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27/06/2016

Théorie de la propriété de Pierre Joseph Proudhon (Le SOCLE)

Théorie de la propriété de Pierre Joseph Proudhon (Le SOCLE)

Maurras disait : « Je ne dirai jamais lisez Proudhon à qui a débuté par la doctrine réaliste et traditionnelle, mais je n'hésiterai pas à donner ce conseil à quiconque ayant connu les nuées de l'économie libérale ou collectiviste, ayant posé en termes juridiques ou métaphysiques le problème de la structure sociale, a besoin de retrouver les choses vivantes sous les signes sophistiqués ou sophistiqueurs ! Il y a dans Proudhon un fort goût des réalités qui peut éclairer bien des hommes ».   Étant donnée la forte carence en textes économiques chez les penseurs attachés à l'héritage européen, et surtout le fait que toute notre génération a uniquement « connu les nuées de l'économie libérale ou collectiviste », l'analyse traditionnelle et critique de ses théories économiques semble être un antidote indispensable. Il faut aussi prendre en compte les origines rurales de Proudhon, son éducation traditionnelle, sa défense de l'artisanat et de la paysannerie, de la structure familiale, etc. Son univers mental et culturel est clairement celui de la société pré-industrielle, avant que la domination des idéologies n'étende sa chape de plomb sur le monde de la pensée.

 

Hans Abgrall, pour le SOCLE

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             La Théorie de la Propriété est une tentative de synthèse d'une pensée complexe et toujours en mouvement, parue à son décès en 1865. Elle représente un complément et une réponse à son célèbre pamphlet Qu'est-ce que la Propriété ? paru en 1840, compilant ainsi ses recherches et réflexions ultérieures. Il constate l'incapacité des collectivistes à établir un projet viable et mobilisateur pour les masses, ce qui entraîne ainsi mécaniquement la domination sans partage des grands propriétaires sur la France, par le biais du mensonge parlementariste qu'il dénonce activement. Dans cette situation analogue à celle que vit l'Europe depuis la fin de la Guerre Froide, Proudhon veut avant tout rester fidèle à son engagement de défendre les intérêts du peuple, dont il reconnaît d'ailleurs la multiplicité des identités comme une évidence : Bretons, Occitans, Basques, Alsaciens, sont des nations irréductibles l'une à l'autre, chacune ayant son âme propre.

             Il nuance donc son ancienne critique frontale de la propriété, en tentant de revenir à la base de sa définition, d'étudier ses différentes formes, leurs conditions et leurs effets, pour discerner ce qui serait profitable au bien commun du peuple. Dans ceci, il garde toujours un soucis de rejet des idéologies toutes faites, et surtout d'applicabilité réelle. Bien loin de verser dans un centrisme électoral voué à rester l'idiot utile du système en place, il s'intéresse à la construction d'alternatives concrètes au sein du peuple : il a ainsi fortement contribué au mouvement mutualiste, dont notre société porte encore la trace vivante. Sa pensée et son initiative irrigueront longuement le milieux socialistes non-marxistes, en particulier le syndicalisme révolutionnaire, avec lequel Charles Maurras tentera un rapprochement par le Cercle Proudhon en 1911, cherchant à dépasser les clivages droite/gauche.

            Proudhon commence par tirer au clair l'ensemble des sens que peut revêtir le mot « propriété », notant la confusion qui y règne et les passions violentes qu'il suscite. En effet, libéraux comme communistes jouent volontairement sur ce flou artistique pour justifier ou condamner toutes les formes que la propriété peut revêtir, ce qui est pour lui une forme de malhonnêteté intellectuelle car nécessairement fait à dessein. Il différencie donc trois types de « propriété » bien distincts :

  • L'attribution, c'est-à-dire le fait d'être nommé et reconnu comme réalisateur d'une œuvre ;
  • La possession, c'est-à-dire le fait d'être assuré de pouvoir utiliser un bien matériel pour sa survie et pour être capable de pratiquer sa profession ;
  • La propriété, c'est-à-dire le droit de pouvoir « user et abuser » d'un bien matériel, y compris de manière à en tirer une rente, versée par des personnes en ayant besoin pour leur survie ou la pratique de leur profession.

            Qui peut, en effet, ne pas s'apercevoir qu'être crédité comme auteur d'un roman, être possesseur des chaussures qu'on a aux pieds en déambulant dans la rue, être rentier de plusieurs immeubles ou champs que l'on loue, sont trois choses bien différentes ? Sans compter que, de la propriété individuelle à la propriété étatique, il peut se trouver une foule de modes de propriété partagée, à l'échelle d'une famille, d'un syndic d'immeuble, d'une coopérative ou d'une commune. Ces différents modes ont chacun leur raison d'être, leurs vertus et leurs limites ; aucun ne saurait être imposé universellement au détriment des autres, d'autant plus que, par nature, ils tendent à se côtoyer et même à se chevaucher. L'application de ces formes de propriété plus ou moins collective n'a pas lieu d'être un débat idéologique, mais de correspondre au type de bien concerné, c'est-à-dire de permettre son utilisation optimale en vue du bien commun.

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