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01/10/2015

Chronique musicale: Slayer "Repentless"

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Slayer, Repentless

(Nuclear Blast, 2015)

« Je suis, pour ma part, en tant que socialiste, contre l’allongement de la vie. L’euthanasie sera un des instruments de nos sociétés futures »  Jacques Attali.

Le mot euthanasie nous vient du grec εὐθανασία et signifie « belle mort ». A priori, et à la vue de notre Weltanschauung, ce concept a de quoi nous plaire. Pourtant le concept d’euthanasie a pris, de nos jours, un tout autre sens. En effet, l’euthanasie est dorénavant comprise comme la pratique qui consiste à mettre un terme aux souffrances d’une personne ;  personne condamnée par la maladie, par exemple, le plus souvent en état d’agonie. Acte de charité humaniste pour les uns, blasphème et projet malthusien pour les autres, l’euthanasie, à l’instar de la dichotomie précédemment citée, est un sujet sensible.  Au  même titre que l’avortement, elle nécessite une prise de recul critique vis à vis des postures religieuses ou idéologiques. Or, dans le cas des groupes qui ont donné leurs lettres de noblesse à un genre et/ou sont devenus des légendes comme Iron Maiden ou Metallica, l’euthanasie semble être la seule solution quand ces derniers partent en eau de boudin et ternissent la légende qu’ils ont durement bâtie. Slayer en est le triste exemple et il est urgent de débrancher la machine une bonne fois pour toute!

Ne nous voilons pas la face : ça sentait le sapin depuis un bon moment chez Slayer. Les albums Christ Illusion et World paintedblood démontraient clairement que le groupe tournait en rond et n’était plus capable de nous pondre de nouveaux classiques. 2013 fut une année funeste pour le combo qui perdit son guitariste et principal compositeur Jeff Hanneman. Puis ce fut au tour du légendaire batteur Dave Lombardo de quitter Slayer (ou de se faire virer, selon à qui on s’adresse) pour une sombre histoire de contrat et de fric… On se retrouve donc avec un Tom Araya physiquement diminué et durement marqué par la mort de son ami et un Kerry King toujours fidèle à lui-même, c’est-à-dire un pur poseur tout juste bon à refaire éternellement les mêmes solos de guitares. Dès lors c’est Gary Holt, guitariste d’Exodus, et Paul Bostaph ancien batteur du groupe qui se chargent des postes laissés vacants.  Le groupe rentre en studio en compagnie de Terry Date, soit l’une des pointures mondiales de l’enregistrement, qui s’est illustré par son travail sur les albums de Pantera et de Deftones. Repentless sort finalement le 11 septembre 2015 (God hates us all était quant à lui sorti le 11 septembre 2001).


Plusieurs Morceaux de ce nouvel album avaient été diffusés avant, voire bien avant sa sortie ; histoire d’avoir sans doute un avant-goût du carnage. Comme vous l’aurez compris cet album est au mieux anecdotique, au pire mauvais. Cependant tout n’est pas à jeter. Les deux « nouveaux » apportent un sang frais à ce cru 2015. Paul Bostaph n’a pas à rougir face à Lombardo. Le bougre a des partis de batterie efficaces et parfois originales, sans parler de son infaillibilité en concert. Gary Holt n’a eu aucun mot à dire en ce qui concerne la composition et son rôle est uniquement celui de guitariste soliste. Et de ce côté-là il faut admettre qu’il s’en sort très bien grâce à un style plus rugueux et plus concis que son illustre prédécesseur. Tom Araya fait du Tom Araya : il gueule. De ce côté-là rien ne change et c’est tant mieux. Enfin, la production est excellente grâce au travail de Terry Date. Le problème de ce Repentless ce sont les morceaux ; c’est con mais c’est pourtant le plus important.

Kerry King est maintenant le seul maître à bord en ce qui concerne la composition. Il faut quand même rappeler qu’il est en bonne partie responsable des merdes à consonance hardcore mais surtout neo-metal que l’on trouve ça et là sur certains albums du groupe. Kerry King a un talent certain pour avoir l’air cool auprès des métalleux les plus jeunes, pour faire vendre ses guitares signatures ou ouvrir sa grande gueule dans les médias.  En revanche, pour ce qui est de la composition, on repassera et on ira volontiers allumer un cierge à l’église du coin pour que le bon Dieu lui ordonne de prendre sa retraite. L’album s’ouvre sur une intro fade et inutile. Vient ensuite le titre éponyme qui n'est pas mal mais sans plus. Ensuite on a droit à des titres globalement insipides qui utilisent les mêmes tempos rapides ou moyens, les mêmes gimmicks, les mêmes solos de guitares… Quelques bonnes idées errent au milieu de cet océan de nullité : les guitares accordées plus bas qu’à l’accoutumée ou certains passages sur « Cast the first stone » ou « Piano Wire ». On a soudainement un espoir au début du titre « Atrocity Vendor » qui rappelle les débuts du groupe avant de retomber dans le convenu : vraiment frustrant.

La « forme » de ce nouvel album de Slayer est alléchante à l’image de la pochette. Le groupe est au final superficiel car le « fond » est décevant. Pourquoi s’obstiner quand, à l’évidence, la flamme n’est plus là ? Slayer peut se targuer d’avoir été l’un des groupes les plus important pour la scène metal, ayant influencé bon nombres de groupes et même de styles (le death metal en tête). Ses chefs d’œuvres resteront toujours au panthéon de la musique metal et dans le cœur des fans.  Il est temps de « pull the plug » comme disait feu Chuck Schuldiner et de passer le témoin aux jeunes loups. Le roi Slayer est mort, vive le roi !

Donatien/CNC

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source.

Commentaires

Je ne comprends pas du tout ceux qui disent que le métal et autres sont du satanisme, mais alors pas du tout ! Suffit de regarder cette magnifique pochette pleine de bonté, exprimant la joie et la paix fraternelle...
Quelle musicalité, quelle beauté, quelle harmonie ! Ces gus sortis d'un autre âge respirent l'intelligence et la compassion.
Comme dit Nelson, "what the fuck ! à vous les studios"

Écrit par : pipo et mandoline | 01/10/2015

C'est pas faux, mais Slayer ne représente pas "le metal" en général. Cela peut aussi être une musique qui élève l’âme. écoutez Rhapsody vous verrez un autre aspect ;)

Écrit par : Franck | 01/10/2015

Exactement mon sentiment, mon brave Alphonse-François.

Certes pas inconditionnel du groupe, je lui préserve nonobstant un kholossal kapital de sympathie, "Seasons In The Abyss" et "God Hates Us All" (si, si) ayant usé moult de mes amplis et mes esgourdes au passage. Cette dernière galette n'a pas d'âme, et ce sont bel et bien les compos qui sont problématiques, bâclées, plan-plan, autocaricaturales. Ils auraient mieux fait de sortir un deuxième album de reprises punk.

Si la vieillesse est un naufrage, le sage doit-il se saborder aux premiers signes de faiblesse, ou chercher à se faire couler comme du temps où, encore jeune, il se croyait sincèrement insubmersible ? Parce que faire naufrage drapé dans la dignité du silence, ça paraît presque aussi difficile de dégueuler sans faire de bruit (expérience faite récemment, histoire de ne pas réveiller le mouflet à quatre heures du matin).

Écrit par : Stag | 04/10/2015

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