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10/02/2016

Chronique manga: L’Attaque des Titans (Shingeki no Kyojin)

Chronique manga : L’Attaque des Titans (Shingeki no Kyojin)

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Dans l’émission N° 206 de Méridien Zéro dénommée « Que nous apprennent les séries américaines », les intervenants expliquaient en quoi les séries étaient un miroir de l’époque et de la société qui les a fabriqués. Si Games of Throne ou Breaking Bad ont eu un impact certain en Occident, les séries américaines sont pas les seules à être très regardées. Le public n’est certes pas exactement le même, mais les animés japonais sont très vus (pour le meilleur et souvent le pire). Tirée d’un manga d’Hajime Isayama, la première saison de L’Attaque des Titans a fait l’exploit de cartonner en Occident et dans l’Asie Orientale, il y a deux ans. L’occasion d’y jeter un coup d’œil pour voir ce qu’elle nous apprend et si elle mérite de s’y attarder.

Dans un passé alternatif, des êtres gigantesques, les Titans, sont apparus de nulle part. Ressemblants à des parodies d’êtres humains (nus, sans sexe, aux visages étranges), ces géants quasi invincibles ont presque dévoré toute l’humanité. L’histoire débute 107 ans après cet événement, plus précisément en 845, quelque part en Europe Centrale. Le restant des Hommes vit en autarcie dans un immense territoire bordé par trois murailles géantes concentriques. C’est une véritable société qui s’est reconstruite derrière eux, rappelant l’Europe et plus particulièrement l’Allemagne (on le voit aux noms et aux choix architecturaux). La technique y a évolué à un rythme différent de celui que nous connaissons. Ainsi, les Européens maîtrisent déjà la poudre et utilisent des harnais couplés à des propulseurs au gaz pour atteindre la nuque des Titans (leur seul point faible). Cet univers original ne manque pas de cohérence grâce à un foisonnement de détails délivrés dans les (courtes) entractes ou au sein de l’intrigue elle-même.

Venons-en à celle-ci justement. Nous suivons Eren Jäger, Mikasa Ackerman et Armin Arlelt, tous trois âgés de 13 ans au début du récit. Leurs vies se voient chamboulées lorsque l’impensable se produit devant leurs yeux; un Titan d’une taille colossale surplombant le mur Maria, défonce la porte principale, laissant la horde de ses semblables envahir la ville. Les humains sont obligés de fuir perdant de nombreuses vies et un tiers de leur territoire. Profondément marqués par le massacre auquel ils ont assisté, nos trois protagonistes décident d’intégrer l’armée. Au fur et à mesure du déroulement de l’histoire, ils seront confrontés aux horreurs de la guerre, feront la rencontre de nombreuses fortes individualités et lèveront le voile sur une partie des mystères de leur monde. Ces trois héros ont la particularité de réagir par rapport aux événements en adoptant chacun une attitude qui leur est propre : la haine totale, l’apathie et la peur. Les personnages secondaires n’en sont pas moins intéressants et volent même la vedette à nos acolytes principaux, on pense au charismatique capitaine Levi.

Si certains mangas adapté en animés sont connus pour leur rythme mal dosée (1), ce n’est pas le cas de L’Attaque des Titans. Il alterne avec dextérité les fulgurances épiques, rebondissements, tragédies, etc. Il dispose, d’autre part, d’une qualité d’animation filmique : certaines scènes d’action sont véritablement à couper le souffle et on admire parfois les arrières plans des villes. La bande son quant à elle est l’une des meilleures créées pour une série d’animation. Entre ses deux génériques d’ouvertures de Power Metal Symphonique (2) sur un chant mélangeant allemand et japonais, ses pièces épiques accompagnant habilement l’action, et ses morceaux plus calmes soutenant les moments de désespoir, il est difficile de faire mieux.

Bien sûr, on reconnaît derrière cette création l’imaginaire Japonais façonné par la guerre, les grandes catastrophes, l’insularité et « l’éphémérité ». Les Titans ne sont finalement que des Kaijus mélangés à des zombies; des barbares envahissant un Japon protégé jusqu’alors par une mer déchaînée. On pourrait s’arrêter là, mais Hajime Isayama a laissé une large place à l’interprétation du sens de son récit qui lui donne une portée universelle. Récemment, le lieutenant Sturm rappelait dans la première de Pavillon Noir que le succès de toutes les œuvres sur les zombies faisait oublier que c’était « NOUS » les zombies (3). Dans L’attaque des Titans, on peut voir les géants comme les monstres créés par la société actuelle. D’ailleurs, la série distille des situations qui sont un miroir de celle-ci et/ou nous font réfléchir. On peut penser par exemple à :

  • L’apathie et l’inconscience de la population avant le massacre de la ville natale d’Eren
  • Le marchand empêchant l’évacuation d’une ville parce qu’il priorise ses marchandises plutôt que ses concitoyens
  • Les aspirants essayant d’être les premiers à la formation militaire pour avoir les meilleurs postes et se la couler douce à l’arrière
  • Les conflits internes de l’armée

Il en existe plein d’autres, mais je préfère ne pas tout vous détailler afin de ne pas gâcher la découverte. Cela étant, le plus étonnant est que l’on n’est pas en face de quelque chose de totalement antimilitariste, ni pro-militariste. La guerre est ici le nécessaire sacrifice pour la survie, un élan désespéré vers un idéal supérieur de vraie liberté tout comme une monstruosité menée par des êtres imparfaits. Elle s’écarte en outre, de beaucoup de récits récents qui sont très nihilistes à vouloir être ni noirs ni blanc. Là aussi c’est très gris, mais ça ne manque pas d’horizon. Comme l’aime nous le rappeler le premier générique de fin : le monde est cruel, mais il reste tout autant magnifique. On discerne un vrai propos bien que L’Attaque des Titans soit destinée aux adolescents et aux jeunes adultes. Il est plus intelligent que beaucoup de productions étiquetées « adultes ».

Tout est parfait si on s’arrête là et que l’on attend la deuxième saison qui sortira cette année. Malheureusement, l’œuvre d’Hajime Isayama pâti de son succès. Certains dérivés du manga sont franchement ratés tels que l’adaptation en «live-action ». Le pire est la possibilité que la fin soit édulcorée afin de ne pas décevoir les aficionados comme l’a laissé entendre l’auteur. En tout cas, laissez-vous tenter par cet univers « anté-post-apocalyptique » qui nous rappellent que là où il n’y a plus de frontières, les murs se dressent.
PS : Si je ne vous ai pas parlé du manga, c’est qu’à mon sens il est en dessous de son adaptation. Le dessin est un peu grossier même si le style chaotique sied parfois à la bande dessinée.

Valentin / C.N.C.

Notes :

1) C’est surtout le cas des séries fleuves qui par manque de temps et de budget bâclent la qualité de leurs travaux

2) Tartinés à la J-Pop, je vous en conviens.

3) Constat également fait dans la BD The Walking Dead quand Rick s’écrie: “We are the Walking Dead”.

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source.

Commentaires

Content de voir que les camarades du C.N.C. fassent des chroniques culturels sur les mangas.
Ca a toujours été mon péché mignon ^^ et il y a vraiment des oeuvres de qualité contrairement à ce que beacoup pourraient penser.
Pour ceux qui s'intéressent au transhumanisme, la cybernétique, etc je conseille l'excellent "Serial Experiments Lain"

Écrit par : Tchiiip | 06/03/2016

Les commentaires sont fermés.