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27/11/2016

Big Other ?

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 Big Other ?

Nous avions publié sur le C.N.C. la très bonne intervention de François Bousquet lors du dernier colloque de l'Institut Iliade. Ce dernier revenait sur « Big Other » et cette tendance à préférer les autres avant les nôtres dans la mentalité occidentale.

Dans le Coeur Rebelle*, Dominique Venner écrivait en effet ces lignes : « La France se partagea en deux camps. Un nouveau « parti intellectuel » se formait. Son propos était simple : ce qui venait de l'adversaire était estimable et digne d'éloge. La valorisation de l'autre par la dévaluation de soi, l'idée fera du chemin. »

Big Other et la troisième voie géopolitique

Big Other prend en partie racine dans la fascination qu'exerce le mouvement des non-alignés et ses grandes figures auprès de la gauche occidentale. Ce mouvement qui pouvait ressembler à une « troisième voie » géopolitique entre bloc de l'ouest capitaliste et bloc de l'est communiste piloté par l'URSS regroupe depuis son acte fondateur à Bandoeng en Indonésie en 1955 les pays du « tiers-monde » selon l'expression d'Alfred Sauvy. S'il connut son heure de gloire dans les années 1970, il atteint assez rapidement ses limites. Aujourd'hui, le mouvement des non-alignés, qui a perdu de sa vigueur et de sa raison d'être depuis la fin de la guerre froide, se compose de 120 pays. Si ceux-ci refusent souvent de suivre les préconisations du FMI, de la Banque Mondiale ou de l'OMC, il n'empêche que leur « non-alignement » est tout à fait relatif, entre cubains favorables à la Russie et Saoudiens favorables aux Etats-Unis. Le 16ème sommet s'est par ailleurs tenu en... Iran**, un pays qui n'est pas inconnu de certains milieux dissidents reprenant souvent à leur compte cette rhétorique anti-impérialiste et anti-sioniste caricaturale du mouvement des non-alignés.

Houari Boumediene, président de la République algérienne fut une figure marquante du mouvement des non-alignés. Cet ancien colonel de l'ALN lors de la guerre d'Algérie s'était mué en défenseur des opprimés. Lors de la conférence d'Alger en 1973, il réunissait tout l'aréopage des « leaders » du tiers-monde : Fidel Castro, Mouammar Kadhafi ou Saddam Hussein. Un an plus tard, à l'ONU, il prononçait un discours au sujet des matières premières sous un tonnerre d'applaudissements. Quelle était en résumé la pensée de Boumediene ? La défense des peuples du tiers-monde, la nationalisation des matières premières, l'hostilité à l'Occident englobant « Américains », Européens et Israéliens. Boumediene est un exemple de ces grandes figures des non-alignés, défenseurs des opprimés à l'ONU, mais pratiquant une politique autoritaire dans son pays. Depuis le coup d'Etat en 1965, l'Algérie était en effet dirigée d'une main de fer par cet ancien officier de l'ALN. Arabisation forcée, liquidation des rivaux du FLN, corruption, socialisme étatique et nationalisations massives. Même les anciennes figures du FLN comme le Commandant Azzedine ou Hocine Aït Ahmed s'insurgeaient contre la confiscation de l'indépendance. Le communiste Benjamin Stora leur donna d'ailleurs la parole dans un reportage en 2002 « Algérie, été 1962, l'indépendance aux deux visages ». Je m'arrêterai là. Je ne parlerai pas plus longtemps de l'Algérie à la place des Algériens. Le mouvement des non-alignés ne faisait que poursuivre les luttes d'indépendance et le combat contre les puissances occidentales, mais surtout il était un courant au service de quelques grands noms qui cherchaient une place sur la scène internationale.

Notre désarmement intellectuel

La déclaration de La Havane de 1979, rédigée sous l'impulsion de Fidel Castro, avait pour objet « l’indépendance nationale, la souveraineté, l’intégrité territoriale et la sécurité des pays non-alignés dans leur lutte contre l’impérialisme, le colonialisme, le néocolonialisme, la ségrégation, le racisme, et toute forme d’agression étrangère, d’occupation, de domination, d’interférence ou d’hégémonie de la part de grandes puissances ou de blocs politiques ». Une bonne part de cette doctrine s'est retrouvée dans le « tercerisme » des mouvances nationalistes révolutionnaires. Fort bien. Mais quid du racisme et des discriminations qui sont, dans l'esprit des pays non-alignés et de leurs militants en Europe, forcément le fait des Occidentaux ? Le mouvement des non-alignés a très largement influencé la gauche hors PCF. Nous chasser de leurs territoires, violer nos femmes, éviscérer nos enfants, cela n'avait pas suffit. Il fallait continuer l'effort de guerre par la séduction de l'opinion. « Le parti intellectuel » dont parlait Dominique Venner, composé entre autres de catholiques de gauche et de marxistes, avait été séduit par les fellagas, comme il a toujours été séduit par cette figure romantique des révolutionnaires indigènes : le Che ou les Vietcongs par exemple.

C'est en mai 68 que la jeunesse de gauche radicale, peu séduite pas la bureaucratie de l'URSS et de ses relais du PCF se prendra de passion pour les luttes du tiers-monde et en particulier le Vietnam d'Ho-Chi-Minh. Des étudiants hirsutes allaient se mêler à d'anciens porteurs de valise du FLN dans leur fascination pour ces figures de l'indépendance qui diffusaient un discours de lutte contre les puissances occidentales. Le « parti intellectuel » allait donc poursuivre sa basse besogne : culpabiliser les Européens. C'est donc depuis la guerre d'Algérie, et d'une manière générale depuis la décolonisation, que le champ libre a été donné à tous ceux qui nous jugent « coupables » d'avoir « opprimé » les autres. Et peu importe si en Algérie, ce sont des « petites gens » et des harkis fidèles à la France qui ont fini démembrés dans des flaques de sang. Et peu importe si aujourd'hui c'est la Chine officiellement communiste qui pille l'Afrique. L'Algérie a porté en elle une nouvelle ère : la lutte des classes n'oppose plus désormais les bourgeois et les prolétaires d'une même nation. Elle oppose désormais les « pauvres » et les « riches » à l'échelle mondiale. Et même si les chefs des pauvres vivent dans des palais, ils sont du bon côté de la barrière : avec les opprimés.

L'occidental, figure du mal

L'occidental est la figure du mal alors que le « pauvre du tiers-monde » est une figure rédemptrice. Ces visages bigarrés, ces combattants héroïques ont une cause, alors que l'Occident lui, n'en a plus. Et parce qu'ils ont une cause, des croyances, alors ils sont plus dignes d'intérêt que l'Occidental moyen. Pourtant les germes du pan-islamisme étaient déjà là dans le pan-arabisme d'un Boumediene et autres « non-alignés ». C'est débarrassés des derniers oripeaux de l'Europe - le nationalisme et le socialisme – qu'émergent les Frères Musulmans ou un mutant comme l'Etat islamique. On pourra toujours chercher la main invisible des « Occidentaux », des universitaires s'accordent à dire que l'EI progresse sur les cendres des échecs du baassisme. En détruisant symboliquement la ligne Sykes-Picot, l'EI a porté un message jusqu'au cœur du monde arabo-musulman : là où les chefs de l’indépendance ont échoué, eux réussiront. Parce que le « nationalisme arabe » replacé sur le temps long historique n'était dans de nombreux états – sauf peut-être en Syrie et en Egypte – que le retour dans l'histoire des peuples arabo-musulmans. Après l'effondrement ottoman, il y aura eu l'effondrement européen. Soviétiques et Américains sont parvenus à geler la situation jusque dans les années 80. Mais c'est peu à peu, et a fortiori depuis le début des années 1990 que s'effectuent le retour de l'histoire et le retour des civilisations.

Derrière les discours séduisants de tant de chefs d'Etat « non-alignés » se niche un ressentiment contre l'Occident, c'est à dire, dans leur esprit, du blanc, comme l’atteste l'Afrique du Sud de l'ANC, où la lutte communiste a laissé place à une guerre ethnique. C'est l'Européen ou le descendant d'Européens qui est le coupable à abattre. A l'heure de l’hyper-classe globalisée, c'est toujours le fermier blanc qu'on assassine quand bien même l'Afrique connaît de plus en plus de milliardaires. Jugez-en vous même, le nigérian Aliko Dangote a une fortune personnelle équivalente au PIB de la Guinée. Profitant de l'explosion urbaine au Nigeria, sa société de cimenterie sera bientôt une des plus importante du monde. Vous en avez déjà entendu parler ? Bien sur que non. Car en vertu de la propagande des fameux « non-alignés » sur la propriété de la terre et des ressources, l'exploiteur, le riche, c'est forcément le Blanc, l'Occidental. Le Grand remplacement qui s'annonce n'est que la suite de ce mouvement de décolonisation du tiers-monde : la démographie en Algérie comme en Afrique du sud était en défaveur des blancs. Elle l'est aujourd'hui sur notre territoire. Les réseaux qui luttent contre le « neo-malthusianisme » sont d'ailleurs soutenus par les catholiques tiers-mondistes et les islamistes. Le contrôle des naissances dans le tiers-monde ? N'y pensez même pas ! Là où les Occidentaux s'efforcent d'imposer la planification des naissances, les imams appellent à rejeter cette forme de « néo-colonialisme » qui s'oppose aux enseignements de l'islam. En réponse à l'islam, mais aussi à un occident oscillant entre « nihilisme » post-moderne libéral-libertaire et écologie anti-nataliste, les catholiques tiers-mondistes défendent la natalité. C'est en partie un des objets de l'Encyclique du Pape argentin, Laudato Si qui poursuit sur ce point Caritas In Veritate de Benoit XVI***. Cela explique bien des choses quant à la défense du « migrant » originaire du tiers-monde...

Big Other dans le camp national

« Ce qui venait de l'adversaire était estimable et digne d'éloge. La valorisation de l'autre par la dévaluation de soi, l'idée fera du chemin. » Oserais-je dire que cette idée a fait du chemin jusque chez les anciens compagnons de route de Dominique Venner ? C'est peut-être en effet une posture toute girardienne qui s'est emparée de certains. Pourquoi girardienne ? Car je crois déceler une forme de rivalité mimétique. On finit trop souvent par ressembler à celui qu'on combat et qu'on a longtemps combattu... La lutte idéologique contre les intellectuels marxistes a conduit une bonne partie de notre mouvement à s'enivrer comme eux des déclarations tonitruantes des chefs d'Etat « non-alignés » contre « l'Occident ». Le soutien quasi unanime aux « rebelles du Donbass » n'en étant qu'un énième avatar. Untel regardera avec tendresse l'Iran islamique, l'autre n'aura pas de mots assez dithyrambiques pour louer la révolution socialiste arabe de Kadhafi et le dernier chaussera ses espadrilles che guevaresques pour faire de Chavez un héraut de la lutte des identités ! Lorsqu'une poignée de jeunes européens tout juste sortie de l'enfance tombe à Maïdan, c'est à l'inverse d'un seul bond que tout le monde les cloue au pilori : Suppôts du sionisme ! De l'Occident ! Du Capital ! Houari Boumedienne ne renierait pas un tel galimatias...

La lecture de certaines publications proches de nous est édifiante : articles hagiographiques sur les différentes figures du « tiers-monde » ou défense d'un « bon islam » qui n'est pas soutenu « par les américano-sionistes », c'est tout le panel des « autres » qui est intégré au cœur même de ce qui furent nos rangs. Ne pas encenser les chefs d'Etat qui, à nos marges, « résistent aux Atlantistes » vous rend immédiatement suspect, refuser de rentrer dans des débats théologiques sur le « bon » et le « mauvais » islam, vous ravale dans la cour des thuriféraires des chocs des civilisations et exprimer une méfiance envers la Foi des peuples du tiers-monde n'est que le signe de votre « nihilisme » d'occidental. Même lorsque les « chefs d'Etat non-alignés » sont coupables d'avoir du sang européen sur les mains, nombreux sont ceux qui les encensent.

Le combat pour l'identité devient alors suspect et se retrouve dénaturé. L'identité n'est plus alors la défense d'un héritage et dans une perspective un peu plus existentialiste une projection de puissance d'un peuple sur un territoire. Le combat pour l'identité devient une simple défense de la langue ou de la « souveraineté » contre « l'uniformisation » et « l'impérialisme » initiés par le bloc anglo-américain. Quand elle n'est pas simplement perçue comme le produit d'une « ingénierie sociale » au service des intérêts capitalistes... Nous n'avons plus le droit d'affirmer notre volonté de puissance, sans quoi nous serions forcément obligés d'entrer en conflit avec les autres. Il faut éliminer le conflit avec les autres et considérer que « toutes les identités se valent », car, comme si cela ne suffisait pas, il a fallu aussi intégrer le relativisme post-moderniste dans notre boîte à idées. Tout se vaut ! La lutte d'un identitaire à Paris, d'un bolivariste à Caracas, d'un gardien de la Révolution à Téhéran et d'un jeune du Hamas à Gaza. Il faut « doubler la gauche sur sa gauche » en étant encore plus socialiste, plus pro-palestinien, plus pro-ceci ou anti-cela qu'elle ! Il faut montrer patte blanche, ou plutôt, patte rouge. Le Maïdan et les bombardements sur Gaza ? C'est pareil ! Faisons fi de la nuance et de nos intérêts en tant que civilisation.

Pour une critique positive

La figure de « Big Other » s'est imposée dans le camp national et identitaire, sur la longue route pavée de nos échecs et de nos désespoirs. Selon certains et comme au temps de la guerre froide, notre salut viendra des Russes, des Iraniens ou des Arabes. C'est une certitude ! Et si des nationalistes prennent les armes, c'est forcément parce qu'ils sont soutenus par les Etats-Unis ! Aucun doute ! Car si nous n'arrivons à rien, ce n'est pas de notre faute, mais d'un « Système » qui nous écrase. Alors quand certains obtiennent quelques menus succès, comme à Mariupol, c'est forcément louche. «  La valorisation de l'autre par la dévaluation de soi, l'idée fera du chemin » écrivait donc Dominique Venner. C'est exactement ce qui se passe en Ukraine où les nationalistes ukrainiens qui se réfèrent aux corps-francs allemands, à Junger ou au Coeur Rebelle – qu'ils ont encore honoré cette année dans un silence de cathédrale de la mouvance nationale française - sont honnis, là où les forces eurasiatiques bardées de breloques soviétiques sont encensées.

Ainsi à l'heure où l'ultra-gauche fait peau neuve et s'adapte au monde post-guerre froide de la mondialisation néo-libérale et où le monde arabo-musulman se débarrasse de ses derniers oripeaux occidentaux au profit d'un islam régénéré, nous devrions avoir d'autres objectifs que de récupérer le flambeau de luttes éculées oscillant entre panarabisme et théologie de la libération latino-américaine. L'histoire européenne est suffisamment riche en modèles et en idées pour que n'allions pas chercher dans je ne sais quel livre vert les sources de notre renaissance. Quitte à puiser à l'ultra-gauche, autant fouiner chez les post-situationnistes, les écologistes et les anarchistes qui ont compris que les luttes actuelles concernent d'abord et avant tout le territoire et l'échelon local. Qu'avons nous à gagner à puiser chez ceux qui veulent, in fine, notre disparition ? Chez ceux dont l'horizon indépassable de l'économie est la « nationalisation » des matières premières ? A l'heure de l'écologie radicale, cela pose question. L'intégralité des pays d'Afrique tropicale, dont la démographie galopante est un problème pour l'Europe, appartiennent au mouvement des non-alignés. Pensez-vous vraiment que ces Etats se soucient de nos intérêts vitaux d'Européens ? Si nous acceptons que la question centrale est le territoire et par extension la pérennité du peuple qui habite le territoire, alors il faudra admettre que les idéologies servent souvent de prétexte à la lutte pour les territoires que se livrent les peuples. Les idéologies n'ont pas véritablement d'importance capitale, elles sont souvent cosmétiques. Ce qui compte surtout dans l'histoire, c'est la dynamique d'un peuple souhaitant défendre ou conquérir un territoire au détriment d'un autre peuple. Il ne faut donc pas voir seulement dans le non-alignement une lutte « idéologique » contre « l'impérialisme capitaliste occidental » mais aussi une lutte des peuples du « tiers-monde » contre les peuples Européens et leurs descendants.

Le « non-alignement » était en grande partie une arme  au service du « tiers-monde » et de ses dirigeants emblématiques. Une arme efficace qui a massivement séduite les intellectuels gauchistes mais aussi ceux qui tentèrent par chez nous l'émergence d'une troisième voie. Voila une des racines de Big Other. Notre principal problème est donc que nous avons été dépossédés de l'Occident. L'Occident, ce n'est plus ce monde hérité de la Grèce, de Rome, qui a été christianisé, qui a connu l'humanisme et les grandes « idées » de l'ère moderne, c'est le vide post-moderne et l'universalisme abstrait, c'est un certain christianisme devenu fou, sans racine et sans Dieu. Ce sont les mêmes qui ont encensé toutes les luttes indigénistes qui ont vidé l'Europe de sa substance. Le tragique de l'idéologie Big Other, c'est qu'elle n'épargne personne, même pas ceux qui la combattent. Car elle est, de façon ironique, profondément occidentale.

La solidarité internationale, c'est très bien, mais pas si elle passe avant la défense de l'Europe et des Européens.

Jean/C.N.C

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source.

* p. 67 de l'édition de 2014

** le terme d'islamophobie qui s'est imposé en France doit d'ailleurs beaucoup à la révolution islamique d'Iran qui fascina une partie de la gauche.

*** cela explique nos précautions quant à la revue d'écologie intégrale Limite.

Première publication : le 2 juin 2016

Commentaires

Puisqu'il s'agit de puiser à la source de notre tradition européenne, que pensez-vous cette célèbre phrase de Julius Evola : "L'idée seule doit représenter la patrie [...] Ce n'est pas le fait d'appartenir à une même terre, de parler la même langue ou d'être du même sang qui doit unir ou diviser, mais le fait d'être ou de ne pas être ralliés à la même idée" (les hommes au milieux des ruines)?
Celle-ci semble plutôt nous encourager à aller dans le sens de ceux que vous dénoncez dans cet article ne croyez-vous pas?

Cordialement,

Écrit par : EVS | 02/06/2016

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Je ne pense pas qu'Evola avait à l'esprit de s'allier avec tout à tas de types peu recommandables défendant leurs petits intérêts aux noms de "grandes idées".

Et je vois encore une fois qu'on oppose aux faits et au réel, de grandes théories, comme chez les marxistes. Diantre.

Écrit par : JB | 02/06/2016

J'ignore si les leaders de nationalisme arabe et autres figures centrales des "non-alignés" étaient effectivement motivés par leurs "petits intérêts" et ne les jugerai donc pas sur ce point. L'homme étant ce qu'il est, la politique aussi, il est de toute façon difficile de trouver des idéalistes purs dont l'engagement politique ne soit pas mêlé à quelque considérations personnelles. En revanche je comprends que certains dans nos milieux aient pu se reconnaître dans des mouvements dont certains traits caractéristiques pouvaient rappeler les fascismes européens. Je pense notamment, bien sûr, à François Duprat et à son interprétation du parti Baas par exemple. Je pense aussi aux travaux de Dimitri Kitsikis qui voit dans les courants tier-mondistes (notamment latino-américains) d'authentiques mouvements néo-fascistes dissimulant leur nature véritable derrière un decorum pseudo-communiste à la mode à l'époque. Par ailleurs, si le modèle "socialiste jacobin" reposant sur de vastes politiques de nationalisation et un modèle industriel productiviste, caractéristique de ces mouvements, semble peut compatible avec la tendance écologiste et fédéraliste plus en vogue aujourd'hui, il ne faut pas oublier qu'ils étaient en tous point comparables aux politiques menées dans les années 30 par l'Italie et l'Allemagne et que leur doctrine économique (et politique) n'avait rien de commun avec le communisme (l'anti-marxisme d'un Michel Aflaq est d'ailleurs bien connu) . Concernant le cas arabe, cette coloration fascisante n'a d'ailleurs rien d'étonnant étant donné le rôle qu'on pu jouer certains dignitaires militaires allemands rescapés de la débâcle auprès des dirigeants locaux (je pense notamment à des personnages tels que Johann von Leers ou Otto Skorzeny dans le cas égyptien) ou plus simplement l'influence des intellectuels nationalistes européens (et particulièrement français) sur les doctrines des pères fondateurs du panarabisme. Mais vous connaissez tout cela aussi bien que moi.
Bref, tout ça pour dire que loin d'être paradoxale, cette tendance des natios européens à endosser des causes qui peuvent paraître au premier coup d’œil bien exotique et au contraire tout à fait naturelle. Ceci dit, je suis tout à fait d'accord avec vous pour dire que celle-ci ne doit en aucun cas nous faire perdre de vue ce qui constitue le cœur nucléaire de notre engagement, à savoir la défense de l'Europe. Il suffit de voir la dérive d'un Luc Michel pour s'en convaincre .

Cordialement,

Écrit par : EVS | 02/06/2016

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Votre sujet colle pile poil avec le dernier bouquin de Philippe Baillet...je ne sais pas si c'est un hasard mais il semble que comme moi certains des protagonistes du CNC apprécient ses travaux.

Je vous jure je n'ai pas d'action chez Akribeia.

Malgré tout j'ai dévoré le bouquin. Il rejoint complètement votre analyse et aborde la dérive de tout un courant nationaliste:
"L'autre Tiers-mondisme, des origines à l'islamisme radical"

sous titré: "fascismes, nationaux-socialistes, nationalistes-révolutionnaires "entre défense de la race" et "solidarité anti-impérialiste"".

Avec un portrait particulièrement fouillé de Johann Von Leers...inspirateur de Claudio Mutti (lui aussi passé au crible) qui pendra d'ailleurs le même nom de converti: Omar Amin.


On voit en filigrane que le point de commun de tous ces gens est un antisémitisme poussé à la carricature, voire même au délire . Et L 'auteur réfute complètement la dénomination de néo-fascisme à ces diverses "troisièmes voies": concepts repris par certains NR ou AdB qui a une époque les trouvait presque plus fasciste que l'original...

Il reste avant tout fidèle à la description faîte par Adriano Romualdi du fascisme comme "un phénomène européen"

Écrit par : DolFusa | 02/06/2016

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@ Dolfusa: Vous avez parfaitement raison d'évoquer le dernier livre de Baillet dont Jean et moi parlions encore hier suite à l'écriture de son article. Nous avons reçu cet ouvrage et en livrerons prochainement une chronique.

Effectivement, les écrits de Baillet sont un phare autrement lumineux que ce que proposent bien des auteurs de la "mouvance"...

Écrit par : Rüdiger | 02/06/2016

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Avez vous envisagé l'hypothèse selon laquelle cet "antisémitisme poussé à la caricature, voire même au délire" que vous dénoncez était inspiré par... la doctrine officielle du NSDAP? Plongez-vous dans son programme et vous trouverez sûrement des éléments d'explication de l'attitude de certains dignitaires nazis pendant et après la seconde guerre mondiale. Je vous invite également à consulter le testament politique de AH dans lequel ce dernier propose une appréciation très positive de l'islam. On peut notamment y lire "Je suis persuadé que les Japonais, les Chinois et les peuples régis par l'Islam seront toujours plus proches de nous que la France, par exemple, en dépit de la parenté du sang qui coule dans nos veines." C'est dans cet esprit qu'il appelait une "une audacieuse politique d'amitié à l'égard de l'Islam" notamment au travers de la libération des peuples arabes du joug de la colonisation. Il me semble que nous avons là le témoignage d'un "auteur de la mouvance" assez "solide" pour employer une expression en vogue ces temps ci. Je sais que les termes "fascisme" et "national-socialisme" recouvrent des réalités disparates présentant des caractéristiques irréductibles. Néanmoins, on voit bien que la politique d'amitié tiers-mondiste promue par les mouvement NR n'avait pas la prétention d'être "plus fasciste que l'original" mais se contentait de s'inscrire dans la simple continuité de celui-ci.
Enfin puisque l'auteur de cet article nous propose de renouer avec les penseurs de notre bord plutôt que nous focaliser sur celle de nos adversaires, je vous invite lire cet éclairant texte de Christian bouchet dans lequel il décrit la longue tradition de bienveillance des nationalistes envers l'islam. J'imagine que le fait que cette allocution ait été prononcée à l'Université d'été d'ER aura probablement l'heur de vous déplaire mais si vous passez outre cette réticence je vous assure que vous y trouverez des éléments intéressants sur la question islamique.
http://www.voxnr.com/cc/tribune_libre/EElAVyFlyZanKUyspl.shtml

Cordialement

Écrit par : EVS | 03/06/2016

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Ce que je dis, c'est que l'on peut lire dans le bouquin que je citais à juste titre.

J'ai la flemme de recopier une citation de Claudio Mutti qui jongle allègrement avec les références gauchistes pour satisfaire un antisionisme qui se confond avec un antisémitisme délirant. Effectivement elle est particulièrement bien choisie par l'auteur.

Je vous renvoie donc vers le bouquin et je ne cherche pas la polémique.
Après pas la peine non plus d'interpréter ça comme une forme de philo sémitisme . parce que oui certains se sont sentis obligés de gauchiser leur discours pour satisfaire leur antisémitisme exacerbé.

Streicher n'est pas un modèle, pas plus que Von Leers (voir le bouquin), Ryssen dans un style moderne.
Pas que les choses soient nécessairement fausses, mais elles ne doivent pas devenir l’alpha et l'oméga de la pensée. Elles manquent bien souvent de nuances.

Je me répète, lisez le livre puisque ce sujet vous intéresse , toutes les références que vous citez sont abordées en long, en large et en travers. Baillet le fait bien mieux que moi.

Quant au NR, courant qui a inspiré une bonne partie de ma vie militante et mes lectures, il n'est pas exempte de critiques et je n'ai jamais, mais alors jamais aimé les courants mous de b***te issus de la KR versant dans l'anti-fascisme doctrinal pour un snobisme philo-bolchévique, tout cela pour être plus révolutionnaire que les révolutionnaires. Même s'ils peuvent être intéressants par ailleurs....tiens encore le livre! Le cas Hielscher est abordé . Mais il y en a d'autres....en plus de ceux déjà cités.



"Néanmoins, on voit bien que la politique d'amitié tiers-mondiste promue par les mouvement NR n'avait pas la prétention d'être "plus fasciste que l'original" mais se contentait de s'inscrire dans la simple continuité de celui-ci."

Ce n'est pas moi qui le dit .Je l'ai revanche lu un certains nombre de fois. Et notamment sous la plume de Benoist qui pourtant ne manque jamais de cracher à la gueule du fascisme, (déjà que les idées du FN lui donnaient la nausée...d'ailleurs on ne lui a pas demandé d'en parler mais ça fait plus chic).

Les gens changent, ce n'est pas un procès (quoique?), mais j'avoue que PH. Baillet a au moins le mérite, avec talent, de remettre en perspective un courant décrié, souvent mal décrit et devenu strictement réductible à des idées devenues honnies.
A mon avis il est un des seuls en France à être proche de la Nouvelle Droite américaine, qui elle, est restée fidèle à ce devrait être fondamental dans notre milieu: notre identité au sens large, tout en ayant des points vus originaux loin de tout dogmatisme militant.

Pour finir, le NS n'est pas réductible à l'antisémitisme. La race est l’élément central, pas la haine des juifs: voir le bouquin de Giantonio Valli sur les recherches et les nombreux travaux universitaires du III ème Reich sur cette thématique avant la guerre. Il y a aussi les travaux de Johan Chapoutot, particulièrement remarquables. Tout cela tend à nuancer cette vision simpliste et entretenue par certaines ligues de vertus.

Écrit par : DolFusa | 03/06/2016

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Je ne me suis pas encore penché sur le dernier effort de Philppe Baillet, mais cela ne saurait tarder. Le thème lui est familier. Il avait déjà publié un papier sur le sujet dans les pages de la revue "Ecrits de Paris" (mai 2013) : "Aux origines du "tiers-mondisme de droite". De Gabriele d'Annunzio à Jean Thiriart et quelques autres."

On évoque, à juste titre, l'influence de René Guénon ou celle de Nietzsche sur les "nationalistes paneuropéens" les moins "politiques", parmi lesquels Claudio Mutti, mais c'est l'influence de Julius Evola qui fut réellement déterminante. Julius Evola dont Philippe Baillet est l'un des "spécialistes" les plus brillants. Je rappelle d'ailleurs qu'il fut également l'un des acteurs du "traditionalisme intégral" en France. Pour Evola, l'islam est supérieur au christianisme, non seulement par ses origines mais également par l'héritage aryen primordial dont il serait le réceptacle. Je schématise à outrance mais je crois pouvoir dire que l'essentiel est là. On peut même dire, et Mutti ne s'en est pas caché, que l'islam paraissait être la seule voie traditionnelle complète encore accessible.

Par ailleurs, cette inclination, diffuse chez beaucoup, de Jacques Benoist-Méchin à Maurice Bardèche, en passant par les acteurs de la mouvance dite nationaliste-révolutionnaire (dont je suis, quelque part entre Europe-Action et Terza Positione), est encore vivace aujourd'hui bien que la "défense de la race" soit devenu plus urgente. Après tout, le "nationalisme" (dans une perspective substantialiste) c'est exalter ce que nous-sommes et non pas ce que nous pourrions être. Encore que...

Écrit par : Aryosophe | 04/06/2016

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Pour répondre à votre remarque DolFusa, j'ai écrit cet article sans être au courant de la parution du livre de Baillet. C'est Rüdiger qui m'a a parlé après rédaction de ce papier et je suis ravi qu'il aille dans le même sens. Si vous suivez nos colonnes, vous constaterez que ce sujet au sens large (influence des marxistes, des tiers-mondistes, etc...) revient souvent dans mes écrits et que le conflit en Ukraine y est pour beaucoup. Cela explique pour moi le succès qu'ont pu avoir E&R et Dieudonné dans nos rangs (j'avais écris un article au sujet de cet humoriste, d'ailleurs, ...).

Vous faites bien de parler d'AdB, car j'ai notamment aussi senti cette tendance chez Krisis et dans une moindre mesure dans Elements. Krisis a "recyclé" un grand nombre d'intellectuels "anti-capitaliste", à commencer par son rédacteur en chef, T. Isabel, qui n'a jamais placé la question identitaire au centre de ces préoccupations. Mais c'est ici un autre sujet qui traite plus de la fascination qu'exerce le socialisme...

Je ressens un certain malaise lorsqu’on cite à tort et à travers Evola... Evola est un mortel qui a écrit dans un certain contexte. Il faut aussi savoir juger un arbre à ces fruits et c'est ce que je me propose de faire. Que certains aient pu se sentir une proximité à leur époque pour tel ou tel combat ne doit pas nous empêcher d'en tirer un bilan avec le recul de l'histoire. A l'instar des anciens de l'OAS qui vécurent à 100% leurs expérience insurrectionnelle tout en reconnaissant a posteriori que le combat pour l'Algérie française était une erreur...

Écrit par : JB | 05/06/2016

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Je suis vos articles régulièrement. Je les trouve généralement remarquablement bien faits...et surtout particulièrement objectifs.

L'objectivité, cette chose dont beaucoup se targuent, procédant à charge et à décharge, mais souvent en pêchant par omission pour conforter leur idéologie à la réalité...mais aussi par lâcheté parfois.

Écrit par : DolFusa | 05/06/2016

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Evola était un mortel, en effet, tout comme Dominique Venner, Jean Mabire, François Duprat, et bien d'autres figures tutélaires de la "nébuleuse" à travers le temps. Leurs pensées, leurs écrits, leurs aphorismes, ornent les textes, commentaires, billets, articles, etc. de leurs héritiers. Cela n'a rien de très surprenant.

Je partage la démarche (livrée dans ses deux derniers essais) de Philippe Baillet. Son évolution, du traditionalisme intégral au racialisme blanc, prouve bien que lire et apprécier Julius Evola ne signifie pas que la baron italien ait eu raison sur tout.

En revanche, je suis bien plus réservé sur l'antisémitisme considéré comme "délirant" de Mutti, von Leers, Yockey, Thiriart et quelques autres. Si je n'ai jamais adhéré au nationalisme grand-européen (parce que non racialiste) des uns et des autres, on ne peut sérieusement prétendre lutter contre ce que l'on appelle le Système en refusant de reconnaitre la nature de l'esprit qui en est l'incubateur.

Écrit par : Aryosophe | 05/06/2016

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Le "non-aligné" Kadhafi, auteur du livre vert, ce grand manuel révolutionnaire, héraut du socialisme pan-arabe, a fini par financer la campagne électorale de Sarkozy. Bon voila.

Écrit par : JB | 05/06/2016

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Le "livre vert" ? Intéressant bien que brouillon, très inégal et, rétrospectivement, en complet décalage avec sa propre expérience du pouvoir, en effet. L'officier révolutionnaire, théoricien de la Jamahiriya s'est en effet très vite effacé derrière l'autocrate caricatural. Il y a toutefois, dans ce "catéchisme" du Fateh, bon nombre de réflexions pertinentes et notamment sur le sionisme ou la condition féminine. Cependant, il ne s'agit pas d'une lecture "essentielle" pour un "nationaliste paneuropéen", loin s'en faut. Si Kadhafi et la Jamahiriya participa du panarabisme (dont nous pouvons affirmer qu'il eut pu constituer un allié de choix si notre Europe avait été réellement libre, c'est-à-dire réellement européenne), il s'agit là d'un modèle politique fabriqué pour l'univers mental de bédouins musulmans, par nature versatiles et retors. Ce que démontre le financement de la campagne du "meilleur ami de l'Amérique".

Bref, la "révolution libyenne populaire et socialiste" est à classer dans la catégorie des nationalismes révolutionnaires non-européens. Je lui préfère (et de très loin) le péronisme, entre autres.

Écrit par : Aryosophe | 06/06/2016

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