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23/02/2017

Chronique animé: Shin Sekai Yori

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Dystopie et science-fiction ont toujours fait bon ménage. Parmi les œuvres plus emblématiques, nous retrouvons bien évidemment Le meilleur des Mondes d’Aldous Huxley, publié en 1932 dans la langue de Shakespeare. Acclamé même par l’idéologie orthodoxe du moment, le roman décrit un futur sinistre. Bien sûr, nos chiens de garde prennent toujours le soin de s’arrêter au bon moment : aucun rapport entre le livre et la société actuelle, le mondialisme et le progressisme. Mieux vaut dénoncer la novlangue de l’administration Trump en feignant d’être soi-même une partie de Big Brother1. Ils sont drôles…

Revenons au sujet. Je parle de cette pépite à cause de son association à un roman japonais sorti en 2008 du nom de Shin Sekai Yori. Ecrit par Yusuke Kishi, auteur à succès au pays du Soleil, ce livre lui a permis de gagner un prix national de science-fiction là-bas. Les noms anglais du Meilleur des Mondes (« Brave New World ») et Shin Sekai Yori (« From the New World ») sont très proches. Par conséquent, on comprend aisément le rapprochement qui a été effectué à maintes reprises. Mais qu’en est-il réellement ? Pour le savoir, nous allons nous intéresser plus singulièrement à l’adaptation en série animée de Shin Sekai Yori, datant de 2011. En effet, il n’existe pas de traduction française officielle du livre.

L’histoire se situe mille ans après notre ère. Nous suivons Saki Watanabe, une fille âgée de 12 ans, et ses amis. Ils vivent dans une communauté agraire de 3000 habitants, possesseurs de puissants pouvoirs télékinésiques. Ce petit bout d’humanité subsiste quelque part au Japon dans un environnement idyllique de 50km2 délimité par une limite sacrée. Il n’existe pas de système monétaire et la technologie a involué. La science reste très présente mais elle est non progressiste et se borne à la compréhension du monde. Celui-ci est redevenu un lieu à découvrir, peuplé de créatures plus étranges les unes que les autres.

Malgré ce cadre quasi-utopique, on comprend que quelque chose de malsain se trame dès le premier épisode. La série ne se maintient pas dans le mystère, les tenants et les aboutissants se dévoilent rapidement. Les enfants sont justes incapables de décoder les événements, parce qu’ils sont modelés dès leur plus jeune âge. Le but est de contrôler leurs pouvoirs qui peuvent mettre en danger toute la stabilité de la société. Je n’en dis pas plus pour ne pas vous gâcher le plaisir de la découverte.


Comme dans Le meilleur des mondes, la manipulation mentale et le conditionnement caractérisent cet univers. L’originalité de Shin Sekai Yori est d’utiliser le bouddhisme Zen, une éducation ouverte, l’entraide, l’amour comme instruments de contrôle. On peut également faire un parallèle avec le livre d’Huxley sur l’importance de l’usage du sexe mais la comparaison trouve ici sa limite, comme nous allons le voir. Les humains de Shin Sekai Yori emploient le sexe à la manière des Bonobos2 pour résoudre les conflits et atténuer le stress. Ne soyez donc pas étonné de voir de l’homosexualité. Cette mention des bonobos et d’autres éléments indiquent que l’auteur a puisé abondamment dans la littérature biologiste et évolutionniste, plus particulièrement celle liée à l’éthologie. Ce n’est pas pour rien que les « extaterranus » sont proches des rats taupes nus. Il est à noter que le célèbre éthologiste Konrad Lorenz est mentionné clairement à une reprise dans le roman.

Par mégarde, beaucoup de commentateurs se sont trompés et ont associé trop hâtivement Shinsekai Yori et Le meilleur des mondes à cause de leurs titres semblables. Or, L’agression, une histoire naturelle du mal de Konrad Lorenz transpire tout au long du déroulement de l’intrigue de manière plus abondante. La série interroge clairement les limites de l’éthique en les confrontant à celles de l’éthologie et on retrouve une partie des idées développées par notre scientifique germanophone.

En outre, ce n’est pas une vraie dystopie à proprement parler, la fin de l’Histoire n’a pas encore sonné. On retrouve en trame de fond une réflexion sur la vie des civilisations, les âges d’or et les âges sombres. Rien que ça ! J’en ai trouvé Shin Sekai Yori que plus palpitant. On sait par quel chemin nous entrons mais on est vraiment surprit vers là où on est amené. En la regardant, je me suis rappelé une fameuse citation de Lovecraft : « Les sciences, chacune allant dans sa propre direction, nous ont jusqu'ici fait peu de mal ; mais, un jour, l'imbrication de savoirs disparates ouvrira des fenêtres si terribles sur la réalité et sur notre position effrayante au sein de celle-ci, que tout ceci nous rendra fous ou nous fera fuir dans la sécurité d'un nouvel âge sombre. » De manière plus anecdotique, l’œuvre m’a fait aussi un peu penser à la façon dont le Japon traite sa période d’occupation de la Chine et de la Corée.

La richesse du propos est surprenante car il sait se renouveler au cours du récit et nous lance un pavé au milieu de la mare dans la dernière ligne droite. Cette série qui semble anodine sort à maintes reprises des cadres de la bien-pensance. D’une façon assez cocasse, certaines personnes l’ont remarqué et ont crié au loup puisque quand on décode le message final, il est assez couillu. La science-fiction se sublime dans la description d’un réel, devenu quasi-interdit d’appréhension par des voies directes. Cependant cette médiation (forcément indirecte) empêche qu’une partie des spectateurs saisissent le propos, d’autant plus qu’ils sont dans une position bien souvent passive qui ne pousse aucunement à dépasser l’implication émotionnelle provoquée par la narration.

Porté par un scénario et un univers haletant, soutenue par une animation et une bande originale de qualité, j’ai ressenti l’influence, bien au-delà du Meilleur des mondes, d’autres grandes créations de la science-fiction. Comment ne pas penser à : Dune, La stratégie d’Ender, Nausicaä de la vallée du vent, Akira, Starship Troopers, Ghost In The Shell et Battle Royale3.

Un point qui m’a fait adorer Shin Sekai Yori est que nous ne sommes pas en présence d’une création manichéenne assez creuse comme le film The Giver dont Shin Sekai Yori partage des éléments en commun. Ici, le propos est tragique4 (au sens athénien du terme) sans être totalement amoral. Le mal est un sous-produit du bien et inversement selon les situations ainsi que les points de vues. Les droits de l’homme qui se confrontent enfin au réel.

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Malgré les louanges que j’ai adressés à cette pierre angulaire de l’animation japonaise, la série pâtit de quelques défauts, tous issus de son rythme particulier. Par exemple, elle fait le choix de ne pas poser le décor au premier épisode pour ensuite rétrograder dans les deux épisodes suivants. Regardez donc le premier épisode deux fois. Beaucoup d’informations y sont données et vous risquez de passer à côté de détails importants. D’autre part, j’aurais aimé que l’ouverture de la dernière partie soit développée davantage, nous aurions pu profiter du point de vue renouvelé de l’héroïne sur cette communauté si particulière. Autre aspect qui me chagrine est que beaucoup de personnages manquent un peu de développement, ils se font happer par l’histoire, ce qu’ils représentent et les réflexions qu’on développe à travers eux. Le scénario est tellement dense qu’il a fallu faire des choix pour le faire tenir sur 25 épisodes.

Heureusement les quelques défauts sont largement compensés par le reste. Shin Sekai Yori renouvelle son média grâce à son univers particulier, ses sujets de fonds normalement réservés à une niche et son scénario solide. Si je devais faire une liste des 5 meilleures séries d’animation que j’ai vues, elle en ferait partie, pour trois raisons que je n’ai pas mentionnées auparavant. Premièrement, le personnage principal est une réussite, une sorte de réconciliation entre Antigone et Créon, sans exagération. Deuxièmement, pour les questions qu’elles nous amènent à nous poser dont :

  • Est-ce que la vérité suffit à changer quelqu’un ?

  • Est-ce que tout le monde peut supporter la vérité ?

  • Devons-nous tout savoir ?

Troisièmement pour ces pointes philosophiques placées ici ou là du genre : « La résistance d’une chaine ne dépend que de son maillon le plus faible. » Je vous laisse méditer là-dessus. Bon visionnage. Et, si vous avez le courage, jetez un coup d’œil ensuite au roman qui est très proche de son adaptation5.

PS : Michel Drac a très bien présenté le livre majeur de Konrad Lorenz sur l’agression. Un bon complément qui vous fera comprendre Shin Sekai Yori. Vidéo ici.

Valentin / C.N.C.

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source.

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1 http://mashable.france24.com/divertissement/20170128-donald-trump-1984-george-orwell

2 Le livre la voie virile montre une dichotomie intéressante ente communautés de bonobos et communautés de chimpanzés.

3 La peur que la prochaine génération détruit tout

4 Le fait aussi qu’on connait une partie des évènements à l’avance me fait dire que Shin Sekai Yori a un côté tragique.

5 Vous pouvez trouver une traduction officieuse en anglais.

 

Commentaires

Merci pour cette analyse. Je ne connais pas (encore) cette série. Je vais voir où je peux me la procurer.

Écrit par : aristide | 23/02/2017

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Merci à toi de ton intérêt pour cette chronique ;). J'espère que tu confirmeras ou infirmeras mon analyse après l'avoir vue.

Écrit par : Valentin | 27/02/2017

Ce commentaire n'est pas en lien avec la précédente chronique .

Ma question est la suivante , le CNC a t-il publié le texte de l'intervention de Jean Terroir du C.N.C. (Normandie; 19.08.16)portant sur le choc des civilisations car je ne le trouve pas ?

Cordialement

Écrit par : adriano | 26/02/2017

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Il n'a pas été mis en ligne pour le moment.

Écrit par : JB | 04/03/2017

Plusieurs signes à venir (dans le désordre) de l'approche imminente des tribulations, transmis par Dieu à Frère Elyôn :
-décés d'Ariel Sharon : réalisé le 11 janvier 2014
-décés de Fidel Castro : réalisé le 25 novembre 2016
-inondations à Paris : réalisé le jour de la Fête du Sacré Coeur, le vendredi 3 juin 2016
parce que le Sacré-Coeur était et en colère contre les français, mais une inondation plus importante
est à venir.
-réhabilitation de l'affaire Ceznec.
-décés de Jhonny Halliday.
http://www.prophete-du-sacre-coeur.com/

Écrit par : Jacques Castelli | 25/07/2017

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