Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

18/10/2016

Chronique de bande dessinée : Morgan Navarro "Ma vie de réac"

ma vie de reac.png

Morgan Navarro, Ma vie de réac

Dargaud en partenariat avec Le Monde vient de publier les planches de bande dessinée du blogueur Morgan Navarro hébergées sur le site du journal. (http://morgannavarro.blog/lemonde.fr)

Ce dernier apparaît comme un observateur impuissant mais lucide de notre époque, comme il l'écrit lui-même en quatrième de couverture :

« On me traite de réac, mais je ne le suis pas. 

Je suis lucide, c'est tout.

Est-ce être réactionnaire de voir à quel point le monde court à sa perte ?

N'est-cd pas normal d'être atterré

par la bêtise crasse de notre époque ?

Une époque où les enfants commandent, où l'idiotie est cool, où le savoir est moqué,

où on se demande si c'est pas machiste

de tenir la porte aux dames ?

Bon, je sais, parfois je m'énerve un peu trop,

mais c'est plus fort que moi.

Attaqué par la connerie, je réagis, c'est tout.

Bon ok, je suis réac. »

Réac ? Vraiment ? Qui ne s'est jamais fait traité de « réac » dans un univers majoritairement « de gauche » ? Ou tout simplement dans un univers où seuls ceux qui l'ouvrent sans arrêt sont à gauche ? D'ailleurs de quelle gauche parle-t-on ? Quant on lit les planches parfois très drôles, parfois, il faut l'admettre, un peu plates, de cette BD, on imagine sans peine que Morgan Navarro est un type normal, plutôt « à gauche », au sens où il ne semble pas être dans le camp du patronat et qu'il doit pas trop aimer la loi travail, mais qui se retrouve brocardé sans arrêt parce qu'il trouve ridicule ou incompréhensible les délires genderistes où il se demande ce que sont « les personnes agenres ? » entre autres bizarreries du gauchisme post-moderne militant. Les planches sur Nuit Debout (pages 93/94/65) sont, à ce titre, particulièrement efficaces.

Ma vie de réac dépeint assez bien ce quotidien de plus en plus difficile pour les types de bon sens, pas forcément à droite, vivant dans un environnement parisien totalement déconnecté du réel et avide de toutes les modes sociologisantes deconstructivistes. Le bon sens, n'est-ce pas habiter en tant que borgne ce royaume d'aveugles ? Car il ne s'agit ici ni de politique ni de revendication mais bel et bien d'un homme usant de son bon sens et se heurtant à la bêtise ambiante tout en choisissant de continuer à la côtoyer, et d'être ainsi pointé du doigt en tant que reac. Dans "accouchement avec plaisir", on ressent parfaitement tout le cynisme de l'auteur face aux influences américaines. La planche croque avec réalité l'impossibilité du dialogue. Face à une énième facétie, la réaction de l'auteur lui vaut un immanquable « macho ». On est toujours « réac », « macho », « raciste », « islamophobe »… Même sa femme semble mal à l'aide, gênée souvent, par ses saillies.

Bien sûr comme Michéa ou Onfray, jamais l'auteur ne franchit le Rubicon de la question qui fâche : l'identité. Mais ce qu'apporte cette BD c'est un bol d'air frais pour le Français lambda, qui déjà pris dans un rituel journalier souvent stressant (bouchons, etc...). Et dans le fond on ne sait jamais vraiment ce que pense l'auteur sur le sujet. Est-il fondamentalement en désaccord ? Rien n'est jamais sûr.

L'ouvrage se termine par les publications des commentaires de son blog. On imagine sans peine les réactions conditionnées du lecteur moyen du journal Le Monde à la lecture d'une planche vaguement sexiste ou superficiellement « réac ». Le gauchiste, à force d'insulter tout le monde, a sûrement l'impression que la société « se droitise », mais si, au fond, c'était surtout lui qui s'enfonçait dans la connerie ?

Bien loin de la violence volontairement exagérée de Marsault, plus réaliste, plus intime, cette BD peut être placée entre beaucoup de mains.

Jean/C.N.C.

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source.

Les commentaires sont fermés.