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02/01/2016

7 films à voir ou à revoir sur la Danse

L'individualisme sociétal aura finalement tout nivelé sur son passage. Même la danse, aujourd'hui réduite à de simples gesticulations plus ou moins maladroites que chacun exerce au sein d'une meute collective dont chaque membre est isolé des autres. Nul ne se touche ni ne se frôle désormais. Pour la jeunesse, exit la sensualité brûlante d'un tango ou la chorégraphie symphonique et millimétrée de plusieurs dizaines de couples pratiquant la valse. Valse, tango, danses salonardes bourgeoises, objecteront certains de la manière la plus péremptoire. Mais ringardes également que bourrées, gavottes, matelotes, an-dro, jig et autres scottish. Avec la disparition progressive de toutes les danses, c'est un pan entier de l'identité européenne qui sombre. Car la disparition des danses traditionnelles s'accompagne irrémédiablement de celle des instruments singuliers de nos terroirs. L'inverse est également vrai. Il y a bien des irréductibles évidemment. Et en Flandre, en Auvergne et en Bretagne, les bals folk et fest-noz ne désemplissent pas. Il est néanmoins dommage que ces salles de bal soient désertées par ceux qui revendiquent le plus fort leur héritage pluriséculaire. Et si le pogo peut apparaître bien sympathique pour se défouler au pied d'une scène de rock, qualifier cette frénésie de danse, c'est un peu comme comparer Bernard-Henri Lévy à Martin Heidegger ! Parmi l'ensemble de l'héritage que nous devons plus mettre en valeur que défendre, il est aisé de concéder que les danses ne constituent nullement un axe de combat à privilégier. Mais s'il est vrai que tout n'a pas la même importance, tout est néanmoins important. Important et beau et utile à une époque pas si lointaine lors de laquelle quelques bières à l'estaminet bientôt suivies d'un bal récompensaient les dures semaines de labeur et participaient à la cohésion sociale de la communauté villageoise. Alors, en attendant de pousser les portes de la salle de bal la plus proche de chez vous, plusieurs films de qualité mettront l'eau à la bouche.

 

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LE BAL

Film franco-italien d'Ettore Scola (1983)

1983, dans une salle de dancing parisienne. Les unes après les autres, les femmes arrivent les premières. Entrent bientôt les hommes qui s'accoudent au bar. A chaque âge son style vestimentaire. Tous recherchent l'âme sœur. Les couples se forment et s'apprivoisent en enchaînant les danses qui font défiler l'Histoire de France. A l'avènement euphorique du Front populaire en 1936 et la java succède la Seconde Guerre mondiale lors de laquelle le dancing tient lieu d'abri, puis viennent le be-bop, le jazz et le rock n'roll. Le tumulte étudiant de Mai 68 poursuit cette folle soirée avant que l'intrusion du disco ne vienne la conclure. Les danses se terminent lorsque chacun regagne sa solitude empli de mélancolie.

Curieuse idée que ce bal ! Le film est sans aucun dialogue. Seuls les sourires, les expressions des danseurs et les mouvements au rythme de la musique constituent la narration du film. A l'insouciance et la cocasserie alternent des moments dramatiques, tel ce danseur revenu du front unijambiste. Raconter l'Histoire de France, ses moments de joie et les blessures des temps tragiques à travers la danse, voilà le pari fou de Scola. Et c'est assez réussi ! Le réalisateur use de nombreuses astuces pour éviter de tomber dans le piège d'une retransmission théâtrale. Ainsi, les changements de costumes sont-ils nombreux et offrent une plaisante évolution des modes vestimentaires. Les nombreux mouvements de caméra et de teintes de couleur font oublier le décor unique. Si vous êtes fanatiquement allergique à la danse, passez votre chemin ! Les autres apprécieront un spectacle assez nostalgique et envoûtant au final.

 

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BILLY ELLIOT

Titre original : The Dancer

Film anglais de Stephen Daldry (1999)

Durham est une petite cité minière qui pousse comme une verrue au cul du Nord-Est de l'Angleterre. Âgé de onze ans, Billy Elliot pratique assidument la boxe, poussé par son père Jackie qui voit en ce sport une possibilité d'améliorer les revenus de la famille. Billy découvre avec effarement que le gymnase doit être partagé avec de nouvelles venues. Les tutus côtoient désormais le ring. Billy découvre une gestuelle gracieuse et inconnue qui le fascine petit à petit. Il raccroche les gants pour s'adonner à la danse, au grand désarroi de son père et de son frère Tony, mineurs grévistes, bientôt furieux d'apprendre que Billy a dépensé son argent en cotisant aux forts peu virils cours de Madame Wilkinson. Elève appliqué et talentueux, le jeune garçon devra affronter la fureur du père et du frère pour poursuivre les cours...

Premier long-métrage de Daldry qui, par bonheur, est très éloigné des stéréotypes inhérents aux films sur l'art de la danse et ne succombe pas à une mièvrerie à la Walt Disney. Billy Elliot, c'est l'histoire d'un petit bonhomme qui affronte le rude milieu social prolétaire du Nord de l'Angleterre pour imposer sa passion dévorante. Et l'imposer surtout au sein de sa famille masculine qui se persuade que préférer l'entrechat de la danse à l'entrechoc de la boxe est un signe avéré de pédérastie. Une comédie dramatique plaisante de laquelle n'est pas exclue le drame social à travers la lutte des mineurs dont les droits sont battus en brèche par la sinistre Margaret Thatcher. La complication de l'intrigue avec une maman décédée et une grand-mère gâteuse est, en revanche, de trop. Le jeune Jamie Bell est remarquable. Un film sympathique mais néanmoins assez prévisible dans le déroulement de l'intrigue.

 

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BLACK SWAN

Film américain de Darren Aronofsky (2011)

Ballerine au sein du prestigieux New York City Ballet, Nina voue à sa vie à la pratique de la danse. Ses efforts sont récompensés lorsque Thomas Leroy, le directeur artistique de la troupe, la choisit pour remplacer la reine des cygnes Beth Macintyre dans le ballet du Lac des cygnes. Nouvelle arrivante au sein de la compagnie, le travail de Lily impressionne également le directeur. Le ballet de Piotr Illitch Tchaïkovski impose à la danseuse d'être aussi à l'aise dans le rôle du cygne blanc que du noir. La grâce et l'innocence, symbolisant le cygne blanc, caractérisent Nina au plus haut point. Moins rusée et sensuelle que Lily, Nina se rend compte que sa rivale a des qualités indéniables pour le cygne noir. L'amitié entre les deux danseuses se mue bientôt en concurrence perverse. Nina doit trouver son côté noir, ce qui pourrait ne pas être sans danger...

Vous n'aimez pas la danse ? Cela ne vous empêchera pas de prendre un plaisir immense à la vision de l'œuvre d'Aronofsky qui parvient à un remarquable mélange des genres entre film de danse, thriller, conte fantastique et film psychologique. Le cinéaste offre une formidable plongée dans le quotidien d'un prestigieux ballet. Et tout n'est pas rose ! Le dépassement de soi, la fatigue, la douleur, les blessures, mais aussi la jalousie, la méchanceté, la violence... L'atmosphère étouffante monte crescendo au fur et à mesure de l'approche de la première du spectacle. Natalie Portman est éblouissante et touchante de fragilité schizophrène. Le reste de la galerie de portraits féminins est impressionnant. A voir absolument !

 

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LES CHAUSSONS ROUGES

Titre original : The Red shoes

Film anglais de Michael Powell et Emeric Pressburger (1947)

Boris Lermontov est un célèbre imprésario qui ambitionne de créer le ballet des Chaussons rouges, hérité de l'œuvre du conteur Hans Christian Andersen. A cette fin, il recrute le compositeur, Julian Craster, étudiant alors inconnu au conservatoire de Londres. Victoria Page est une ballerine prometteuse qui rêve d'intégrer le ballet. Elle y parvient grâce à l'appui de sa riche tante Lady Neston. Le ballet triomphe. Epris l'un de l'autre, Victoria et Craster se marient, faisant s'éloigner la ballerine des planches. Mais le tyrannique Lermontov a d'autres perspectives pour la jeune femme. Aussi, parvient-il à la faire se séparer de Craster...

Loin du mélodrame destiné à faire rêver les adolescentes, Powell livre un film remarquable et esthétique sur l'imaginaire propre aux contes d'Andersen, au sein duquel la caméra accompagne merveilleusement le mouvements des corps. Les séquences chorégraphiques peuvent paraître trop longues aux allergiques de la danse mais sont néanmoins indissociables de l'intrigue. Plus qu'un film sur la danse, l'œuvre du duo se veut une réflexion sur l'univers de cet art à travers le tiraillement de la jeune héroïne entre l'accomplissement d'une vie heureuse et le lourd sacrifice qu'impose sa pratique. Le choix des couleurs est époustouflant, tout autant que Moira Shearer, splendide rousse écossaise dont il s'agit du premier rôle.

 

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CHORUS LINE

Titre original : A Chorus line

Film américain de Richard Attenborough (1985)

Dans un théâtre de Broadway, plusieurs dizaines de danseurs ont répondu favorablement à un casting dans l'espoir de décrocher un rôle dans le plus célèbre show de Manhattan, le Chorus Line. Seuls dix-sept puis huit d'entre eux seront sélectionnés à l'issue d'une audition impitoyable pour intégrer le corps de ballet du prochain spectacle et figurer parmi la première ligne de danseurs derrière les étoiles. Le metteur en scène Zach est chargé de retenir les meilleurs artistes. En plus de leur talent de danseurs, les candidats à l'audition sont poussés dans leurs retranchements et enjoints de parler de leurs doutes et de leurs secrets. La cohésion de l'ensemble de la troupe est à ce prix...

Le Chorus Line est une authentique comédie musicale jouée sans interruption à Broadway de 1975 à 1990 pour un total de pas moins de 6.137 représentations. Rien ne prédisposait le réalisateur de Gandhi ou d'Un pont trop loin à filmer un spectacle musical. Et c'est plutôt satisfaisant malgré une intrigue quasi-inexistante et un décor unique. On a l'impression de se retrouver dans un jeu de télé-réalité. Combien de rêves brisés pour quelques élus ? Si les numéros musicaux et de danse sont de très grande qualité, il est préférable d'aimer cet art pour apprécier ce film soucieux de montrer l'envers du décor de Broadway.

 

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GREASE

Film américain de Randal Kleiser (1978)

Pendant les vacances estivales de l'année 1958, Sandy Olsson, belle et sage australienne, flirte avec Danny Zuko, l'un des chefs charismatiques de la bande des T-Birds dont la devise pourrait être blousons de cuir, grosses cylindrées et belles gonzesses. La fin des vacances annonce la fin de leur idylle ensoleillée. Mais c'est sans compter sur le déménagement soudain de ses parents qui fait s'inscrire Sandy en dernière année du lycée de Rydell High, l'établissement dans lequel le désinvolte Danny drague, roule des mécaniques et, accessoirement, poursuit de piètres études. Sandy s'intègre vite à une bande de filles aussi délurées que sympathiques, les Pink Ladies, menées par Betty Rizzo. Le chemin des deux héros ne tarde pas à se croiser mais les retrouvailles ne sont pas au beau fixe. La réputation de Danny souffrirait d'afficher un amour trop tendre envers la douce et réservée australienne. De plus, Danny ne manque pas d'être courtisé par des filles sachant se montrer ô combien plus entreprenantes...

Grease, c'est un peu le film terriblement niais que tous les garçons apprécient de regarder en cachette mais se gardent bien de l'annoncer ! Car il importe qu'un mec soit aussi canaille que Danny et avouer aimer une comédie musicale fleur bleue, ça fait justement pas très mec... L'œuvre de Kleiser est donc une bluette romantique et sans trahir la fin, c'est évidemment un happy end. Mais la bande son est géniale et le film restitue à la perfection l'insouciance et les tumultes d'une High School des années 1950. Et chacun rêverait secrètement de savoir danser comme John Travolta et Olivia Newton-John. Bon, tout le monde l'a certainement déjà vu maintes fois et il y a peu de choses à apprendre sur ce film. Si ! Celle-ci : Grease est une marque de gomina !

 

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ON ACHEVE BIEN LES CHEVAUX

Titre original : They shoot Horses, don't they ?

Film américain de Sydney Pollack (1969)

1932, les Etats-Unis poursuivent la grave crise économique commencée en 1929. Des marathons de danse poussent sur la piste un public toujours plus nombreux à la recherche de quelque moyen de subsistance qui permettra de lutter contre le chômage et la précarité. Loin d'être un spectacle bon enfant, ces marathons exploitent la misère de pauvres gens en les faisant danser, jour et nuit avec dix minutes de pause toutes les deux heures jusqu'à l'épuisement total, en compensation de repas chauds et d'une forte prime pour le vainqueur. Les spectateurs bourgeois raffolent de ces jeux du cirque version moderne. Rocky est l'un de ces organisateurs de marathons en Californie, chargé du recrutement des participants. Et ils ne manquent pas... Parmi eux, Alice, actrice au chômage, Gloria, jeune femme solitaire accompagnée de Robert qui rêve de faire carrière à Hollywood, Ruby est enceinte et Sailor est marin. Morituri te salutant...

Un chef-d'œuvre ! La filmographie de Pollack est coutumière de cet examen de la conscience de la Nation américaine. Il livre très certainement ici son meilleur film, adapté du roman de Horace McCoy. L'intrigue du livre ne provient pas de la géniale imagination d'un écrivain quasiment inconnu en France. Car ces "spectacles" spéculateurs ont bel et bien existé. Il se dégage une profonde impression de malaise à la vision de ce film. Le spectateur derrière son écran est lui aussi ce bourgeois voyeur avide de voir les corps de ces pauvres bougres se désarticuler parfois jusqu'à la mort. Jane Fonda est bouleversante de désespoir et de révolte, au point de peut-être parfois trop écraser les autres personnages par sa présence. Les cadrages et la mise en scène sont parfaitement convaincants. Juste sublime !

Virgile / C.N.C.

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source.

 

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