Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

27/10/2016

Chronique Manga: Bienvenue dans la NHK !

bienvenue_dans_la_nhk_vo_186.jpg

Bienvenue dans la NHK !

Big Brother, Big Other, Big Mother ce trio infernal résume parfaitement la matrice dans laquelle nous humains déracinés évoluons, perdus au milieu d’un non-occident à bout de souffle. Pour comprendre et se détacher de notre monde, il ne faut rien attendre des séries, des romans et autres outils du divertissement. La plupart du temps, ils n’existent que pour nous détourner de la voie. Ils nous enchainent à un état d’ « adulescent ». Ils excitent nos désirs, pour mieux nous façonner en une « une copie qu’on forme » (pour reprendre l’expression d’Alain Damasio). Très peu sont là pour nous ramener dans la réalité, nous être utiles en somme. Bienvenue dans la NHK, l’adaptation en série animée du court roman écrit par Tatsuhiko Takimoto, décode très bien notre Big Mother des temps présents1. Après cela reste ce que c’est, un produit de la société de consommation. Personne ne vous sauvera de vous-même.

L’histoire tourne autour de Sato, un asocial de 22 ans des plus extrêmes. Il dort 16 heures par jour, passe le reste de son temps sur les écrans, sort une fois par semaine de chez lui pour aller chercher de la nourriture, n’est en relation avec quasiment personne. Comble du pire, il ne poursuit point d’études et n’a pas de travail. Cela fait plus de 4 ans qu’il regarde le film de cette moribonde existence défiler sous ses yeux. Alors qu’il s’enfonce dans la folie, il est amené à rencontrer d’une part, Mizaki une jeune fille mystérieuse qui se donne pour mission de l’aider et d’autre part, Yamazaki qui l’embarque dans la création d’un roman interactif grivois.

Au Japon, on appelle le type de personnes qu’incarne Sato un hikikomori, un phénomène assez répandu au Japon (l’auteur en est lui-même un). L’affliction sociale reste cependant discernable ici à des degrés divers ici, ils détiennent juste une longueur d’avance sur nous. Par amour du « Grand Autre », beaucoup de caucasiens se masturbent en pensant à cette île lointaine2. Or, le pays est loin d’être un exemple sur tous les sujets tel que c’est montré dans l’œuvre.

Il demeure assez incroyable que l’auteur ait choisi un personnage central si rebutant. En effet, notre anti-héros n’inspire même pas de la pitié, mais plutôt du dégoût. Trop lâche pour affronter la vie ou la mort, on a l’impression de croiser un individu sans forme qui ne fait les choses que par dépit. Il vagabonde sur une route brumeuse où il croise parfois des néons de conscience et retourne dans la brume aussitôt. Il est traversé par une force qui l’invite à retourner à l’état de fœtus. Il veut que Big Mother le nourrisse tout en étant dégoûté de cet état de fait, aspirant à s’ouvrir sur le monde extérieur, à être hors de lui. Cependant, il est bloqué par sa peur d’affronter la réalité, son manque de confiance et le poids des mauvaises habitudes nées de l’ultra-confort. Ce qui fait que l’on arrive à suivre les non-aventures de cette personne sans aucun mérite, c’est qu’il a conscience d’être un déchet et que l’ensemble ne manque pas d’ironie et d’humour noir, sans compter le bon message qu’essaye de délivrer cette fiction.

Bienvenue dans la NHK diffère d’autres œuvres nippones où le héros tombe dans plein de situations incroyables. Ici, personne n’échappe à soi et à la banalité. Les vies des différents personnages sont sans éclat. Ils ne « brilleront pas avec la mort, car ils vivent déjà éteints ». Ils sont tous le reflet de pathologies sociales malheureusement devenues trop courantes. De ce fait, il se dégage ambiance assez pessimiste qui tranche avec un générique d’ouverture guilleret (qui en regardant de plus près ne l’est pas vraiment et synthétise discrètement toute la série).

En novlangue, on affirmerait que l’œuvre est ultra-stigmatisante. En non-novlangue, elle cerne bien le réel et c’est moche, très moche. La culture otaku, les jeux vidéo en ligne, la pornographie, etc. Tout cela est montré sous son vrai visage. Non, sans déconner l’attirance pour des adolescentes en plastique n’est pas le signe d’une bonne santé mentale. C’est presque devenu tabou de le dire. C’est comme expliquer que Pokémon Go n’est peut-être pas le pinacle du progrès. Pour beaucoup je suis déjà en train de tendre le bras en proférant cela mais, je m’égare.

Nous n’avons pas la volonté de voir notre domestication, notre état de canidé dans les sociétés développées. Tatsuhiko Takimoto l’annonce très bien dans la préface de son livre : « La plus grande source de colère provient de sa propre lâcheté. Il est pauvre parce qu'il ne sait pas comment gagner de l'argent. Il n'a pas de petite amie, car il n'a aucun charisme. Mais le processus qui mène à se rendre compte de la vérité et à accepter ses propres faiblesses demande beaucoup de courage. Aucun être humain, je dis bien aucun, n'a envie de regarder ses propres insuffisances en face. C'est à ce moment-là que le théoricien du complot projette sa lâcheté sur le monde extérieur. »

Sa conviction tient pour lui que le poids des idées pèse très peu dans le changement d’une personne. Un quidam explique par exemple qu’il a lu 200 livres de développement personnel et que sa vie n’en fut point modifiée pour autant. Bienvenue dans la NHK est surprenant de cynisme: l’hypocrisie et l’innocence désintéressée disparaissent quand on gratte en surface. L’espoir réside quand même, mais il ne se manifeste pas comme quelque chose d’éclatant. D’ailleurs, la série est habile pour sous-entendre (en partie pour contourner la censure), ce qui contrebalance l’animation de qualité moyenne.

Beaucoup de questions émergent après la vision ou la lecture de Bienvenue à la NHK. On n’est pas indifférent et c’est le meilleur compliment que je puisse faire. Longue est la route vers l’autonomie, la définition de ses propres normes. Postmodernes, Trop Post-modernes. Nous sommes tous seuls ensemble. Certains en bon évoliens, se croyaient être en dehors de la matrice, surfer sur le Kali Yuga. On espère tous chevaucher le tigre, mais on est dans sa gueule...

Valentin/C.N.C.

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source.

1 Je vais me concentrer principalement sur la série, car le (court) roman et le manga sont quasi-identiques.

2 Ce genre de schizophrènes qui aime le japon parce que c’est une société homogène et traditionnaliste et qui installé là-bas voudrait le changer en nouveau temple du multiculturalisme et du progrès. Logique !!!

Les commentaires sont fermés.