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10/02/2017

A propos de « Pornocratie », le dernier documentaire d'Ovidie

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« Pornocratie, les multinationales du sexe », un documentaire d'Ovidie

Première diffusion en janvier 2017 sur Canal+

 

Souvent pris à la légère ou considéré comme tabou, le sujet du porno mérite pourtant que l'on s'y attarde sérieusement, ce que nous avons plusieurs fois fait en ces pages (en particulier avec notre article « Le porno, une arme du libéralisme »). N'est-il pas, en effet, l'une des émanations les plus toxiques du monde moderne ?

Ayant baigné depuis plus de 15 ans dans ce milieu, la réalisatrice et ex-actrice Ovidie connaît bien son sujet et a à son actif aussi bien des films X que des livres et documentaires sur le sexe. Si l'on peut lui reprocher sa trop grande ouverture d'esprit, son féminisme (qui peut parfois se comprendre vu le milieu où elle évolue) ou que sais-je encore ?, je la trouve souvent très juste lorsqu'elle traite de la sexualité de notre époque. Ovidie est selon moi une fille intelligente qui, même si elle est loin de nos idées, mérite notre attention.

Son dernier documentaire en date a été diffusé il y a quelques semaines et s'intitule Pornocratie, les multinationales du sexe. Ovidie y dresse un tableau saisissant de l'industrie du porno, dont, à priori, vous ne savez pas grand chose.

Sa première constatation est que cette industrie a été bouleversée complètement en 10 ans. Le coupable ? Internet. Ou plutôt les « tubes », ces plate-formes à la Youtube recensant des millions de vidéos visibles par tous gratuitement. Précurseurs des tubes pornos, Youporn, créé en 2006, propose ainsi plus de 10 millions de vidéos mises en lignes sans autorisation (95% des vidéos regardées aujourd'hui sont piratées). Les actrices, réalisateurs et producteurs interrogés dans le documentaire sont unanimes : cette gratuité et cet accès grand public posent un épineux problème. Difficile de leur donner tort... Certes, les intérêts financiers de chacun sont en jeu mais tous semblent d'accord pour affirmer que le porno doit être payant et accessible seulement aux adultes.

Selon eux, l'industrie dite traditionnelle du porno (celle qu'Ovidie défend) est à l'agonie à cause de la nouvelle donne constituée par les plate-formes gratuites et par l'apparition parallèles de véritables multinationales du porno. Celles-ci se comptent sur les doigts de la main mais ont, en quelques années, concentré la plupart des studios et des sites du genre. Le cas le plus emblématique est celui de la société Mindgeek dont l'ancien dirigeant était un informaticien allemand du nom de Fabian Thylmann. Aucunement issu du milieu du porno, l'homme a réussi en 3 ans à avoir le monopole quasi-total des vidéos diffusées dans le monde entier via les tubes qu'il possédait. Quand on sait que plus de 100 milliards de vidéos de ce type sont regardées chaque année à échelle planétaire, ça fait plutôt réfléchir sur l'influence des sociétés qui gèrent ces flux... Toujours aussi tentaculaire, la société Mindgeek est aujourd'hui quasiment anonyme. Thylmann n'est plus à sa tête et personne ne paraît connaître l'identité de ses dirigeants. Seraient-ils liés à la pègre comme ça a été souvent le cas dans l'industrie pour adultes ?


Les profits sont colossaux. Mindgeek faisait ainsi il y a quelques années 40 millions de dollars de bénéfices par mois ! Comme les autres multinationales du porno, tout est trouble dans ces sociétés qui n'utilisent le sexe que comme générateur de profits et qui sont dirigées par ce que l'auteur appelle des « geeks ». Toujours hébergées dans des paradis fiscaux, elles se soustraient aux regards et aux réglementations, ce qui était bien moins le cas des sociétés du porno « traditionnel ». Celles-ci oeuvraient plus légalement et offraient un cadre plus sécurisant à tous. Oui... mais elles ont été balayées par la nouvelle donne et peu d'entre elles existent encore à l'heure actuelle.

Les sociétés ont changé et les conditions de travail aussi. Ovidie parle ainsi d' « uberisation du X ». Accompagnant la décrépitude de la société, le porno va toujours plus loin dans le glauque et l'exploitation. Fini le porno des années 70 ! Les actrices sont obligées, si elles veulent travailler dans ce milieu, d'accepter des pratiques sexuelles impensables il y a encore 10 ans à échelle si généralisée ! Une scène du documentaire nous montre justement une actrice évoquant avoir pris « 3 bites dans le cul » (en même temps, cela va sans dire). Un mois de travail et la débutante a déjà connu la double pénétration! Ces dégradations des conditions de travail (tant à un niveau financier que physique et psychologique) s'accompagne d'une dangerosité accrue pour les acteurs. Moins de réglementations, moins de contrôles et c'est le retour des MST à l'image de la syphilis qui a largement touché le milieu il y a quelques années! Pour étouffer ce genre de scandale, les multinationales telles Mindgeek ont même essayé de créer des laboratoires pour contrôler eux-mêmes les analyses de sang des acteurs...

Ovidie conclut son documentaire par cette pensée :

« Avec l'arrivée des multinationales du sexe, ce qu'on connaissait du porno a laissé place à un secteur soumis aux mêmes règles que l'ensemble du monde ultralibéral.

Un capitalisme sauvage, une politique de la terre brûlée, un mépris pour les travailleurs.

Quand on y réfléchit bien, Mindgeek, c'est un peu le Monsanto du porno. »

C'est une bonne conclusion à un documentaire très bien mené. Comme nous l'avons déjà dit ici, le porno est une arme du libéralisme. Et l'on sait que le libéralisme se caractérise avant tout par l'absence de frontières, d'interdits, tant sur le plan des mœurs que sur celui de l'économie. L'un accompagne inévitablement l'autre, ce qu'Ovidie ne souligne (et pour cause!) pas ou trop peu. L'évolution de l'industrie du porno me semble ainsi fort logique, d'autant que je doute fort que « l'industrie traditionnelle » que regrette la réalisatrice était si vertueuse que ça... même si, avec le recul, elle paraîtrait presque inoffensive car, au moins, elle restait à sa place et n'influait pas l'ensemble de la société comme c'est le cas aujourd'hui. 

Rüdiger / C.N.C

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source.

Commentaires

Toujours super tes articles ! en effet quand on a la trentaine et qu'on a été élevé au X de canal +, on réalise qu'un cap immense a été franchi avec internet.

Écrit par : Franck | 11/02/2017

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