Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

02/11/2016

La société des souffreteux

souffreteux.png

La décence devenant rare, il n'est guère étonnant d'assister à une surenchère de la douleur et de la maladie tout autour de nous. Réelles ou fantasmées ? On en finirait par choisir la seconde option tant on a l'impression de vivre au milieu d'une société d'hypocondriaques.

Le moindre problème physique (ou psychologique!) est devenu l'occasion de se plaindre inlassablement et d'étaler sans pudeur aucune son pauvre sort aux yeux de ses contemporains... qui renchérissent dès que cela leur est possible ! Via ces complaintes incessantes, on comprend qu'aujourd'hui, tout prend une proportion démesurée dès qu'il s'agit de la santé. Les gens n'ayant plus rien à se dire, plus rien à partager, ils cherchent à exister de la plus misérable manière possible : attirer la compassion voire la pitié.

Bienvenue dans la société des souffreteux qui remplissent les salles d'attente des médecins en tout genre ou des urgences ! Du vrai pain béni pour les laboratoires, les pharmacies et les traficoteurs de cerveaux ! Un rhume ? Un eczéma ? Une « dépression »? C'est l'occasion d'aller quémander un arrêt de travail ou une bonne dose de médicaments (qui permettent à chacun de se convaincre de la véracité de la « maladie »). Cela tombe bien, notre société favorise et entretient le glissement des individus vers un état de faiblesse psychologique et physique constant. « Mais oui, vous êtes malade ! »

Tout le monde doit se trouver des problèmes ! Vous pensez ne pas en avoir ? Ouvrez donc l'un de ces magazines « santé-psycho », vous vous trouverez bien une pathologie à somatiser ! La société de consommation se double d'une société de victimisation. Etre une victime, c'est commode ! On peut justifier tous ses travers et s'en faire excuser.

La société du spectacle ne fonctionne pas autrement : toutes les stars ont, un jour ou l'autre, « confié » dans Télé 7 Jours ou chez Ardisson, un traumatisme d'enfance ou un combat contre le cancer. Ca les rend presque accessibles et ça les rapproche de la plèbe. Ils sont comme vous : malades et ils le disent ! Soyez comme tout le monde, ne vous a-t-on pas dit qu'il fallait parler de ses problèmes et ne pas tout garder pour soi ? Répandez-vous ! Couinez sur les réseaux sociaux ou auprès de vos collègues ! Vous n'en existerez que mieux aux yeux des autres.

Nos anciens disaient que « les grandes douleurs sont muettes »... La discrétion est avant tout une question d'honneur personnel.

Quelles dégénérescences que cette déification de la fragilité et de la surenchère du gémissement! C'est la pitié que l'on cherche, c'est la faiblesse que l'on brandit, c'est la Grande Santé (et donc la Vie) que l'on écarte d'un revers de la main pour se vautrer dans le Xanax et les antibiotiques.

Une société de malades est docile, facilement contrôlable et ne présente aucun risque pour le système. Au contraire, elle le nourrit et le fait perdurer.

Ann et Rüdiger / C.N.C.

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source.

 

Commentaires

Même si je trouve le tableau peint ici relativement réaliste avez vous considérez le fait que les êtres humains dans les société occidentale de l'Ouest soit rendu plus fragile par le confort, les médocs, la nourriture et la pollution.

Écrit par : rolalalala | 02/11/2016

Répondre à ce commentaire

Vous avez raison, les facteurs sont multiples. L'un des principaux étant à mon sens le vide qui caractérise l'homme européen de notre époque. Il ne donne aucun sens à son existence (autre que consommer et jouir sans entraves en bon individualiste), n'est animé par rien, aucune valeur supérieure, aucune Idée, aucun combat.

Cette mollesse en tout (mais surtout d'esprit) en fait un faible parfaitement inoffensif pour nos ennemis.

Écrit par : Rüdiger | 04/11/2016

Votre billet n'est pas, toutes proportions gardées, sans rappeler le diagnostic de feu Jean Baudrillard à propos du "social" ou des discours qui lui sont attachés. Il écrit, dans "Les stratégies fatales" (1983), que "Le social, qui s'investissait jadis dans des luttes, qui connaissait des enjeux véritables, (...) qui, jadis, s'illustrait dans ses héros (...) s'indexe sur ses handicapés, ses tarés, ses dégénérés, ses débiles, ses asociaux, dans une gigantesque entreprise de maternage thérapeutique".

Maternage. L'humanisme égalitaire a fait de notre civilisation, une femme obèse en mal d'affection qui multiplie les "analyses" et qui ne se complait que dans l'obscène étalage de son mal-être. Une p..e à "migrants" féministe dont les tares imprègnent désormais toute la sphère socio-culturelle.

Écrit par : Aryosophe | 03/11/2016

Répondre à ce commentaire

Merci pour la référence. J'irai consulter cet ouvrage de Baudrillard.

Écrit par : Rüdiger | 04/11/2016

Écrire un commentaire