire des Etats-Unis n'est-elle d'ailleurs pas le fait que leurs gosses jouent avec des soldats de la guerre des étoiles et des X-men plutôt qu'avec des tuniques bleues ? Les Etats-Unis entretiennent un esprit de guerre froide avec la Russie pour la neutraliser car ils savent que ce n'est pas là que se joue le destin des puissances. Pendant ce temps ils ferraillent avec la Chine pour le Pacifique et ils étendent leur empire numérique à travers la planète et l'espace. Qu'est-ce que l'Ossétie ou le Donbass par rapport au réseau ECHELON et à l'empire Google ? Si peu...

Jean/C.N.C.

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source.

Note : photo prise en Crimée en mai 2014 pour arte.tv

05/05/2016

Regard sur l'actu #26 : En mai, fais ce qu'il te plaît

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 Regard sur l'actu #26 : En mai, fais ce qu'il te plaît

Le SIEL leur est tombé sur la tête

Démarrons ce Regard sur l'actu par une note légère. C'est avec amusement et stupéfaction que j'ai vu le SIEL (pour Souveraineté Identité et Libertés), un organe proche, mais pas trop, du FN, fondé par Paul-Marie Couteaux et dirigé désormais par Karim Ouchikh, rendre hommage au corps expéditionnaire russe de la Première Guerre mondiale. Quelle drôle d'idée. La publication s'accompagnait d'un commentaire tout aussi déroutant : « Le SIEL a rendu hommage au corps expéditionnaire russe lors de la première guerre mondiale, saluant ainsi une amitié Franco-Russe pluriséculaire. ». Une amitié franco-russe pluriséculaire. Rien que ça ! Allez dire ça à la famille Bonaparte... Ajoutons qu'il n'y a jamais « d'amitié » entre des Etats mais uniquement des intérêts. Les Britanniques eux-mêmes surent s'allier en temps voulu avec les Russes alors même que toute la géopolitique anglo-saxonne est construite sur l'opposition à l'Eurasie, au heartland... Mais ce n'est pas tout... ce que ne dit pas non plus la publication du SIEL, c'est que le corps expéditionnaire russe a fini par se mutiner ! Pour ma part en terme d'amitié franco-russe pluriséculaire, je préfère retenir les chefs français qui cuisinaient à la cour du Tsar... Quand on est patriote, mieux veut célébrer l'exportation de ses savoir-faire... non ?

Rififi au FN, fidélité vs discipline ?

Le rififi autour des députés européens Bruno Gollnisch et Marie-Christine Arnautu n'en fini plus de diviser. Ces cadres historiques du FN sont priés de démissionner du Bureau politique pour avoir été au 1er mai avec Jean-Marie Le Pen, exclu du parti. Très rapidement la « droite nationale » s'enflamme et condamne Marine Le Pen qui punirait les deux cadres pour leur « fidélité » au menhir. L'argument invoqué du côté du mouvement à la flamme est la discipline du parti : nul ne peut se rendre dans un rassemblement où sont exprimés des idées hostiles au FN et à sa présidente.

La fidélité ? Pour ma part je pense que nous devons fidélité d'abord aux idées, et non aux hommes, qui n'en sont que des vecteurs, à un moment donné. Ce que nous devons aux hommes c'est la loyauté, ce qui est différent. Enfin, ce n'est peut-être pas trop demander que de respecter les règles d'un parti politique qui vous aide à croûter au quotidien dans différents mandats électoraux. On viendra nous parler de fidélité le jour où les élus « fidèles à Jean-Marie » abandonneront leur poste de députés européens ou de conseillers divers en soutien à l'ancien président du FN... Il ne paraît pas ubuesque de considérer qu'il est malvenu de se retrouver à un rassemblement politique hostile à votre propre mouvement. On n'empêche personne de garder ses amitiés en privé, en revanche tout ce qui se fait publiquement devient un acte politique.

Alors certes, MLP est sûrement très autoritaire et l'occasion a fait le larron... mais ni plus ni moins que lorsque son père pratiquait lui même l'exclusion de cadres brillants pour des motifs similaires et qu'il qualifia toute une génération qui voulait faire triompher les idées nationales de "félons".

Priez pour elle...

Le 1er mai fut également l'occasion d'une sortie de Sophie Montel sur le féminisme et l'avortement. Toujours en pointe dans cette stratégie de séduction de la gauche, une partie du FN ne semble pas mesurer qu'elle joue avec des allumettes à côté d'un baril de poudre. Car bien évidemment, c'est à Marine Le Pen, qui n'a probablement rien demandé, qu'on va sommer de « s'expliquer » sur ce qu'est la ligne du FN à ce sujet. On doute que Marion Maréchal, Nicolas Bay ou Pascal Gannat soient vraiment raccord avec leur collègue frontiste...

A l'heure de la submersion migratoire, est-il vraiment prioritaire de « sanctuariser l'avortement » ? Il n'était en tout cas pas vraiment nécessaire de ramener ce sujet dans le débat public, surtout quand on est une élue du FN, premier parti chez les catholiques, faut-il le rappeler... Ce n'est pas en envoyant des signaux à une gauche ataviquement hostile au FN que le parti remportera les prochaines échéances électorales. Il faut bien au contraire rassurer sur les « valeurs » et notre identité à l'heure où elles sont malmenées jusque dans le sanctuaire de la nation qu'est l'école (théorie du genre, islamisation). Les Français ont d'autres préoccupations que les questions sociétales argumentait-on à l'époque de la Manif pour tous. Il en va alors de même pour l'avortement...

La démographie reste, quant à elle, un sujet majeur, sur lequel nous ne pourrons faire l'économie de prises de positions fermes, quoique iconoclastes.

Lieux communs …

La figure montante de la droite dite « réactionnaire », Eugénie Bastié, journaliste au FigaroVox, a dû s'expliquer sur l'avortement qu'elle a qualifié « d'homicide ». Mais enfin braves gens comment une « jeune femme » peut-elle avoir des positions aussi réacs et aussi proche de Marine Le Pen, donc des vilains pas beaux ? Car c'est bien connu, quand on est jeune, on est forcément cool et progressiste ! Progressiste c'est à dire d'accord avec la gauche culturelle. Cela va de soi.
Marie-Anne Soubré, une chroniqueuse des Grandes Gueules sur RMC, va même jusqu’à rétorquer à notre Zemmour féminine qu'« on reviendrait dix siècles en arrière ! ». Ah oui, ça nous avait manqué, le lieu commun historique ! 10 siècles, soit 1000 ans, ça nous ramène en plein Moyen Âge ! Et oui cette période obscure où les gens sentaient mauvais, où il pleuvait tout le temps, où il y avait de la boue partout et où les femmes n'avaient aucun droit ! (C'est amusant cette description me fait plutôt penser à l'Angleterre capitaliste du XIXeme siècle, allez savoir pourquoi...). Le Moyen Âge, époque terrible où l'on brûlait les gens pour leurs opinions et où l'Eglise, très très méchante, nous empêchait de penser (bon le fait que la plupart des universités naissent au Moyen Âge comme celle de droit de Bologne, de médecine de Montpellier et évidemment la Sorbonne à Paris relève du hasard). Non vraiment y a pas à dire, la tonalité du débat public est de haute tenue, pleine de nuance et de savoirs...

Le scénario banal de la révolution spectacle

Le 1er mai, à l'issu des jérémiades quotidiennes de Nuit Debout, les habituels casseurs sont venus ... casser. Outre les questions qu'on peut naturellement se poser pour savoir qui ils sont : black bloc, policiers en civils, racailles, il faut surtout s'intéresser aux réactions prévisibles : les gentils de gauche expliquent que la violence « c'est vraiment pas bien », les supers révolutionnaires de gauche vont vous expliquer « que c'est le seul moyen de se faire entendre » et les gens de droite de vous dire que « l'extrême-gauche, c'est vraiment des gens violents » et surtout « qu'il n'est pas normal qu'il y ait des casseurs alors qu'on est en plein Etat d'urgence ». Bien que tout cela ne soit pas tout à fait faux, au final chacun joue sa participation. Le mec de gauche « occupe une place » en mode « Indignados » ou « printemps arabe », le casseur casse avec sa cagoule et son sweat noir made in Bangladesh et le mec de droite veut le retour à l'ordre et se délecte des vidéos de CRS cuirassés tabassant « une gauchiste » ...

Ce scénario, joué mille et une fois, se répète inlassablement comme si personne ne parvenait à sortir du rôle qu'on lui a assigné. A chaque fois les mêmes manifs qui ne servent rien avec les mêmes casseurs qui ne servent à rien avec les mêmes CRS qui tapent dans le tas pour rien et les mêmes discours politiques de retour à l'ordre pour rassurer les Français sur le fait que l'Etat fait son travail. Et puis les mêmes discours de l'opposition sur « l'inaction du gouvernement » et des souverainistes sur « la faillite de l'Etat » et les mêmes journalistes qui racontent les mêmes choses : anciens 68tards devenus les barons du Paris branché qui revivent par procuration leurs jeunes années et plumitifs de droite qui nous expliquent que les gauchistes sont une menace pour la France.

Il est peut-être le moment d'inventer autre chose …

Jean/C.N.C.

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source.

26/04/2016

Compte-rendu d’exposition : Jheronimus Bosch, Visions de Génie (Noordbrabants Museum, Bois-le-Duc)

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Voici maintenant cinq cents ans que le vénérable Jheronimus van Aken s’en est allé.

Plus connu sous le nom de Jérôme Bosch, cet artiste hors du commun est né aux alentours de 1450 dans la ville de Bois-le-Duc, s’Hertogenbosch en néerlandais. C’est à ce toponyme que l’artiste doit son nom, et c’est au sein du Noordbrabants Museum de cette charmante localité que se tient, depuis février et jusqu’au 8 mai 2016, une exposition exceptionnelle en son honneur.

L’œuvre de Jérôme Bosch, si elle est relativement restreinte – seulement 25 peintures de sa propre main, et à peu près autant de dessins, nous sont parvenus – n’en finit pas de nous émerveiller. Au-delà des formules iconographiques totalement novatrices pour l’époque, à l’image du Chariot de foin ou du Vagabond dont on ne connait aucun antécédent pictural, c’est surtout l’étourdissante profusion de formes et des figures contrefaites et tourmentées, démons, monstres et créatures hybrides, confrontés à des anges, à des pécheurs ou à des saints, qui marque le plus durablement quiconque se laisse prendre au jeu de la contemplation d’une peinture de l’artiste néerlandais.

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Le Jugement Dernier, vers 1495-1505, huile sur bois, Bruges, Groeningenmuseum

L’exposition du Noordbrabants Museum présente une vingtaine de peintures de Bosch, dont quatre triptyques et quatre panneaux peints des deux côtés, ainsi que dix-neuf dessins et sept panneaux issus de son atelier ou de suiveurs confirmés, en plus de quelques soixante-dix œuvres variées destinées à éclairer certains aspects de la peinture du maître, et parmi lesquels on se réjouira de trouver une magnifique gravure de Dürer, Saint Jérôme dans le Désert.

Il faut souligner que c’est une prouesse tout à fait remarquable pour le musée néerlandais d’être parvenu à réunir un tel nombre d’œuvres de Jérôme Bosch sans toutefois en posséder une seule dans son fonds propre, une prouesse d’autant plus grande que des musées des quatre coins du monde ont été sollicités pour l’occasion : le Metropolitan Museum de New York, le Pallazo Grimani de Venise et le Prado de Madrid, pour ne citer que ces trois institutions. La monnaie d’échange proposée pour ces prêts exceptionnels s’intitule BRCP, Bosch Research & Conservation Project, un vaste programme international comprenant plusieurs restaurations et une analyse extrêmement approfondie de l’œuvre de Bosch, dont on peut apprécier l’étendue et le résultat sur le très instructif site internet : http://boschproject.org/

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Le Vagabond, vers 1500-1510, huile sur bois, Rotterdam, Museum Boijmans

Cette campagne de conservation, d’étude et de restauration, sur le modèle de celle qui est menée depuis 2012 sur le retable de l’Agneau mystique des frères van Eyck aujourd’hui visible au sein de la cathédrale de Gand, permet pour la première fois d’apprécier douze peintures de Jérôme Bosch sous un jour nouveau.

La scénographie de l’exposition est irréprochable, l’ensemble des moyens déployés pour mettre en valeur chaque œuvre est remarquable. Le parcours articulé autour de six thèmes – le pèlerinage de la vie humaine, Jérôme Bosch à Bois-le-Duc, la vie du Christ, Bosch dessinateur, les saints, la fin des temps – est très intéressant, et ponctué de moniteurs permettant d’apprécier encore davantage de détails, ou de prendre connaissance de repentirs bouleversant la composition originale par exemple. La pénombre qui baigne le vaste espace d’exposition est une excellente idée, elle permet de s’immiscer pleinement dans les univers bigarrés, à la fois grotesques et émouvants, du peintre de Bois-le-Duc. Il faut noter qu’en dépit de la fragilité extrême de ces panneaux datant d’un demi-millénaire, les conditions d’exposition sont telles qu’il est tout à fait possible de s’approcher à loisir de chaque peinture, ce qui est particulièrement bienvenu ici.

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Paysage Infernal, plume et encre brune sur papier, 25,9x19,7, collection privée

L’ensemble des dessins exposés est tout particulièrement appréciable et émouvant : il faut souligner que presque aucun dessin des contemporains de Bosch ne nous est parvenu. Les feuilles du maître néerlandais que nous connaissons regorgent à la fois de scènes qui témoignent d’une fine observation de la nature, parfois dans ce qu’elle peut offrir de plus incongru, mas aussi de figures inventées, souvent des croisements entre des hommes, des animaux et des objets, qui semblent d’ailleurs avoir été conçues comme des œuvres autonomes, ce qui ajoute encore à la valeur de ce corpus exceptionnel.

Seule bémol concernant l’exposition dans son ensemble : le célèbre triptyque du Jardin des Délices fait figure de grand absent au sein du magnifique corpus d’œuvres réunies à Bois-le-Duc. Le musée du Prado n’a pas jugé souhaitable de se défaire de ses précieux panneaux de bois, officiellement pour des raisons de conservation, peut-être aussi en partie parce que le déclassement par le BRCP de la Tentation de Saint Antoine et de la Lithotomie, qui ne seraient pas de la main de Bosch lui-même mais de son atelier, a quelque peu irrité l’institution espagnole, au sein de laquelle ces deux œuvres sont conservées… Il faudra donc se contenter à Bois-le-Duc du panneau central et du volet de gauche du Jardin des délices de la main de suiveurs, très qualifiés cependant.

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Un joli picture disc de Jérôme Bosch : La Passion, 1490-1495, huile sur bois, Berlin, Staatliche Museen zu Berlin

Comme bien souvent avec les expositions majeures, celle de Bois-le-Duc est victime de son succès et l’affluence y est souvent terrible. Cependant je ne saurais trop vous recommander de vous rendre au Noordbrabants Museum avant le 8 mai si vous en avez la possibilité, c’est une occasion unique de vous confronter à l’une des plus grandes figures de l’art médiéval européen. Au reste la ville de s’Hertogenbosch est charmante, la cathédrale est étonnante et mérite largement le détour. Et si le vent froid des terres nordiques vous effraie, sachez qu’une exposition similaire se tiendra à Madrid à partir du 31 mai 2016 !

Lydéric / C.N.C.

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source.

Vente de billets en ligne :https://tickets.hetnoordbrabantsmuseum.nl/nl/jheronimus-b...

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 Triptyque du Chariot de foin, 1510-1516, huile sur bois, Madrid, Musée du Prado