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12/12/2016

Que faire de Xavier Moreau et de sa vision de la Pologne ?

Que faire de Xavier Moreau et de sa vision de la Pologne ?

drapeau pologne + blason.jpgXavier Moreau a publié voila plusieurs jours une vidéo intitulée « Que faire de la Pologne ? », pendant d'un article précédemment publié sur feu le site realpolitik.tv (Site du non-moins disparu Aymeric Chauprade) traitant les relations Franco-polonaises de l’entre-deux-guerres à aujourd'hui. D'aucuns pourra remarquer que le titre de la vidéo pose déjà le constat d'une question biaisée dans sa formulation avant même d'avoir été abordée. Si le présent article n'a pas pour but de dédouaner les nombreux errements qu'ont pu avoir les élites polonaises depuis l’entre-deux-guerres avec le recul que nous pouvons avoir aujourd'hui, il s’agira malgré tout de recadrer de très grossières déformations, allant jusqu'à la propagande, qu'a pu commettre le dit X. Moreau et de les replacer dans leurs contextes historiques effectifs. Il est à noter que le point de vue de Xavier Moreau en tant que « Français » est celui d'un « Français » ouvertement pro-russe, et gérant une entreprise à Moscou, ville où il habite.

Le premier problème que peut poser la vidéo de Xavier Moreau, avant même de rentrer dans son contenu, concerne bien évidemment le titre choisi. En effet, celui-ci, plutôt que de poser une problématique à laquelle répondre par une argumentation, donne un constat et une conclusion dans le choix des mots avant même d'avoir donné son exposé des faits. Il donne un constat et en propose la solution. La Pologne poserait donc nécessairement un problème à la France, et il s'agirait de le régler. Le problème étant d'après lui le suivant : démontrer que les « ambitions géopolitiques polonaises sont déstabilisantes pour l'Europe en général ».

M. Moreau, en entamant son argumentaire historique sur l’entre-deux-guerres, avance tout de suite le fait que l'alliance Franco-polonaise aurait avant tout bénéficié à la Pologne. Une première remarque, celui-ci choisira volontairement d'entamer son exposé des relations entre les deux pays en faisant l'impasse de toute les périodes antérieures allant du Haut Moyen Âge, période de fondation d'un Etat polonais en Europe,  au XVIIIeme siècle. Or, et c'est la première remarque à faire, la France et la Pologne ont des relations depuis le XIème siècle*, en témoigne la première chronique en latin sur l’État polonais rédigée par un moine Franc, Gallus Anomymus. Sans rentrer dans les détails, on peut citer une alliance de revers pour contrebalancer (déjà) la puissance du Saint-Empire romain germanique pendant les périodes médiévale et moderne, mais également un fort engagement de la part des Polonais auprès de Napoléon et de la France de la Révolution. Pour revenir à la théorie du bénéfice avant tout Polonais du soutien Français, plusieurs éléments peuvent être établis. Les critiques de X. Moreau sont les suivantes. D'après lui, les volontés expansionnistes polonaises à l'Est pour reconstituer un grand empire, le refus du pacte oriental Français en 1936 et le fait que la Pologne trahisse la France dans sa politique centro-orientale à travers la figure du partisan de l'alliance avec l'Allemagne, J. Beck. En premier lieu, les « volontés expansionnistes » sont avant tout dictées par les questions des minorités, sujet particulièrement prégnant dans une Europe centro-orientale parsemée de conflits frontaliers destinés à réunir sous un État ses populations. Il en est de même pour la Pologne de l'époque autour de deux villes à majorité polonaises, Wilno (Vilnius aujourd'hui en Lituanie.) et Lwów. (Lviv aujourd'hui en Ukraine). Pour cela, les forces Polonaises vont se faire le devoir de ramener ces deux villes et leurs alentours dans l'orbite polonais, avec il est vrai, un certain impérialisme hérité de la nostalgie de la Rzeczpospolita**. Pour autant son argumentaire de déstabilisation de la région qui aurait entraîné l'intervention soviétique ne tient pas. Les soviétiques avaient de toute façon pour but de se saisir de la Pologne, et de reprendre possession des anciennes dépendances de la Russie tsariste avant de s'attaquer au reste de l'Europe. La guerre Polono-soviétique de 1919-1921 répond tout à fait à cet impératif. Mais, grâce à la victoire Polonaise dans ce conflit, aidée il est vrai d'Ukrainiens par exemple, et grâce au renfort en matériel fourni par la France, l'invasion en Europe des bolcheviques aura été repoussée. Chose que ne met pas du tout en avant M. Moreau, alors que c'est pourtant un événement essentiel. Il faut également rappeler une chose, que X. Moreau n'énonce pas non plus, c'est l’ambiguïté de la France durant tout l'entre-deux-guerres : soutenant d'abord les Russes blancs dans leur combat contre les Bolcheviques pour inclure ensuite les Bolcheviques dans leurs projets de pacte oriental contre Hitler. Dans les deux cas, les Russes blancs comme les Bolcheviques nourrissaient des appétits impérialistes sur la région centro-orientale rendant complètement schizophrène et contre-productive la position Française qui restera de manière pathologique attachée au fait de traiter avec la Russie tout en voulant jouer la carte de la diplomatie des nations d'Europe centrale. Le refus du pacte oriental par Beck en 1936 ne vient pas en réalité de son favoritisme envers l'Allemagne, même si à posteriori, sa politique Allemande très sûrement héritée de son passé au sein de la Prusse peut être critiquée, mais bien surtout et avant tout du fait de l'inclusion de l'URSS à ce pacte. Il ne faut pas oublier que la Pologne se retrouvait dans la situation difficile d'être entourée par les deux puissances qui s'étaient partagé le pays précédemment, et qui nourrissaient des vues sur le pays à nouveau. Beck, dans son tropisme prussien, fera tout pour éviter à la Pologne d'être avalée par les appétits allemands par la négociation, et par les appétits russes par la volonté de les combattre auprès de cette même Allemagne. La France fut écartée de la vision de Beck du fait du maintien de liens avec la Russie, même soviétique, dans son combat contre l'Allemagne. Comme le dit si bien Daniel Beauvois***, la Pologne aura dû jongler entre « la peste brune et le choléra rouge » jusqu'à sa nouvelle disparition des cartes en 1939. Jusqu'à l'invasion de la Pologne en 1939, durant laquelle les Français attendront derrière la ligne Maginot sans aucune réaction, on peut donc noter que l'inconsistance et l'incohérence de la diplomatie Française seront d'importants facteurs dans les choix Polonais à devoir se protéger contre ses deux anciens bourreaux.

Dans la suite de son analyse, les événements de la lutte de la Résistance polonaise aux côtés des Alliés, la trahison de ces derniers à Yalta et toute la période de l'occupation soviétique jusqu'en 1989 sont complètement passés sous silence pour directement aborder la situation post-Guerre froide, en expliquant que la Pologne à nouveau indépendante se retrouve entre une Allemagne réunifiée (malgré l'amputation de ses territoires historiques à l'Est de l'Oder.) et le Belarus. La « nouvelle Russie post-communiste » à l'Est n'ayant pas de frontières avec la Pologne en dehors de l'enclave de Kaliningrad. X. Moreau considère la Russie comme ayant effectivement tourné la page de son passé communiste, alors que tout dans la Russie d'aujourd'hui, à commencer par ses élites et ses structures politiques, sont des héritages directs de l'URSS. En ayant dressé ce tableau, Moreau explique à juste titre que la Pologne va se tourner vers les Etats-Unis d'Amérique, première puissance mondiale plutôt que vers la France ou l'Angleterre (vus comme faibles, et ayant trahis de manière directe la Pologne depuis 1939) pour garantir son indépendance et permettre de retrouver des outils de puissance militaire, notamment via l'objectif d'adhésion à l'OTAN. Mais par la suite, il explique que la Pologne, en ayant rejoint l'Union européenne, aurait pour objectif de « concentrer tous les pays européens contre la Russie », de combattre la Russie, « grande puissance concurrente en Europe centrale de la Pologne », de « diriger le projet politique de l'Intermarium contre la Russie », et surtout de « reconstituer une Grande Pologne », un « Empire polonais » en « utilisant les autres États d'Europe contre la Russie ». Aucune de ces affirmations n'est vraie. Et je n'ai fait ici que synthétiser les plus folkloriques de ses propos, la vidéo en possédant énormément d'autres de cet acabit. En premier lieu, il ne fournit aucun argument pour justifier de la volonté polonaise d'utiliser les autres pays européens contre la Russie, et au contraire, des alliés proches de l'actuel gouvernement Polonais, comme Orban en Hongrie, ont une attitude neutre vis-à-vis de la Russie. Ensuite, la Pologne n'a pas de vue impérialiste sur ses voisins d'Europe centro-orientale aujourd'hui. Si les dirigeants actuels du PIS (la parti au pouvoir) ont effectivement en vue un rôle assumé de pont entre le V4, l'Union européenne et l'Europe orientale (notamment l'Ukraine), rien ne justifie d'une volonté de conquête sur ses différents voisins. Ensuite, et surtout, l'Intermarium n'a jamais été un simple projet d'opposition. Cette vision géopolitique trouve racine dans l'histoire de la région avec les alliances nombreuses du Royaume de Pologne avec la Hongrie au Moyen Âge, et surtout l'importance de la Rzeczpospolita polono-ruthène à l'époque moderne qui garantissait à cet espace des liens culturels et civilisationnels uniques pour combattre les volontés d'expansion de l'Ouest Allemand, comme de l'Est Moscovite ou du Sud Ottoman. Plus tard, ce projet repris par Pilsudski notamment, mais aussi par Petliura en Ukraine, échouera mais restera vivace comme faisant parti d'une certaine vision d'une Europe centrale et orientale maîtresse de son espace, non pas comme zone tampon mais bien comme espace civilisationnel unique. Si les Polonais sont aussi méfiants et critiques concernant la Russie, c'est bien avant tout parce que ces derniers savent à juste titre que la Russie post-communiste n'a en réalité pas tourné le dos à ses visions impérialistes. Que ce soit en Ukraine (Crimée et Donbass), en Géorgie, en Tchétchénie, en Transnistrie ou par ses menaces régulières sur les Pays baltes, cette dernière reste une puissance déstabilisatrice directe pour toute la région orientale, qui place la Pologne dans une posture de défense.

Fort de ses analyses précédemment critiquées, Moreau se lance dans une diatribe consistant à dire que les Polonais ont trahis les Français à deux reprises, dans l'affaire des Mistrals et dans l'affaire des hélicoptères Airbus, justifiant pour la France que, avec le cas de l'entre-deux-guerres, « l'alliance Franco-polonaise depuis 1918 n'a jamais servit à rien pour la France, les Polonais n'ont jamais tenus leurs paroles vis-à-vis de la France. »

Pour revenir tout d'abord sur l'affaire des Mistrals, le gouvernement de Hollande n'a pas rompu le contrat du fait des pressions américano-polonaises avant tout, mais du fait de l'annexion illégale de la Crimée, de l'envoi de troupes russes sur le sol ukrainien et du soutien à des entités séparatistes menaçant l'intégrité de l'Ukraine, le tout en ayant violé le mémorandum de Budapest signé en 1994****. En supplément de ces faits, les Polonais ont simplement, sous le gouvernement du PO de l'époque, offert à la France un appel d'offre avantageux sur un contrat en hélicoptères en cas d'annulation de l'affaire des Mistrals, dont de toute façon l'intégrité était déjà en branle devant les actions russes en Ukraine. La suite de l'annulation du contrat des hélicoptères Airbus n'est dû qu'à une chose, le changement de gouvernement du PO au PIS, qui a préféré négocier avec leur partenaire militaire habituel états-unien tout en privilégiant des entreprises polonaises.

En définitive, ce qui place en négatif les liens franco-polonais ne sont pas les trahisons supposées de la Pologne vis-à-vis de la France, mais la faiblesse de cette dernière sur le plan diplomatique et sur la projection géopolitique en Europe depuis les partages de la Pologne au XVIIe siècle, la France et ses élites ayant depuis ce moment privilégié des contacts avec la Russie, même lorsque cette même France tentait d'adopter une posture de soutien à une politique centro-orientale. La France fut depuis la fin de l'époque moderne toujours trop évasive et incohérente dans ses projection pour représenter un véritable allié pour la Pologne, alors même que la France possédait une tradition diplomatique en Europe centrale et orientale, notamment pour faire contrepoids aux tentations impériales Allemandes, et sous Napoléon aux gémonies impériales Russes. Ce sont pourtant bien les Français qui aujourd'hui sont les suiveurs béats de l'Allemagne au sein de l'UE pour la majorité de la classe politique française modérée, et les idiots utiles de la Russie pour les néo-conservateurs et conservateurs français.

Mais donc, que faire de cette analyse de Xavier Moreau ? L'oublier pour lui privilégier des travaux d'historiens et des analyses d'actualités qui ne reprennent pas des éléments de propagande grossiers.

Lilian /  C.N.C.

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source.

Notes :

 * Le courant au pouvoir en Pologne n'est pas celui des nationalistes. Pour résumer, deux forces politiques pèsent durant l'entre-deux-guerres. Les fédéralistes au pouvoir autour de la personne de Pilsudski, et les nationaux-démocrates de l'opposition partisans d'une Pologne homogène ethniquement autour de la figure de Roman Dmowski.

*Voir ouvrages « L'Aigle et le Phénix : Un siècle de relations franco-polonaises, 1732-1832 » et « De tout temps amis. Cinq siècles de relations franco-polonaises ».

*** Voir ouvrage « Histoire de la Pologne » aux éditions Hatier.

**** L'Ukraine donnait toute ses armes nucléaires à la Russie en échange d'une garantie de cette dernière à la défense de sa souveraineté territoriale.

 

Commentaires

Merci pour ce billet très intéressant mettant en lumière certains aspects méconnus des relations entre la France et la Pologne.
Moreau n'est pas que le simple serviteur zélé de Poutine. C'est aussi une personne qui n'a aucune qualification ni aucune compétence dans les domaine de l'histoire et de la géopolitique, et qui cherche à se faire passer pour un expert en vendant des livres en France (et sur Amazon, bien sûr. Cherchez l'erreur..).
Bref, un imposteur, que les français déjà gavés de propagande kremlinoïde doivent oublier très vite.

Écrit par : Aronnax | 12/12/2016

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Merci pour votre commentaire encourageant. Il s'avère que l'auteur est étudiant en histoire et spécialisé sur l'histoire de la Pologne.

Écrit par : Gardien du phare | 13/12/2016

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Moreau, la voix de Moscou, le porte parole des républicains inféodés à Poutine, qui écrivait il y a bientôt 3 ans "L'Ukraine est morte", celui qui continue de parler de la junte fasciste de Kiev sans y mettre les pieds pour nous enb apporter une preuve et tout en se trouvant en territoire occupé par les Russes sans voir un seul Russe dans le Donbas..

Edmond Huet
Kyiv, Ukraine, Europe.

Écrit par : Edmond Huet | 13/12/2016

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Que faire de Pascal Lassalle du Cercle Non-Conforme, ouvertement anti-russe, marié à une Ukrainienne et proche sympathisant français du régiment AZOV!?

Écrit par : George Orwell | 28/12/2016

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