Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

25/01/2017

Chronique de film : Your Name de Makato Shinkai

Chronique de film : Your Name de Makato Shinkai

Sortez le champagne, ce n’est pas tous les jours que vous me verrez écrire un article pour émettre un avis positif sur une comédie romantique en salle. Celles que j’ai appréciées se comptent sur les doigts d'une main. Mais je dois bien admettre que Your Name, est une vraie réussite. A l’heure où je vous parle, ce film d’animation japonais est en train d’exploser le box-office1, dépassant même les réalisations d’Hayao Miyazaki.

Your Name est réalisé par Makato Shinkai, adapté d’un roman écrit par Shinkai lui-même. La première œuvre que j’ai regardé de lui s’appelle la voix d'une étoile (The Voices of a Distant Star). Ce court-métrage mélange subtilement la Guerre Eternelle, chef d’œuvre de la littérature de science-fiction2, et Neon Genesis Evangelion, véritable OVNI dont je n’ai jamais compris les raisons de sa popularité. Dans ce court animé de 25 minutes, on retrouve déjà les thèmes favoris de l’artiste: le temps, la distance, l’amour, l’espace. On y aperçoit aussi sa patte graphique, avec l’utilisation de l’After Effect, qui sert à mettre en œuvre des moments purement poétiques.

J’avais trouvé excellent 5 centimètres par seconde et The Garden of Words, enfin des œuvres récentes qui parlaient d’amour intelligemment et que je ne trouvais pas ridicules. Alors que par le passé Makato Shinkai donnait une vision de l’amour plutôt amère dans Your Name elle se veut plus douce sans être niaise pour autant. J’y reconnais une histoire typique d’Extrême-Orient avec toute sa naïveté reposante. Cette naïveté ne peut perdurer en Europe à l’heure du grand remplacement et de la cas-socialisation. Nos rues sont trop sales et nos concitoyens trop aliénés pour que la magie et la poésie y trouvent leur place.

Je ne veux pas vous gâcher la découverte du scénario de Your Name, c’est pourquoi je ne m’y attarderai pas. Le film est assez riche pour écrire sur d’autres aspects tout aussi intéressants. Je pense notamment à la représentation du japon urbain et du japon rural. J’ai particulièrement aimé comment ces deux mondes sont employés pour traiter du thème de la tradition. De mon point de vue, l’auteur cherche à nous montrer que même si tous les détails de la tradition ont été perdus, il reste quand même l’esprit qui les anime, la conscience de sa place dans l’univers. « La tradition c’est ce qui ne passe pas » écrivait Dominique Venner. Pourtant, le réalisateur montre d’un autre côté que finalement toutes les traditions tendent à se perdre dans notre vie urbanisée et hyper-individualisée3. Par le film, on sent que le Japon traverse une véritable crise existentielle qui rentre en résonance avec leur rapport particulier à l’éphémère et aux catastrophes. Je ne nommerai pas cette transformation comme étant l’occidentalisation du Japon mais bien une domestication face à la marchandise.

J’ai adoré le film pour ces purs moments de contemplation, ces moments où le réalisateur pointe l’index vers l’infini, une de ses marques de fabrique. Si vous avez aimé Interstellar pour certains plans magnifiques, vous ne serez pas déçu avec Your Name. Toute la beauté, la violence, l’immanence, l’éternité de la nature y sont superbement représentés. Makato Shinkai développe un animisme hérité du Shintoïsme et il va bien au-delà. J’y ai vu un rapport au divin proche d’un certain paganisme, un panthéisme pour tout dire qui ne se limite pas à l’immanence pure. Ici, le monothéisme et le polythéisme sont les deux faces d’une même pièce. Il est tout, il est un, il est multiple. La plupart des personnes passeront à côté de sujet puisque nous sommes devenus incapable de le voir. Je demeure tout de même assez surpris de ne pas avoir lu de chronique le mentionnant car, il est central dans le déroulement du film. Me rappelant Louis-Ferdinand Céline, je crois que « nous rêvons d'être sans légende, sans mystère, sans grandeur. Les cieux nous vomissent. »4.

Beaucoup parlent d’un chef d’œuvre comparable voire supérieur au Voyage de Chihiro. De mon côté, je trouve que c’est une perte de temps que de vouloir départager deux perles. D’autre part, je n’ai pas toutes les clés pour comprendre ce qui fait le génie d’une création. Tout ce que je peux affirmer est que vous devez le voir en famille et plus particulièrement en couple, vous ne perdrez pas votre temps.

Valentin/C.N.C.

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source

1 http://www.lefigaro.fr/cinema/2017/01/22/03002-20170122ARTFIG00010--your-name-le-n1-des-films-japonais-rentre-dans-le-box-office-mondial.php

2 Je l’avais découvert grâce à une vidéo de Piero San Giorgio. Il n’est pas juste divertissant mais nourrit véritablement l’esprit, aidant à mieux comprendre notre présent et notre futur.

3 Cela ne nous rend pas plus indépendants pour autant.

4 Louis-Ferdinand CÉLINE, Les Beaux Draps

 

Commentaires

Merci pour ce magnifique ressenti.
J'espère pouvoir aller voir ce film.

Écrit par : Carine | 04/02/2017

Répondre à ce commentaire

Merci à toi :).

Écrit par : Valentin | 07/02/2017

Écrire un commentaire