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30/06/2016

Hommage à Wassyl Slipak

vasyl.jpgLa carrière de Wassyl Slipak était toute tracée. Etoile montante de l'Opéra de Paris, il n'a pourtant pas hésité à quitter le confort douillet de la vie parisienne et des tournées internationales pour défendre son pays.

Car Wassyl est ukrainien. Et patriote. Depuis 2014, il s'était engagé dans la lutte pour l'indépendance ukrainienne. Wassyl est un personnage à lui tout seul. Avec sa voix et sa carrure impressionnante, tout le monde le connaissait. Le drapeau de l'UPA, rouge du sang versé et noir comme la terre ukrainienne le suivait partout. Il aidait plus particulièrement les soldats et les familles des héros ukrainiens, mais ce baryton est allé au bout de son combat en mettant sa vie au bout de ses idées.

Wassyl était généreux, et certains de nos camarades l'ont connu et ont mené quelques opérations humanitaires avec lui. Mais Wassyl est mort. Pour son pays, pour son drapeau. Sous les balles ennemis à Avdeevka, où des patriotes meurent quotidiennement. Les nôtres payent les prix forts de leur combat. Reste en paix Wassyl. Nous et d'autres, nous continuerons ton combat, pour ton pays et pour l'Europe. Rien ne nous arrêtera.

Le Cercle Non Conforme

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Crédit photo : euromaidanpress.com


 

Regard sur l'actu #29 : L'échec des zadistes à Notre-Dame-des-Landes

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Regard sur l'actu #29 : L'échec des zadistes à Notre-Dame-des-Landes

Dimanche soir le verdict tombait : 55% des électeurs de Loire-Atlantique se déclaraient favorables au nouvel aéroport de NDDL. Ce résultat qui peut sembler surprenant, traduit l'autisme des d'activistes qui se sont emparés du sujet.

Un référendum, pourquoi faire ?

Le recours au référendum local a paru être la seule solution pour en terminer avec ce conflit de territoire autour d'un grand projet d'aménagement. L'expression populaire sert ici de caution aux actions des politiques qui défendent le projet en coopération avec Vinci. Mais les « zadistes » qui occupent le site contestent la légitimité de ce referendum. D'une certaine manière, ils sont pris à leur propre piège, eux qui réclament souvent une démocratie directe et une démocratie plus locale, découvrent que le recours au referendum n'est pas la panacée. Avec le Brexit, le referendum est paré de toutes les vertus, alors qu'à NDDL, il devient suspect de toutes les tares.

Avec NDDL, ce résultat permettra à Manuel Valls de demander aux zadistes de respecter l'expression populaire. Ce qui n'empêchera aucune association d'introduire un énième recours pour s'opposer au projet. Quitte à agacer encore plus les habitants... Mais ce résultat peut tout de même poser question, car si l'aéroport est un projet local, il est bel et bien destiné au rayonnement global de l'aire urbaine nantaise. Il y a donc une contradiction apparente à demander en local si on est d'accord avec un projet global qui aura aussi un impact sur le territoire français dans son ensemble et sur le trafic aérien international. Partant de là, on est bien dans le « glocal », cette tendance à passer du global au local en faisant fi des échelles intermédiaires. Et qu'est-ce que le « local » quant on voit des hordes d'étudiants débouler des facs vétustes des grandes métropoles pour se confronter à des riverains qui ont une approche différente de la situation ? Si à NDDL les riverains semblent hostiles à l'aéroport (en raison des nuisances, le fameux NIMBY), à Sivens, les agriculteurs locaux étaient pour beaucoup favorables au projet de barrage. Conflits et montée aux extrêmes...

Les zadistes, coupés du monde

« Quiconque se met à fréquenter les milieux radicaux s’étonne d’abord du hiatus qui règne entre leurs discours et leurs pratiques, entre leurs ambitions et leur isolement. Ils semblent comme voués à une sorte d’auto-sabordage permanent. On ne tarde pas à comprendre qu’ils ne sont pas occupés à construire une réelle force révolutionnaire, mais à entretenir une course à la radicalité qui se suffit à elle-même – et qui se livre indifféremment sur le terrain de l’action directe, du féminisme ou de l’écologie. »

-Comité Invisible, A nos amis, pp. 144-145

Cet extrait de l'opuscule A nos amis résume en grande partie ce dont il est question. Alors que les ZAD réunissaient à l'origine paysans, associatifs, étudiants et radicaux, elles se sont progressivement resserrées autour d'une poignée de radicaux parmi les radicaux faisant la chasse à tout ce qui n'est pas suffisamment comme eux et s'opposant frontalement à certains riverains. Les ZAD ont aussi servi d'abris à un grand nombre de marginaux et de pseudo-anarchistes et n'ont pas su apparaître pour ce qu'elles devaient être : des espaces d'autonomie populaire pour tous les citoyens. Des espaces d'échange, de débat et d'autogestion a-politique. Car partout la seule préoccupation demeure l'intransigeance. Dans cette folle montée aux extrêmes avec les autorités, personne n'est sorti gagnant, ni les zadistes, ni les riverains, ni les autorités. A Sivens, cela aura coûté la vie à Rémy Fraisse.

Le refus de la jonction

Parmi les stratégies perdantes, une nous semble évidemment importante car elle a concerné directement certains de nos camarades : le refus de recevoir des militants sincères des milieux catholiques, identitaires et souverainistes. Militants LMPT chassés, militants du MAS dénoncés, FN considéré comme illégitime à parler d'écologie, le zadiste aura refoulé toutes les tentatives de jonction, perçues comme de l'infiltration ou de la récupération, et aura voulu garder pour lui sa petite lutte égotique pour l'écologie telle qu'il l'imagine. Pourtant le seul moyen de vaincre était sur un combat ponctuel d'accepter tout le monde. Les militants classés par le système à « l'extrême-droite » n'étaient pas venus à NDDL ou à Sivens pour parler immigration ou islamisation, mais pour parler décroissance, relocalisation, territoire, économie solidaire, microcrédit, etc... Le rejet de toute forme de discussion sous prétexte qu'il y a des gens « avec qui on ne discute pas » est un des éléments clef de l'échec des zadistes.

Le FN par exemple s'est positionné contre l'aéroport de NDDL, une position qui vient d'un travail de fond et d'une véritable révolution en terme de paradigme pour le mouvement. Révolution attestée par le travail des députés européens qui combattent contre les lobbies (Monsanto), contre le Traité transatlantique, pour la défense des abeilles ou même contre les baleiniers japonais. Le FN aurait pu être une arme dans ce combat et la victoire au referendum serait passée par la mobilisation de ses électeurs, peu enclin à se déplacer habituellement sur ce type de sujet.

L'ultra-gauche ou la religion en politique

Ce qui manque à l'ultra-gauche c'est une dose de machiavélisme. En raisonnant « politique » on accepte certains compromis, mais si on raisonne « religion » et qu'on fait de la doctrine un dogme, alors on court au désastre. Il n'y a que chez eux qu'on écrit des livres pour savoir si on doit dialoguer avec « l'ennemi » ... Le militant d'ultra-gauche est un véritable ayatollah de la doctrine embourbé dans des mythes sclérosants comme « le soulèvement populaire », « la grève générale » ou le non moins célèbre « antifascisme ».

Alors que la ZAD esquisse un retour au réel et une réflexion en phase avec l'actualité, dans la pratique, le militant agit toujours selon des paradigmes datés (exactement comme dans l'ultra-droite, d'ailleurs). En effet les conflits pour le territoire obligent à réviser totalement la vulgate marxiste, car les combats territoriaux sont par définition interclassistes. La colère populaire (et populiste) est aujourd'hui celle des classes moyennes en voie de paupérisation. Dans sa recherche fantasmée d'un néo-prolétariat métissé, l'ultra-gauche passe totalement à coté des réalités sociologiques et géographiques de l'Occident. Pire encore, comme à Calais où les No Borders sont détestés par une population souvent frappée par un chômage endémique et qui se sent abandonnée par les autorités, elle devient une arme des forces capitalistes et même, parfois, des mouvements islamistes (comme l'illustre certaines unions incestueuses au prétexte de la lutte pour la Palestine ou contre « l'exclusion » dans les banlieues). L'influence de l'ultra-gauche états-unienne des années soixante qui a transféré la lutte des classes du terrain économique vers le terrain de la société (contre l'homme hétérosexuel blanc) n'y est pas pour rien (on songera au combat pour les minorités ethniques, à un certain féminisme, au gender, …). L'ultra-gauche a été intégralement digérée par la post-modernité et même son écologie est post-moderne. C'est à dire qu'elle a tenté de déconstruire une vision de la nature forgée par la pensée occidentale depuis l'Antiquité pour faire de la nature une sorte de nouvel absolu. Mais poussé à son paroxysme, cette optique conduit paradoxalement à envisager une nature qui n'a plus rien de naturel, une nature fantasmée, hors-sol, globale, qui n'a précisément plus rien de naturel, c'est à dire qu'on évacue certaines dimensions propre à la nature comme la hiérarchie, la prédation ou le territoire au profit d'une prétendue coopération entre espèces qui est précisément une manifestation de l'anthropomorphisme et de l'anthropisation du monde. C'est ce qui donne entre autre l'antispécisme et le végétalisme (ou veganisme) et certaines délires New Age.

Une écologie authentiquement citoyenne

Une écologie authentiquement citoyenne est une écologie qu'on ne laisse surtout pas aux militants de l'écologie politique ou aux militants tout court. Parmi les principaux succès de l'écologie citoyenne, il y a évidemment certaines associations locales véritablement apolitiques ou les initiatives économiques de petits producteurs (AMAP, coopératives, magasins de producteurs). Cela nous amène à revoir ce qu'est le citoyen. Le citoyen est un acteur du territoire qui possède des droits et des devoirs. Jusque là, c'est assez simple. Le citoyen est l'antithèse du militant, car le citoyen est acteur d'une communauté humaine réelle là où le militant n'en constitue qu'une portion sur des critères essentiellement idéologiques et constituant progressivement une tribu avec ses codes incompréhensibles. Or la Cité n'est pas une idéologie au sens moderne, c'est une façon d'être au monde qui est incarnée et transmise et non diffusée par une quelconque propagande. Là où le citoyen agit, le militant spécule. Les militants ne sont, sauf cas exceptionnel, jamais des acteurs de leur territoire. La plupart des zadistes de Sivens étaient des étudiants toulousains qui au lieu d'organiser un système de distribution de panier de producteurs dans leur baraquement étudiant se sont piqués d'aller jouer à la révolution au fin fond du Tarn. Or aucune lutte ne peut réellement être déconnectée du lieu où on habite, c'est ce qu'illustrent les blocages. Et comme le militant est surtout bon pour spéculer, il doit trouver les outils adaptés pour faire passer ses idées, et non son idéologie, vers le citoyen, qui lui agit. A NDDL, le combat consistait à faire prendre conscience à la population, comme dans le cas des LGV, que l'aéroport était inutile, qu'il y aurait des nuisances multiples, que cela n'aurait pas les effets économiques attendus, etc... Il fallait parler de tout sauf d'idéologie et ne surtout pas agir comme un bande de marginaux gauchistes.

NDDL traduit donc la faillite complète de l'ultra-gauche militante qui aura entraînée dans sa chute une lutte légitime contre un grand projet inutile. Le gouvernement a bien compris qu'il pouvait manipuler autant que possible l'ultra-gauche pour faire capoter toutes les luttes sociales et écologiques. Il faut rendre le combat pour les territoires aux acteurs du territoire, les citoyens. Car ils sont les seuls à pouvoir agir légitimement sur leur lieu de vie. Le révolutionnaire doit entrer en synergie avec les citoyens et incarner avec eux la lutte tout en aidant à lui donner une forme. Tout le contraire des gauchistes, en somme.

Jean / C.N.C.

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Crédit photo : europe1.fr

29/06/2016

L'après-Brexit (Franco)-Allemand

L'après-Brexit (Franco)-Allemand

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Les résultats du Brexit, inattendus et malvenus auprès des élites de l'Union Européenne ne se seront pas fait attendre d'une réponse rapide et virulente concernant le futur envisagé par l'Allemagne et la France de ce que devrait devenir l'Union Européenne. En effet, un média d'Europe Centrale Polonais a révélé le document de neuf pages(1) qui a été soumis le lundi 27 juin au groupe de Visegrád(2) par les Allemands(3). Il est déjà important de noter que ce document n'a été diffusé à aucun moment avant qu'il ne soit transmis aux pays d'Europe Centrale du V4. Il s'agit ici de présenter les points centraux du document de 9 pages et leurs conséquences.

Toute la rhétorique du texte tourne autour de l'importance capitale de la France et (surtout) de l'Allemagne pour mener de futurs projets européens au sein de l'UE, le premier étant ici la mise en place d'une construction supranationale étatique remplaçant à minima partiellement les instances politiques, économiques et sécuritaires des États-nations historiques engagés dans l'intégration à l'Union Européenne. Mais cette condition s'accompagne de clauses, et pour les États européens qui refuseraient cet état de fait au sein de l'UE, une place de pays de seconde zone clairement mentionnée leur serait réservée. En effet « La France et l'Allemagne reconnaissent leurs responsabilité de renforcer la solidarité et la cohésion au sein de l'Union Européenne. A ce titre, nous devons reconnaître que des États-membres diffèrent dans leur niveau d'ambition comme État-membre quand on en vient au projet d'intégration Européenne. »

Le premier volet de supranationalité présenté concerne la sécurité européenne, vu comme un élément essentiel pour assurer la pérennité de l'Union Européenne(4). Devant des succès supposés de la diplomatie de l'UE comme en Libye (pays en ruine, plus aucune force politique, des islamistes et des migrants qui traversent jusqu'en Europe) ou en Ukraine avec les Accords de Minsk (le conflit dure toujours avec son lot de morts quotidien, l'Ukraine n'a récupéré aucun des territoires qu'elle a perdu du fait de l'ingérence Russe et les accords de Minsk concernant le cessez-le-feu n'ont jamais été appliqués)(5). L'Union Européenne devrait mettre en place des réformes pour promouvoir une « Union sécuritaire » qui inclurait à terme une intégration complète d'une sécurité des États-nations vers la sécurité d'un État Européen. Est également évoqué dans ce cadre sécuritaire la mise en place d'une véritable armée européenne pour remplacer les armées nationales (Armée qui serait donc bien entendu centrée autour des intérêts Allemands). Sans compter une ingérence dans les choix militaires de toutes les anciennes structures étatiques dans le processus pour répondre aux intérêts de la « défense européenne » en priorité(6).

Le deuxième volet traité est celui du droit d'asile et de la question de la politique migratoire. Le ton est donné sous forme de menace quant aux choix concernant leur politique migratoire des pays d'Europe Centrale dans l'actualité récente. « Il n'y aura pas de réponses unilatérales nationales au défi de la migration, qui est véritablement le défi Européen du XXIème siècle. » Les propositions de ce volet sont donc tout simplement un rattachement unilatéral à la politique migratoire allemande depuis maintenant le début de la « crise des migrants » mais à une échelle européenne, sous prétexte de renforcer l'Europe avec une ligne commune(7). Le texte reste donc clair sur le fait d'accueillir sans hésitation les migrants arrivant en Europe, et qui continueront d'affluer dans le futur(8). A ce titre, il se permet d'ailleurs même d'affirmer que c'est l'expérience en terme d'intégration des migrants de la France et de l'Allemagne qui « bénéficieront » aux autres pays européens sur cette même voie. Des viols, des agressions et des Cologne bis seraient donc potentiellement à prévoir à une plus large échelle pour plus d'intégration et d'acceptation. A ce phénomène de politique migratoire est par ailleurs ajouté la perte de la gestion de ses frontières au profit de l'instance supranationale européenne et aussi comme justificatif d'une sécurité européenne.

Le troisième et dernier volet du texte concerne l'économie et les politiques monétaires qui devraient être mises en place pour garantir une meilleur intégration européenne et une économie stable en Europe d'après les politiciens Allemands et Français. Dans la lignée de la fusion en un seul État européen tournant autour de l'Allemagne et de la France, le texte évoque le besoin « d'organiser un processus de convergence économique et de gouvernance politique », donc garder l'€uro comme monnaie unique et faire en sorte qu'elle soit avant tout une monnaie qui servirait des intérêts franco-allemands, tout en continuant de garder les autres États européens dans son giron(9). Il est également expliqué qu'il faudrait encore d'avantage accentuer la politique économique européenne par un renforcement du marché unique en Europe (à mettre en corrélation avec le TAFTA qui est toujours d'actualité), ainsi qu'une gestion monétaire transférée entièrement des États-nations aux instances de cette nouvelle structure européenne, notamment dans le cadre de la fiscalité(10). C'est ainsi la chambre du parlement Européen qui détiendrait toutes les directives concernant les décisions monétaires autour de l'€uro. (11)

En définitive, ce texte « franco-allemand » s'apparente plutôt à un texte dont les intérêts sont avant tout Allemands, pour faire pression sur le reste de l'Europe, et notamment l'Europe Centrale et orientame en tentant d'aligner tous les acteurs européens aux positions des élites allemandes actuelles en matière politique, migratoire et économique. Un tel projet est un danger pour les États-nations historiques et pour les peuples Européens. Si l'Allemagne n'est plus la même entité et ne possède plus les mêmes élites que sous le IIème et le IIIème Reich, l'impérialisme allemand comme affirmation politique est loin d'être enterré, et constitue aujourd'hui une menace grave pour les Européens.

Lilian / C.N.C.

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Crédit photo : lesechos.fr

Notes :

(1)http://s.tvp.pl/repository/attachment/d/5/1/d51736df11c6a...

(2) http://www.radio.cz/fr/rubrique/infos/le-brexit-au-coeur-...

(3) http://www.tvp.info/25939371/nasz-news-superpanstwo-zamia...

(4) “Dans ce contexte, la France et l'Allemagne se réengagent à partager une vision de l'Europe à travers une Union dans la sécurité, basée sur la solidarité et l'assistance mutuelle entre les Etats membres, en soutien de la sécurité commune et de la politique de défense. Assurer la sécurité pour l'Europe ainsi que contribuer à la paix et la stabilité à l'échelle mondiale est au coeur du projet Européen."

(5) “L'engagement Européen dans le processus de Minsk a aidé à contenir une confrontation militaire dans l'Est de l'Ukraine qui aurait pu facilement échapper à tout contrôle. Nos efforts diplomatiques ont pavé la voie pour un réglement politique dans le conflit qui continue de se poursuivre. En Libye, nous soutenons le gouvernement sortant des accords nationaux cherchant à répondre aux risques posés par la fragilité de l'Etat et par l'instabilité dans le Sud Méditerranéen.”

(6) "L'une des principales caractéristiques de l'environnement de sécurité d'aujourd'hui est l'interdépendance entre la sécurité intérieure et la sécurité extérieure, étant donné que les risques les plus dangereux et déstabilisants émanent de l'interaction entre les menaces externes et les faiblesses internes. Pour répondre à ce défi, l'Allemagne et la France proposent un Pacte de Sécurité Européen qui englobe tous les aspects de la sécurité et de la défense traités à un niveau Européen et qui doit donc répondre à la promesse de l'UE de renforcer la sécurité pour ses citoyens.

[...]

La stratégie globale de l'Union Européenne est une première étape dans cette direction. Mais nous avons besoins de pousser plus loin : sur une plus contestée et compétitive scène internationale, la France et l'Allemagne vont promouvoir l'UE comme un acteur indépendant et global capable de tirer parti de sa game unique de compétences et d'outils, civils et militaires, afin de défendre et de promouvoir les intérêts de ses citoyens. La France et l'Allemagne vont promouvoir la politique étrangère et sécuritaire intégrée de l'UE pour rassembler tous les instruments politiques de l'UE."

(7) "Les demandeurs d'asile atteignant l'Europe ont le droit d'être traité selon la Convention de Genève, peu importe où ils atteignent nos côtes. A cette fin nous devons continuer d'harmoniser et de simplifier nos normes et procédures dans des régions spécifiques.

[...]

Dans un premier temps, le système de Dublin doit être amélioré pour faire face à des circonstances exceptionnelles au moyen d'un mécanisme permanent et contraignant qui prévoit le partage des charges entre tous les Etats membres. Si nécessaire, l'Allemagne et la France sont prêtes à procéder à ce sujet avec un groupe de partenaires aux vues similaires."

(8) "L'Europe devrait rester ouverte à ce que la migration et la mobilité peuvent contribuer à nos sociétés dans les domaines de l'économie, de la culture et de la diversité."

(9) "Nous avons donc l'intention de procéder sur trois fronts simultanément : Le renforcement de la convergence économique, l'amélioration de la justice sociale et la responsabilité démocratiques.

[...]

Les pays exédentaires et déficitaires devront bouger, comme un alignement unilatéral est politiquement irréalisable."

(10) "Par conséquent, en tant que principe général, toute démarche visant à approfondir l'Union économique et monétaire devrait être accompagnée par des progrès dans le domaine de la fiscalité commune, notamment en ce qui concerne les sociétés transnationales, ainsi que le développement d'une union sociale soutenue par des normes sociales minimales communes."

(11) "Par conséquent, en tant que principe général, toute démarche visant à approfondir l'Union économique et monétaire devrait être accompagnée par des progrès dans le domaine de la fiscalité commune, notamment en ce qui concerne les sociétés transnationales, ainsi que le développement d'une union sociale soutenue par des normes sociales minimales communes."

 

 

28/06/2016

L'esprit bourgeois, l'ennemi intérieur

Note : Nous reproduisons ci-contre un extrait de l'intervention de Maurice Gendre prononcée devant E&R Ile-de-France, lors d'une récente conférence et dont le thème était : Sortir de la société bourgeoise.

L'esprit bourgeois, l'ennemi intérieur

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Pour Marx "Les idées dominantes d'une époque n'ont jamais été que les idées de la classe dominante".
Et c'est à travers "ces idées dominantes" que la Bourgeoisie triomphe. La Bourgeoisie est plus qu'une classe sociale, c'est un état d'esprit.
A tel point, qu'il n'est pas inutile de parler d'esprit bourgeois ou de bourgeoisisme. L'esprit bourgeois se répand au sein de la société dans sa totalité et envahit le moindre interstice de la vie.
Il s'infiltre partout.

Soumission à l'ordre marchand

L'esprit bourgeois s'illustre par une soumission à l'ordre marchand, une apathie que rien ne vient bousculer, un hédonisme froid et qui n'a d'autre finalité que lui-même, un encouragement perpétuel à l'avachissement psychologique et moral, un nihilisme que l'on pourrait qualifier de cool, une capacité à se rouler dans le conformisme et que rien ne vient jamais contrer.
L'esprit bourgeois n'envisage des rapports que purement utilitaires entre les êtres.
Le bourgeoisisme considère la gratuité et le don comme des anomalies.
Le sens du sacrifice comme une forme de démence qu'il est urgent de soigner.
L'esprit bourgeois touche tous les êtres. Il  les enrobe. Les domine. Les dompte.
Personne n'y échappe.
L'esprit bourgeois est une solution de facilités.

André Gide déclarait : « Peu m’importent les classes sociales, il peut y avoir des bourgeois aussi bien parmi les nobles que parmi les ouvriers et les pauvres. Je reconnais le bourgeois non à son costume et à son niveau social, mais au niveau de ses pensées. Le bourgeois a la haine du gratuit, du désintéressé. Il hait tout ce qu’il ne peut s’élever à comprendre. »
L'esprit bourgeois est le plus court chemin pour éviter de se poser toutes questions dérangeantes et perturbantes.
Le Bourgeois dans sa version post-moderne se distingue par l'hypertrophie du Moi. Le tout-à-l'égo. Le narcissisme des petites différences perpétuellement mis en scène.
La glorification du vide. Le désert spirituel vu comme un bienfait et comme un horizon indépassable.
Une propension qui ne se dément jamais à accepter de subir les événements plutôt que de tenter d'en être acteur, ne serait-ce qu'à un très modeste niveau.
Une résignation désinvolte.  Un détachement qui n'est pas motivé par la volonté de prendre de la hauteur face aux événements, mais un détachement qui est
uniquement le fruit du regard détourné. Regard détourné qui permet d'éviter d'affronter la Vérité et ainsi  d'en tirer toutes les conclusions.

Car en tirer toutes les conclusions peut s'avérer rapidement périlleux pour garantir son confort matériel, assurer sa sécurité physique ou son avenir professionnel.

La société bourgeoise contemporaine s'appuie essentiellement sur trois piliers : le parlementarisme - la Mediasphère et le capitalisme déterritorialisé.

Parlementarisme

Le parlementarisme est ce régime de collaboration des pouvoirs entre le corps législatif ( le parlement) et le corps exécutif (le gouvernement).

Le parlementaire se targue d'être le représentant de la Nation. Je ne vous ferai pas l'affront d'entrer dans le détail sur ladite représentativité de l'Assemblée nationale notamment sur le plan des catégories socio-professionnelles présentes dans l'Hémicycle et plus grave encore sur le poids réel des deux formations politiques ultra-majoritaires au Palais-Bourbon au sein du corps électoral français.
Mais au-delà de ces considérations, c'est la logique même du parlementarisme qui est frelatée. L'auto-proclamée Représentation Nationale, quand elle ne se contente pas d'être une simple chambre d'enregistrement des desiderata des eurocrates, est soumise à toutes les féodalités. Pression des puissances d'argent, des coteries diverses et variées, des loges, des minorités agissantes, des stipendiés de l'antiracisme, des associations en service commandée pour des puissances étrangères etc.
En clair, l'indépendance du député, seul élément garantissant prétendument la préservation de l'intérêt national et l'unique souci du peuple français, relève du conte de fées  pour enfants.
Il n'est pas question de nier ici le dévouement et l'implication réelles d'une poignée de députés qui prennent à cœur la mission qui leur a été confiée, mais ces derniers sont condamnés à faire de la figuration ou du témoignage. Même commentaire pour le Parlement européen qui n'a fait qu'ajouter un échelon supplémentaire à cette logique d'accaparement du politique par une fraction infiniment réduite des citoyens.
Le "représentant" (mettre donc tous les guillemets nécessaires à ce vocable) s'érige en intermédiaire. Et c'est là tout le problème.
Le "représentant" au fond de lui-même s'oppose à tout principe fédératif, à tout principe de subsidiarité.
Le parlementaire est un kleptocrate. Il organise une véritable confiscation du pouvoir et se vautre de par sa situation d'intermédiaire, donc au carrefour de toutes les sollicitations, dans la prévarication et la corruption.
Le parlementaire vomit toute démocratie directe. Démocratie directe qui tendrait à prouver son inutilité et sa dimension parasitaire. D'où sa haine pour le référendum.

Mediasphère

La Mediasphère est "un englobant". A la fois véhicule, réceptacle et prescripteur de données.
La Mediasphère est le grand hypnotiseur. Le charmeur de serpents. La Mediasphère est la Voix omniprésente, omnipotente et omnisciente du Système.
Elle en est la manifestation permanente, entêtante, parfois ensorcelante mais le plus souvent terrifiante.
La Mediasphère est le Big Brother total.

La Mediasphère c'est Drahi, Joffrin, Plenel, Thréard, Murdoch et leurs comparses. Ce sont les publicitaires. Les émissions de télé-réalité. Cyril Hanouna.

Evidemment, la Mediasphère est tout cela.
Mais la Mediasphère c'est aussi et peut-être surtout aujourd'hui l'ensemble des acteurs et des intervenants sur les réseaux dits sociaux.

C'est le flux "informationnel" ininterrompu traitant sans distinction et sans hiérarchie de la crise d'aérophagie de Kim Kardashian, du teckel nain de Paris Hilton, des problèmes d'érection de Rocco Siffredi, de la dernière gifle infligée à Gilles Verdez, de la bataille pour la reconquête de Falloujah ou du énième plan d'austérité ... de sauvetage pardon pour la Grèce.

La Mediasphère c'est cette illusion savamment entretenue auprès de l'internaute-citoyen de l'apparition d'une démocratie 2.0.

Démocratie 2.0 qui n'est souvent rien d'autre que le cache-sexe pratique des nouvelles techniques d'intoxication des services, d'officines de propagande et des nouvelles trouvailles neuro-marketing du Big Corporate.

Derrière la rhétorique de l'émancipation se cache en fait un nouveau processus d'aliénation. Cette démocratie 2.0 isole les êtres, les rend envieux, dépressifs parfois. Elle les "vampirise", affaiblit leur système immunitaire face à toutes les attaques cognitives dont les réseaux prétendument sociaux se font les relais.

Le Meilleur des Mondes de Zuckerberg et de ses amis de la Silicon Valley s'avère à l'usage être une terrifiante dystopie. Une contre-utopie présentée pourtant comme la plus emballante et la plus réjouissante des utopies.

Ajouter à cela, la glorification permanente du Néant et de l'autopromotion putassière (duckface, selfie devant des monuments visités des millions de fois, partage de la photo du dernier plat ingurgité dans un resto médiocre et hors de prix etc.).

La Mediasphère est le levier qui contribue à engendrer ce Bourgeois Global-Benettonien.

Un mélange improbable et pourtant cohérent entre le punk-à-chien millionaire Manu Chao et feu "Saint" Steve Jobs.

Capitalisme déterritorialisé

Le capitalisme déterritorialisé c'est ce néo-capitalisme ne connaissant ni patrie, ni frontière. C'est un capitalisme mouvant, transnational, insaisissable, anonyme.
Un capitalisme caché derrière des sociétés-écran. Un capitalisme crypté. Un capitalisme au service d'une ploutocratie mondialisée.
Ploutocratie se réfugiant elle-même derrière des cénacles discrets voire secrets, des fondations, des laboratoires d'idées.

Le capitalisme déterritorialisé favorise l'émergence d'un homme "hors-sol". Déraciné. Nomade. Sans qualité.
Le dernier homme.
Privé de tout attachement, il a pour seule patrie son "ordinateur portable" (dixit Attali, porte-parole de ce qu'il nomme lui-même l'hyperclasse transnationale privilégiée).

Les Nations sont devenues de simples hôtels pour cet "homme détaché". 

Comme les flux financiers, ce dernier homme est transnational. 

Seul l'hybris le guide. La démesure est son seul credo. La sobriété et la frugalité en toute chose sont pour lui à bannir et à proscrire. Définitivement. 

Il jouit sans entraves. Il refuse toute forme d'essentialisme et conteste avec la dernière énergie qu'il puisse exister des invariants anthropologiques.

Ce capitalisme déterritorialisé travaille donc à l'avènement d'un "homme nouveau".
"Homme nouveau" qui sera post-racial, post-sexué, post-national et au bout du processus post-humain.

Les fantasmes transhumanistes apportant leur dernière pierre à cette édifice de l'homme déconstruit.

Maurice Gendre pour le C.N.C.

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source.

 

27/06/2016

Théorie de la propriété de Pierre Joseph Proudhon (Le SOCLE)

Théorie de la propriété de Pierre Joseph Proudhon (Le SOCLE)

Maurras disait : « Je ne dirai jamais lisez Proudhon à qui a débuté par la doctrine réaliste et traditionnelle, mais je n'hésiterai pas à donner ce conseil à quiconque ayant connu les nuées de l'économie libérale ou collectiviste, ayant posé en termes juridiques ou métaphysiques le problème de la structure sociale, a besoin de retrouver les choses vivantes sous les signes sophistiqués ou sophistiqueurs ! Il y a dans Proudhon un fort goût des réalités qui peut éclairer bien des hommes ».   Étant donnée la forte carence en textes économiques chez les penseurs attachés à l'héritage européen, et surtout le fait que toute notre génération a uniquement « connu les nuées de l'économie libérale ou collectiviste », l'analyse traditionnelle et critique de ses théories économiques semble être un antidote indispensable. Il faut aussi prendre en compte les origines rurales de Proudhon, son éducation traditionnelle, sa défense de l'artisanat et de la paysannerie, de la structure familiale, etc. Son univers mental et culturel est clairement celui de la société pré-industrielle, avant que la domination des idéologies n'étende sa chape de plomb sur le monde de la pensée.

 

Hans Abgrall, pour le SOCLE

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             La Théorie de la Propriété est une tentative de synthèse d'une pensée complexe et toujours en mouvement, parue à son décès en 1865. Elle représente un complément et une réponse à son célèbre pamphlet Qu'est-ce que la Propriété ? paru en 1840, compilant ainsi ses recherches et réflexions ultérieures. Il constate l'incapacité des collectivistes à établir un projet viable et mobilisateur pour les masses, ce qui entraîne ainsi mécaniquement la domination sans partage des grands propriétaires sur la France, par le biais du mensonge parlementariste qu'il dénonce activement. Dans cette situation analogue à celle que vit l'Europe depuis la fin de la Guerre Froide, Proudhon veut avant tout rester fidèle à son engagement de défendre les intérêts du peuple, dont il reconnaît d'ailleurs la multiplicité des identités comme une évidence : Bretons, Occitans, Basques, Alsaciens, sont des nations irréductibles l'une à l'autre, chacune ayant son âme propre.

             Il nuance donc son ancienne critique frontale de la propriété, en tentant de revenir à la base de sa définition, d'étudier ses différentes formes, leurs conditions et leurs effets, pour discerner ce qui serait profitable au bien commun du peuple. Dans ceci, il garde toujours un soucis de rejet des idéologies toutes faites, et surtout d'applicabilité réelle. Bien loin de verser dans un centrisme électoral voué à rester l'idiot utile du système en place, il s'intéresse à la construction d'alternatives concrètes au sein du peuple : il a ainsi fortement contribué au mouvement mutualiste, dont notre société porte encore la trace vivante. Sa pensée et son initiative irrigueront longuement le milieux socialistes non-marxistes, en particulier le syndicalisme révolutionnaire, avec lequel Charles Maurras tentera un rapprochement par le Cercle Proudhon en 1911, cherchant à dépasser les clivages droite/gauche.

            Proudhon commence par tirer au clair l'ensemble des sens que peut revêtir le mot « propriété », notant la confusion qui y règne et les passions violentes qu'il suscite. En effet, libéraux comme communistes jouent volontairement sur ce flou artistique pour justifier ou condamner toutes les formes que la propriété peut revêtir, ce qui est pour lui une forme de malhonnêteté intellectuelle car nécessairement fait à dessein. Il différencie donc trois types de « propriété » bien distincts :

  • L'attribution, c'est-à-dire le fait d'être nommé et reconnu comme réalisateur d'une œuvre ;
  • La possession, c'est-à-dire le fait d'être assuré de pouvoir utiliser un bien matériel pour sa survie et pour être capable de pratiquer sa profession ;
  • La propriété, c'est-à-dire le droit de pouvoir « user et abuser » d'un bien matériel, y compris de manière à en tirer une rente, versée par des personnes en ayant besoin pour leur survie ou la pratique de leur profession.

            Qui peut, en effet, ne pas s'apercevoir qu'être crédité comme auteur d'un roman, être possesseur des chaussures qu'on a aux pieds en déambulant dans la rue, être rentier de plusieurs immeubles ou champs que l'on loue, sont trois choses bien différentes ? Sans compter que, de la propriété individuelle à la propriété étatique, il peut se trouver une foule de modes de propriété partagée, à l'échelle d'une famille, d'un syndic d'immeuble, d'une coopérative ou d'une commune. Ces différents modes ont chacun leur raison d'être, leurs vertus et leurs limites ; aucun ne saurait être imposé universellement au détriment des autres, d'autant plus que, par nature, ils tendent à se côtoyer et même à se chevaucher. L'application de ces formes de propriété plus ou moins collective n'a pas lieu d'être un débat idéologique, mais de correspondre au type de bien concerné, c'est-à-dire de permettre son utilisation optimale en vue du bien commun.

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26/06/2016

Regard sur l'actu #28 : le Brexit, et après ?

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Regard sur l'actu #28 : le Brexit, et après ?

Les électeurs britanniques ont voté pour le « Brexit », la sortie du Royaume-Uni (et non pas de l'Angleterre ou de la Grande-Bretagne...) de l'Union Européenne (et non pas de l'Europe...). Cette décision courageuse malgré une campagne anxiogène ponctuée par le tragique assassinat de la député anti-Brexit Jo Cox est assurément un coup de canon à l'échelle internationale. Le NON Français au Traité Constitutionnel Européen (TCE) n'était pas de même nature car il refusait simplement une certaine orientation de l'UE et les motivations du NON étaient extrêmement disparates. Le « OUT » britannique est donc le premier véritable défi qu'impose un peuple européen à la technocratie berlino-bruxelloise.

Les effets économiques

Il est très complexe d'appréhender les effets que le Brexit aura sur l'économie britannique, européenne et mondiale. Si la Bourse de Londres a perdu 7 à 8% et que la Livre Sterling a baissé de 12% par rapport au dollar et de 8% par rapport à l'Euro vendredi matin, cela n'est pas la catastrophe économique attendue. Si ces chiffres sont inquiétant pour les Londoniens et pour les expatriés, il n'en est pas forcément de même pour les TPE ou les PME qui vont pouvoir exporter plus facilement grâce à une monnaie moins forte, même si la presse se veut, évidemment, alarmiste. Mais la chute du cours de la Livre sterling devrait permettre aux acheteurs étrangers en dollars ou en euros de pouvoir consommer encore plus sur le territoire britannique. Dans le même temps, notons que le gouverneur de la Banque d'Angleterre (BoE), Mark Carney, s'est voulu plutôt rassurant, il est prêt à débloquer les fonds nécessaires en monnaie nationale ou étrangère pour assurer une certaine stabilité aux marchés financiers de la City qui ont un poids considérable dans l'économie britannique. Une des préoccupations des milieux d'affaire concerne aussi certaines compagnies low cost qui ont basé leur siège au Royaume-Uni, une bonne nouvelle pour Air France et les autres compagnies nationales européennes ?

Parmi les autres effets, le recul du Traité transatlantique n'a été que peu évoqué. Les Etats-Unis perdent ici un appui important dans l'élaboration et l'imposition de ce traité aux peuples européens. Bien sûr cela ne sera pas suffisant puisque l'Allemagne demeure un relais majeur pour les Etats-Unis. Mais les Allemands vont se retrouver désormais à devoir dialoguer principalement avec les Français dont le poids des agriculteurs est non négligeable.

Vers une explosion du Royaume-Uni ?

Les scénarios les plus fous sont élaborés depuis vendredi. Rapidement, les Ecossais réclament leur indépendance sous deux ans et leur maintien dans l'UE, souhaitant profiter de leur manne pétrolière et des subsides européennes. Si l'Irlande du Nord a aussi voté majoritairement contre le Brexit, c'est par l'unionisme que certains voient leur maintien dans l'UE. Ainsi le Sinn Fein réclame un référendum sur l'Union de l'Irlande. Autre hypothèse qui peut paraître farfelue, l'indépendance du Grand Londres. Une pétition a été lancée dès vendredi sur change.org pour réclamer l'indépendance de la capitale britannique au maire, Sadiq Khan. Toutes ces hypothèses ont semblé immédiatement improbables à certains commentateurs, particulièrement pour l'Irlande du Nord et Londres. Mais avec un regard de géographe, cela semble bien moins farfelu qu'il n'y paraît. En effet la mondialisation est en train de façonner de nouveaux territoires et de cliver fortement les nations. Ainsi, si dans la région de Manchester ou dans les territoires ruraux, dont certains principalement travaillistes, les électeurs étaient favorables au Brexit, dans le Grand Londres, ville-mondiale cosmopolite, les électeurs y étaient opposés. L'exemple de Singapour démontre qu'une cité-état parfaitement intégrée à la mondialisation peut tirer son épingle du jeu, même si son indépendance en 1965 dépend d'un autre contexte. Le territoire est souvent le produit des dynamiques économiques et des dynamiques de pouvoir d'une époque concernée. Le Grand Paris ou le Grand Londres sont des villes mondiales qui n'ont plus rien à voir avec les pays dont elles sont les capitales et les tentations d’indépendance sont nombreuses pour les champions de la mondialisation. Le Grand Londres, le Grand Paris (la région Île de France), Barcelone avec la Catalogne, voilà autant d'exemples d'aires urbaines dont le statut pourrait évoluer sous pression des élites économiques mondialisées. On retrouve ici la France périphérique de Christophe Guilluy, mais appliquée au Royaume-Uni. Les bénéficiaires de la mondialisation ne vivent plus les mêmes réalités que ceux qui en sont exclus. Leur approche du territoire est également très différente. L'urbain au sens de Michel Lussault, celui qui habite, se déplace et travaille en ville devient très différent de l'habitant d'un tiers-espace entre urbain et rural correspondant de façon simplifié au phénomène périurbain. Les « populismes » sont dont une réaction de cet Occident périphérique pour élargir le titre de l'ouvrage de C. Guilluy, les classes moyennes menacées par la mondialisation, comme le démontre aussi la candidature de Donald Trump aux Etats-Unis.

L'UE se disloque en périphérie de l'Allemagne

Traditionnellement les empires s'effondrent par leurs marges. Les territoires lointains, mal contrôlés, soumis aux pressions extérieures, finissent tôt ou tard par se déliter et entraînent dans leur chute l'ensemble de l'espace impérial. Or avec l'UE, c'est un phénomène très différent qui se manifeste. En partant du postulat que l'Allemagne est désormais le cœur de l'UE et que la politique eurocratique se fait sous impulsion berlinoise, on constatera que les pays les plus frondeurs sont aux périphéries de l'Allemagne : Angleterre (terme employé ici à dessein), France, Autriche, Hongrie, Pologne, République-Tchèque, Danemark ou Pays-Bas. Il y a une réaction du premier cercle contre le diktat économique et migratoire de la chancelière Merkel. A l'inverse les marges sont dans deux positions différentes, soit elles subissent, soit elles profitent. Ainsi la Grèce, l'Espagne ou le Portugal sont dans une position de soumission, malgré leur situation socio-économique désastreuse et l'Ecosse, l'Irlande du Nord ou la Catalogne veulent rester dans l'UE. Hors UE, les milieux libéraux ukrainiens s'inquiètent du Brexit et veulent maintenir leur volonté d'intégration alors que la Suisse, elle, a retiré sa demande d'adhésion. Les marges sont donc plutôt favorables à la politique Allemande et aux mécaniques de l'UE. C'est une « Europe périphérique » par sa géographie mais aussi par sa composition sociale qui devient frondeuse. La mécanique redistributive est contestée au sein des Etats, comme le montre les velléités d'indépendance de la Catalogne ou de la Flandre, mais aussi à l'échelle européenne comme on le constate avec la France et l'Angleterre, mais aussi avec l'Autriche ou le Danemark. Alors que tout le monde prédisait un effondrement de l'UE par le sud, ce sont finalement, en dehors des Anglais, les pays qui contribuent le plus à l'UE qui veulent en partir. Le cas du V4 étant sensiblement différent, puisque surtout lié au refus de l'immigration.

Quelle UE ?

Difficile de faire trop de prospective, mais quelques éléments sont déjà importants à noter. Le groupe parlementaire britannique va disparaître au parlement européen. Soit 73 députés de moins, ce qui en faisait le troisième contingent derrière l'Allemagne (96) et la France (74) et à égalité avec l'Italie. Les trois pays les plus fournis en parlementaires derrière l'Allemagne seront donc désormais la France, l'Italie et l'Espagne (54 députés). La Pologne sera 4ème avec 51 députés. Voilà de quoi faire pression sur l'Allemagne sans avoir un cheval de Troie euro-atlantiste dans les pattes. Je vous renvoie également à mon article intitulé « le couple franco-allemand doit-il faire chambre à part » où je parle d'un « divorce » entre pays germaniques et pays latins. Les latins s'alliant avec le V4, majoritairement catholique et hostile à l'immigration, et l'Allemagne avec la Russie, pour équilibrer les puissances. Cette optique est loin d'être désormais une simple théorie. Français, Italiens et Espagnols pourront désormais agir ensembles et s'allier, pourquoi pas, avec la Pologne.

Autre effet possible, la baisse de l'influence de l'anglais dans les institutions européennes. Seules l'Irlande (bilingue anglais/gaélique) et Malte (bilingue anglais/maltais) ont l'Anglais comme langue officielle. Pourra-t-on continuer à imposer cette langue à des pays latins qui sont désormais le plus fort contingent devant la Pologne alors qu'il n'y aura que 17 députés anglophones sur 678 députés après le Brexit ? L'Allemand occupera aussi une place de choix si on compte les 96 députés allemands et les 18 autrichiens, pour un total de 114, sans oublier les pays où l'Allemand est pratiqué (République Tchèque, Danemark, Pays-Bas…). Les Français ont tout intérêt à réclamer l'usage de leur langue au sein des institutions européennes en lieu et place de l'anglais en jouant sur le caractère universel de celle-ci, là où l'allemand n'est qu'une langue mineure.

Au final si les conséquences du Brexit sont difficiles à déterminer à moyen terme, ce n'est pas un élément mineur dans le contexte actuel. Que ce soit sur le plan de la politique intérieure, de la géopolitique, de l'économie ou des contestations sociales, le Brexit aura d'ici un à deux ans, si la volonté des électeurs est respectée, des effets indéniables. De Gaulle disait « Si vous ne voulez pas l’intégration, alors il faut la Grande-Bretagne et si vous ne voulez pas de la Grande-Bretagne, alors il faut l’intégration. Il nous faut l’un ou l’autre. Nous ne pouvons pas nous trouver sans l’intégration, ni sans la Grande-Bretagne ». Le Brexit pourrait donc tout autant affaiblir l'UE que la renforcer, il aura en tout cas pour effet d'offrir à la France une opportunité historique de défendre son idée de l'Europe.

Jean / C.N.C.

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