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19/05/2016

Polémique sur les programmes d'histoire, les raccourcis de Dimitri Casali

 Polémique sur les programmes d'histoire, les raccourcis de Dimitri Casali

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Dimitri Casali s'est fait connaître depuis quelques années en s'élevant face aux nouveaux programmes d'histoire qui conduiraient à un oubli de nos grandes figures historiques. Il y a quelques années il publiait un article sur le Figaro « Ce que nos enfants n'apprennent plus au collège ». Ce titre tapageur chapeaute un développement à charge contre les programmes entrés en vigueur en 2008 alors que Xavier Darcos était Ministre de l'Education Nationale de Nicolas Sarkozy. C'est donc un débat un peu ancien, mais qui risque de revenir sur le tapis avec la publication des nouveaux programmes de collège à partir de la rentrée 2016.

L'article n'y va pas avec le dos de la cuillère « Le saviez-vous ? Clovis, Saint Louis ou François I er , mais aussi Henri IV, Louis XIV ou Napoléon ne sont plus étudiés dans les collèges français ! Rayés des programmes ou relégués en option. Raison invoquée par l'Education nationale: il faut consacrer du temps, entre la sixième et la cinquième, à «l'enseignement des civilisations extra-européennes», de l'empire du Mali à la Chine des Hans. »

Tout dans ce développement est faux. Les grandes figures de l'histoire de France ne sont pas « rayés des programmes ou relégués en option », elles sont replacées dans des études thématiques (ou chrono-thématiques), ce qui est différent. Une lecture claire des Bulletins Officiels permet d'ailleurs de se faire une idée assez juste de la réalité.

En 5eme, les rois capétiens sont replacés dans l'émergence de l'Etat en France :

« La France est le cadre privilégié de l’étude. Celle-ci est conduite à partir d’exemples au choix :

- de personnages significatifs de la construction de l’État en France :

Philippe Auguste, Blanche de Castille, Philippe IV le Bel et Guillaume de Nogaret, Charles VII et Jeanne d’Arc, Louis XI…), ou

- d’événements significatifs de l’affirmation de l’État (la bataille de Bouvines, le procès des Templiers, le sacre de Charles VII…).

A la fin de l’étude, les élèves découvrent une carte des principales monarchies de l’Europe à la fin du XVe siècle. »

Quant à Louis XIV, il est étudié dans le cadre de l'émergence du « roi absolu » :

« L’étude qui est conduite à partir d’exemples au choix:

- de la vie et l’action d’un souverain

- d’un événement significatif

Le château de Versailles et la cour sous Louis XIV, et une œuvre littéraire ou artistique de son règne au choix sont étudiés pour donner quelques images du « roi absolu » et de son rôle dans l’État. »

Au final, les connaissances suivantes sont attendues pour les élèves :

« 1661-1715 : le règne personnel de Louis XIV

Raconter une journée de Louis XIV à Versailles révélatrice du pouvoir du roi »

Autre exemple en 4eme sur la période révolutionnaire :

« On renonce à un récit continu des événements de la Révolution et de l’Empire ; l’étude se concentre sur un petit nombre d’événements et de grandes figures à l’aide d’images au choix pour mettre en évidence les ruptures avec l’ordre ancien. »

L'élève doit d'ailleurs être capable de connaître et de restituer les repères suivants :

« Le Consulat et l’Empire : 1799 – 1815. Napoléon Ier, empereur des Français : 1804 »

Alors certes, on étudie plus Clovis, ni même Saint Louis, mais l'idée est surtout de positionner les personnages dans un contexte, ce qui ne semble pas tellement saugrenu, l'histoire n'étant pas une succession de biographies de rois et de princes... Je pourrais poursuivre sur d'autres points du programme, mais ces quelques exemples suffisent à se convaincre des propos excessifs de Dimitri Casali, de leur caractère très largement polémique et surtout de l'absence de volonté du spectre des droites d'envisager les programmes avec un prisme autre que la « destruction des savoirs ». L'histoire est une matière qui a beaucoup changé, en particulier sous l'impulsion de l'école des Annales, et la chronologie « bête et méchante » n'est effectivement plus à l'ordre du jour. Cela ne signifie pas qu'elle a disparu, les élèves ont des repères chronologiques à savoir pour le Brevet dont voici la liste ICI . Je doute que tous ceux qui passent leur temps à critiquer les programmes scolaires ou qui glosent sur « la perte des savoirs » les connaissent tous... 39 sur 54 concernent d'ailleurs de près ou de loin la France et en intégrant Alésia, la paix romaine et la diffusion du christianisme, on arriverait même à 42 sur 54. Aucun des thèmes vilipendés (L'empire du Mali, la Chine des Han ou la Révolution et les femmes par exemple) ne fait l'objet de repères chronologiques obligatoires.

De plus, en ce qui concerne les civilisations extra-européennes, là aussi, sachons raison garder. En 5eme l'empire africain choisi doit être traité, à l'instar de la Chine des Han en 6eme, pendant 10% du temps. Soit environ 3h. Surtout ce qu'une lecture de cette accroche outrancière ne laisse pas transparaître, c'est que l'étude de l'empire africain va de paire avec une étude de la traite musulmane et permet donc aux élèves de replacer la traite dans le temps long et non de la limiter aux seuls Européens. Quant à la Chine, le thème permet de travailler sur la route de la soie avec l'empire romain et de proposer aux élèves de découvrir quelques inventions (comme la boussole, le gouvernail d'étambot ou le papier). J'ai du mal à voir en quoi l'étude des routes commerciales, de l'esclavage musulman et de l'invention du papier seraient un « scandale pédagogique et culturel »...

Ce que traduit surtout la logique du choix des thèmes dans les programmes, c'est la liberté pédagogique des enseignants. Ce qui est plutôt une bonne chose de prime abord. Et ce qui peut éventuellement poser problème, ce n'est pas que les grands personnages historiques seraient menacés mais qu'une enseignante hystériquement féministe profite de cette liberté pour choisir « Les femmes et la Révolution » et faire un lavage de cerveau quelconque à ces élèves, sortant non seulement de son droit de réserve mais rompant également avec l'égalité républicaine. L'histoire de France n'est d'ailleurs pas délaissée, mais elle est surtout centrée sur la République en 4eme et en 3eme. Ajoutons enfin que le christianisme est très largement étudié par exemple en 6eme où il est abordé sur deux thèmes pour un total de 7 heures. Le programme de 5eme laisse une très grande place au christianisme et à son évolution (l'Eglise au Moyen Âge, le caractère sacré du roi capétien, les croisades, la Renaissance, les guerres de religion et le roi absolu) puis est abordé en 4eme en lien avec les mutations philosophiques, politiques et sociales via les Lumières, l'encyclique Rerum Novarum ou même la séparation des Eglises et de l'Etat... Au final en plus de l'histoire politique de la France, c'est surement l'histoire du christianisme qui est la plus abordée dans les programmes. D'ailleurs si Casali s'insurge sur l'absence des grands personnages, il ferait mieux de plutôt s'interroger sur le fait que les programmes focalisent essentiellement sur l'Etat en ce qui concerne la France et n'abordent pas vraiment le peuple Français lui-même.

Alors bien sur tout n'est pas à jeter dans cet article et celui-ci pose des questions légitimes. Par exemple le saupoudrage et l'éparpillement sont un risque non négligeable, de même que l'étalement chronologique considérable de ces programmes (de L'Orient ancien aux empires chrétiens du Haut Moyen Âge en 6eme soit environ 3500 ans !) mais en réalité si Dimitri Casali s'insurge contre une histoire de France qui serait amputée c'est pour mieux favoriser … l'intégration. La défense d'une histoire commune, vieille chimère républicaine, plutôt que d'une histoire plurielle (passion post-moderniste) démontre surtout un débat interne à ceux pour qui la préoccupation est d'abord et avant tout le destin des « minorités » au sein de la France. Il est certain que ce ne sont pas trois heures sur l'Afrique dont au moins une heure sur la traite islamique qui permettront aux Français de fraîche date de se sentir appartenir à la communauté nationale... Mais ce n'est pas plus une histoire relatant les batailles épiques qui produira ce résultat, tout simplement parce que le communautarisme est alimenté d'abord et avant tout par la démographie et qu'il est impossible d'assimiler des groupes culturels différents et structurés en pleine croissance. Ce n'est certainement pas l'école qui y parviendra... D'ailleurs Dimitri Casali commet une erreur en confondant l'intégration et l'assimilation dans son propos. L'intégration se fait par le respect des lois de la collectivité alors que l'assimilation conduit à un dépouillement complet de son passif ethno-culturel au profit d'un autre.

Au final, si les préoccupations envers les programmes sont légitimes, il faut se méfier des propos trop définitifs à ce sujet et ne pas oublier que l'enseignement d'une matière dépend également beaucoup de l'enseignant qui s'en charge... Les nouveaux programmes d'histoire feront l'objet d'un article pour vous aider à y voir plus clair et pour vous proposer une approche plus nuancée face aux polémistes professionnels.

Jean/C.N.C.

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source.

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