Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

14/06/2016

Occident ?

carte ancienne.jpg

Occident ?

Suite à la lecture de notre article « Big Other ? », un camarade bienveillant m'a fait remarquer, non sans justesse, qu'il eût été préférable d'employer le terme d'Europe à celui d'Occident. Cela m'invite donc à rédiger un court texte autour de la sémantique employée.

Dans notre courant de pensée, « Occident » désigne en effet le monde euro-américain produit par le libéralisme, là où « Europe » fait référence à une entité civilisationnelle enracinée sur un continent bien déterminé. L'usage d'Occident pourrait donc laisser penser que nous nous incluons dans ce que l'on appelle désormais communément l'Occident et qui se résumerait au libre-échange, aux droits de l'homme et à la société de consommation.

Lorsque j'ai rédigé le précédent article, l'emploi du terme « Occident » était à entendre au sens où Dominique Venner pouvait l'employer. L'Occident comme une aire de civilisation distincte des autres « mondes » comme le « monde chinois », le « monde indien » ou le « monde musulman ». C'est à dire l'Occident comme étant la projection de puissance des peuples et nations européens. L'Occident comme civilisation façonnée par la Grèce, Rome, le christianisme, l'humanisme, et même la modernité, et bien sur l'esprit d'aventure de nos explorateurs ayant conduit à la création de nouveaux foyers de peuplement européen à travers le monde.

Si l'Europe et l'Occident sont deux termes différents, l'Europe est à la racine de l'Occident, ou plutôt « des Occidents ». L'Occident est « pluriel » et ce qu'en disait Dominique Venner n'est certainement pas ce qu'en dit un BHL... Le flou sémantique qui entoure cette notion peut donc, je le conçois parfaitement, être source de confusions pour le lecteur. Le terme d'Europe peut-être lui aussi victime d'un certain flou sémantique. L'Europe est résumée à l'Union européenne par beaucoup de commentateurs. L'Europe est aussi souvent définie seulement comme un ensemble géographique. Il ne s'agit alors pas dans ces deux cas d'un terme pertinent pour traiter des rapports entre peuples et civilisations. Il nous faut alors, là aussi, souvent s'expliquer sur ce qu'est « notre Europe », la seule possible en réalité, celle qui est maladroitement présentée comme une « alter-Europe ». C'est à dire l'Europe comprise comme un ensemble civilisationnel et ethnique tel que je le mentionnais au début de cet article. Voilà qui est en effet plus clair, mais qui a sûrement comme défaut de se résumer à un héritage et à une vision fixiste de l'identité et de la culture, là où le terme d'Occident peut sembler immédiatement plus dynamique malgré ses limites.

C'est parce que nous avons souhaité renverser la perspective dans l'article « Big other ? » qu'il a semblé pertinent l'usage du terme « Occident ». En effet les peuples du tiers-monde avaient bel et bien affaire à des Européens, et ce depuis de nombreux siècles. Mais ces Européens, parce qu'ils évoluent hors de leurs bases deviennent des « Occidentaux ». Pour beaucoup d'observateurs, il y a une porosité entre le terme d'occidental et celui de « blanc ». Même si cela peut être erroné ou caricatural, car de fait, « l'Occidental » est pour nous la négation même de ce qu'est « l'Européen ». Ici se niche l’ambiguïté du propos...

L'Europe comme socle et l'Occident comme horizon ? Voilà peut-être qui est source d'imbroglio, de débats et de nœuds au cerveau mais qui peut aider à comprendre de quoi il est question. En effet, l'Occident au sens médiatique n'est pas le produit d'une histoire propre, d'un héritage et d'un ensemble de cultures spécifiques mais se résume à une incantation en faveur d'un universel hors-sol. L'Occident médiatique n'est pas un héritier de l'Occident historique car il s'est construit contre lui. Il l'a vidé de sa substance. L'Occident historique est le produit de l'histoire européenne et de sa projection de puissance. Nous avons donc deux Occidents qui s'opposent et qui entrent en conflits avec les autres aires de civilisation. Lorsque des actes anti-chrétiens sont perpétrés dans le monde en représailles d'actes « anti-musulmans », c'est l'Occident historique qui est frappé pour punir les agissements de l'Occident médiatique. Pour les autres peuples, il y a une confusion évidente entre les deux. Pourtant nous savons combien cet Occident médiatique œuvre contre l'Occident historique.

Quoi qu'il en soit, nous pouvons nous accorder sur au moins un point, ce qui caractérise de fait l'Occident, c'est la liberté, même si ce terme a été au cours des siècles trituré, déformé, manipulé ou dévoyé. L'Occident c'est cet ensemble civilisationnel qu'ont créé les Européens pour défendre leur idée de la liberté. Que la liberté d'un Thucydide ne soit pas celle d'un Adam Smith est une évidence. Mais c'est parce que nous défendons une certaine idée de la liberté, que nous sommes certes des Européens, mais aussi aux yeux des autres peuples, des Occidentaux. La liberté de nos femmes ou notre liberté en matière de création culturelle sont unique au monde. L'Occident médiatique quant à lui use des termes de liberté ou de la création culturelle pour détruire, effacer et déconstruire. Là où nous bâtissons. Nous sommes donc bel et bien des « Occidentaux », attachés à nos libertés, mais des Occidentaux enracinés, fruits d'une longue histoire. Comme le définissait Dominique Venner.

Jean / C.N.C.

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source.

Commentaires

Occident ? Europe !

Vous montrez fort bien combien ce qui sépare l'Occident de l'Europe peut être de nature idéologique. Il y a les "occidentalistes" d'un côté, les "paneuropéens" de l'autre, en somme. Culture, civilisation, géopolitique, etc. L'Occident s'oppose d'ailleurs, dans tous les domaines, à l'Europe.

Et c'est là notre drame. La tutelle américaine a fait de nous des "Occidentaux". C'est donc bien d'une aliénation dont il s'agit. L'Occident a cessé d'exister lorsque la "Modernité" en a décidé l'annexion. La "californisation" de l'Europe occidentale en témoigne.

Je m'en tiens, pour ma part, à ce qu'en dit A de B (et avec lui de nombreux "paneuropéens") :

Nicolas Gauthier : "A peu près à la même époque se faisait sentir la nuance, dans les milieux « nationalistes », entre « européistes » et « occidentalistes ». Ce clivage vous semble-t-il toujours d’actualité, à un moment où d’autres font se superposer les notions d’Occident ou de chrétienté ? De fait, l’Occident ne serait-il pas aujourd’hui le pire ennemi de l’Europe ?"

A de B : "Le clivage existe toujours, bien sûr : je me sens moi-même profondément européen, mais absolument pas « occidental ». Mais ce qu’il importe surtout de réaliser, c’est que la notion « d’Occident », telle qu’elle est comprise aujourd’hui, est une aberration géopolitique. L’Europe appartient à la Puissance de la Terre, tandis que les États-Unis représentent la Puissance de la Mer. L’histoire, disait Carl Schmitt, est avant tout une histoire de la lutte entre la Terre et la Mer. En dépit de tout ce qu’on nous serine à Bruxelles comme à Washington, les intérêts des Européens et des Nord-Américains ne sont pas convergents mais opposés. Quant à la notion « d’Occident chrétien », qui n’a que trop longtemps fait oublier la dimension universelle (et universaliste) de la religion chrétienne, elle a perdu toute signification depuis que la religion est devenue une affaire privée. L’Europe et l’Occident se sont aujourd’hui totalement disjoints – au point que défendre l’Europe implique, en effet, bien souvent de combattre l’Occident. Ne se rapportant plus à aucune aire géographique ni même culturelle particulière, le mot « Occident » devrait, en fait, être oublié."

Écrit par : Aryosophe | 15/06/2016

"Vous montrez fort bien QUE ce qui sépare", etc. Désolé !

Écrit par : Aryosophe | 15/06/2016

Bien d'accord avec ce qu'a écrit Jean.
En revanche, le commentaire ci-dessus... Non ... J'ai l'impression de lire A de B (auteur que j'ai apprécié par le passé, puis je me suis rendu compte que sur plusieurs thèmes, il s'égarait : sur celui de l'islam par exemple, mais aussi sur celui de l'Occident ou de la Russie. )
Et justement, ce refus de l'Occident provient de la détestation des américains, qui pourtant sont nos proches . Cela explique aussi qu'A de B se fourvoie en se tournant du côté eurasiatique.

Alors, il faut le dire clairement :
- l'Europe n'est pas sous tutelle américaine : l'Amérique du nord, c'est la fille de l'Europe, et depuis toujours son alliée. Cela ne signifie pas que l'une doit être sous tutelle de l'autre (notez, par exemple, que les Etats-Unis seraient ravis que l'UE abandonne Galiléo, et que le GPS reste la système mondial de référence)
- les américains n'ont jamais envoyé leurs chars en France même lorsque De Gaulle a quitté l'Otan (à comparer avec ce qui s'est passé à l'est)
- les intérêts des Européens et des Nord-Américains ne sont pas opposés.
- Europe et Occident sont complémentaires , et contrairement à ce que prétendent A de B et ses partisans, l'Europe n'a certainement pas à combattre l'Occident ni à se tourner vers une Eurasie avec laquelle nous n'avons rien en commun, à part quelques échanges commerciaux.
Culturellement, historiquement, linguistiquement, c'est bien l'Amérique du nord qui est le prolongement de l'Europe.

Alain de Benoist a pu écrire quelques textes intéressants par le passé. Ce n'est pas pour cela qu'il doit éternellement être considéré comme un maître à penser. Et ses dérives et amitiés kremlinoïdes de ces dernières années montrent qu'en effet, il vaut mieux se tourner vers d'autres auteurs... Des auteurs tels qu'Adinolfi sont beaucoup plus intéressants. Dommage qu'il y en ait peu comme lui.

Écrit par : Thomas R | 20/06/2016

@Aryosophe : je suis en désaccord avec la citation d'AdB, laissez moi le temps et je vous ferez une réponse.

@Thomas R : je partage en grande partie vos objections. Là aussi, laissez moi le temps et je ferai une réponse.

Écrit par : JB | 21/06/2016

Prenez votre temps, Jean, il s'agit en effet de se positionner et ce n'est pas sans importance. Je n'ai d'ailleurs pas encore pris le temps de réagir au plaidoyer naïvement (et outrancièrement) atlantiste de l'un de vos lecteurs. La lassitude y est pour beaucoup, je ne vous le cache pas...

Écrit par : Aryosophe | 21/06/2016

Les commentaires sont fermés.