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27/05/2016

Le pouvoir réside dans les infrastructures

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A l'heure où certains critiquent les blocages, il serait bon de réfléchir à ce qui permet concrètement, et non idéalement, de lutter contre le pouvoir. Les récentes élections en Autriche démontrent qu'il est difficile de s'emparer des institutions. Mais il serait tout aussi difficile de gouverner ces institutions sans avoir le pouvoir sur les infrastructures et ceux en charge de les faire fonctionner.

A l'ère de la mondialisation, plus encore qu'à l'époque de Georges Sorel, il convient de couper les flux.

Les "gauchistes" ont compris que le pouvoir réside en grande partie dans les infrastructures. Avec la mondialisation et la liberté accrue des biens et des personnes, "bloquer" c'est réactiver symboliquement une frontière, poser une limite entre le globalisme et la France. Ça signifie "dans ce pays on ne veut pas de vos lois néo-libérales". Tout patriote devrait se satisfaire du blocage, qui attaque directement le rêve du libre-échange sans entrave.

En effet, contrairement à ce qu'affirment certains qui parlent souvent trop vite d'une mondialisation hors-sol, la mondialisation est au contraire génératrice de territoires. Les flux, loin d'être abstraits, sont des traits d'union entre des territoires concrets, aménagés avec des infrastructures concrètes : un terminal méthanier, un pont, une ligne de chemin de fer, une piste d'aéroport, un centre d'affaire, une zone commerciale... les flux relient des territoires qui concentrent et polarisent des activités.

C'est donc paradoxalement un milieu politique favorable à l'ouverture - l'ultra-gauche - qui appelle au blocage des flux, et un milieu politique favorable aux frontières, aux limites, aux murs, qui s'oppose au blocage : la droite nationale.
Ainsi, pour mieux appréhender ce qui se passe et pour nourrir la réflexion d'une droite nationale quelque peu embourbée dans ses réflexes réactionnaires, nous vous livrons un court extrait de l'ouvrage A Nos Amis du Comité Invisible.

"Mais lorsque les insurgés parviennent à investir les parlements, les palais présidentiels et autres sièges des institutions, comme en Ukraine, en Libye ou dans le Wisconsin, c’est pour découvrir des lieux vides, vides de pouvoir, et ameublés sans goût. Ce n’est pas pour empêcher le « peuple » de « prendre le pouvoir » qu’on lui défend si férocement de les envahir, mais pour l’empêcher de réaliser que le pouvoir ne réside plus dans les institutions. Il n’y a là que temples désertés, forteresses désaffectées, simples décors – mais véritables leurres à révolutionnaires. L’impulsion populaire d’envahir la scène pour découvrir ce qu’il se passe en coulisse a vocation à être déçue. Même les plus fervents complotistes, s’ils y avaient accès, n’y découvriraient aucun arcane ; la vérité, c’est que le pouvoir n’est tout simplement plus cette réalité théâtrale à quoi la modernité nous a accoutumés."

La vérité quant à la localisation effective du pouvoir n’est pourtant en rien cachée ; c’est seulement nous qui refusons de la voir tant cela viendrait doucher nos si confortables certitudes. Cette vérité, il suffit de se pencher sur les billets émis par l’Union européenne pour s’en aviser. Ni les marxistes ni les économistes néo-classiques n’ont jamais pu l’admettre, mais c’est un fait archéologiquement établi : la monnaie n’est pas un instrument économique, mais une réalité essentiellement politique. On n’a jamais vu de monnaie qu’adossée à un ordre politique à même de la garantir. C’est pourquoi, aussi, les devises des différents pays portent traditionnellement la figure personnelle des empereurs, des grands hommes d’état, des pères fondateurs ou les allégories en chair et en os de la nation. Or qu’est-ce qui figure sur les billets en euros ? Non pas des figures humaines, non pas des insignes d’une souveraineté personnelle, mais des ponts, des aqueducs, des arches – des architectures impersonnelles dont le cœur est vide. La vérité quant à la nature présente du pouvoir, chaque Européen en a un exemplaire imprimé dans sa poche. Elle se formule ainsi : le pouvoir réside désormais dans les infrastructures de ce monde."

Jean / C.N.C.

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source.

Commentaires

C'est très exactement ça.
D'où le malaise que nous ressentons : à la fois contre des syndicalistes minoritaires capables de tout enrayer de la vie d'un pays, et pour une action forte de saisie des infrastructures.
Nous sommes de fait entre deux chaises.
Nous savons que la prise de pouvoir sera violente, avec des blocages, des coupures de courant, des pénuries, des frigos vides et j'en passe.
Il faudra pourtant bien en passer par là.

Écrit par : Carine | 27/05/2016

Je pensais, en parcourant votre bref billet, à Blanqui ("Instructions pour une prise d'armes") et à Freda. Lire ou relire "La désintégration du Système" avant de chausser ses docs ! Pour la "chienlit" ! A défaut d'une marche sur Ro.. Paris...

Écrit par : Aryosophe | 27/05/2016

Très bon billet !

Je suis fatigué d'entendre chouiner tout un tas de gens qui n'ont rigoureusement d'autres motifs que leur petite personne, un manque 'organisation et de "prévoyance", de quelque chose qui les empêche de partir en "vacances".

Les mêmes qui chez nous veulent faire la révolution mais qui, une fois gênés dans leurs loisirs plus que pour des motifs économiques, donnent du crédit à un gouvernement décrédibilisé mais actif et agressif.

N'ayons pas peur des mots, c'est ce satané Libéralisme qui empreigne ces pénibles qui ressassent leur vieilles lunes: " Mais ce ne sont même pas de vraies lois libérales"... ce type d'argumentaire me fait penser à ces gauchistes "dissidents" déclarant que l'URSS n'était pas communiste.

Écrit par : DolFusa | 28/05/2016

Pour avoir un parfait résumé de ce que vous décrivez, un petit tour chez "Égalité et réconciliation", droite de Jean-Pierre Pernaut et gauche de Sos-Racisme, s'impose. Les pleurnicheuses dissidento-libérales n'oublient pas de pleurer non-stop sur les CRS et de railler les manipulés dont ils ne sont, bien sûr, jamais.

Écrit par : John | 29/05/2016

Des lignes très efficaces qui atteignent le centre de la cible si on peut dire! Et qui expliquent aussi pourquoi la Révolution est si peu aisée.
Le pouvoir est dans les infrastructures dont le "gardien" est tout à chacun. Et on retombe évidemment sur cette caractéristique si toxique du libéralisme post/moderne où tout le monde est la fois victime et bourreau car ce sont ces mêmes infrastructures qui fournissent les gadgets de la soumission au désir marchand. D'où, soit dit en passant, le rôle des merdias qui est d'empêcher le travail sur soi si salutaire.

Écrit par : Herne H. | 29/05/2016

C'est parfaitement exact. Et c'est la raison pour laquelle il n'y a pas d'infrastructures qui vaillent la peine d'être conquises sans décolonisation préalable de l'imaginaire "occidental/européen". Le "monde moderne" (et ses infrastructures) est d'abord une prison mentale.

Écrit par : Aryosophe | 29/05/2016

bonjour, bonsoir,
libérer le potentiel en chacun de nous (désobéissance civile), puis conquérir l'infrastructure. En terme marxiste, ça veut dire s'échapper de la superstructure dominante (pensée libérale-libertaire), la remplacer par qqch de mieux (sinon, c'est pas la peine), et enfin renverser l'infrastructure. Le marxisme, qu'on aime ou qu'on aime pas, c'est quand même du dur !!!
Bien vu, Aryosophe - tu connais Laurent Braun ?
Geoffrey, communiste belge (et oui, c'est possible)

Écrit par : geof' | 01/06/2016

Bonne analyse.
Sur l'Autriche, voir article et dernier commentaire :
http://www.medias-presse.info/autriche-un-coup-detat-par-les-urnes/55287

Écrit par : Hildegard | 01/06/2016

Les commentaires sont fermés.