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07/11/2015

Hommage à René Girard

Hommage à René Girard

girard.jpgNon surpris, mais touché par la disparition récente de René Girard, je me suis senti obligé d’apporter mon humble contribution à l’ensemble des hommages qui lui ont été adressés ces dernières quarante huit heures.

Découvert au tout début de mes études supérieures à travers la lecture de son premier ouvrage célèbre, Mensonge romantique et vérité romanesque, R. Girard n’a eu de cesse par la suite d’inspirer mes réflexions et ma vision des mécanismes sociaux, culturels, psychologiques et religieux du monde.
Assez précoce, à l’époque, dans mes lectures, son nom m’était apparu après la lecture des Frères Karamasov, de F. Dostoievski, comme l’un des meilleurs critiques littéraires au sujet de ce génie russe. Le nœud de laine ainsi saisi, il ne me resta plus qu’à tirer tranquillement le fil qui sortait de la bobine pour me saisir, centimètre après centimètre, mètre après mètre, de sa pensée.
C’est que, pour l’historien que je fus et suis en parti, il demeura assez agréable de lire et suivre la pensée de Girard car, il faut le dire, elle se déroule tranquillement tout au long du temps et de ses ouvrages, cohérente, s’affinant avec les décennies.
Et, il faut le dire, c’est là tout le génie du personnage et de son œuvre, cette pensée n’est jamais déconcertante ou trop compliquée à saisir. Au contraire, elle apparaît presque trop évidente, systématique diront certains.
Je ne me permettrais pas de refaire le détail de sa théorie du désir mimétique, des rivalités, de la victime émissaire, de la violence et du sacré, des sacrifices, et de l’Agneau de Dieu, puisqu’on la retrouve intégralement sur wikipedia.fr et dans une grande majorité des colonnes des journaux et des magazines traitant de sa disparition.
Cependant, il est un article d’Alain de Benoist, paru dans Eléments en juillet 2008, qui refait surface sur les réseaux sociaux et dont le titre et la conclusion manquent de nuance : René Girard, auteur surfait :

« Tous ceux qui ont approché Girard ont bien noté son « autisme » : il n’écoute que ce qu’il veut bien entendre. Mais ce qui frappe le plus chez lui, c’est son extraordinaire systématisme. Construite comme par élargissement de cercles concentriques, toute sa pensée se caractérise par une série de réductions généralisatrices (ou de généralisations réductrices) dont l’ampleur va croissant : réduction du désir au désir mimétique, réduction du désir mimétique à la rivalité qu’il peut engendrer, réduction de la violence, puis de toute la psychè humaine à la rivalité mimétique, et enfin réduction de toutes les cultures, de tout le champ anthropologique, au « sacrifice victimaire » né de cette rivalité mimétique. René Girard est assurément un grand critique littéraire. Mais en tant que théoricien, c’est un auteur surfait. »

Il est assez amusant de constater qu’un tel article, écrit par un des plus grands penseurs païens français encore vivants, tienne un discours peu valorisant à l’égard du « théoricien » catholique qu’était Girard.
On note de ci de là des critiques, non plus de Girard mais du christianisme, prouvant tout de même, un certain manque d’objectivité dans les propos de De Benoist, propos au demeurant intéressants :

« Mais bien entendu, la bonne nouvelle évangélique n’a pas mis un terme à la violence. La rivalité mimétique ne cesse de renaître, le maintien de la paix exigeant toujours le sacrifice de victimes nouvelles, ce qui explique la persistance de la violence. Faute d’avoir accueilli le message évangélique, assure Girard, l’homme en est encore à la gestion de la violence par le sacrifice. Satan, en définitive, est l’autre nom de la rivalité mimétique. Le message chrétien a désacralisé le monde et détruit à jamais la crédibilité de la représentation mythologique, en agissant comme un ferment de décomposition de l’ordre sacrificiel. Mais cette décomposition ne parviendra à son terme que lorsque l’humanité entière en aura adopté le principe en instaurant une politique inspirée des Béatitudes. »

Personnellement, j’estime que Girard est un théoricien. Il l’est devenu « à peu près » entre Mensonge romantique et la Violence et le Sacré, lorsque sa théorie du désir mimétique a permis de saisir certaines dynamiques anthropologiques des sociétés archaïques, ou non mécaniques (Levi-Stauss), et contemporaines.
L’ensemble de ses réflexions, également, sur Clausewitz mérite d’être saisie comme preuve de son importance dans le champ des théories en sciences humaines.
L’aspect systématique, globalisant, parfois maladroit de l’application de sa théorie mimétique est évident, compte tenu de la très grande variété des domaines où il est possible d’utiliser cette grille de lecture.

naruto.jpgPour exemple, redescendons d’un cran en sérieux (quoique) et dans l’utilisation de la théorie mimétique pour l’appliquer à un media commun, la bande dessinée, et plus précisément à un manga célèbre, Naruto de Masashi Kishimoto.
Je ne vais pas refaire ici une description de ce manga qui, il me semble, est plutôt bien connu du grand public. Je ne regretterais pas non plus de « spoiler » une partie de l’histoire, dans la mesure où les prépublications « traduites » par les fans pullulent sur la toile depuis 2000-2002, et que la publication française est arrivée à terme, avec 72 tomes, chez Kana.
Alors, pourquoi parler de Naruto dans un billet au sujet de René Girard ?
Et bien parce que la portée de sa théorie mimétique, de la victime émissaire et de son sacrifice, se retrouve dans ce manga. Plus précisément, à partir de l’arc « Pain », du nom du pseudo chef de l’Akatsuki, qui possède une arme de destruction massive lui permettant de détruire un village entier et ses habitants.
A ce moment de l’histoire, le système social et politique de ce monde est proche de la société féodale, du monde seigneurial, d’interdépendance, de clientélisme, de vassalité et de service rendu. C’est un monde de violence, où la vengeance voire parfois la faide sont communes et fréquentes, les ninjas n’étant finalement que les outils, conscients ou non, de la montée en puissance de cette violence et du cycle de haine qui a conduit Pain (qui comme son nom l’indique a beaucoup souffert) à vouloir tuer le fameux village de Konoha dont est originaire le héros Naruto. On notera également le lien avec ce que dit Girard au sujet de Clausewitz et « la montée aux extrêmes », générée ici par le fait que les personnages de ce monde se font la guerre avec des moyens (ninjutsu) de plus en plus puissants (les fameux démons à [x] queues, les bijuus, véritables armes de destruction massive).
La rupture, incarnée par Naruto, apparaît au moment où ce dernier a vaincu Pain et se retrouve face à lui pour le tuer. Naruto décide de l’épargner et de prendre sur ses épaules les souffrances de tout le monde. Il se propose d’être la victime des vengeances cumulées par tous les protagonistes rencontrés au gré de l’aventure, même ceux qu’il ne connaît pas, et d’annihiler la vengeance et la violence en n’y répondant pas, en la subissant pour décharger les gens :
Pain qui détruit le village : ICI
Le moment Naruto décide de briser le cycle de violence : ICI
Naruto mettant en pratique sa « non violence » et son rôle de victime : ICI

A partir de ce moment, le manga a véritablement pris une tout autre tournure, générant forcément des critiques positives et négatives auprès des lecteurs de la première heure.
Il n’en demeure pas moins que l’on retrouve presque trait pour trait la théorie développée par Girard. Le désir mimétique y mis en avant dans le triangle amoureux des personnages du début. La question de la violence et du sacré, dans l’ensemble de la cosmogonie de cet univers, de la structure même de cette société. L’aspect messianique de Naruto, également, amorcé par le passage sus-cité, mais également par les références à la « prophétie », au livre de Jiraiya qui ressemblerait presque au rôle qu’a l’Ancien Testament en tant qu’annonciateur de l’arrivée du Messie ou « élu » dans le manga. La façon dont Naruto arrête le déchaînement de violence, d’abord par les poings, mais ensuite et surtout par les mots.
Bref. A mes yeux, ce manga contredit toute l’analyse de De Benoist sur le côté « surfait » du Girard-théoricien.
Parce que sa pensée est très dense et étendue, sa théorie devient passablement instructive même si parfois elle manque de précision ou reste floue. Mais c’est, je pense, la définition même de la théorie : des explications s’appuyant sur des faits et qu’il faut critiquer pour la corriger ou l’invalider.
Corriger la théorie mimétique et son déploiement dans les sphères anthropologiques et religieuses, il le faut très certainement, il en va de l’honnêteté intellectuelle.
L’invalider… J’attends personnellement d’autres arguments que ceux émis par ses détracteurs, de De Benoist à René Pommier (René Girard, un allumé qui se prend pour un phare), et vous invite, au contraire, à plonger dans cette pensée plus qu’intéressante.
Notons enfin que c’est avec l’appui de René Girard que Philippe Muray nous a livré son chef d’œuvre Le XIXème siècle à travers les âges, après un séjour aux Etats Unis, à Stanford entre janvier et mars 1983.

Aristide / C.N.C

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source.

Commentaires

"On note de ci de là des critiques, non plus de Girard mais du christianisme, prouvant tout de même, un certain manque d’objectivité dans les propos de De Benoist, propos au demeurant intéressants :"

C'est tout son problème. Il est complètement à la masse. Resté incurablement antichrétien primaire, mais en revanche très nuancé envers l'Islam (ce qui n'est pas un défaut)....pour aller vers une sorte de différentialisme mou du genou à la limite d'un antiracisme béat.

Oui de Benoist est vraiment devenu un philosophe « PEUTT ! PEUTT ! comme le dit Philippe Baillet citant Céline.

Bref, sur tout un tas de chose ce type n'est plus crédible.

Écrit par : DolFuSa | 07/11/2015

Nous sommes un certain nombre à établir un constat similaire.

Écrit par : Gardien du phare | 07/11/2015

A de B n'est plus - depuis de nombreuses lunes - le racialiste qu'il fut lorsqu'il écrivait encore pour Europe Action dans l'ombre de Dominique Venner et Jean Mabire. Il n'est même plus l'un des penseurs de l'ethno-différentialisme du jeune G.R.E.C.E.

Cependant, sa critique résolument "païenne" (et absolument pas "primaire") du christianisme demeure pertinente et il reste un essayiste important, voire brillant.

Je ne connais pas suffisamment le travail de René Girard pour en parler. Mais je ne crois pas en l'existence de l'Humanité, de l'Homme abstrait. J'imagine que je ne suis donc pas l'un de ses "clients naturels"

Écrit par : Aryosophe | 08/11/2015

"Cependant, sa critique résolument "païenne" (et absolument pas "primaire") du christianisme demeure pertinente et il reste un essayiste important, voire brillant."

J'entends primaire au sens où il ne le fait pas pour les autres religions du livre, les ménageant pour on ne sait pas bien quelle raison.

Parce que les défauts évoqués sont généralement puissance 10 en ce qui concerne l'Islam ou le judaïsme.

Écrit par : DolFuSa | 09/11/2015

Au fond, là où de Benoist est vraiment intéressant, c'est dans ses débats avec les intellectuels cathos. Je me souviens, évidemment, de sa "disputatio" avec Rémi Brague de cette année (où ce dernier m'apparaît plus clair et plus profond). Mais il a aussi donné la réplique à G. Thibon, dont il existe quelques extraits vidéos, de piètre qualité malheureusement, de ci de là sur la toile. C'est pour ça que je trouve regrettable son papier de 2008. Parce qu'il est parfaitement capable de d'apporter de la nuance dans ses réflexions, compte tenu de ses connaissances immenses sur les droites françaises, souvent chrétiens ("Bibliographie des droites françaises") et sur la théologie chrétienne. Sa conclusion sur Girard, finalement, me semble être une réponse "radicale" face au systématisme déconcertant de la théorie mimétique de Girard. D'ailleurs, à lire les autres penseurs critiques à l'égard de Girard, cela semble être la seule posture prise : tout rejeter d'un bloc sans nuance. Mais les lecteurs ne sont pas dupes. Les lecteurs, spécialistes ou non des questions anthropologiques, admettent facilement la cohérence partielle ou totale de la théorie mimétique, peu importe son domaine d'application. Une forme de "common decency", à la Orwell, qui s'oppose aux avis ponctuels de contradicteurs, à chaque fois d'abord anti-chrétiens avant d'être "anti-théorie de Girard".
Mais bon. Qu'on soit quand même d'accord sur un point : de Benoist est un grand intellectuel, presque érudit, se prêtant volontiers au jeu du débat, ce qui est assez rare surtout lorsque le débat peut remettre en jeu la crédibilité et les propres convictions intellectuelles des participants. Cependant, on notera la faiblesse du "théoricien" de Benoist, qui se limite à une sorte d'uchronie de l'Europe sans le christianisme. Ce qui ne sera JAMAIS le cas. C'est d'ailleurs ce qu'explique Rémi Brague dans la disputatio citée au dessus.
De Benoist, critique intellectuel hors pair, théoricien "surfait" ?

Écrit par : aristide | 10/11/2015

"J'entends primaire au sens où il ne le fait pas pour les autres religions du livre, les ménageant pour on ne sait pas bien quelle raison. "

Sans vous offenser, cela s'explique pourtant fort bien. Le christianisme a profondément (et durablement) affecté l'âme européenne. Il était donc naturel pour un intellectuel européen soucieux du devenir de l'ensemble civilisationnel auquel nous appartenons (et influencé par Nietzsche et Rougier, et, par ailleurs, héritier d'Europe Action)) de se préoccuper des racines de notre indiscutable déclin.

Je suis moi-même "radicalement" anti-chrétien, c'est-à-dire profondément hostile à l'enseignement dispensé par les évangiles et, naturellement, à celui des Pères de l'Eglise. Mais comme A de B, l'expression populaire du christianisme (et du catholicisme en particulier), tout imprégné des paganismes européens, enraciné, rétif à ces concepts théologiques sécularisés qui ont fait de l'Homme européen ce qu'il est encore hélas aujourd'hui, m'est plutôt sympathique.

"Cependant, on notera la faiblesse du "théoricien" de Benoist, qui se limite à une sorte d'uchronie de l'Europe sans le christianisme. Ce qui ne sera JAMAIS le cas."

Une Europe sans le christianisme ? L'Europe est déjà, l'Europe occidentale en particulier, très largement déchristianisée. Une Europe débarrassée du christianisme lui-même débarrassé de sa gangue sémite ? Il faudra d'abord s'attaquer aux concepts théologiques sécularisés évoqué plus haut et en particulier à l'idéologie des droits de l'Homme abstrait.

Écrit par : Aryosophe | 11/11/2015

Cher Aryosophe, le sujet n'est pas de savoir où en est le processus de déchristianisation de l'Europe, qui est en effet très avancé si on le compare à la société européenne du XVIIIème siècle, mais absolument pas encore terminé. Il n'y a bien que des païens anti-chrétiens, ou peu importe le dérivé, pour croire que l'Europe est définitivement débarrassée du christianisme.
Il suffit de lire des historiens comme Philippe Boudry, ou mieux encore, Guillaume Cuchet, pour saisir la complexité du phénomène tout au long du XXème siècle. Les pratiques religieuses ou spirituelles ont changé... on le voit au niveau des pratiques funéraires (voir son article sur les baby boomers disponible gratuitement). Mais le "retour du religieux", propre aux années 1990-2000, notamment vers des religions extra-européennes, a conduit par effet de miroir, d'opposition presqu'instinctive, le développement d'un christianisme politique - réponse aux problématiques migratoires et au dévoilement de la tartufferie politique gôchisante et moderne générant, pour une grande partie des populations traditionnellement de droite, un retour idéalisé "aux sources" des années De Gaulle et des Trente Glorieuses (donc +/- démocrate, libérale et chrétienne). On le sent bien dans les périphéries des aires urbaines (cf. "La France périphérique" de Guilluy), et les paroisses traditionnelles.
L'Europe est toujours autant spirituelle. Le christianisme demeure la première religion européenne, quantitativement parlant surtout. Pour la qualité, le constat est beaucoup plus contrasté, surtout en comparaison au dynamisme des islams.

Maintenant, ces éléments recadrés pour éviter de rentrer dans ce fantasme d'une Europe désormais absolument déchristianisée, mon propos de base n'était pas de dire que l'Europe d'aujourd'hui est aussi chrétienne qu'il y a un millénaire. Le fond de mon propos, qui reprenait d'ailleurs ce qu'exprimait Rémi Brague, est de dire qu'on ne peut décemment pas bâtir un projet européen en écartant d'un bloc la place de la culture chrétienne en Europe. Le christianisme, polymorphe, en crise, n'est jamais aussi puissant que lorsqu'il est en position d'infériorité, de dominé, de recul. Je rajouterais, comme baromètre concret quant à l'influence du christianisme en Europe, la place immense qu'occupe encore le lobby démocrate-chrétien à Bruxelles.
Au fond, le véritable frein au christianisme en Europe vient moins du modernisme ambiant, ou des livres et/ou blogs de penseurs païens, que de tous les membres du haut clergé lui même.
Par contre, ce qui est certain, c'est que l'héritage "païen" est lui bel et bien relégué au rang de vestige, de folklore touristique mondialisé (combien de néo-païen le sont devenus avec les jeux vidéo ou les films ricains), ou alors elle subsiste dans sa version bo-boïsée, pagano-écolo... Bref, rien de bien sérieux pour le moment.
Je ne parle même pas de l'accueil des théories des années 1930 sur la race et le sang qualitativement et quantitativement très, très, négligeables.
Cordialement.

Écrit par : aristide | 11/11/2015

"Cher Aryosophe, le sujet n'est pas de savoir où en est le processus de déchristianisation de l'Europe, qui est en effet très avancé si on le compare à la société européenne du XVIIIème siècle, mais absolument pas encore terminé."

Je ne crois pas avoir parlé de "stade terminal" à propos de la déchristianisation. L'Europe, et l'Europe occidentale en particulier est très largement déchristianisée. C'est un fait. La foi chrétienne n'est désormais plus qu'une opinion parmi d'autres opinions. L'Eglise n'est d'ailleurs plus en mesure d'imposer ses vues à la collectivité. Mais nous pouvons aller plus loin encore. Si la religion a toujours été un mode de structuration des sociétés européennes, elle ne structure plus rien désormais.

"Il n'y a bien que des païens anti-chrétiens, ou peu importe le dérivé, pour croire que l'Europe est définitivement débarrassée du christianisme."

Ce n'est pas mon cas. Nier purement et simplement l'existence d'un héritage chrétien serait stupide. Non, je m'interrogeais sur l'émergence éventuel d'un christianisme débarrassé de sa gangue sémite, enraciné, communautariste, ethno-nationaliste. Mais sans doute s'agit-il d'un fantasme "raciste" de plus... Bref, si l'Europe n'est en effet pas (encore) débarrassée du christianisme, le christianisme a lui grandement contribué à notre déclin généralisé en "recyclant" ses valeurs. Il faut lire Marcel Gauchet au sujet de la sécularisation dans "La religion dans la démocratie. Parcours de la laïcité" paru chez Gallimard en 1998.

"Christianisme politique" ? Comment le christianisme et la religion en général pourrait avoir des ambitions politiques quand cette dernière ne structure désormais plus rien ? Par ailleurs, quelles sont les différences- de fond - entre le discours des Eglises et celui des démocraties libérales ? Arpenter le pavé parisien afin de montrer son hostilité à une loi n'est en rien une "politique".

"Maintenant, ces éléments recadrés pour éviter de rentrer dans ce fantasme d'une Europe désormais absolument déchristianisée, mon propos de base n'était pas de dire que l'Europe d'aujourd'hui est aussi chrétienne qu'il y a un millénaire. Le fond de mon propos, qui reprenait d'ailleurs ce qu'exprimait Rémi Brague, est de dire qu'on ne peut décemment pas bâtir un projet européen en écartant d'un bloc la place de la culture chrétienne en Europe. Le christianisme, polymorphe, en crise, n'est jamais aussi puissant que lorsqu'il est en position d'infériorité, de dominé, de recul. Je rajouterais, comme baromètre concret quant à l'influence du christianisme en Europe, la place immense qu'occupe encore le lobby démocrate-chrétien à Bruxelles. "

Influence délétère s'il en est. L'Allemagne mondialiste des démocrates-chrétiens se taille la part du lion lorsqu'il s'agit d'évoquer la colonisation migratoire dont l'Europe fait l'objet. Le christianisme, sécularisé ou non, est donc parfaitement soluble dans le "monde moderne" indifférencié. Celui du capitalisme marchand, à la fois permissif et liberticide.

"Au fond, le véritable frein au christianisme en Europe vient moins du modernisme ambiant, ou des livres et/ou blogs de penseurs païens, que de tous les membres du haut clergé lui même."

Il ne faut pas confondre la foi et l'institution, en effet. Si l'Eglise canalisait autrefois la croyance, ce n'est plus le cas aujourd'hui. De nombreux catholiques ne se reconnaissent d'ailleurs pas dans le discours de l'Eglise. Cependant, si le christianisme ne mobilise plus (ou peu ! Le sort des chrétiens d'Orient en témoigne) c'est qu'il a probablement achevé son cycle historique. Marcel Gauchet a décrit le christianisme comme la "religion de la sortie de la religion".

"Par contre, ce qui est certain, c'est que l'héritage "païen" est lui bel et bien relégué au rang de vestige, de folklore touristique mondialisé (combien de néo-païen le sont devenus avec les jeux vidéo ou les films ricains), ou alors elle subsiste dans sa version bo-boïsée, pagano-écolo... Bref, rien de bien sérieux pour le moment.
Je ne parle même pas de l'accueil des théories des années 1930 sur la race et le sang qualitativement et quantitativement très, très, négligeables."

Le legs païen, en lambeaux, méconnaissable, subsiste néanmoins. Il n'est donc pas surprenant que vous ne l'ayez pas reconnu dans le culte marial, l'Eucharistie, la Sainte Trinité, etc.

Les cultes néo-païens, même s'il s'agit de reconstructions dans la plupart des cas, sont en plein essor en Europe. Ce réenracinement me réjouis naturellement, mais ce n'est pas ce qui m'intéresse réellement. Non, ce qui m'intéresse, et il m'importe peu que ce l'on appelle la sub-culture en soit l'un des vecteurs, c'est la réactivation d'une "sensibilité", le retour aux racines, le réenracinement, la dissolution des dogmes importés. Le paganisme est une libération.

Quant aux "théories" dont vous parlez et que je fais mienne depuis toujours, je vous invite à réviser votre jugement. Non pas seulement parce que je vous y invite mais parce qu'il existe toute une littérature de qualité sur le sujet. Par ailleurs, dans la mouvance à laquelle nous appartenons, leur accueil, s'il est encore trop marginal, est bien loin d'être négligeable.

Écrit par : Aryosophe | 11/11/2015

Je n'apprécie guère que vous me preniez pour un touriste de passage qui ne connaît pas ses gammes sur l'histoire du christianisme.
Vos remarques, nombreuses et puant la prétention (je pense à ce passage : "Le legs païen, en lambeaux, méconnaissable, subsiste néanmoins. Il n'est donc pas surprenant que vous ne l'ayez pas reconnu dans le culte marial, l'Eucharistie, la Sainte Trinité, etc."), à ce sujet ne me font pas rire. Au contraire. Elles me font dire qu'au fond, vous ne valait guère mieux que le PSUNE et son président fanfaron Thomas Ferrier, en terme de sérieux sur le christianisme.
Le fait que vous vous arrêtiez à cette histoire lue et relue du syncrétisme religieux pagano-chrétien médiéval et pro-moderne me confirme le fait que vous ne connaissez finalement rien au christianisme, si ce n'est votre propre expérience personnelle et les quelques critiques que vous avez lu sous la plume d'auteurs non chrétiens et/ou païens. Vous manquez de nuance, vous manquez de connaissances techniques sur le christianisme et cela prouve que vous teniez vos théories du sang et de la race comme aussi "puissantes" que les religions abrahamiques.
Ce qui est assez fatigant, au fond, dans la "mouvance", c'est cette méconnaissance du christianisme qui est, pourtant, le vivier le plus important des résistants au modernisme. Et ce n'est certainement pas l'égalitarisme - dénoncé dans un autre billet -, le droit-de-l'hommisme - qui n'est qu'un travestissement de plus de la compassion chrétienne, autrement plus puissante et profonde en matière de réflexion philosophique et théologique- qui poussent autant de catho dissidents non conformes à participer aux mouvements de contestation.
Je suis loin d'être un ardent défenseur du catholicisme, surtout pas en ce moment, mais il ne faut pas exagérer. Il est évident que si "révolution" il doit y avoir en France, elle sera forcément teintée de christianisme.

Quant à Marcel Gauchet, là aussi, vos références trahissent un manque d'actualité dans vos réflexions en matière de christianisme. Son intuition sur la "sortie de religion" dans le Désenchantement du monde, dont vous parlez, a justement servi à Guillaume Cuchet pour introduire ses nombreux sujets de recherche... sujets qui se concluent à chaque fois par une remise en cause de la conclusion de Gauchet, parce que justement, la société n'est pas sorti de la religion. Elle est toujours dedans mais en a juste transformé les contours, transformé les rites, syncrétisant les nouvelles spiritualités avec les traditionnelles. C'est le même principe qui a expliqué la diffusion et le développement rapide du spiritisme et de ses variantes dans les années 1860 en France. Ces transformations et ses problématiques se ressentent d'ailleurs à travers les encycliques et synodes nombreux du Vatican. C'est quand même dingue que les acteurs les plus proches d'une action concrète contre le mondialisme libéral et pour une "décroissance" intelligente soient le pape François et son "laudato si", les quelques gouvernements sudaméricains chrétiens (cathos ou protestants), et les nombreux "fervents" chrétiens des pays en développement d'Asie en lutte contre leurs gouvernements parfaitement dissouts dans le mondialisme.
Preuve, s'il en est, que le christianisme et plus particulièrement le catholicisme se définissent théologiquement et philosophiquement, par des contradictions dogmatiques, mais aussi des contradictions extérieures particulièrement porteuses. Comme je le disais, l'histoire du christianisme prouve que cette religion est d'autant plus puissante et énergique qu'elle est en position de repli, qu'elle est écrasée.

Quitte, donc, à faire le donneur de leçon sur l'histoire européenne et sur le christianisme, pensez à actualiser vos lectures, et à dépasser les références bibliographiques du premier XXème siècle, à quelques exceptions prêtes. Je m'étonne d'ailleurs de ne pas avoir lu une mention de Robert Dun dans tout votre brouhaha.

Cordialement.

Écrit par : aristide | 11/11/2015

Votre interminable bafouille témoigne d'une réelle facilité à passer du dialogue contradictoire à l'anathème. Et tout cela en l'espace de deux commentaires ! Une performance, assurément ! Mais je ne peux pas vous en vouloir. Après tout l'anathème participe de l'univers mental judéo-chrétien. Tout comme le sermon d'ailleurs...

"Le fait que vous vous arrêtiez à cette histoire lue et relue du syncrétisme religieux pagano-chrétien médiéval et pro-moderne me confirme le fait que vous ne connaissez finalement rien au christianisme, si ce n'est votre propre expérience personnelle et les quelques critiques que vous avez lu sous la plume d'auteurs non chrétiens et/ou païens. Vous manquez de nuance, vous manquez de connaissances techniques sur le christianisme et cela prouve que vous teniez vos théories du sang et de la race comme aussi "puissantes" que les religions abrahamiques. "

Que de certitudes. Vous n'ignorez pourtant pas (mais ce n'est pas impossible après tout) combien le christianisme primitif, encore tout imprégné de cette insupportable morale sémitique, peut être éloigné du catholicisme médiéval. Le christianisme, s'il s'attaqua avec vigueur à ce qu'il appelait "paganisme", s'il accultura et effaça très tôt les mythologies, fut lui même profondément transformé. Vous pouvez le nier, bien sûr. Mais cela ne change rien aux faits. Les mythes et rites du "pagano-christianisme", synthèse opérée au fil des siècles par le génie européen sont abordés dans deux ouvrages très "dumézilien" que je vous invite à lire entre deux excommunications numériques. Il s'agit de "Mythologie chrétienne" de P. Walter et de "Les fêtes de Dieu" de G. Deleury. "Connaissances techniques" assurées !

Quant au mythe du Sang et de la Race, l'Histoire récente a démontré combien celui-ci peut mobiliser les énergies. C'est la raison pour laquelle j'aime à utiliser le mot de "religionnaire" afin de désigner le soldat politique ethno-nationaliste. La morale sémitique véhiculée par le christianisme en Europe n'a pas encore complètement épuisé la virtù.

"Il est évident que si "révolution" il doit y avoir en France, elle sera forcément teintée de christianisme."

Si vous le dites. Les "révolutionnaires" hantent les églises et les temples, c'est bien connu...

"Quant à Marcel Gauchet, là aussi, vos références trahissent un manque d'actualité dans vos réflexions en matière de christianisme. Son intuition sur la "sortie de religion" dans le Désenchantement du monde, dont vous parlez, a justement servi à Guillaume Cuchet pour introduire ses nombreux sujets de recherche... sujets qui se concluent à chaque fois par une remise en cause de la conclusion de Gauchet, parce que justement, la société n'est pas sorti de la religion. Elle est toujours dedans mais en a juste transformé les contours, transformé les rites, syncrétisant les nouvelles spiritualités avec les traditionnelles. C'est le même principe qui a expliqué la diffusion et le développement rapide du spiritisme et de ses variantes dans les années 1860 en France. "

Je connais bien les travaux de Cuchet sur le spiritisme via mes propres recherches dans les archives de l'IMI sur le sujet. Mais là n'est pas mon propos. Gauchet reconnait qu'il y a bien regain d'intérêt pour le fait religieux. Mais c'est d'une curiosité généralement futile dont il s'agit, mêlant désir d'expérimentation et distraction. On "consomme" de la religion. Et comme l'écrit Nietzsche à propos des "derniers hommes" : " Il y a de la décadence dans tout ce qui signale l’homme moderne ". Individualisme et confusion. Si la religion (ou le fait religieux) n'est désormais plus, en Occident, qu'un bric-à-brac agglutinant une foule de "matériaux" disparates, c'est précisément parce qu'elle ne structure plus rien. Gauchet écrit que "Sortie de la religion ne signifie pas sortie de la croyance religieuse, mais sortie d'un monde où la religion est structurante, où elle commande la forme politique des sociétés et où elle définit l'économie du lien social (...) La sortie de la religion, c'est le passage dans un monde où les religions continuent d'exister, mais à l'intérieur d'une forme politique et d'un ordre collectif qu'elles ne déterminent plus".

"C'est quand même dingue que les acteurs les plus proches d'une action concrète contre le mondialisme libéral et pour une "décroissance" intelligente soient le pape François et son "laudato si"

Le chef de l'Eglise catholique de Rome est lui-même un mondialiste. Ses propos misérabilistes au sujet de l'immigration non-européenne sont d'ailleurs parfaitement compatibles avec ceux de Christine Lagarde et des euro-oligarques.

"Comme je le disais, l'histoire du christianisme prouve que cette religion est d'autant plus puissante et énergique qu'elle est en position de repli, qu'elle est écrasée."

Ecrasée ? Par qui ? Ou par quoi ? S'agit-il d'un slogan ? De quoi ou de qui le christianisme est-il la victime ? Sinon de l'indifférence.

"Quitte, donc, à faire le donneur de leçon sur l'histoire européenne et sur le christianisme, pensez à actualiser vos lectures, et à dépasser les références bibliographiques du premier XXème siècle, à quelques exceptions prêtes. Je m'étonne d'ailleurs de ne pas avoir lu une mention de Robert Dun dans tout votre brouhaha.
"

C'est le "sermon" dont je parlais plus haut. Je vous invite, pour ma part, à lire (vraiment) Gauchet et A de B, à lutter contre le déni et à surmonter votre mépris du "paganisme". Ce ne sera pas simple, bien sûr, mais rien n'est impossible avec un minimum de volonté.

Quant à feu Robert Dun, ce fort sympathique exalté n'a jamais été une référence. Trop sommaire, trop "grossier". Je lui préfère, et de loin, feu Jacques Marlaud, Jean Mabire ou encore Dominique Venner.

Écrit par : Aryosophe | 12/11/2015

En lisant les premières lignes de votre longue réponse je m'attendais à lire des critiques interessantes et/ou fondées.
Au final vous ne me contredisez pas. Vous defendez votre bout de gras de facon tres scientifique puisque vous invoquez vos propres neologismes. Vous êtes un vrai théoricien, cela va de soi.

Pour le reste, vous enfoncez des portes ouvertes. Le plus amusant est votre facon de parler de Cuchet, avec l'assurance d'avoir fait le tour de son travail. J'ai personnellement travaillé avec lui pendant près d'un an et demi, et j'ai eu l'occasion par ce biais de mesurer la cohérence et la scientificité des propos que j'ai eu l'occasion de présenter précédemment. Forcément, vos messages me paraissent dérisoires.

Pour l'heure, je vous laisse imaginer que j'éprouve le besoin d'anathème sur internet.
Peut etre devriez vous quand même consulter ou discuter avec quelqu'un au sujet de votre tendance à la persécution. C'est plutôt un truc de sémite, ça, nornalement. Et puis c'est très moralisant, comme procédé rhétorique. Pas sûr que cela corresponde bien à ce en quoi vous fonder votre vie personnelle et meta politique. La morale, c'est plutot un truc de sémite, ça, aussi.
Va peut etre falloir se déconstruire encore un peu ! Parce qu'à cette allure là vous risquez de finir dans les mauvais camps.

Écrit par : Aristide | 13/11/2015

Un très pertinent article. D'autant que je n'aurais jamais pensé lire un jour une analyse de Naruto à l'aune de la pensée de Girard (et vice versa, d'ailleurs).

Écrit par : Caïn_Marchegris | 13/11/2015

Faisons bref, "aristide".

"En lisant les premières lignes de votre longue réponse je m'attendais à lire des critiques interessantes et/ou fondées."

Vous n'avez pas voulu les voir. Le déni, encore...

"Au final vous ne me contredisez pas. Vous defendez votre bout de gras de facon tres scientifique puisque vous invoquez vos propres neologismes. Vous êtes un vrai théoricien, cela va de soi."

Sur Gauchet, sur le pagano-christianisme, etc. Le déni, à nouveau...

"Pour le reste, vous enfoncez des portes ouvertes. Le plus amusant est votre facon de parler de Cuchet, avec l'assurance d'avoir fait le tour de son travail. J'ai personnellement travaillé avec lui pendant près d'un an et demi, et j'ai eu l'occasion par ce biais de mesurer la cohérence et la scientificité des propos que j'ai eu l'occasion de présenter précédemment. Forcément, vos messages me paraissent dérisoires. "

Le plus amusant (et le plus dérisoire) pour le "misérable béotien" que je suis, c'est votre façon de vous faire passer pour une "autorité", une sommité, pour celui qui sait en somme.

"Pour l'heure, je vous laisse imaginer que j'éprouve le besoin d'anathème sur internet. "

Je n'imagine rien de vous, je vous l'assure. Mais le goût de l'anathème, c'est bien malgré vous ! C'est culturel.

"Peut etre devriez vous quand même consulter ou discuter avec quelqu'un au sujet de votre tendance à la persécution. C'est plutôt un truc de sémite, ça, nornalement. Et puis c'est très moralisant, comme procédé rhétorique. Pas sûr que cela corresponde bien à ce en quoi vous fonder votre vie personnelle et meta politique. La morale, c'est plutot un truc de sémite, ça, aussi."

Persécution ? Quel farceur. C'est pas plutôt votre truc ça ? Le christianisme serait en repli, écrasé, etc. etc.

"Va peut etre falloir se déconstruire encore un peu ! Parce qu'à cette allure là vous risquez de finir dans les mauvais camps."

C'est déjà votre cas et nous n'en avez même pas conscience. Le déni, encore lui...

Écrit par : Aryosophe | 13/11/2015

OK :)

Écrit par : aristide | 13/11/2015

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