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30/05/2016

L’effet de mode des bourgeois devenus radicaux

Dans le dernier numéro de la revue Eléments, Paul Matilion a écrit un article intitulé « Les jeunes intellectuels à l’assaut du vieux monde ». Ce titre enchanteur et qui nous interpelle amène à penser que l’article en question va bien traiter de ce qu’il est dit en sous-titre, à savoir des revues, blogs et cercles qui apportent une « critique radicale du matérialisme de la société de consommation », c’est-à-dire une critique qui porte sur la racine du problème, et non seulement sur la conséquence. A l’image de l’islam en France, qui est une conséquence, tandis que les causes sont l’immigration et les grands cartels libéraux ayant fait venir de la main d’œuvre à bas coût.

En poursuivant, l’auteur évoque ces différents groupes en tant que tenants d’idées non conformistes, « hors institution, dans l’horizontalité des réseaux sociaux, dans les marges de l’establishment », ainsi que Michel Maffesoli le dit lui-même et que cite l’auteur.

Une lecture avec délectation semble survenir à l’idée des premières lignes écrites. Cependant, que sont ces groupes non conformes ici présents ? D’abord Philitt, qui a un site internet intéressant et développe de bonnes questions sur la société libérale, la revue littéraire Accattone, dont je vous prie de bien vouloir m’excuser la totale ignorance à leur propos. Bien sûr Rébellion, mais il faut leur admettre un travail acharné et très intéressant sur la question sociale et révolutionnaire.

Ce qui semble d’autant plus étonnant est la présence dans cet article de la revue Limite. Cette revue veut apporter un nouveau regard semble-t-il sur l’écologie intégrale, teintée des idées (et influencée peut-être) de Tugdual Derville, qui voulait fonder un groupe sans en être un, et un club de pensée sans en être un non plus (de son propre aveu…) appelé l’écologie humaine. Cette revue a pris naissance à la suite de la Manif pour Tous dont il ne faut pas oublier qu’elle est dirigée en partie par Gautier Bès de Berc, liée fortement à l’organisation de la Manif pour Tous, où les deux maîtres mots étaient famille et délation (ce qu’on appelle un oxymore dans le vocabulaire militant puisqu’un camarade est un frère).

Autre cercle cité, le cercle Kairos, qui est né en 2015, où le public est vraiment très hétéroclite.

Enfin, est cité le cercle de réflexion de l’association Contre courant, créé en 2014, ayant fait venir Vincent Cheynet à Sciences Po, un décroissant bien connu aujourd’hui.

Il est intéressant d’avoir un panoptique sur ces nouveaux cercles qui se créent. Cependant, l’expérience très courte de ces groupes les amène néanmoins à une relative notoriété, à l’image de la revue Limite dont la publicité a aussi lieu dans les médias mainstream, ce qui amène à se poser la question de leur réelle appropriation des idées non conformistes, car souvent, ces nombreux groupes tiennent peu la route. En effet, dans le monde militant, de nombreuses personnes passent, essaient de se faire connaître, puis disparaissent ou trouvent leur place là où il faut, chez ceux qui retournent leur veste, le monde radical et non conforme étant seulement un pis-aller pour eux. La plus belle illustration de cette engeance est bien Madeleine de Jessey, qui s’approprie le titre de créatrice des Veilleurs pour finir par appliquer à la lettre les desiderata de la politique des Républicains…

Quid dans cet article des groupes et cercles de réflexion non conformes qui effectuent ce travail bien avant 2013, bien avant la Manif pour Tous et autres événements. Je pense bien sûr au Cercle Non Conforme organisant de nombreuses conférences sur le sujet, le cercle Dextra qui organise des conférences hebdomadaires depuis six ans, avec Georges Feltin-Tracol qui a traité des « non-conformistes des années 30 », ou encore de la webradio Méridien Zéro. Ce travail est effectué constamment et en permanence, dans un seul but : apporter une réponse face à la déliquescence de notre société et au déclin tant moral que politique liée à un libéralisme qui est bel bien subversif pour nos familles, nos amis, et pour nos vies.

Certains diront que c’est une crise d’ego qui touche l’auteur de ces propos, simplement, après des années de lutte, de collages, de tractages, d’insultes et de coups, il serait temps de rendre à César ce qui appartient à César, la reconnaissance. Ces jeunes « intellectuels », ne sont que des intellectuels, les fesses collées à une chaise à refaire le monde à Sciences Po ou dans un appartement confortable du 7ème arrondissement, et veulent nous parler de socialisme et d’écologie intégrale alors qu’ils sont pollués par les médias dominants.

Parce que l’opportunisme apparaît aussi chez les « intellectuels non conformes », il faut se méfier des effets de mode, sortir de son pré carré, de vouloir faire des revues en papier glacé (pas recyclable du tout) afin d’appréhender la réalité des circonstances présentes. Chacun y va de son petit cercle ou de sa petite revue parce qu’à la différence des groupes installés depuis des années dans ce milieu, le Je a pris le pas sur le Nous. Mais c’est un Je timide, quand il faut un Nous enraciné, dont les racines profondes se mêlent à la communauté.

Face à ces cercles, il faut répondre une chose, être intellectuel certes, mais comme dirait Maurras, « il faut être intellectuel et violent ».

Nicolas Pralude pour le C.N.C.

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source.

L'auteur : Nicolas Pralude participe à l'émission oragesdacier sur Méridien Zéro. Il intervient également sur Radio Courtoisie dans le libre journal d'Alexandre Apreval. Il est rédacteur pour La gauche m'a tuer, Nouvelles de France et a contribué à La Table ronde.

Commentaires

En total accord avec votre texte. Vous auriez pu rajouter Réfléchir et Agir pour les revues non conformistes, elle aussi réalisée par des gens du peuple.
J'ai de plus en plus de ma à lire Elément, même depuis son rajeunissement."Ils tournent autour du pot" continellement, exceptées les chroniques du camarade Eman.
Salutations

Écrit par : Mandrin | 30/05/2016

En total accord avec vous Mandrin, mon oubli était involontaire et je salue les rédacteurs de R & A.

Écrit par : nicolas pralude | 31/05/2016

La teneur de cet article est peut-être simplement due à la personnalité de son auteur (que je connais pas) et qui, venu à Eléments par d'autres chemins, n'est pas familier des initiatives évoquées. J'ai souvenir d'avoir vu de la publicité pour Méridien Zéro dans Eléments et je n'ai personnellement jamais senti de frilosités vis à vis des camarades impliqués dans ces divers supports. Les gens de la revue que je côtoie sont d'excellents camarades que je pense totalement ouverts à tout débat, discussion, proposition d'articles...etc. Je pense donc qu'il serait vraiment dommageable de susciter de vaines polémiques.

Écrit par : Xavier Eman | 31/05/2016

Il ne faut pas se froisser de ne pas être cité dans l'article.L'auteur met en lumière les nouvelles initiatives, pas les anciennes.Il faut rendre hommage aux jeunes qui ont le courage aujourd'hui de créer un cercle ou une revue, et ne pas les traiter de bourgeois. Il faut rester ouvert à notre époque sinon on radote.

Écrit par : Sinclair | 31/05/2016

On ne peut pas dire que Dextra ou le Cercle Non Conforme soient des initiatives anciennes....

Je ne sais pas si l'auteur a été "froissé", en tout cas il nous a proposé l'article et nous avons accepté sa publication, quand bien même il nous cite.

Il n'y a aucune réaction d'ego, cela fait bien longtemps que nous savons que nous devons compter d'abord sur nous même.

Écrit par : Gardien du phare | 31/05/2016

Merci pour cette critique. Je n'ignore pas les cercles dont vous parlez (j'étais d'ailleurs venu il y a deux ans environ à une conférence de Dextra). Le but de ce petit article sans prétention était de répertorier les nouvelles initiatives de jeunes que les lecteurs d'Eléments connaissent pas ou peu. Aussi, j'étais limité dans le nombre de signes, j'ai donc du procéder à un choix, forcément. Il me semble qu'il est nécessaire de s'ouvrir à des initiatives non conformistes qui ne viennent pas forcément du "milieu" et qui sont toutes récentes (car elles sont en elles-mêmes le reflet profond du changement actuel de paradigme).
"Sans la curiosité, aucun savoir n'existerait et, sans la tolérance, son trésor n'augmenterait pas.
"Un esprit n'a de vie qu'autant qu'il s'efforce et s'élance, impatient de s'accroître et de s'enrichir." (Charles Maurras, L'ordre et le désordre).

Écrit par : Paul Matilion | 31/05/2016

Merci d'avoir pris la peine de répondre.

Je pense que vous ne me contredirez pas sur le fait que dans la vie, tout est question d'équilibre. Certaines réactions viennent probablement d'un sentiment de déséquilibre et de confusion en faveur des "autres" (l'écologie chrétienne, la "vraie" gauche, etc...) par rapport aux nôtres. Réactions légitimes pour des gens qui agissent souvent envers et contre tout, mettant parfois en jeu leur stabilité familiale ou leur emploi, là où tous les écologistes chrétiens et autres "vrais socialistes" s'abritent toujours derrière un antiracisme bon teint permettant d'éviter bien des ennuis.

Un tel article par exemple, pointant du doigt les responsabilités des" Occidentaux" et prônant un rapprochement avec l'Iran est dans la droite ligne du fatras dissident à la mode :
http://revuelimite.fr/crise-migratoire-en-geopolitique-tout-est-lie

Par ailleurs j'ose penser que la revue limite, qui héberge quelques plumes de qualité bénéficie d'une publicité probablement nettement supérieure à notre modeste initiative lilloise...

Écrit par : Gardien du phare | 31/05/2016

Merci pour votre réponse Paul. Cet article ne vous visait pas et je suis content que vous l'ayez vu.

Il s'attachait surtout à mettre en évidence, comme l'a bien expliqué le Gardien du Phare que ces personnes qui peuvent se revendiquer non conformes et appliquer des principes liées à la droite radicale essaient en effet de modérer finalement leur propos dans un but de publicité. A se conformer petit à petit, il ne reste rien de l'originalité de la critique radicale. Sens commun en est la preuve au niveau politique.

L'idée était aussi de mettre en avant l'absence de conciliation entre action et réflexion. Casapound peut être pris en exemple de ce subtil mélange, avec une production intellectuelle très intéressante et de l'action. Hormis à travers les drapeaux bleu et rose ou "veiller", a-t-on jamais vu les tenants de l'écologie intégrale agir, que ce soit au regard de l'écologie, du transhumanisme ou de l'immigration. Ce sont des portes ouvertes et des questions, dont certains ont les réponses je pense.

L'écologie intégrale doit aussi être radicale, séparée du spirituel, car ces thèmes sont purement politiques.
http://www.dailymotion.com/video/x8wxln_pourquoi-les-catholiques-ne-gagnent_news

J'espère avoir été limpide et je vous remercie encore pour votre réponse.

Nicolas

Écrit par : Nicolas Pralude | 01/06/2016

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