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16/10/2016

Chronique de film : Captain Fantastic de Matt Ross

 Captain Fantastic de Matt Ross (2016)

captain fantastic.jpgMarteau de Thor autour du cou, Viggo Mortensen nous conduit dans Captain Fantastic à vivre une véritable aventure entre deux mondes que tout oppose. Lui, en père de famille écolo vivant avec ses enfants dans une forêt du nord-ouest des Etats-Unis, et le reste de sa famille, représentant l'Amérique industrielle, consumériste, protestante et bourgeoise. Mais ne nous y trompons pas, le film n'est pas véritablement manichéen. Il est plutôt une porte ouverte à la réflexion sur notre monde, mais aussi sur les façons de s'en extraire.

Car l'éducation des enfants de Ben Cash, le nom du personnage qu'incarne Viggo Mortensen, n'est pas du tout une éducation babacool. L'idéal de ce père de famille omnipotent, c'est la République de Platon, celle des philosophes rois et les enfants sont élevé à la dure : entraînement intensifs, maniement des armes, alpinisme extrême, chasse au couteau, etc... on est loin des caricatures du hippie loufoque refaisant le monde entre deux pétards. De drogue d'ailleurs ici il n'en est pas question. On parle de nourriture bio et locale et les enfants maîtrisent les sciences, la philosophie politique ou la musique classique dès le plus jeune âge.

Privilégiant la discussion et l'élévation intellectuelle, les enfants de la famille Cash sont en complet décalage avec leurs cousins, ignares et férus de jeux videos violents et abrutissants. Une éducation que tout oppose. Chez les Cash, on ne cache pas la vérité aux enfants, même à leur plus jeune âge, il n'y a pas de tabou, ni sur la nudité, ni sur la sexualité, ni sur la violence, ni sur la mort. A l'inverse de la famille de leurs cousins, où les tabous sont nombreux. La question se pose ici, les adultes ne pensent-ils pas trop souvent à la place de leurs enfants, les préservant de la réalité de la vie dans ce qu'elle peut avoir de dur, mais les exposant à bien d'autres dangers : l'ignorance ou la bouffe chimique.

C'est parce qu'ils connaissent la vérité que les enfants apprennent à gérer le décès de leur mère, élément qui va permettre à l'histoire de prendre son envol. A travers ce drame, qui se mue souvent en comédie, et qui vous conduira sûrement à manifester une palette d'émotions très différentes, on peut trouver des allusions à d'autres films comme Little Miss Sunshine ou La Route. La mort de la mère et la complicité qui existe entre M. Cash et son fils, Bodevan, n'est pas sans rappeler le film de John Hillcoat qui amène à réfléchir sur notre dépendance à la société industrielle.

Mais ce film est aussi un moyen de pointer les contradictions d'un père qui peut se muer en despote. Son aversion pour le christianisme touche ses limites dans une allusion subtile aux communautés chrétiennes vivant en marge de la modernité. Le protestantisme ne se limite pas au capitalisme de Max Weber et aux éléments caricaturaux du parti républicain. Son anti-nationalisme new age tranche avec une éducation enracinée, hygiéniste et guerrière. Sa soif de liberté avec son refus d'accepter les choix de ses proches.

De limite, il est question dans ce film, car c'est bien l'absence de limite qui conduit les deux modèles vers l'absurde. Tout l'intérêt du film réside donc dans la dernière partie à savoir comment ces contradictions vont se résoudre. Si la trame narrative est assez classique, Captain Fantastic est un film à voir d'urgence, qui mettra mal à l'aise les hommes post-modernes que nous sommes mais qui espérons le, conduira à de substantielles évolutions dans notre rapport à notre environnement, à l'éducation des enfants, à notre corps et aux autres.

Jean/C.N.C.

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source.

Commentaires

Je viens de regarder ce film et on peut noter trois choses intéressantes :
- Il n'y a que des blancs.
- Les enfants sont plus proches des perroquets que des philosophes rois.*
- Aucune référence à Theodore Kaczynski.

*Au lieu d'éduquer leurs enfants selon leurs inclinations naturelles, il les force à étudier des choses qu'ils n'étudieraient pas de façon personnelle, il ne fait que répéter l'erreur de l'école de la république, qui a eu pour capacité de réduire le QI moyen français de 15 points en 120 ans et de mettre des paysans au pouvoir.

Écrit par : Godomar | 18/10/2016

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Il faut aussi partager un socle minimal de connaissances et ouvrir son esprit même si tout est une question de proportion.

Pour Ted K. c'est exact, et d'ailleurs j'ai tout de suite fait le rapprochement (dans un autre genre on peut trouver peut-être un peu de l'histoire de Virkenes dans les doutes sur l'éducation des gosses que manifeste la société dès qu'ils sont pas dans l'école publique). La référence à Chomsky m'a franchement fait marrer, mais justement ça participe des incohérences du personnage que je pointe. Son profil est proche de l'ecofascisme alors qu'il est persuadé d'agir pour le bien de l'humanité... (Remarque qui est renforcée par sa condamnation à la fois du capitalisme et du marxisme, écologie de troisième voie très proche de ce que nous défendons).

Écrit par : JB | 18/10/2016

Des paysans au pouvoir ? Je ne les vois pas. Et qui aurait il de mal a ça ?

Paysans et quotient intellectuel sont tout à fait compatible ...

Écrit par : Cincinnatus | 18/10/2016

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Bourgeois et paysans sont de la même caste. Ces deux groupes sont adeptes de la propagation d'idées irréalistes.

Écrit par : Godomar | 18/10/2016

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