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01/06/2016

Le défi africain : « bombe démographique » ou « dividende démographique » ?

Le défi africain : « bombe démographique » ou « dividende démographique » ?

afriques noires.jpgLe « dividende démographique » ne sera qu’un mirage s’il n’y a pas une forte accélération de la baisse de la fécondité en Afrique dans les prochaines années. Pourquoi ? Voici une réponse solidement argumentée. Le Professeur Roland Pourtier partage ici sa contribution au 8e Festival de Géopolitique de Grenoble.

LA QUESTION démographique est cruciale pour l’avenir de l’Afrique. Personne n’en doute, même si les interprétations divergent. Le rythme de croissance de la population, depuis le milieu du XXe siècle, est en effet unique dans l’histoire de l’humanité à l’échelle d’un continent et dans la longue durée.

230 millions d’Africains en 1950, 1,2 milliard en 2015, peut-être 2,4 milliards en 2050. La population aura été multipliée par 10 en un siècle, contre 3 pour le reste du monde, 1,3 pour l’Europe. Conséquence : la part de l’Afrique dans la population mondiale de l’ordre de 9% en 1950 compte pour 16% en 2016 et devrait atteindre 25% en 2050.

Cette croissance hors du commun pose d’énormes défis. Défis internes d’une croissance économique confrontée au ras de marée d’une population jeune. Défis externes des relations de l’Afrique au reste du monde, forcément marquées par les conséquences d’une explosion démographique sans précédent.

Peut-on pour autant parler de « bombe démographique » ? En 1968 paraissait aux Etats-Unis «  The Population Bomb  » de Paul Ehrlich, traduit et publié par les Amis de la terre sous le titre « La bombe P  » en 1971. Ce livre s’inscrit dans un courant intellectuel néo-malthusien né aux Etats-Unis après 1945. Parmi les ouvrages fondateurs, « Our Plundered Planet  » de Fairfield Oborn, 1948, a été réédité en 2008 par Actes Sud sous le titre « La planète au pillage  », avec une préface de Pierre Rabhi. En réalité, les préoccupations humanitaires et écologiques, masquaient alors la « menace » supposée de la croissance démographique de l’Amérique latine et de l’Asie.

Y aurait-il aujourd’hui, symétriquement, un « péril africain » - un « péril noir » qui viendrait en quelque sorte en écho au « péril jaune » agité dès la fin du XIXe siècle ? La question démographique est toujours très sensible. De nombreux Africains y voient la résurgence d’un impérialisme occidental, un reliquat de néo-colonialisme. Tout ce qui peut ressembler à une ingérence démographique provoque une levée de boucliers.

En France, les interrogations sur la démographie africaine s’imbriquent étroitement avec la question des migrations ; elles suscitent compassion devant les drames qui se jouent en Méditerranée tout en alimentant des peurs. La présence au sud de l’Europe de deux milliards d’Africains dans une génération inquiète.

Dans ce contexte, l’Institut de géopolitique des populations (IGP), créé en 2000, met en exergue le rôle déterminant de la démographie sur la géopolitique, les migrations internationales, l’histoire des sociétés. Par exemple dans « L’Europe face à l’Afrique noire : du choc démographique au choc des civilisations », sous la direction d’Yves-Marie Laulan, publié par l’Harmattan en 2010. L’IGP, parfois catalogué d’extrême droite, exprime des préoccupations d’une fraction de la population française et européenne devant la « bombe démographique africaine ».

Changeons d’écurie. En 2004, un colloque organisé par Action contre la faim s’intitulait : « La bombe urbaine : comment nourrir villes en guerres et bidonvilles ?  ». La bombe était en l’occurrence appréhendée de son côté interne plutôt que de celui de ses projections externes.

Pour en terminer avec ces quelques flash historiographiques, Serge Michailof a publié en 2015 « Africanistan. L’Afrique en crise va-t-elle se retrouver dans nos banlieues ? ». Au-delà du titre provocateur, des questions géopolitiques de fond, longtemps éludées, sont abordées de front.

La dramatisation des enjeux démographiques renvoie à un face à face implicite entre deux visions du monde : celle, pessimiste, des malthusiens. Celle, optimiste, des cornucopiens, en référence à la corne d’abondance. Au-delà de ces deux idéologies globales, un constat s’impose : ce qu’expérimente la démographie africaine est absolument nouveau. Et annonce des bouleversements géopolitiques que l’on pressent mais dont on a du mal à mesurer l’ampleur.

Avant d’aller plus loin, il convient de rappeler que l’Afrique n’est pas homogène. L’explosion démographique ne concerne que l’Afrique de l’Ouest, du Centre et de l’Est, pour faire simple l’Afrique tropicale. Le Maghreb est sur le point d’achever sa transition démographique, avec un nombre d’enfants par femme de 2,1 en Tunisie, de 3 en Algérie. En Afrique australe l’ISF n’est plus que de 2,7. L’Afrique tropicale est la seule grande région du monde à être restée au milieu du gué de la transition démographique. La baisse rapide de la mortalité ne s’est pas accompagnée d’une baisse significative de la fécondité. Le nombre moyen d’enfants par femme est actuellement de l’ordre de 5,5 et les scénarios n’envisagent qu’une diminution assez lente de l’ISF.

Face à ce défi majeur, que faire ? Si bombe démographique il y a, comment la désamorcer ?

Le retour depuis 2000 à un optimisme porté par les performances macroéconomiques - 5% de croissance annuelle - peut-il être durable ? Ces pourcentages doivent être relativisés car on part de très bas : la plupart des Etats africains se situent sur les échelons inférieurs du développement mesuré par l’IDH.

La vraie question est celle de l’avenir. Or la démographie ouvre une « fenêtre d’opportunité  » correspondant à une modification de la structure par âge de la population. Les projections démographiques montrent que la population en âge d’être active (15-65 ans) deviendra majoritaire. Cela réduira ce qu’on appelle le taux de dépendance, donnant accès à ce fameux « dividende démographique  » qui, depuis une douzaine d’années, a enrichi la boîte à outil de la Banque mondiale et investi le champ sémantique du développement.

Pour ne considérer que l’actualité le plus proche :
La 7ème Conférence africaine sur la population tenue à Johannesburg du 30 novembre au 5 décembre 2015 avait pour thème « Dividende démographique en Afrique : Perspectives, opportunités et défis ». La 7ème Conférence africaine sur la santé et les droits sexuels et reproductifs tenue à Accra du 10 au 12 février 2016 s’intitulait « Réaliser le dividende démographique en Afrique : l’importance cruciale de la santé et des droits sexuels et reproductifs des adolescents et des jeunes ». Enfin, le sommet de l’UA de 2017 doit porter sur le dividende démographique.

[...]

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Roland Pourtier pour diploweb

L'auteur : Professeur émérite des Universités, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Laboratoire de géographie PRODIG. Président de l’Association de Géographes Français (AGF). Il a notamment publié "Afriques noires", éd. Hachette Éducation

Commentaires

C'est sur que tout cela est inquiétant.
Chaque années, il nait plus d'enfant dans le seul Nigeria que dans toute l'Union Européenne !

Écrit par : Tchiiip | 01/06/2016

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