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12/05/2016

La puissance russe en question

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 La puissance russe en question

Je publiais l'année dernière un article quasi définitif intitulé « le 9 mai de la honte ? » où je faisais une mise au point sur l'insupportable russôlatrie soviétoïde du camp national. Cette année les commentaires m'ont semblé un peu moins sombrer dans l'absurde si l'on excepte la saillie d'Oscar Freysinger : « Au moment où Hitler envahit l'URSS, Staline n'en appelle pas à l'idéologie, il en appelle au patriotisme et à la spiritualité. Je ne suis pas là pour fêter les communistes. Je suis là pour fêter cet esprit millénaire, cette force spirituelle qui a permis à la Russie de vaincre les nazis. Prétendre que c'est les Américains qui ont provoqué le tournant de la guerre — non. »

Il va de soi que le principal effort de guerre fut soviétique, mais moyennant un soutien logistique des Alliés, pour le reste, le caractère révisionniste et caricatural de cette sortie est tellement limpide qu'un commentaire ne me semble pas nécessaire...

Aussi, quelle ne fut pas ma stupéfaction lors de ce 71ème anniversaire de voir à nouveau des bouts de chou hauts comme trois pommes affublés de costumes de l'Armée Rouge et de décorations militaires. Sans oublier le traditionnel symbole soviétique composé d'une faucille et d'un marteau sous fond d'étoile rouge sur leur petits bérets... Alors certes, la Russie ne refera jamais l'histoire, c'est bel et bien sous un régime communiste que celle-ci a empêché le Reich de la dominer. Mais il existe une différence de fond entre célébrer le sacrifice d'un peuple et encenser un régime totalitaire comme cela semble souvent le cas. Est-ce qu'en France, célébrer Bouvines revient dans le même temps à célébrer la monarchie capétienne de droit divin ? Certainement pas ! Nous avons une histoire et un héritage, cela fait partie de nous, mais nous savons aussi faire un « inventaire » de notre histoire, contextualiser et en un mot, faire preuve de discernement. La Russie poutinienne en est incapable.

Incapable car tous les apparatchiks du régime poutinien sont issus de l'ex URSS, en partie du KGB/FSB et de l'Etat profond soviétique. Ils ont été façonnés par cet environnement soviético-patriotique où il est impossible d'apporter une lecture critique – réfléchir c'est déjà désobéir -, choses dont sont capables, parfois jusqu’à l'excès d'ailleurs, les Occidentaux. Dans le champs politique, un mouvement comme Casapound n'hésite pas, par exemple, à expliquer qu'il est en capacité de proposer un fascisme revu, épuré de ce qui lui a semblé mauvais ou d'inefficace et de préférer incarner « l'esprit » que la lettre... Il en serait de même pour l'Action Française, qui ne reprend pas telles quelles les théories de Maurras ou autre Daudet pour proposer une monarchie du XXIeme siècle. Mais en Russie, on fonctionne allègrement sur le révisionnisme historique, les cérémonies emphatiques confinant au grotesque et un univers mental bloqué en 1980. Le pouvoir russe a une incapacité à innover, à se projeter, à incarner une avant-garde. L'oligarchie au pourvoir en Russie est en grande partie incapable de penser hors de son schéma mafieux post-communiste d'économie de prédation énergétique.

Si la Russie poutinienne plaît tant aux droitards et aux cocardiers, c'est parce qu'elle incarne une conception obsolète de la puissance. Une conception dans la droite ligne de nos anciens qui étaient attachés à l'empire colonial quand celui-ci s'effritait année après année. Et cette fascination pour la Russie, de même que l'image qu'elle projette, est un prétexte tout trouvé pour réfléchir en quelques lignes à la puissance.

En effet, à l'heure où Google apparaît de plus en plus comme une véritable puissance mondiale, on ne peut plus nous recycler les théories sur « le nomos de la terre » et le « heartland » du début du XXème siècle. Théories qui n'étaient d'ailleurs déjà pas valables lorsqu'elles ont été écrites en raison des débuts de l'aviation et de l'ère nucléaire et satellitaire à venir. Si la Russie nous séduit peu et si sa propagande grandiloquente en matière de commémoration nous paraît ridicule c'est parce que l'image qu'elle manifeste de la puissance est totalement datée. Loin de moi l'idée de sombrer dans une logorrhée progressiste digne des pires canards du politiquement correct. Il s'agit d'une analyse froide, d'une critique positive. Il n'est pas étonnant que les « anciens » de notre environnement politique soient fascinés par la puissance russe, car elle incarne et symbolise une certaine forme de puissance qui fonctionnait encore au XXème siècle avant le tournant néo-libéral et globalisé des années 80/90. Mais pour nous autres, elle est le symbole d'un monde et d'une approche de la puissance qui ne convient pas à l'ère post-moderne et qu'une crise pétrolière suffirait à mettre au tapis.

L'empire britannique fonctionnait déjà au XIXème siècle sur un modèle de puissance très pertinent. La fameuse « thalassocratie » n'était pas un quadrillage systématique des océans mais une occupation stratégique de ceux-ci comme l'illustrent les possessions de Suez ou de Gibraltar. Les Britanniques ne s'embêtaient pas à gérer d'immenses territoires et déléguaient d'ailleurs bien souvent aux autochtones le soin de s'administrer en fonction des capacités à s'auto-gouverner de ceux-ci. Par ailleurs, les Britanniques maîtrisaient déjà la guerre économique (via le développement ou le rachat de brevets par exemple) et développaient des technologies nouvelles (qu'on songe à la machine à vapeur de Watt dès le XVIIIème siècle ou au développement du train dans la région de Manchester et de Liverpool dès les années 1820). La reine avait pour fonction d'incarner l'empire (on songera évidemment au long règne de Victoria) mais son pouvoir était essentiellement symbolique. A cela il faut ajouter une tendance au libre-échange qui allait de pair avec le contrôle des passages stratégiques.

La France, de son côté, était empêtrée dans la gestion de grands espaces (A.O.F., A.E.F.) et dans une tentative de francisation chimérique des populations autochtones auxquelles elle ne laissait que peu d'autonomie. Il n'est d'ailleurs pas étonnant que les principaux conflits de la décolonisation aient concerné la France et le Portugal, deux pays avec une conception autoritaire et directe de la domination et qui ne percevaient pas suffisamment le « basculement » qu'avaient déjà perçus les Britanniques un siècle plus tôt. Lorsque j'écris qu'il ne le percevait pas suffisamment, il serait exact de dire qu'une certaine France conservatrice ne le percevait pas et que si De Gaulle est éminemment condamnable pour sa gestion désastreuse de la situation des pieds-noirs et des harkis, il avait bel et bien compris que la puissance reposerait sur autre chose que d'immenses territoires aux populations ingérables et à la démographie galopante : le développement de notre programme nucléaire, spatial, ferroviaire en sont de parfaits exemples. De Gaulle avait une vision. Et ce qui importe en politique c'est bien d'avoir cette vision d'avenir et non d'entretenir des éléments qui purent faire de nous une puissance mais qui ne sont plus adaptés.

Ce raisonnement nous permettra aisément de comprendre que la réalité de la puissance russe n'est pas totalement dans ses grands espaces, dans son armée et dans son président, mais plutôt dans la capacité du réseau oligarchique et financier russe à participer à la guerre économique et à être présent au sein des lieux de pouvoir de la mondialisation que sont les villes-mondiales et les grandes métropoles. La puissance russe aurait également bien plus d'intérêt à contrôler des territoires stratégiques qu'à gérer un immense espace multi-ethnique. L'ouverture d'une route maritime au nord de la Russie serait par exemple un élément à même de modifier l'économie mondiale qui profite aujourd’hui à l'Asie pacifique (ex. Chine), à l'Asie du sud-est (ex. Malaisie et Indonésie), à l'Australie (via Port Hedland) ou à l'Egypte (ex. Suez). L'intérêt portée à la Russie autant par les Occidentaux que par les Chinois vient d'ailleurs peut-être de la perspective de cette route maritime du nord qui rebattrait les cartes et non du contrôle des grands espaces.

Il faut en finir avec la mythologie des grands espaces. Certains ne retiennent d'ailleurs de Ratzel que la théorie des grands espaces en oubliant qu'il appelait l'Allemagne à s'adjuger des territoires clefs et qu'il était critique sur la pratique coloniale coûteuse de la France. Il ne faut plus contrôler les grands espaces mais des territoires productifs et stratégiques. La territorialité est un phénomène qui n'a pas perdu de son importance. La France avec son petit territoire métropolitain idéalement situé en Europe et son immense ZEE dispose par exemple d'atouts très importants. En Chine, 94% de la population vit sur 43% du territoire, à l'est. Les marges tibétaines et islamiques constituent donc un problème à gérer, à l'instar des marges caucasiennes, centre-asiatiques et sibériennes pour la Russie. Aux Etats-Unis, une partie non-négligeable du territoire est « vide » et les Grandes Plaines ont surtout pour intérêt d'être un espace productif. La mondialisation conduit en effet à une forte territorialisation et à une réflexion en terme d'espaces productifs, de territoires de production. A l'inverse, une immense partie de l'espace russe est gelé et enneigé et ne permet pas le développement de l'agriculture. Seules des activités en lien avec les ressources sont possibles, mais ces activités sont tributaires d'une difficile accessibilité et d'un isolement important des villes qui se développent grâce à elles. Quant au sud, l'échec de l'Armée Rouge en Afghanistan a définitivement fermé la route de l'Océan Indien à la Russie.

Ce sont les naïfs qui imaginent donc que la Russie sera en capacité de bousculer les Etats-Unis. Seule sa capacité à contrôler les voies maritimes et à s'assurer la fidélité les petits génies de l'informatique lui permettra de résister : car à l'ère des flux et de l'hypercommunication numérique, la puissance repose en grande partie, mais pas seulement, sur le contrôle des activités en lien avec le commerce maritime et le numérique. Je ne voudrais pas que mon propos apparaisse comme caricatural, mais bien qu'il apparaisse aussi pour ce qu'il est : une piste de réflexion. La Russie aurait tout intérêt à encourager et poursuivre le développement de son réseau de satellites, de ses propres moteurs de recherche, de ses propres systèmes d'exploitation, de ses propres réseaux sociaux et autres plate-forme vidéos et d'en faire une promotion efficace auprès de sa population et des populations européennes plutôt qu'à user d'un soft-power à base d'anciens combattants bardés de breloques. Tout cela est fort sympathique mais totalement voué à l'échec. La concurrence avec les Etats-Unis dont le soft power est hyper puissant et repose en grande partie sur les entreprises de la Silicon Valley qui sont le maître-étalon de la puissance économique et technologique de la mondialisation est donc impossible en l'état. Ce raisonnement vaut bien évidemment pour la France et l'Europe dont les capacités d'ingénieries informatiques et technologiques ont été sabordées. Qu'on songe aux années Mitterrand où nos activités de développement informatique ont été négligées au profit des « entreprises de souveraineté » qui magouillaient en Afrique pour le résultat que l'on sait : notre dépendance aux Etats-Unis en matière numérique et la perte de la plupart de nos marchés en Afrique au profit de la Chine.

Ce propos pourra surprendre pour un site qui prône plutôt la décroissance. Mais tâchons d'être un minimum objectif et pragmatique, le retour à la terre ne sera pas en mesure de nous préserver d'une domination totale du monde anglo-saxon et de son concurrent chinois. La décroissance est une éthique, la puissance une nécessité. Pour la Russie, seule une projection réelle dans la guerre économique du IIIème millénaire sera à même de garantir son statut de puissance. Ce qui pourrait à terme faire vaciller le régime poutinien ce n'est pas tant une pratique du pouvoir qui bafoue les droits de l'homme qu'une conception de la puissance trop marquée par la guerre froide et qui ne prend pas la mesure des changements de paradigmes, de la révolution que connaît le monde depuis 30 ans. D'ailleurs, soyons taquin, mais habiller des enfants, qui représentent l'avenir, avec des costumes de l'Armée Rouge n'illustre-t-il pas parfaitement cela ? La première victoire des Etats-Unis n'est-elle d'ailleurs pas le fait que leurs gosses jouent avec des soldats de la guerre des étoiles et des X-men plutôt qu'avec des tuniques bleues ? Les Etats-Unis entretiennent un esprit de guerre froide avec la Russie pour la neutraliser car ils savent que ce n'est pas là que se joue le destin des puissances. Pendant ce temps ils ferraillent avec la Chine pour le Pacifique et ils étendent leur empire numérique à travers la planète et l'espace. Qu'est-ce que l'Ossétie ou le Donbass par rapport au réseau ECHELON et à l'empire Google ? Si peu...

Jean/C.N.C.

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source.

Note : photo prise en Crimée en mai 2014 pour arte.tv

Commentaires

Et si les État-Unis s'effondrent sur eux mêmes ? La Silicon Valley est l'endroit parfait pour le chaos ethnique à venir.

Écrit par : Godomar | 12/05/2016

Un tel scénario est toujours envisageable mais demeure peu probable. L'effondrement des Etats-Unis, si tant est qu'il advienne, ne sera pas un effondrement de ce qui en fait sa puissance. Quant au chaos ethnique, non seulement il n'empêchera pas vraiment la puissance mais les FTN en seront protégées par l'Armée ou des groupes privées (du type Blackwater).

Écrit par : JB | 12/05/2016

Cet article ressemble plus à une pique à l'encontre du russolâtre de base qu'à autre chose.

Il apparait évident que les Russes ne feront pas concurrence aux Etats-Unis, ou que la possession du donbass ne décidera pas de l'avenir du monde.

Il apparaît également que l'important lorsqu'on s'intéresse au politique est de savoir allier l'esprit à la matière, et c'est pourquoi je défendais en d'autres temps (sous les dénégations de l'auteur, d'ailleurs) que le camp national pourrait se financer par la constitution d'entreprises rentables, quoique probablement dégueulasses, plutôt que de philosopher sur des BAD ne pouvant produire rien d'autre que des carottes qui ne sauraient en cas de conflagration armée s'opposer sérieusement aux " kalash" et aux toyotas du camp d'en face supposément organisé sur le modèle de l'EI, et naturellement financé et équipé par tout ce que la planète compte de ploutocrates. J'avais caricaturalement symbolisé mon propos par l'image du national devenant un franchisé MacDo. C'est au fond ce que nous propose Jean lorsqu'il parle (et pourtant à juste titre) de la route arctique qui, si elle ouvrira des perspectives, contribuera également à salir consciencieusement le peu de nature préservée qu'il reste dans le grand Nord.

Jean répond pertinemment qu'il est possible d'à la fois défendre la décroissance, et avec ça l'éthique nationale, tout en conservant des leviers de puissance susceptibles d'assurer l'effectivité d'une éthique nationale qui ne manquerait pas d'être bafouée par l'ennemi, selon l'idée de Julien Freund, si l'on se bornait à cultiver son jardin. Une autre vision, qui était celle présentée par le Professeur Maulin lors du colloque Eléments et d'ailleurs disponible quelque part sur le blog du CNC, à savoir du choix entre continuer à pourrir la planète dans une course effrénée à la concurrence industrielle - et ce faisant, à nous autodétruire à moyen terme - ou cesser, dans une perspective décroissante, de polluer mais en renonçant définitivement à la puissance que d'autres ne se priveraient pas en revanche d'exercer, me semble et insuffisante, et désespérante. Cela n'ôte cependant en rien à la crédibilité du Professeur, dont j'apprécie par ailleurs la généreuse compagnie.
Nous avons des idées, mais il faut encore se donner les moyens de les exercer.

Ok.

Mais, même si, connaissant vaguement les idées de Jean, je me doute bien que sa vision n'est pas aussi brute que ne le laisserait présager son article, il me semble tout de même que le lecteur non averti aurait mérité de recevoir un texte plus nuancé.
Si les tambours et les flonsflons ne suffisent pas à assurer la victoire au XXIe Siècle, il n'en demeure pas moins (et nous le savons tous) que les bases demeurent toujours vraies (et c'est bien pour cela que ce sont des bases). Un inconvénient de la modernité et de l'hypermodernité est de ne voir que l'utilité immédiate sans assurer ses arrières.

Une digression historique qui ne vaut, certes, que ce qu'elle vaut : Napoléon, brillant militaire, a inventé la Guerre- Eclair, et tout ce qu'elle implique. Il a su tirer parti des acquis de la Révolution (la levée en masse) et a compris qu'il convenait en outre d'assurer, rapidement, une masse critique à un point donné, de sorte que ses batailles pouvaient être autant de béliers propres à enfoncer un à un tous les pays ennemis. Mais il a fini par perdre tout le territoire conquis, entre autres raisons car rien avait été prévu pour le retenir.

A l'inverse, Guillaume le conquérant a assuré sa conquête de l'Angleterre en faisant construire un nombre considérable de places fortes, c'est à dire en maillant le territoire.

Je ne dis bien entendu pas que Napoléon aurait pu conserver l'Europe s'il avait fait construire des châteaux forts, ni même que Guédelon nous sauvera du mondialisme, mais en revanche j'affirme que toutes les belles considérations sur la fibre optique ne dispense pas d'un des éléments fondamentaux de l'Etat, le territoire. Singapour est un modèle de réussite contemporaine, mais elle est fragilisée par un certain nombre de handicaps liés, en grande partie, à son manque d'assise territoriale.

Tout ceci pour dire que j'aurais souhaité, mais certes, rien est parfait, que le ton soit plus mesuré, et qu'il ne laisse pas comme un odeur d'artiste contemporain, méprisant un passé jugé uniformément obsolète. Le problème de la Russie n'est pas son territoire ou sa grande armée, de même qu'il serait totalement illusoire d'imaginer que l'Amérique ait pu être l'Amérique sans ses forces militaires ou que l'Empire britannique, si cher au coeur de Jean, ait pu présenter une telle réussite sans sa pléthorique marine. Il réside plus en un état d'esprit un peu étriqué (peut-être effectivement soviétoïde, je veux bien l'admettre) et une sorte de torpeur rentière, qui les a d'ailleurs bien affaiblis dans les derniers temps du fait de leur dépendance aux revenus gaziers. La force de l'Amérique n'est pas non plus que leurs enfants aiment Star Wars (les français l'aiment aussi et sont pourtant faibles) mais que Star Wars ait pu, comme l'ensemble de l'archipel de l'entertainment, réactualiser et relégitimer les valeurs profondes du yankisme et rendre éternellement fières les nouvelles générations d'elles-mêmes.

Brisons-là les comparaisons, car seule la France nous intéresse (et l'Europe si l'on veut) et nous savons tous que ni Trump, ni Poutine, ne seront nos messies.
Pour rendre la France forte, il faudra certes un facebook et un netflix français, mais il faudra également une grosse armée pour sécuriser notre territoire (voir le reconquérir, " inch'Allah" ) ainsi qu'une importante marine pour bénéficier de notre formidable ZEE. Twitter seul ne suffirait pas à nous l'assurer. C'était déjà le débat qui prévalait à l'époque où la France s'est défaussée de son industrie au prétexte d'un avenir de Services. On a vu ce que ça a donné.

Alors, évidemment, tout ceci est pésent en filigranne dans l'article, mais je crains vraiment que ça ne soit pas assez limpide. Il faut affirmer que les nouvelles méthodes doivent être ajoutées (et non substituées) aux nouvelles, et que "les bonnes vieilles valeurs" doivent être judicieusement canalisées en vue des objectifs et des urgences du moment. Ceci associé peut-être à une réaction typiquement jeanbonnienne de punk élégant, lui qui n'aimerait pas, par principe, que l'on revienne à certains éléments du passé (discussion sur l'uniforme scolaire et la jupe plissée)...

Cours, camarade, le vieux monde est derrière toi ?

Cato Adulescens

Écrit par : Cato Adulescens | 13/05/2016

L'idée de cet article était effectivement de bousculer un certain nombre de conceptions du camp national, mais je ne le trouve pas si brutal que ça. Disons qu'il a ce ton plein de certitudes des bouquins (post)situationnistes et (post)anarchistes version Comité Invisible ou Editions l'Echappée.

Pour vous répondre sur trois points :

- le territoire : il n'est certainement pas oublié puisque précisément j'en parle beaucoup dans mon article, relisez attentivement. Je critique le mythe des grands espaces, pas le rôle du territoire. Le géographe que je suis ne fait au contraire que rappeler le rôle clef du territoire (je parle d'ailleurs des espaces productifs, des territoires de la mondialisation, de la ZEE, des territoires stratégiques, etc...).

- l'armée est une évidente nécessité, mais l'armée a surtout (sauf dans le cas caricatural des Etats-Unis) un rôle "défensif" et dissuasif. L'essentiel de la guerre offensive est d'ailleurs économique.

- la décroissance : l'évidente limite de ce courant c'est qu'il n'envisage jamais qu'il s'échiner à influencer une société qui n'existe plus. Ainsi la décroissance est le fruit d'initiatives individuelles et d'associations d'individus partageant une même éthique. Mais il ne s'agit aucunement d'une dynamique de société car la société est morte (ou presque). Il y aura une décroissance de fait avant une décroissance en acte, car ce sont les soubresauts de l'économie, la raréfaction énergétique et la pollution qui conduiront de fait à la décroissance. Comme on le constate avec le localisme ou le "manger français".

Écrit par : JB | 13/05/2016

Substituées aux anciennes méthodes * bien sûr.

Écrit par : Cato Adulescens | 13/05/2016

Le truc c'est que le bling-bling soviétique touche aussi les États-Unis libéraux et la France républicaine. Les territoires clefs du type Silicon Valley ou place financière se moque pas mal d'être américaines, françaises, chinoises ou russes. Les territoires stratégiques ne vont pas continuer à cotiser très longtemps pour des espaces majoritairement inutiles à leurs yeux sous le contrôle de gouvernement centralisés. Ça signifie la fin inévitable des États-Nations traditionnels et la création de "cités-états" métropolitaines interconnectées bâties sur une zone économique ou énergétique viable et majoritairement entourées d'un "vide" à faible valeur.
Bref, le modèle de l'État-Nation que la France a réussi à exporter sur toute la planète est en voie de disparition, c'est la chance pour l'Europe ou plus exactement pour l'Occident de former un réseau, un ensemble civilisationnel blanc. Et je suis prêt à parier qu'entre deux métropoles, à l'ombre des doubles-voies de l'Hyperloop, la décroissance qui vous fait tant rêver actuellement sera plus subie que désirée.

Écrit par : Popol | 14/05/2016

C'est tout à fait possible et c'est une piste de réflexion que nous partageons également.

C'est la raison pour laquelle l'article parle des territoires de la mondialisation (comme les villes-mondiales) et de la mythologie des grands espaces. Le modèle proposé par les "pro-russes" est obsolète car il se base sur cette mythologie des grands espaces et non pas sur la valorisation des territoires stratégiques. Derrière le cas russe, ce sont les paradigmes du camp national que je tente de faire évoluer. L'Etat est d'ailleurs une arme au service des territoires de la mondialisation (de type Silicon Valley, clusters ou autre "pôles de compétitivité") et c'est également la raison pour laquelle nous avons présenté le conflit en Ukraine comme un frottement entre oligarchies et non comme une opposition entre blocs.

Je mettrais un bémol sur la France : son petit territoire (550000 km² environ) est plutôt un atout, d'autant qu'il est adossé à une importante ZEE. En revanche ce qui va se passer c'est l'inéluctable poursuite du phénomène de métropolisation. Le Nord du pays étant par exemple structuré par une Île de France à 12 millions d'habitants et un "Grand Lille" qui en compera entre 3.5 et 4. Ce sont l'armature et la hiérarchie urbaine traditionnelles qui sont amenées à disparaître et c'est ce qui explique le projet de suppression des départements et la création des grandes régions. La "France périphérique" sera donc constitué de tous les Français déclassés et les "mairies FN" ne prendront place que dans des territoires à faible potentiel de commandement/pouvoir/puissance, les grandes métropoles productives et peuplées restant aux mains des oligarques. Il risque d'y avoir une forme d’écartèlement entre le "national" et le "local", le national exigeant une rhétorique de la puissance et le local une rhétorique de la subsistance. C'est un peu ce que je pointe du doigt sur l'apparente contradiction entre notre goût pour la décroissance et cette réflexion sur la puissance. Et comme vous je pense à une décroissance de fait avant une décroissance en acte. En Grèce de nombreux Athéniens sont repartis à la campagne cultiver leur potager dans les villages d'origine de leur famille.

Voila d'ailleurs ce qu'écrit le Comité Invisible à ce sujet.

"Quand on lit les rapports prospectifs des "experts", on y trouve en gros la géographie suivante : les grandes régions métropolitaines en compétition les unes avec les autres pour attirer les capitaux autant que les smart people ; les pôles métropolitains de seconde zone qui s'en sortent par la spécialisation ; les zones rurales pauvres qui vivotent en devenant des lieux "susceptibles d'attirer l'attention des citadins en mal de nature et de tranquilité", des zones d'agriculture, bio de préférence, ou des "réserves de biodiversité"; et enfin les zones de relégation pure et simple, que l'on finira tôt ou tard par boucler de check-points et que l'on contrôlera de loin, à coups de drones, d'hélicoptères, d'opérations éclairs et d'interceptions téléphoniques massives".

Écrit par : JB | 14/05/2016

Une masse de moins en moins intelligente, métissée, de plus en plus accrocs aux substances et aux gadgets, veut-on vraiment de cette "puissance" ? N'est-ce pas une transformation définitive en pays du tiers-monde comme l'ont vécu des civilisations avant nous ? Une race d'esclaves parfaits est en train de naître.

Écrit par : Godomar | 14/05/2016

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