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12/03/2016

7 films à voir ou à revoir sur la Rédemption

Dérivant du latin "redemptio" qui signifie le rachat, la rédemption constitue une représentation théologique de l'expiation héritée du Christianisme ; le Christ lui-même ayant racheté l'Homme par son Sacrifice sur la Croix. Le Salut de l'Homme ainsi offert par Dieu rachète la nature pécheresse de l'Etre et le sauve par la Rédemption. Aussi, " Il était dans la nature des choses que le premier converti par la Rédemption fût un soldat et un Romain. ", écrivait Louis-Ferdinand Céline. Par extension séculière et laïque, la rédemption est l'action de revenir au bien par l'expiation des erreurs et quémande le pardon, dès lors que le fautif est le premier acteur de sa propre rédemption. Elle impose une transformation réelle du coupable par la prise de conscience de la gravité de son acte. En prenant quelque distance avec la théologie chrétienne, peut-être sera-t-il permis d'effectuer une graduation dans la tolérance du repentir. Il y a des crimes, tels que l'infanticide, la pédophilie, le viol et bien d'autres qui empêchent, aux yeux de certains, tout pardon. Il est vrai qu'on peut difficilement plus jeter la pierre au caractère intransigeant refusant le paiement de la dette qu'au criminel lui-même... Et il est vrai également que l'accomplissement d'une peine judiciaire ne peut tout à fait être synonyme de rachat de la faute commise. Sans quoi, la récidive n'existerait tout simplement pas... La rédemption est, bien évidemment, un thème de prédilection pour le Septième art, à mettre en opposition avec l'autre grand thème classique de la vengeance. Chacun a immédiatement à l'esprit un certain nombre de films dans lesquels la rédemption constitue le fil conducteur de l'œuvre. Certainement, est-il préférable de sonder ici des films moins connus qui n'en méritent pas moins le plus grand intérêt.

 

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ADAM'S APPLES

Titre original : Adam Æbler

Film germano-danois d'Anders Thomas Jensen (2006)

Adam est un skinhead récemment sorti de prison. Ivan, pasteur plein de bonté, accueillie le néo-nazi dans sa communauté religieuse pour quelques mois. Le pasteur est convaincu que chaque être humain est intrinsèquement bon. Aussi, sacrifie-t-il sa vie à son charitable sacerdoce : accueillir d'anciens détenus et leur offrir une seconde chance sans tenir compte des turpitudes de ses ouailles, surtout celles d'Adam, homme diabolique qui donne bien du fil à retordre à l'Homme de Dieu. Et Ivan n'est peut-être pas le plus indiqué pour jouer le rôle du rédempteur combattant le mal.  De graves traumatismes ont façonné un profil psychologique instable. Le braqueur Khalid et l'alcoolique violeur Gunnar complètent la galerie de ceux qui tentent de se racheter une conduite. Au sein de la communauté, Adam est chargé de veiller sur le pommier afin de réaliser un gâteau dès lors que les fruits seront mûrs...

De nombreux passages excellent en humour noir et s'inscrivent pleinement dans la tradition des comédies scandinaves. Jensen nous amène très loin d'un film mystique et pesant sur la rédemption. Les racistes, handicapés, immigrés, obèses, tout le monde en prend pour son grade avec une fine truculence. La présente œuvre ne manque également pas de profondeur et de gravité dans sa dualité entre le bien et le mal. Et on ne sait plus trop à la fin qui, du skinhead, droit dans ses rangers, ou du pasteur, qui entend soigner le Mal par le Mal, est l'être le plus machiavélique. Enfin, les acteurs campent leurs rôles à merveille. Une perle de loufoquerie amorale et cynique que ce film ! Un seul bémol : le doublage en français n'est pas terrible. A regarder en version originale sous-titrée !

 

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THE BOXER

Film américano-anglo-irlandais de Jim Sheridan (1997)

A Belfast, Danny Flynn, 18 ans, possédait toutes les qualités requises pour devenir un grand champion de boxe. Sa fiancée Maggie l'épaulait et le boxeur menait une vie sereine à ses côtés. Mais le contexte politique nord-irlandais le dévore bientôt et Flynn intègre les rangs de l'Armée Républicaine Irlandaise. Inculpé d'un attentat qu'il n'a pas commis, il échoue en prison quatorze longues années durant sans livrer aucun de ses compagnons de lutte. En prison, Flynn prend ses distances avec l'I.R.A. et rend sa liberté à sa fiancée qui épousera, avec son consentement, son meilleur ami. Sorti de son incarcération et désormais âgé de 32 ans, Flynn entame une nouvelle vie et tente de se réinsérer dans son quartier que dévaste toujours la guerre d'indépendance. Maggie y vit toujours et c'est au tour de son mari de croupir en prison pour terrorisme et la laisser seule avec son fils. Flynn n'a qu'un souhait : la reconquérir. Son alcoolique d'entraîneur, Ike Weir, n'a pas non plus quitté Belfast. Avec Flynn, il ouvre un gymnase, dans lequel les boxeurs catholiques et protestants seront les bienvenus sans discrimination. L'I.R.A. ne voit pas les choses du meilleur œil...

Déjà réalisateur du magnifique Au nom du père, Sheridan livre un deuxième film avec l'I.R.A. en filigrane et son acteur fétiche Daniel Day Lewis dans le rôle principal. Car plus qu'une œuvre sur le nationalisme irlandais, The Boxer traite de la volonté d'un ancien détenu républicain de réconcilier les deux communautés en guerre par le pugilat sur un ring en lieu et place de la rue. L'histoire d'amour entre deux êtres contrariés par une longue détention tient également une place majeure dans l'intrigue. Si le réalisateur ne manque pas d'égratigner, à son habitude, l'attitude de la Grande-Bretagne en Irlande, il ne se fit pas non plus que des amis au sein de sa communauté catholique. Le cinéaste possède suffisamment le sens de la mesure dès lors qu'il traite de Belfast et maîtrise suffisamment les ficelles de son art pour faire de sa réalisation un excellent film, parfois trop prévisible, c'est vrai... Il reste néanmoins d'excellente facture.

 

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ERTAN OU LA DESTINEE

Titre original : Risse im Beton

Film autrichien d'Umut Dag (2014)

D'origine turque, Ertan vient de purger une peine de dix ans de prison pour meurtre. Avant son incarcération, il était un individu dur et violent. Aujourd'hui, il est libre et ses 35 ans résonnent comme une seconde naissance. A quinze ans, au contraire, l'adolescence de Mikael vient d'éclore. Le jeune homme est déjà sur un mauvais chemin. Après avoir mis un terme à son apprentissage, il passe son temps à errer avec des amis peu fréquentables et chanter du rap au prix d'un dangeureux endettement auprès du caïd Yilmaz. Ertan comptait parmi ses amis des individus peu recommandables qui ne manquent pas de le tenter de retourner à son ancienne vie. Il souhaite définitivement rompre avec une existence de voyou et rêve d'une vie sans embrouilles. Aussi, accepte-t-il un travail de manutentionnaire. Egalement, Ertan entreprend de surveiller Mikael afin que l'adolescent ne prenne pas le même chemin que lui. Mais extirper Mikael de la délinquance a un prix...

Dag invite à une immersion dans les bas fonds de Vienne dans lesquels est livrée une guerre sans merci entre différentes communautés immigrées, ici, principalement turque et géorgienne. Loin de brosser un tableau idyllique de l'immigration viennoise, le réalisateur peine néanmoins à traiter son sujet avec quelque originalité. Ertan est ainsi ce personnage, issu de l'immigration turque, qui souhaite rompre avec le mauvais chemin et se racheter par le biais d'un paternalisme à l'égard de jeunes qui entament un même chemin de violence. Paternalisme est le bon mot. Aussi, apprend-on progressivement quel lien unit-il les deux protagonistes.  A la façon d'une tragédie grecque, Ertan est un personnage déterminé et contraint de sombrer de nouveau pour mieux sauver son protégé. Malgré quelques passages intéressants, le film manque de profondeur et se révèle trop académique. Dag livre néanmoins une évocation sans concession de l'immigration en Autriche. Nous sommes loin des fastes de la Vienne de Johann Strauss...

 

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L'HOMME DE MAIN

Titre original : Z Odysku

Film polonais de Slawomir Fabicki (2006)

En Silésie, Wojtek est un jeune homme de 19 ans qui a grandi sans figure paternelle. La vie dans cette région sinistrée n'offre que peu d'espoir tant les mines ferment les unes après les autres. Tant bien que mal, Wojtek tente d'assurer la subsistance de sa fiancée plus âgée Katia, émigrée depuis l'Ukraine en compagnie de son enfant. Katia n'a pas encore de titre de séjour légal en Pologne au grand désespoir de son amoureux dont la pratique de la boxe dans le club local constitue une échappatoire. La boxe va devenir bien plus. Elle permet à Wojtek de quitter son emploi éreintant et peu rémunérateur dans la porcherie de son oncle. Wojtek se plait à gagner de l'argent facilement dans des combats clandestins. Repéré par un dirigeant de la pègre locale, Wojtek devient bientôt son homme de main, mais plutôt de poing, en allant récupérer les sommes dues. Le jeune homme se laisse progressivement entraîner dans la criminalité. Le boxeur hait son métier mais le désœuvrement lui laisse-t-il le choix ?...

Un homme gentil devient méchant malgré lui mais souhaite redevenir gentil. Voilà à peu de choses près l'intrigue convenue. Et pourtant ! Fort de son premier long-métrage, Fabicki livre une œuvre parfaitement maîtrisée de bout en bout dans laquelle le récit intimiste se mêle au polar. Et bien évidemment, et sans nostalgie aucune du communisme, le jeune cinéaste ne manque pas de flageller cette Pologne à deux vitesses qui s'est convertie au capitalisme débridé, et dont la richesse de Cracovie l'occidentale contraste avec la pauvreté des ses campagnes oubliées, en proie à un chômage endémique favorisant l'exode du fameux plombier et bien d'autres. L'on se rend compte que la Pologne est une Nation finalement beaucoup plus méconnue en France qu'il n'y paraît, malgré la présence sur notre territoire d'une forte communauté d'origine polonaise. Ne manquons pas de souligner la performance d'Antoni Pawlicki, dans le rôle principal, talentueux acteur parfaitement inconnu. Un film poignant au rythme enlevé qui est une révélation !

 

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JE NE SUIS PAS UN SALAUD

Film français d'Emmanuel Finkiel (2015) 

Eddie est un jeune homme que ronge le démon de l'alcool et qui tente de se réinsérer après une période difficile. Une nuit clôturant une soirée arrosée, Eddie s'accroche avec un groupe de jeunes qui ennuie une jeune femme et est violemment agressé à coups de tournevis en pleine rue. C'est Ahmed qu'il désigne comme coupable lors d'une séance d'identification au commissariat. Ahmed ne lui est pas inconnu. Il l'a croisé quelques jours précédant sa bastonnade. La justice suit son cours pour le présumé agresseur. Quant à Eddie, héros raté, il tente d'oublier ce mauvais souvenir en regagnant la confiance de Karine, son épouse dont il est séparé et avec laquelle il a eu un fils. Un nouveau travail lui permet de tourner la page encore un peu plus vite. Mais au fond de lui, Eddie sait parfaitement qu'il a accusé sans fondement Ahmed. Il se repend et souhaite porter la vérité à la connaissance de tous...

Finkiel livre un intéressant film anxiogène et voyeuriste dont le titre résonne comme un slogan. Il sera néanmoins nécessaire, pour apprécier l'œuvre, de faire abstraction sur le non-dit raciste qui pousse le héros à incriminer, et s'efforcer de l'envoyer en prison, un immigré maghrébin qui se révèlera innocent. Le personnage atrabilaire d'Eddie veut un coupable. Il faut qu'il paie ! Tant pis si ça n'est pas le bon ! Eddie et Ahmed sont, chacun à leur manière, deux anonymes sans-grades d'une société dans laquelle erre un nombre croissant d'individus dont la remise du pied à l'étrier n'a d'autre fonction que de les plonger de nouveau dans un consumérisme effréné. L'analyse du malaise social qui constitue le fil conducteur de l'ensemble des protagonistes est finement appréciée par le cinéaste, bien que d'aucuns jugeront la charge trop lourde. La fin du film est malheureusement caricaturale... Mélanie Thierry tient son rôle et Nicolas Duvauchelle, toujours à la hauteur !

 

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MATERNITE CLANDESTINE

Film français de Jean Gourguet (1953)

La banlieue parisienne. Une bande de jeunes gens accumule les méfaits et s'entraîne à perfectionner sa technique de menus larcins. André, dit La Fouine, la trentaine et plus âgé que ses camarades, souhaite passer à la vitesse supérieure et pousse l'équipe à commettre un véritable hold-up. Certainement, tous les autres se seraient-ils laissés entraîner s'ils n'avaient été témoins d'une tentative de suicide pendant le guet précédant l'attaque. Une jeune femme vient de se jeter dans la rivière. Les apprentis délinquants la sauvent et constatent que la jeune désespérée, qui se prénomme Lucienne, est enceinte. Tous entreprennent de la réconforter au mieux dans des ruines qui tiennent lieu de repaire des gangsters. André se montre plus distant et imagine rapidement que jeter la jeune femme sur le trottoir pourrait rapporter quelque argent. Il tente par ailleurs de la violer. La bande délinquante se disloque aussitôt pour sauver Lucienne de l'appétit cupide d'André...

Voilà une œuvre injustement tombée dans le plus total oubli tant Gourguet livre une belle réalisation au rythme soutenu. La personnalité de chacun des membres du gang de bras cassés est parfaitement affinée. Evidemment, le film s'inscrit dans la plus pure tradition du cinéma français d'après-guerre que certains jugeront démodé. C'est pourtant bien ce qui fait conserver au film un charme à la française indémodable. Le film contient de nombreuses scènes osées pour l'époque qui ne manquèrent pas de faire sensation. Dany Carrel est bouleversante et compte parmi les premières actrices françaises à avoir offert sa poitrine généreuse au regard du spectateur. A noter l'interprétation de Jean-Pierre Mocky dans le rôle de La Fouine. A voir !

 

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YOU'RE UGLY TOO

Film irlandais de Mark Noonan (2015)

Will est une vedette de cinéma qu'une incarcération a éloigné des projecteurs. Une sortie anticipée lui est permise afin qu'il s'occupe de sa nièce Stacey, onze ans, orpheline depuis le récent décès de sa mère qui succède à la mort bien antérieure du père. Les deux âmes blessées quittent Dublin à bord de la caravane de la mère et font route vers les splendides terres des Midlands. La soudaine "paternité" de Will n'est pas sans causer quelques problèmes bien qu'il prenne sa nouvelle vie très au sérieux. Will parvient avec difficultés à respecter le couvre-feu qu'impose le juge d'application des peines. L'engagement auquel l'ex-taulard est contraint tourne au désastre. Et le destin ne facilite guère sa tâche. L'école municipale refuse l'admission de la jeune fille après qu'on ait découvert chez elle une narcolepsie...

Premier long-métrage d'un prometteur jeune réalisateur et scénariste irlandais. L'œuvre de Noonan se révèle d'une grande et subtile tendresse empreinte d'une forte sobriété. Les regards, silences et non-dits en disent long sur la construction naissante d'un lien familial contraint, autour duquel tourne bien évidemment toute la réalisation. Les longues plages musicales camouflent agréablement la nature taciturne de Will qui subit une formation accélérée de paternité. Will, c'est cet antihéros, ni bon ni mauvais, malgré une courte peine de prison qui se retrouve soudainement avec une adolescente sur les bras, lui qui n'avait jamais eu qu'à penser à lui. Et l'adolescente entend bien se rebeller contre son oncle-père d'adoption afin d'acquérir une liberté accrue. Chacun aura à affronter les démons de son propre passé et Lauren Kinsella est adorable en petite peste à la bouille parfaitement irlandaise. C'est, en outre, souvent drôle.

Virgile / C.N.C.

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