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05/10/2016

Qu'est-ce-que le mondialisme ? (Georges Feltin-Tracol)

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Qu'est-ce que le mondialisme ?

 

Conférence prononcée le 17 août 2016 à Sées en Normandie dans le cadre de l’université d’été d’Academia Christiana

 

Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs, Chers Amis

En 1984, le Grand dictionnaire encyclopédique Larousse définissait ainsi le mondialisme : « Doctrine qui vise à réaliser l’unité politique du monde considéré comme une communauté humaine unique. » Une seconde définition précisait qu’il s’agit aussi de l’« approche des problèmes politiques dans une optique           mondiale ». Ces deux explications complémentaires insistent sur la portée politique du mot. Le mondialisme est une théorie politique qu’on doit dissocier de la mondialisation dont l’acception est plus économique, géographique et technique, même si en réalité mondialisation et mondialisme se soutiennent mutuellement.

Concept politique, le mondialisme œuvre sur une échéance plus ou moins longue en faveur d’un État mondial, d’un État planétaire (souvent évoqué dans les récits de science-fiction), voire d’un État universel pour reprendre une expression chère à l’écrivain allemand Ernst Jünger. Dans son honorable biographie Ernst Jünger. Un autre destin européen (Éditions du Rocher, 2009), Dominique Venner ne mentionne pas son bref essai de 1960, L’État universel, qui prolonge ses réflexions de 1945 sur La Paix. Jünger y annonce que « la perspective de l’État universel semble plus vraisemblable, son avènement mieux garanti par les signes des temps et, quant à la paix mondiale, plus souhaitable qu’un nouveau partage du pouvoir (L’État universel, Gallimard, coll. « Tel », 1990) ». Visionnaire, il ajoute plus loin que « l’uniformisation actuelle des sexes est l’un des symptômes de l’aspiration où s’annonce l’avènement de l’État universel (Idem) ». Et si la soi-disant citoyenneté mondiale relevait de l’androgynat, des LGBTIQ ou du transhumanisme ? Prévoyant un État global, Jünger pense aussi  à sa fin. L’intrigue de son roman Eumeswil (1977) se déroule après sa disparition.

Le mondialisme est paradoxal, car, si ne subsiste sur le globe qu’un seul et unique État, où se réfugieraient ses éventuels opposants ? S’ils s’installent sur la Lune ou sur Mars, un autre État se créerait de facto. Pour paraphraser le philosophe Marcel Gauchet, le mondialisme est la politique de la fin du politique puisqu’il postule l’effacement (définitif ?) de la distinction schmittienne entre l’ami et l’ennemi quand elle n’évacue pas non plus les deux autres critères fondamentaux vus par Julien Freund dans L’Essence du politique (1965) : le commandement – l’obéissance d’une part, le public – le privé d’autre part.

Dans le temps qui m’est imparti, je ne puis retracer ici l’histoire de cette idée largement partagée par les oligarchies politiciennes, scientifiques, financières et médiatiques. Hors de tout contexte chronologique, je vais plutôt vous présenter une typologie des mondialismes. Différents mondialismes coexistent qui, selon les lieux,  les circonstances et les enjeux, se combinent, se coalisent ou bien s’affrontent.

Les étudier ne signifie pas sombrer dans le complotisme ou dans le conspirationnisme. Le chef d’orchestre suprême qui tirerait les ficelles de telle ou telle conjuration à travers diverses officines secrètes n’existe pas comme l’indique avec brio Vladimir Volkoff dans son roman Le Complot (2003). En revanche, comme on va le voir, des groupes discrets peuvent tantôt s’entendre, tantôt s’affronter.

Avant de détailler les différents mondialismes politiques ou idéologiques, commençons ce panorama par un mondialisme métapolitique, le « mondialisme scientifique », en particulier à propos des origines anthropologiques et génétiques des hommes. Selon le discours officiel, nous serions tous des arrière-petits-enfants de Lucy et notre berceau serait l’Afrique. Cette théorie monogéniste domine l’Université occidentale et écarte sans discussion les découvertes en faveur des thèses polygénistes ou multirégionales qui infirment la thèse africaine. Parce que nos supposés ancêtres viendraient d’Afrique, nous devrions accepter les immigrés clandestins délinquants et l’invasion migratoire en cours de notre continent. Le mondialisme scientifique offre aux autres mondialismes une argumentation sommaire et efficace qui nie les frontières, les identités et les ensembles politiques souverains.

Le premier mondialisme politique examiné ici nous concerne en priorité puisqu’il s’agit du mondialisme républicain français largement élaboré par la franc-maçonnerie. Les valeurs de la République sont des valeurs maçonniques. Depuis son célèbre canapé rouge, le dissident persécuté Alain Soral s’affirme            « républicain et universaliste ». Qu’est-ce que l’universalisme ? Toujours d’après le Grand dictionnaire encyclopédique Larousse, ce terme désigne l’« opinion de ceux qui ne reconnaissent d’autre autorité que celle du consentement universel ». Sa seconde définition signale un « caractère universel du salut destiné à tous sans exception ». Le registre sémantique n’est pas politique, mais religieux. Quant à l’adjectif « universel », il comporte six définitions dont une très liée au mondialisme, à savoir : « Se dit de ce qui s’étend sur toute la surface de la terre; mondial, planétaire. »

La République hexagonale d’essence maçonnique qui occupe et gangrène actuellement la France, se veut universaliste parce que ces textes fondateurs, pensons à la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789, s’adressent théoriquement à l’ensemble de l’humanité. Les révolutionnaires accordèrent volontiers la nationalité française à des étrangers comme Anacharsis Cloots. Le jus solis ou « droit du sol » partiellement appliqué dans l’Hexagone repose d’ailleurs sur la conception mondialiste – universaliste d’une République une et indivisible dont les frontières devraient correspondre aux limites du globe terrestre.

Dans Le Nouvel Observateur (21 – 27 février 2002), le sénateur alors PS de l’Essonne, un certain Jean-Luc Mélanchon, déclarait que « la France est une construction purement politique : elle n’est soudée ni par la langue, ni par une appartenance ethnique, ni par une religion, ni par une couleur de peau. Elle est tout entière le fruit d’un pacte civique. Ce pacte se fonde sur les principes issus de la Grande Révolution de 1789. Or depuis toujours, nous savons que ces principes ne peuvent s’épanouir complètement sans s’universaliser. […] Un républicain conséquent ne croit pas qu’on puisse faire la France dans un seul pays ». Pour sa part, Maurice Szafran avançait, dans Marianne (31 octobre – 6 novembre 2009), que « depuis 1789, la nation française est une construction politique, en aucun cas une communauté. En fait, l’identité française se résume pour l’essentiel à l’idée républicaine. […] L’identité nationale républicaine, c’est la laïcité […], c’est la relégation du religieux dans la sphère familiale et privée. […] L’identité nationale républicaine, c’est l’affirmation du principe égalitaire contre le principe héréditaire ». Le directeur de la rédaction de l’hebdomadaire La Vie, Jean-Pierre Denis, surenchérit dans la revue Limite (mai 2016) : « La France est un pays singulier, avec une vocation universaliste. Le seul peut-être avec les États-Unis à pouvoir se considérer comme un projet. » Un projet bâti sur le fallacieux vivre-ensemble !

Ces trois citations font penser au beau dessin du génial caricaturiste Konk intitulé « Spirit sur Mars ». De dos, deux extra-terrestres regardent l’espace et discutent. Le premier s’interroge : « Et nous aussi, on est français ? » L’autre lui répond : « Mais oui, tout le monde il est français ! » Vous comprenez que d’après ces quelques exemples, il n’est pas anodin que nos lamentables politiciens dédaignent les principes traditionnels français et européens pour de soi-disant valeurs ripoublicaines. La lie politicarde, intellectuelle et médiatique cherche à faire croire aux Français de racines européennes que leur destin serait un Brésil hexagonal, c’est-à-dire un pandémonium multiracial marchandisé.

On retrouve ce messianisme politique dans un autre mondialisme aujourd’hui en léthargie après des décennies d’activisme sur tous les continents : le mondialisme révolutionnaire communiste qu’il soit soviétique ou gauchiste. On oublie trop souvent que l’intention initiale du projet bolchevik était la conquête du monde et non pas l’internationalisme qui, comme le prouvera Staline, conserve le facteur nationalitaire. La IIIe Internationale communiste (ou Komintern) fondée en mars 1919 à Moscou diverge des précédentes Internationales, car elle n’est pas une fédération de partis, mais une union de sections communistes dans un parti communiste mondial. Son but est la fondation d’une « Union mondiale des républiques socialistes des soviets ». L’URSS sert d’assise territoriale et politique et aurait dû intégrer d’autres États. Cette intention resta sous-jacente jusqu’à sa disparition subite en 1991. En janvier 1979, le Kremlin sondait Sofia afin que la Bulgarie devînt la 16e république fédérée soviétique. Les dirigeants bulgares repoussèrent prudemment l’offre. Dans ces conditions, il était cohérent que les sections locales du communisme, puis des gauchismes, menassent de violentes campagnes anti-nationales. L’échec économique des modèles socialistes scientifiques, puis leur disparition, arrêtèrent la marche vers un État socialiste mondial.

On assista toutefois à la fin de la décennie 1990 à l’étonnante mue du mondialisme révolutionnaire en altermondialisme. Le 12 août 1999, le syndicaliste agricole de la Confédération paysanne (et futur bioconservateur) José Bové démonte un restaurant Mac Donald’s en construction à Millau. Il acquiert une grande notoriété et rend visible un vaste mouvement de contestation qui réussit ensuite en novembre 1999 à faire échouer les négociations de l’OMC (Organisation mondiale du commerce) à Seattle aux États-Unis. En France, ATTAC (Association pour la taxation des transactions financières et pour l’action citoyenne) se monte à l’initiative du Monde diplomatique. Ce soudain succès médiatique incite les « anti-mondialistes » à vite changer d’appellation. En effet, trop connoté, « anti-mondialisme » désigne les infréquentables que nous sommes. En adoptant le terme « altermondialisme », ils expriment leur hostilité au mondialisme libéral, financier et libre-échangiste et leur préférence pour un autre mondialisme progressiste et solidaire, celui-là.

Connaissant son heure de gloire dans la première moitié des années 2000, cet autre mondialisme n’est pas exempt de contradictions. Ainsi les alter-mondialistes défendent-ils la souveraineté alimentaire, le localisme et la souveraineté énergétique, mais ils rejettent toute souveraineté politique. Pis, ils revendiquent la fin du libre-échange des biens et des capitaux, et encouragent et facilitent les flux migratoires croissants. Engoncés dans leurs certitudes (comme d’ailleurs les libéraux conservateurs), ils ne comprennent pas que l’arrêt simultané du mondialisme et de la mondialisation présuppose l’établissement d’une société fermée, d’un État organique et d’une autarcie économique des grands espaces civilisationnels. L’une des dernières manifestations de cet altermondialisme a été le fameux mouvement « Nuit Debout », un ramassis de bo-bos, de gogos et de zozos… On peut aussi rapprocher de cette mouvance les ZADistes de Notre-Dame-des-Landes, de Sivens, de Bure et de Roybon qui mènent des combats justes avec des idées complètement erronées.

Le quatrième mondialisme politique à examiner maintenant est peu connu bien qu’il marque l’histoire des idées politiques européennes en profondeur. C’est le mondialisme ésotérique. Vous le savez peut-être, surtout si vous avez lu Le XIXe siècle à travers les âges (1984) de Philippe Muray, les socialistes furent longtemps des compagnons de l’occultisme et de l’ésotérisme. D’éminents responsables socialistes étaient spirites et faisaient tourner les tables le soir !

Le mondialisme ésotérique désigne en particulier l’École de la Tradition primordiale dont les figures les plus représentatives s’appellent René Guénon, Julius Evola et Frithjof Schuon. Écartons de suite Julius Evola de notre propos, car ses écrits célèbrent l’Européen différencié anti-mondialiste. Au risque de vous choquer et nonobstant sa conversion à l’islam, René Guénon n’est pas mondialiste. Son œuvre est plutôt un « apolitisme permanent de l’esprit » avec parfois, ici ou là, quelques inclinations vers un universalisme envisagé comme une émanation de la Tradition primordiale.

Le cas le plus flagrant de ce « mondialisme ésotérique » concerne Frithjof Schuon. Disciple de Guénon, Schuon se convertit très tôt à l’islam soufi et fonde une confrérie mystique. Néanmoins, au fil des années, Schuon entreprend un amalgame syncrétique qui va de l’hyperdulie chrétienne aux pratiques chamaniques amérindiennes. À la fin de sa vie, René Guénon lui-même mettait en garde ses correspondants contre ce si déroutant disciple. Schuon justifie sa démarche à travers son livre majeur, De l’unité transcendante des religions (1948). Estimant que toutes les spiritualités humaines procèdent, directement ou non, de la Tradition primordiale, il soutient un « œcuménisme ésotérique » réservé à une élite d’initiés transnationaux…

D’abord restreint à quelques cénacles minoritaires, ce mondialisme-là est parvenu à séduire une frange non négligeable de la population occidentale en se transformant en partie en mondialisme New Age. Très attaché à la langue française et hostile au franglais, je n’en conserve pas moins le terme anglo-saxon qu’on peut traduire par « Nouvel Âge ». Le New Age fut une constellation de nouvelles religiosités secondaires très dynamique jusqu’au passage à l’an 2000. C’était le temps où des ménages aisés se procuraient des pierres d’énergie, se massaient avec des cristaux, formaient des chaînes humaines sous des lignes électriques à haute-tension ou pendant un orage, ou bien mettaient leurs aliments dans des meubles en forme pyramidale. Bref, osons l’oxymore, le New Age, c’est l’ésotérisme pour tous ! Son caractère mondialiste se remarque par le changement d’ère. On passerait du temps astrologique du Poisson à l’« Âge du Verseau », une époque plus harmonieuse, plus paisible, avec une prise de conscience de tous aux enjeux planétaires et la constitution d’une autorité globale, morale ou politique, universaliste ou mondialiste, aux prérogatives capables de sauvegarder les grandes équilibres mondiaux (ressources naturelles, démographie, croissance économique, etc.). Ce mondialisme s’alimente des théories noachites ainsi que des spéculations sur une religion syncrétique mondiale dont la tyrannie des droits de l’homme et l’écologie de marché (ou                     « développement durable ») en sont les prodromes.

Le mondialisme New Age se décline aussi en un autre mondialisme, le mondialisme écologique. Antoine Waechter estime qu’« un écologiste ne peut être que  régionaliste, européen et mondialiste (dans « Ni droite ni gauche, une nouvelle pensée globale. Entretien avec Antoine Waechter », L’Esprit européen,          n° 8, printemps – été 2002 ») » ! Ne soyons pas choqués. Pour certains écologistes, le niveau planétaire est au fond le seul pertinent puisque leur foyer (oïkos) coïncide avec toute la planète; c’est l’hypothèse Gaïa. Popularisée par James Lovelock dès 1970, cette expression désigne la Terre comme un organisme vivant total qui interagit avec toutes ses composantes (le vivant, le végétal, le minéral, l’air…). Holiste et dynamique, cette perception organique me convient, je l’avoue volontiers. Le problème est que certains adeptes de cette théorie jugent que la survie de Gaïa implique une unité politique globale. Cette vision se diffuse largement auprès de l’opinion via de grosses productions cinématographiques hollywoodiennes telles le film Avatar (2009) de James Cameron. Les Na’vis communiquent avec leur planète Pandora qui mobilise toutes ses forces lors de la bataille finale contre les Terriens prévaricateurs. On le voit, l’hypothèse Gaïa comporte autant de potentialités mondialistes dangereuses que de possibilités identitaires enracinées prometteuses.

Je viens de vous présenter succinctement quelques formes de mondialisme dont l’activisme reste en retrait par rapport aux trois suivants.

Le premier est le mondialisme sioniste. L’OSCE (Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe) vient d’approuver une résolution qui fait de l’antisionisme une forme d’antisémitisme. Cette décision imbécile revient à qualifier d’antisémites des courants traditionalistes orthodoxes juifs tels les Netourei Karta ou les Satmar qui ne reconnaissent pas l’État d’Israël et appuient soit l’Autorité palestinienne, soit l’Iran.

Le sionisme est un judaïsme politique : il entend réunir autour de la colline de Sion à Jérusalem l’ensemble des Juifs répartis sur tous les continents. Sait-on qu’il existe un Congrès juif mondial ainsi qu’une Organisation sioniste mondiale qui favorise l’alyah (le retour en Israël) des communautés juives et garantit à l’étranger la bonne image de l’État hébreu ? Cette idéologie se décline en plusieurs pensées rivales : le sionisme socialiste avec l’expérience des kibboutz et les fondateurs d’Israël dont Ben Gourion, le sionisme révisionniste nationaliste laïque de Vladimir Jabotinsky, voire le sionisme religieux. Certains groupes sionistes religieux qui pensent représenter le « peuple élu », s’assignent la mission de diriger, directement ou non, le monde dans l’attente eschatologique de l’Envoyé de Yahvé. Le religieux phagocyte ici le politique si bien que plutôt que de parler de « mondialisme sioniste », il serait préférable de dire « universalisme sioniste ».

Un problème similaire (mondialisme ou universalisme) nous attend à propos de l’islamisme. Si je choisis le mot « mondialisme », c’est parce que l’islam confond le spirituel et le temporel. Le Coran est tout à la fois un livre religieux, un traité politique et un code de droit civil qui enserre la vie quotidienne d’une multitude de prescriptions religieuses. Depuis sa fondation vers 609 par Mahomet, la religion qui soumet les hommes à la volonté d’Allah est en expansion continue. Pour un musulman, Mahomet est le « Sceau des Prophètes » : il clôt une lignée commencée par Abraham et poursuivie par Moïse et Jésus. Le mahométan considère par conséquent que tous les êtres humains sont sans le savoir ses coreligionnaires. Quand ils l’apprennent, ces derniers doivent se convertir de gré ou, parfois, de force. Il en résulte que l’islam a pour vocation géopolitique d’étendre le Dar el-Islam (terres où règne la Oumma, la communauté des musulmans) aux dépens du Dar el-Harb (les territoires non musulmans à conquérir) et jusqu’aux confins de la planète.

L’islam a par deux fois tenté d’envahir l’Europe avant d’être repoussé en 732 à Poitiers, puis en 1683 devant les remparts de Vienne. Nous assistons aujourd’hui à la troisième vague d’invasion migratoire conquérante grâce à la complicité des traîtres politicards, droits-de-l’hommistes et laïcards. La violence n’est pas le seul moyen employé par l’islam. Ailleurs, l’islam use d’autres méthodes. L’Indonésie se convertit par le commerce des marchands venus d’Arabie; les confréries de marabouts font du prosélytisme en Afrique noire.

Le mondialisme islamiste n’est pas monolithique. Je ne reviens pas sur les violents contentieux entre sunnites et chiites. Toutefois, on remarque qu’à certains moments, ces deux courants ont adopté ou pris des positions ouvertement mondialistes. Quand des responsables iraniens fondent en 1982 une formation politico-militaire libanaise, le Hezbollah, afin de contrecarrer le principal mouvement chiite d’alors, Amal, dont le chef spirituel Moussa Sadr avait disparu en 1978 lors d’un séjour en Libye, le « Parti d’Allah » ne cachait pas son ambition planétaire. Son symbole demeure éclairant : on y lit « Parti d’Allah » en calligraphie arabe avec une lettre plus haute que les autres qui tient une kalachnikov et en arrière-plan le globe terrestre. Ce n’est qu’au tournant des années 1990 que le Hezbollah cessa ses revendications planétaires et adopta un pragmatisme politique qui se coule dans le nationalisme arabe. Aux premiers temps de la Révolution islamique, les Iraniens voulaient unir chiites et sunnites dans une vaste entreprise d’extension sinon mondiale, au moins régionale de la révolution. La méfiance et l’hostilité des sunnites à l’encontre de Téhéran contraignirent les dirigeants iraniens à reprendre et à poursuivre la politique étrangère du Chah d’Iran, en particulier le programme nucléaire…

Chez les sunnites, les Frères musulmans, présents aussi bien en  Égypte qu’au Qatar ou en Syrie, développent implicitement une visée mondiale. En 1935, leur fondateur, l’Égyptien Hassan al-Bannâ fit voter au cours d’un congrès une charte fondamentale toujours en vigueur dont le cinquième point stipule que « le drapeau de l’islam doit dominer l’humanité et que le devoir de tout musulman consiste à éduquer le monde selon les règles de l’islam ». La politique est reléguée au second plan au profit d’une démarche plus gramsciste, en insistant sur une éducation d’ordre universaliste et non sur la confrontation. Ils se séparent d’Al-Qaïda et de l’État islamique qui conduisent des stratégies différentes. Al-Qaïda mène une guerre asymétrique déterritorialisée contre l’Occident globalitaire tandis que l’État islamique s’implante dans divers lieux (Irak – Syrie, Libye, Nord du Nigéria…). La restauration à Mossoul du califat en 2014 par Abu Bakr el-Bagdahdi s’inscrit dans une logique qui entend d’abord unir tous les musulmans sunnites contre les « mécréants », les hérétiques chiites et autres « croisés », puis  ensuite de proclamer son universalité, car, si Damas et Bagdad tombent, tomberont ensuite Riyad, l’Afrique du Nord et l’Europe revendiquée comme une terre d’Islam.

Pour l’instant, on n’en est pas là parce que le mondialisme islamiste affronte le plus puissant des mondialismes, le mondialisme libéral financier anglo-saxon.

L’historien Pierre Hillard (La marche irrésistible du nouvel ordre mondial. Destination Babel, Éditions François-Xavier de Guibert, 2007; La Fondation Bertelsmann et la « gouvernance mondiale », Éditions François-Xavier de Guibert, 2009; Chroniques du mondialisme, Éditions Le retour aux sources, 2014, ainsi que sa préface à Carroll Quigley, Histoire secrète de l’oligarchie anglo-américaine, Éditions Le retour aux sources, 2015) et l’essayiste Michel Drac (Triangulation. Repères pour des temps incertains, Éditions Le retour aux sources, 2015) ont, dans le domaine francophone, bien étudié cette forme de mondialisme que nous connaissons finalement assez bien. Je n’ai pas l’intention de paraphraser leurs travaux que je vous invite à vous procurer le plus tôt possible. Je souhaite surtout traiter de quelques points déterminants dans l’optique mondialiste anglo-saxonne.

Le mondialisme anglo-saxon n’est pas un et unique. Lui aussi se trouve violemment parcouru par de féroces concurrences intestines. Les intérêts de certains groupes ne recoupent pas toujours ceux défendus par d’autres groupes. Les litiges peuvent certes se régler pendant des réunions informelles discrètes. Il arrive toutefois que ces règlements à l’amiable n’aboutissent pas, car les querelles ne sont pas qu’économiques, commerciales ou financières : elles peuvent être politiques, médiatiques, privées, voire sexuelles…

Le mondialisme anglo-saxon plonge son origine dans la psychologique historique des Anglais, soit un « peuple de la Mer ». C’est au XVIe siècle qu’ils découvrent que l’insularité qui les pénalisait se révèle en fait un formidable rempart protecteur et un atout géopolitique majeur. Le penseur contre-révolutionnaire français Louis de Bonald observe dans Écrits sur l’Europe (textes présentés et annotés par Michel Toda, Éditions de Paris, 2006) que « la guerre, toujours maritime, toujours hors ou loin de l’Angleterre, n’entretenait que l’oisiveté des cafés et les spéculations de la Bourse ». Auparavant, Bonald prévenait encore que « la seule monarchie universelle qui soit possible [est] celle de la mer; despotisme maritime d’autant plus fâcheux à toutes les puissances, qu’avec leur fureur épidémique du commerce, elles quittent toutes la terre pour se placer sur les eaux ». Les Anglais transmettent cette mentalité « liquide » à leurs rejetons étatsuniens. À la fin du XIXe siècle, Cecil Rhodes se félicite de la puissance potentielle de l’« Anglosphère ». Son raisonnement est repris, vers 1998, par un homme d’affaires britannique, Conrad Black, qui réclame à la fois le Brexit et une Confédération atlantique entre la Grande-Bretagne et les États-Unis. D’autres anglophones vont plus loin et envisagent une étroite union politique entre les États-Unis, la Grande-Bretagne, le Canada, l’Australie et la Nouvelle-Zélande. Pendant la Seconde Guerre mondiale, Clarence Streit défendait une Union transatlantique dont l’OTAN et le TAFTA ne sont que deux aspects spécialisés. Cette Fédération entre l’Europe de l’Ouest et l’Amérique du Nord, voire de l’Occident, que Samuel P. Huntington désigne comme la « civilisation    occidentale », fait fantasmer les Hexagonaux Philippe Nemo (Qu’est-ce que l’Occident ?, PUF, 2004), Édouard Balladur (Pour une Union occidentale entre l’Europe et les États-Unis, Fayard, 2007), Roger-Pol Droit (L’Occident expliqué à tout le monde, Le Seuil, 2008) ou Ivan Rioufol (La Fracture identitaire, Fayard, 2007). Régis Debray traitait avec ironie en 2002 de ce sujet méconnu dans son remarquable opuscule, L’édit de Caracalla ou plaidoyer pour les États-Unis d’Occident (Fayard). Le philosophe Jacques Maritain (L’Europe et l’idée fédérale, Mame, 1993) a même préconisé une « société politique mondiale » adossée à cet Occident transatlantique. Loin d’être incongrues, ces propositions reprennent les études de cénacles souhaités par Cecil Rhodes et qui œuvrent au rapprochement anglo-étatsunien. L’Anglosphère existe de diverses manières. Donnons deux exemples. Premièrement, en 1988, un journaliste écossais révélait l’existence du réseau d’espionnage Echelon. Les services secrets des États-Unis, de la Grande-Bretagne, de l’Australie, de la Nouvelle-Zélande et du Canada se partagent de nombreuses informations et constituent un premier cercle. Israël représente à lui seul le deuxième. Les Français, les Allemands, les Néerlandais, les Turcs en forment un troisième. Secondement, le criminel de guerre britannique Winston Churchill était par sa mère étatsunien, d’où son goût pour le « Grand Large », ce que avait fort bien compris ce continentaliste méconnu, Charles de Gaulle, très au fait des nombreuses menées anglo-saxonnes dont l’européisme de Bruxelles – ou « euro-mondialisme » – en représente l’une des options. Il y a même à ce sujet un « mondialisme non-conformiste » en référence aux non-conformistes des années 1930. Après 1945, l’une des figures de L’Ordre nouveau, Alexandre Marc, soutient tant dans À hauteur d’homme (Éditions Je sers, 1948) que dans Fondements du fédéralisme (L’Harmattan, 1997) non seulement une fédération européenne, mais aussi une « fédération mondiale ». L’historien Antoine Cohen aborde longuement ce tropisme dans De Vichy à la Communauté européenne (PUF, 2012).

L’Anglosphère, l’Occident et l’atlantisme contribuent au mondialisme. Connu pour L’Ère des organisateurs (1947), l’ancien trotskiste et néo-conservateur de la première génération, James Burnham explicite, dans un autre essai significativement intitulé Pour la domination mondiale (Calmann-Lévy, 1947), « par “ EMPIRE MONDIAL ” un État non nécessairement mondial par son étendue physique, mais dont le pouvoir politique dominera le monde, pouvoir imposé en partie par coercition (probablement par la guerre, mais certainement par la menace de la guerre) et dans lequel un groupe de peuples, dont le noyau sera l’une des nations existantes, détiendra plus que sa part égale de pouvoir ». On croirait entendre George W. Bush et Hillary Clinton !

Le mondialisme anglo-saxon se manifeste à travers un grand nombre d’organismes plus ou moins institutionnalisés. J’exclus ici l’ONU, la Banque mondiale, le FMI et les réseaux subversifs de George Soros. Henry Coston, Pierre de Villemarest, Yann Moncomble et Emmanuel Ratier ont bien décrit toutes ces institutions. Contentons-nous d’un rappel non exhaustif :

— En 1884 est fondée en Angleterre la Fabian Society, un laboratoire d’idées sociales-démocrates et eugénistes. Aldous Huxley fait dérouler son Meilleur des mondes dans une société fabienne… Est-ce fortuit si George Orwell intitule sa célèbre dystopie 1984, soit un siècle après la fondation de cette société ?

— Dès 1909 sous le nom de Rhodes-Milner Round Table Groups existe une Table Ronde. Ses fondateurs, inquiets pour l’avenir de l’Empire britannique, rêvent de fusionner capitalisme et socialisme dans un mondialisme anglophone tout en promouvant le sionisme (Lord Balfour en fait partie) et en se défiant de la Russie alors impériale. La Table Ronde bénéficie des avis du colonel House, le conseiller du président yankee Wilson, et des banques Lazard et JP Morgan, bien avant Goldman Sachs…

— En 1921 est créé outre-Atlantique le Council on Foreign Relations (CFR), un laboratoire d’idées sur les relations internationales très interventionniste.

— En 1954 se tient à Leyde aux Pays-Bas dans un hôtel éponyme la première réunion atlantiste du Groupe Bilderberg autour d’Américains du Nord et d’Européens de l’Ouest parmi lesquels des membres de dynasties européennes comme le prince consort des Pays-Bas Berhard de Lipp-Biesterfeld ou la soi-disant reine d’Espagne Sophie de Grèce. Dans The Guardian (10 mars 2001), Denis Healey, membre de son comité directeur pendant trente ans, déclarait : « Dire que nous cherchions à mettre en place un gouvernement mondial unique est très exagéré, mais pas totalement absurde. Nous autres à Bilderberg pensions qu’on ne pouvait pas continuer à se faire la guerre éternellement et à tuer des millions de gens pour rien. Nous nous disions qu’une communauté unique pouvait être une bonne chose. »

— En 1973, des responsables de Bilderberg et du CFR lancent la Commission Trilatérale parce qu’elle repose sur trois piliers géographiques : l’Amérique du Nord, l’Europe et l’Asie – Pacifique (Japon – Australie – Nouvelle-Zélande), étendu ensuite à certains États d’Asie du Sud-Est. Sa tête pensante la plus connue est le géopolitologue Zbigniew Brzezinski. On a en revanche oublié qu’il réfléchissait dès 1971 aux effets à venir d’Arpanet, l’ancêtre d’Internet, dans La révolution technétronique (Calmann-Lévy, coll. « Liberté de l’Esprit »).

Le mondialisme anglo-saxon est actuellement le plus dangereux, car il sait instrumentaliser avec profit les autres mondialismes afin de faire avancer ses propres desseins. S’il le faut, il usera sans hésiter du terrorisme comme il le fit pour l’Italie des « années de plomb » ou la Belgique des « Tueurs du Brabant » en 1984 – 1985. Les études de la Trilatérale prévoient la fin des emplois et 80 % de la population réduite au chômage. Afin d’éviter tout mécontentement populaire, la Trilatérale promeut les divertissements généralisés multiples, le recours incessant à l’émotion et la faillite voulue du système scolaire. Ces mesures devraient contenir et distraire les masses inactives. La Trilatérale prépare des générations d’hilotes !

Au risque de vous décevoir – ou de vous inquiéter -, même la Russie de Vladimir Poutine est sujette au mondialisme. Des dirigeants russes seraient prêts à quelques concessions pour rejoindre ces cercles influents à la double condition que les instances mondialistes reconnaissent à Moscou la liberté d’administrer son étranger proche et qu’elles acceptent son caractère non occidental, préparant ainsi la future intégration des oligarchies chinoises et indiennes.

Comment conclure sans verser dans le pessimisme ? Par des travaux pratiques. Il vous revient la tâche, exaltante et ardue, de contrer toutes ces menées mondialistes, en particulier celles du mondialisme anglo-saxon. Je vous indique deux actions prioritaires.

La première s’oppose à la sotte réforme du prélèvement fiscal à la source. Cette mesure renforce l’emprise de la technostructure bureaucratique sur nos vies et alourdit la tâche des petites et moyennes entreprises avec le secret espoir qu’elles coulent et laissent la place aux grands groupes transnationaux corrupteurs. Le gouvernement PS privatise une fonction régalienne vitale et rétablit la Ferme générale si ce n’est les fermiers généraux. Merci Michel Sapin ! La seconde est moins immédiate. Depuis quelques mois, plusieurs gouvernements occidentaux, le gouvernement français inclus, veulent restreindre l’emploi de la monnaie-papier au profit de la carte bancaire ou du paiement sans contact. L’Union européenne a déjà créé en septembre 2009 une monnaie électronique dont « l’objectif caché […est] évidemment de renforcer le contrôle, pas seulement fiscal, des individus ou […de limiter] drastiquement la circulation de monnaie papier ou monnaie (au prétexte de supprimer l’« argent noir ») (Emmanuel Ratier, Faits & Documents, 1er – 15 avril 2012) ». Il est curieux que la société liquide souhaite abolir l’argent liquide. Les prétextes ne manquent pas. Professeur en finance et assurance à l’École de management de Lyon, Olivier Le Courtois croît que la résolution de la crise économique passerait par la suppression de « l’argent liquide, c’est-à-dire toutes les pièces de monnaie et les billets. Cela permettrait de débarrasser le pays de son économie noire, laquelle représente entre 3 et 3,3 % de notre PIB selon l’INSEE. […] À terme, on détruit une grande partie de la fraude, on économise des postes de fonctionnaires et on crée des emplois dans le privé              (« Supprimons l’argent liquide pour assainir notre économie. Entretien », La Tribune – Le Progrès, 8 juin 2011) ». Officiant dans l’hebdomadaire mondialiste libéral Le Point (10 mars 2016), Pierre-Antoine Delhommais s’élève contre toute attente contre « la prohibition de l’argent liquide [qui] ne constituerait pas seulement une atteinte sans précédent aux libertés individuelles, elle risquerait aussi d’ébranler fortement cette confiance dans la monnaie ». Certains commentateurs estiment cependant que dans une décennie l’argent liquide pourrait ne plus exister comme c’est pratiquement le cas en Suède, cette société profondément pourrie. S’appliqueraient alors les vieilles recommandations du technétronicien Brzezinski qui envisageait le contrôle cybernétique des individus. Et gare aux réfractaires, Big Brother is watching you !

Je vous conjure de réfléchir dès à présent à d’excellents arguments contre cette disparition programmée, de monter des sites dédiés à ce sujet, de contacter d’autres personnes prêtes à des actions communes, de fonder un collectif « SOS Argent liquide ! » et de préparer au moment propice des actions visibles dans le cadre d’une vaste et intense campagne de presse susceptible d’indigner nos contemporains contre cette forfaiture prochaine.

Les mondialismes sont des Mégamachines qui broient tous les peuples. Pourtant, ce sont aussi des mécaniques fragiles vite enrayées par nous, les grains de sable. Ayons donc l’instinct salutaire de bloquer leur engrenage !

Je vous remercie de votre attention.

Georges Feltin-Tracol

Source : Academia Christiana

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