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19/12/2015

7 films à voir ou à revoir sur l'Arrivisme et l'Imposture

A propos de l'arrivisme, Jules Renard écrivait dans son Journal que "l'arriviste est celui qui s'engage derrière vous dans une porte tambour et trouve le moyen de sortir le premier". Anti-aristocratique et anti-méritocratique, l'arrivisme, prélude à l'imposture, constitue un trait comportemental qui sied parfaitement à nos démocraties occidentales au sein desquelles l'exercice du pouvoir est capté par des élites confiscatoires qui se cooptent entre elles. Politique, économie, journalisme, art, liste non-exhaustive, l'arrivisme et l'imposture sont de mise pour qui veut exercer un quelconque pouvoir. Nul besoin d'être brillant. Un culot désinhibé et un carnet d'adresses étoffé suffisent. Mais puisque les élites n'ont pas le monopole de la bassesse, l'art de réussir à tout prix, par tous les moyens, se pratique à tous les étages de la société. Qui n'a jamais vitupéré contre son collègue peu doué en savoir-faire mais imbattable en faire-savoir ? Si le Septième art n'est pas exempt d'imposteurs dont le manque de savoir-faire est sublimé à coups de millions par une intelligensia artistique subventionnée, d'autres cinéastes, plus talentueux ceux-là, ont trouvé en ce vice un formidable et inépuisable sujet.

 

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APPELEZ-MOI KUBRICK

Titre original : Colour me Kubrick

Film anglais de Brian Cook (2005)

En Angleterre au début des années 1990, Alan Conway est un illustre anonyme. Pourtant, pendant des mois, Conway est parvenu à se faire passer pour l'un des plus talentueux réalisateurs de cinéma, en la personne de Stanley Kubrick. Conway ne connaissait pourtant rien du cinéaste, encore moins de son œuvre mais son talent de persuasion lui permit d'abuser de la crédulité de tous ceux qui pensaient côtoyer la discrète icône Kubrick. Le prétendu génie entend profiter au mieux de sa célébrité bien mal acquise pour vivre au crochet de ceux ravis de s'attirer ses faveurs. Bien évidemment, dans le cercle fermé des soirées londoniennes, il apparaît évident que la supercherie ne puisse durer éternellement...

Hilarante et pathétique histoire inspirée de faits réels, celle d'un homme qui avait fait de la mythomanie le fil directeur de sa vie. Lui, Conway, né Jablowski, homosexuel et pédophile abusant de son fils, qui se prétendait être rescapé des camps de concentration. L'imposteur est interprété avec l'habituel talent inouï de John Malkovich. Plus qu'une simple histoire de captation de l'identité de Kubrick, Cook, dont il s'agit du premier film, parvient à multiplier les clins d'œil à l'œuvre cinématographique du génialissime réalisateur qu'il connaissait bien, lui qui avait été son assistant réalisateur sur trois longs-métrages, dont un certain Barry Lyndon.

 

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BARRY LYNDON

Film anglais de Stanley Kubrick (1975)

Redmond Barry est élevé dans l'Irlande du 18ème siècle. A la mort de son père, le jeune Barry ambitionne de gravir l'échelle sociale. Amoureux de sa cousine, Barry élimine le prétendant de celle-ci, un officier britannique, lors d'un duel et est contraint de s'exiler. C'est en soldat britannique qu'il fera la guerre sur le continent européen avant de déserter et rejoindre les armées prussiennes de Frédéric II. Tandis que Barry apprend que l'officier britannique a finalement survécu, l'intrigant se voit confier la mission d'espionner le chevalier de Balibari. Barry devient son protégé et est introduit dans la haute société européenne. Il devient bientôt l'amant de la riche Lady Lyndon. Apprenant l'adultère de son épouse, son mari sombre dans la dépression et meurt de chagrin. La riche Lady Lyndon épouse en seconde noce le jeune ambitieux et lui donne son nom...

Qu'il est difficile de résumer certains films de Kubrick tant l'intrigue est compliquée et généreuse en rebondissements ! Barry Lyndon est très certainement LE chef-d'œuvre kubrickien par excellence et est une adaptation fidèle du roman éponyme de William Makepeace Thackeray. La photographie est tout simplement somptueuse, la lumière magnifique, la bande-originale enivrante et les cadrages époustouflants ont valeur de tableaux. Kubrick dépeint à la perfection et avec une subtilité et une lucidité rares la vie d'un petit intrigant fauché dont l'ambition n'a d'égale que son audacieuse perversion désinhibée. Un film de trois heures maîtrisé de bout en bout par Maître Kubrick. Il est interdit de ne pas le voir !

 

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CHOSES SECRETES

Film français de Jean-Claude Brisseau (2002)

A Paris, Sandrine est serveuse dans un bar de nuit dans lequel Nathalie effectue des danses érotiques. Nathalie prend la défense de Sandrine après que le patron lui ait demandé de choisir entre la prostitution ou le licenciement. Les deux filles sont renvoyées sur le champ. Nathalie héberge sa nouvelle amie quelque temps. Soucieuses d'entrevoir enfin le bout du tunnel, les deux jolies jeunes femmes décident d'utiliser leur pouvoir de séduction pour gravir l'échelle sociale. Embauchées dans une grande société des Champs-Elysées, elles se jouent d'un certain nombre de supérieurs hiérarchiques avant de jeter leur dévolu sur Christophe, héritier et futur dirigeant de la société. Un seul impératif : ne jamais tomber amoureuse ! Mais il se pourrait bien que les jeunes femmes trouvent leur maître en celui-ci...

Porno soft chic ou quintessence des obsessions métaphysiques du cinéaste, une chose est sûre, le film ne laissera pas indifférent. Il est vrai que le scénario peut paraître convenu et caricatural. Le cinéaste parvient néanmoins à présenter une brillante satyre de la force d'attraction sexuelle, de l'ambition nécessairement empreinte d'arrivisme et des jeux de pouvoir et d'asservissement qui s'exercent au sein de l'entreprise. D'aucuns jugeront le film comme un mauvais roman de gare, d'autres se délecteront de ce conte cruel qui n'aurait pas laissé indifférents Sade ou Choderlos de Laclos. En revanche, la beauté plastique de Sabrina Seyvecou, Coralie Revel et Blandine Bury feront l'unanimité.

 

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COMMENT REUSSIR QUAND ON EST CON ET PLEURNICHARD !

Film français de Michel Audiard (1974)

Antoine Robineau exerce le modeste travail de démarcheur en apéritif de vermouth frelaté. La succulence de son produit n'est donc pas son meilleur atout. Alors le commercial emploie une bien curieuse méthodologie de vente pour conclure ses négociations. C'est en apitoyant son monde sur son sort et sur les malheurs du monde qu'il parvient à réussir ses ventes. Aussi, enterre-t-il sa mère lors de chaque rendez-vous. Et pour ces dames ? Le pourtant peu bellâtre Robineau n'aurait pas idée de s'y prendre d'une autre manière ! Et les conquêtes ne sont pas rares. Mais lorsqu'il rencontre une richissime nymphomane suicidaire, épouse cocue du directeur d'un palace, le geignard se rend immédiatement compte que l'occasion est à ne pas louper pour asseoir définitivement son ascension sociale...

Jean Carmet est irrésistible dans le rôle de ce Calimero chétif et paumé mais moins fragile et plus assuré qu'il n'y paraît. On préférera toujours le Audiard dialoguiste au réalisateur mais sa Réussite sociale pour les Nuls est un succès et réserve bien entendu de nombreuses pépites dans les dialogues. "Un minable qui vit sur sa réputation, ben, c'est comme un champion qui ne mettrait jamais son titre en jeu.", il y a du Céline bien évidemment chez Audiard. Et si l'histoire peut paraître redondante, de même si le réalisateur ne s'est soucié d'aucune esthétique, il y a beaucoup de plaisir à prendre dans cette comédie satirique qui a néanmoins pris quelques rides. Peut être le meilleur Audiard en tant que réalisateur.

 

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FOLIES DE FEMMES

Titre original : Foolish Wives

Film américain d'Erich von Stroheim (1921)

Les turpitudes du comte Sergius Karamzin et de ses cousines, les princesses Olga et Vera, font scandale à Monte-Carlo, peu après la fin de la Seconde Guerre mondiale. Prêt à jouir de tout ce dont la luxueuse ville monégasque peut lui offrir, le comte courtise la femme de l'ambassadeur des Etats-Unis, Helen Hughes, et en profite pour tenter de la rançonner. La jalouse servante et maîtresse du comte l'enferme en compagnie de Madame l'ambassadeur dans la tour d'une villa avant de l'incendier. Karamzin est bientôt prié de quitter la Principauté. La noblesse et la bourgeoisie ont certainement l'habitude de telles frasques. Mais voilà ! Karamzin, Olga et Vera, démasqués, ne peuvent prétendre à aucun titre de noblesse. L'usurpation et l'imposture ne font bénéficier d'aucune mansuétude dans ce petit monde. Rejeté par ses fausses princesses, le Don Juan Karamzin se réfugie chez son ami Ventucci, faux-monnayeur de son Etat, dont il viole la fille...

De nationalité austro-hongroise ayant émigré aux Etats-Unis dès 1909, Erich von Stroheim compte parmi les plus grands réalisateurs du Septième art muet. La présente réalisation témoigne de son génie et figure au rang des chefs-d'œuvre. Stroheim avait engagé, il est vrai, tous les moyens nécessaires en reconstituant Monte-Carlo en rase campagne hollywoodienne. Le film fut coupé de nombreuses saines par la censure. Le formidable climat de perversité choquait la puribonde société américaine. Il reste un formidable portrait d'un faux aristocrate, campé par Stroheim lui-même, prêt à tout pour parvenir à ses fins. Une formidable diatribe contre la haute société pétrie d'hypocrisie et soumise à l'argent et au sexe. Quel dommage qu'un certain nombre de bobines aient été détruites ou perdues. Le premier montage du film avoisinait les cinq heures remontées en 146 minutes. A voir absolument !

 

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LA PETITE LILI

Film français de Claude Miller (2003)

Actrice célèbre, Mado passe ses vacances estivales dans sa résidence secondaire de Bretagne en compagnie de son frère, Simon, de Brice, son amant et réalisateur, et de Julien, son fils qui caresse l'espoir de devenir un jour cinéaste. Les relations entre la mère et le fils s'avèrent également souvent ombrageuses ; le fils reprochant à sa mère et son amant de produire un cinéma uniquement commercial. L'idéaliste Julien est fou amoureux de la belle Lili qui s'ennuie fermement dans son pays morbihannais et rêve de monter à Paris et devenir comédienne. Puisqu'il faut un début à tout, Lili tourne dans le premier film expérimental de Julien et ne refuse pas ses avances. Mais en réalité, c'est Brice que Lili ambitionne de séduire. Cinéaste déjà reconnu, Brice a la faculté de faire prendre de sérieux raccourcis à la jeune femme plutôt que végéter avec un réalisateur en herbe. Brice propose bientôt à Lili de l'accompagner à Paris en même temps qu'il n'est pas insensible aux charmes de l'actrice débutante...

Librement inspiré de La Mouette d'Anton Tchekhov, le film est divisé en deux parties de qualité inégale. La première moitié qui prend place dans le paradis de l'Île-aux-Moines se révèle être d'une parfaite maîtrise. Par le truchement de protagonistes autocentrés sur le cinéma, Miller dresse en filigrane un constat doux-amer sur le Septième art au sein duquel les préoccupations artistiques élitistes des jeunes années, portées par Julien, laissent nécessairement la place à des obligations commerciales pour qui veut percer et persévérer dans la profession, à l'image de Brice. Quant à Lili, arriviste finalement malgré elle, elle aura l'occasion de mesurer que les projecteurs ne scintillent pas toujours de mille feux. Seul, Simon, le frère de Mado est étranger à ce monde blessé et blessant sur lequel il tente de veiller avec toute la bienveillance d'un vieux râleur. Jean-Pierre Marielle est époustouflant dans ce rôle.

 

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LE RETOUR DE MARTIN GUERRE

Film français de Daniel Vigne (1982)

Avril 1542, Martin Guerre revient dans son village d'Artigat après huit années passées à guerroyer dans les armées de François 1er. Malgré cette longue absence, Martin conserve le parfait souvenir de chacun des habitants. Guerre retrouve son épouse, Bertrande de Rols, tous les deux riches héritiers des familles les plus fortunées du pays ariégeois. Le mariage célébré avant la disparition de l'époux était un échec évident. Guerre parvenait avec difficulté à enfin féconder son épouse, devenant la risée des charivari, tandis qu'il se querellait fréquemment avec son père. Mais tout change à son retour. Guerre est méconnaissable et leurs retrouvailles témoignent brutalement d'un mariage heureux. Oui, Guerre a bien changé. Trop aux yeux de certains membres de la famille et villageois qui doutent bientôt de sa véritable identité...

Thriller médiéval. Si la juxtaposition des deux termes peut paraître anachronique, c'est bien de cela dont il s'agit dans cette plaisante évocation de la vie quotidienne de la paysannerie du Comté de Foix au 16ème siècle. La reconstitution des décors est parfaitement soignée et ravira les férus d'histoire médiévale. Un soin tout particulier est également apporté à la lumière qui n'est pas sans rappeler la peinture flamande ou celle des frères Le Nain. Nathalie Baye et Gérard Depardieu soutiennent de tout leur talent le film. Sans dévoiler la fin, le titre de la chronique indique évidemment que Martin Guerre est bien un imposteur. Mais Vigne parvient avec talent à maintenir l'intrigue tout au long de sa réalisation. A voir !

Virgile / C.N.C.

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source.

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