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05/09/2015

7 films à voir ou à revoir sur le Cirque

Issue des jeux antiques romains, la tradition du cirque se perpétue à travers l'Histoire au sein des cours et charivaris médiévaux et modernes. On songe à l'exquise description de la Cour des miracles dans Notre-Dame de Paris de Victor Hugo. Destiné au divertissement des princes qui se moquaient des pitreries de ces équilibristes jouant un rôle de bouffon, le cirque est devenu progressivement socialement correct. Aujourd'hui, on ne rigole plus des pitres, mais avec les pitres. Si nos chères têtes blondes sont bien évidemment facilement émerveillées par le spectacle, il s'en trouve pour juger les clowns effrayants. Stephen King est passé par-là à l'adolescence. Il est vrai que nous n'avons jamais réellement su si ceux-ci sont des amuseurs frappés du syndrome de Peter Pan, la volupté évanescente en moins, ou des pédophiles refoulés, toujours prêts à s'assurer les faveurs de jeunes enfants à l'aide de fleurs ou de sucreries. Si les arts du cirque apparaissent légitimement comme d'extraordinaires prouesses physiques promptes à offrir le plus beau des spectacles, l'envers du décor impose un lourd prix à payer. Au nom de l'amusement, personne ne semble trop s'émouvoir de ces enfants à l'ossature nécessairement déformée pour les besoins du spectacle. Au nom de l'émerveillement, les pouvoirs publics semblent peu enclins à prendre le relais des associations de protection animale pour dénoncer la maltraitance subie par ces animaux sauvages contraints de demeurer chaque année, des mois durant, dans des cages emprisonnées dans des remorques de 38 tonnes, pour ne recevoir que des coups de fouet lorsqu'ils en sortent. Quel plaisir y-a-t-il à regarder un ours se prendre pour un cycliste du dimanche ? Le cirque, une citadelle à laquelle le politiquement correct n'osera jamais s'attaquer ? Quelques dizaines de films ont évoqué le monde du cirque. L'immense majorité de ceux-ci ne manque pas d'allier à la féérie une atmosphère glauque tendue par des rapports humains difficiles. Entrez en piste à l'aide de sept films !

 

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BALADA TRISTE DE TROMPETA

Film espagnol de Alex de La Iglesia (2010)

Madrid, pendant la guerre civile, un clown est recruté de force par l'armée républicaine. D'une cruauté extrême, il massacre des combattants franquistes à l'aide de sa machette avant d'être jeté en prison. A son fils, il ne lègue que son désir de vengeance. Bien plus tard, en 1973, son fils Javier est un clown triste qui travaille dans un curieux cirque de banlieue. Javier découvre progressivement que son compère, le clown gai Sergio terrorise l'ensemble de la compagnie par son caractère tyrannique. Entre les deux pitres, les tensions s'exacerbent bientôt et il ne peut y avoir d'autre issue que l'affrontement. D'autant plus que chacun aspire à remporter l'amour de Natalia, jolie et cruelle acrobate...
La Iglesia, figure du nouveau cinéma espagnol, livre ici un film noir et déjanté qui dresse un parallèle habile entre les horreurs perpétrées par les combattants anti-franquistes et la misère sociale de nos sociétés contemporaines dans une péninsule hispanique irréconciliable et durablement imprégnée par la Guerre civile. Loin des clichés enchanteurs du monde du cirque, la présente œuvre fournit une excellente occasion de faire défiler des gueules patibulaires mais presque, comme disait le camarade Coluche, autre clown triste. Un film baroque dans lequel le sublime côtoie le grotesque et le romantique. Le générique du début constitue à lui seul une œuvre d'art.

 

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BRONCO BILLY

Film américain de Clint Eastwood (1980)

Bronco Billy McCoy dirige une misérable petite troupe ambulante produisant des spectacles de western dans l'Ouest américain. A chaque représentation, Billy lance des couteaux sur une jeune femme attachée à une roue de chariot tournante. Mais le spectacle ne fait plus recette et Billy est en cessation de paiement. La situation s'aggrave encore lorsque la jeune héroïne fuit bientôt la troupe. Billy fait alors la connaissance d'Antoinette Lily dans une station-service. Billy l'engage aussitôt sans se soucier du passé de la jeune femme. Son roi du lasso appréhendé pour désertion, la toile du chapiteau qui prend feu..., très rapidement, la poisse semble s'abattre sur un cirque déjà mal en point...
Largement méconnu dans la filmographie d'Eastwood, Bronco Billy mérite pourtant qu'on s'y attarde. Il est vrai que le western était passé de mode au début de la décennie 80. Alors un western qui épouse le thème du cirque... A la fois réalisateur et acteur principal du film, Eastwwood se livre comme un anti-héros déboussolé à la recherche d'un far west mythique et adulé dont il sent bien que la quintessence ne peut que lui échapper. Autoritaire, désenchanté et nihiliste, Eastwood entame sa sempiternelle Révolte contre le monde moderne sans jamais être avare d'émotions. Le film a bien évidemment été honni par toute la critique bien-pensante. Voilà donc une excellente raison de se divertir de ces deux heures.

 

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DE L'EAU POUR LES ELEPHANTS

Titre original : Water for elephants

Film américain de Francis Lawrence (2011)

En 1931, les Etats-Unis poursuivent leur dépression économique issue du krach financier de 1929. Après la mort de ses parents, Jacob Jankowski, jeune étudiant vétérinaire, plonge dans l'indigence la plus totale et rejoint le minable cirque ambulant des frères Benzini. Jacob, embauché comme soigneur, est très tôt séduit par la charmante écuyère Marlena, qui n'est autre que l'épouse d'August, le directeur du cirque ; un être cynique et violent coupable de maltraitance envers sa troupe et ses animaux. L'arrivée d'une éléphante fait bientôt se rapprocher le soigneur et la cavalière qui mettent en place un nouveau spectacle. La proximité des deux êtres se fait de plus en plus palpable...
Séduisante œuvre adaptée du roman éponyme de Sara Gruen. Taillé pour le box-office, le film n'ose guère aller trop loin dans sa noirceur et se contente de freiner sa dénonciation de l'univers impitoyable du monde du cirque au sein duquel hommes et animaux sont réduits à l'état d'esclaves impudiques contraints à l'exhibition. Le cinéma hollywoodien, empêtré dans une logique de rentabilité financière, semble décidément désormais incapable de s'extirper du mélodrame romantique. Si on ne se lassera quand même pas de la délicieuse Reese Witherspoon, dont ça n'est pourtant pas la meilleure prestation, le film aurait gagné à être plus inquisiteur. Allez ! Il se laisse quand même voir !

 

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FREAKS, LA MONSTRUEUSE PARADE

Titre original : Freaks

Film américain de Tod Browning (1932)

Dans les années 1930, le cirque Tetrallini, composé de phénomènes de foire, sillonne toute l'Europe. L'illusionniste Hans, atteint de nanisme est fiancé à l'écuyère Frieda, atteinte du même ralentissement de la croissance. Mais Hans éprouve des sentiments de plus en plus forts pour la jolie trapéziste Cléopâtre, l'une des rares de la troupe à être dépourvue de tout handicap. Si Cléopâtre s'amuse gentiment des avances de Hans, elle n'en refuse pas moins ses cadeaux, provoquant la jalousie de Frieda. La relation entre la belle et le nain semble devoir être un amour impossible, d'autant plus que Cléopâtre entretient une relation secrète avec Hercule, le colosse de la troupe. Mais celle-ci apprend bientôt que Hans vient d'hériter d'une immense fortune. La cupidité de Cléopâtre lui fait échafauder un plan diabolique. La belle épouse le lilliputien...
Un couple de nains, des êtres androgynes, une femme à barbe, des sœurs siamoises, un homme-tronc..., freaks peut être traduit par monstres. Le film n'a pas pris une ride en huit décennies et demeure toujours aussi cultissime ! Le tour de force de ce film étrange et oppressant réside bien dans son absence de voyeurisme. Freaks, c'est tout sauf une galerie de monstres puisque ce sont les gens "normaux" qui sont étrangers au monde de ces bêtes de foire bien réelles et sans aucun trucage. Pas de voyeurisme, pas de misérabilisme humaniste non plus, juste un féroce humour noir. Un véritable chef-d'œuvre du cinéma fantastique longtemps censuré. Faut pas choquer le bourgeois !

 

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LE PLUS GRAND CIRQUE DU MONDE

Titre original : Circus world

Film américain de Henry Hathaway (1964)

Impresario d'un grand cirque américain, Matt Masters emmène toute sa troupe de l'autre côté de l'Atlantique pour une grande tournée européenne. Secrètement, il a l'espoir de retrouver une femme qu'il aima jadis, en la personne de Lili Alfredo, une ancienne trapéziste de la compagnie enfuie quatorze années plus tôt après la mort de son mari ; mort dont elle se sent responsable. Parmi ceux les plus désireux de retrouver sa trace, l'écuyère Toni, l'actuelle star de la troupe et fille de Lili. Arrivés à Barcelone, un naufrage suivi d'un incendie détruisent la totalité des équipements. Matt est anéanti et ruiné. Mais comme il sied dans le monde des arts, il faut que le spectacle continue ! Tandis que la troupe entreprend une répétition à Madrid, une femme assiste à celle-ci en cachette. Elle n'est autre que Lili...
Certes, plusieurs scènes d'acrobatie sont spectaculaires. Certes, Claudia Cardinale est belle comme un cœur... Et pourtant, on peine à entrer pleinement dans cette intrigue alourdie par une histoire d'amour convenue. Et le scénario ne fait émerger que trop peu de personnages ; les autres faisant office de simples figurants. Le film se laisse néanmoins regarder bien que l'on se dit que John Wayne est définitivement incapable de ne pas camper un rôle de western, même au cirque ! Pour l'anecdote, la scène de l'incendie faillit bien coûter la vie à ce dernier qui continuait à jouer la comédie tandis que l'équipe ne maîtrisait plus le feu du chapiteau.

 

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ROSELYNE ET LES LIONS

Film français de Jean-Jacques Beineix (1988)

Thierry est animé par une passion, celle de devenir dompteur de fauves, pour laquelle il sacrifie son baccalauréat. Au zoo de Marseille, il apprend le métier auprès du maître dresseur de lions Frazier. Thierry fait bientôt la connaissance de Roselyne qui voue une même passion au domptage de lions et tigres. Thierry et Roselyne sont faits pour s'aimer et vivre leur passion commune. Ensemble, ils prennent la route avec l'espoir d'une embauche dans un cirque. Mais l'apprentissage de ce métier risqué est long. Aussi, nos amoureux doivent-ils se contenter dans un premier temps de ramasser le crottin des chameaux et, pour la belle, de se faire découper chaque jour par un illusionniste. C'est dans un grand cirque munichois qu'ils finissent par être engagés. Elle sera dresseuse, sous les feux des projecteurs, lui, entraineur dans l'ombre...
Deux jeunes adultes prêts à tout pour consumer fanatiquement leur passion dévorante, tel est l'un des thèmes de prédilection du cinéma de Beineix, à la suite de 37°2 le matin. Le film passe malheureusement à côté de son sujet tant les rapports entre les personnages eux-mêmes et entre les héros et les fauves manquent d'épaisseur. Ce qui est un comble lorsque l'on sait que Beineix a exigé de ses acteurs de longs mois d'apprentissage du métier de dompteur qui, chacun en conviendra, est un rôle particulièrement ardu à appréhender pour tout acteur ! Le film ne manque pourtant pas d'une certaine grâce voluptueuse. Il fit un flop. Certainement ne méritait-il pas cela.

 

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36 VUES DU PIC SAINT-LOUP

Film français de Jacques Rivette (2009)

Tandis que le cirque s'apprête à partir en tournée, le directeur de la troupe décède brutalement. Kate, la fille aînée est appelée à la rescousse pour permettre à la troupe de maintenir les spectacles. Contre toute attente, Kate, qui avait juré qu'elle n'y reviendrait plus, abandonne ses activités professionnelles et reprend du service. En panne sur le bord d'une route provençale, elle fait la rencontre inopinée de l'Italien Vittorio. Fasciné par la jeune femme, Vittorio accompagne la troupe dans sa tournée et va progressivement s'insérer dans la vie sociale de la compagnie. Décelant une fracture dans la vie de Kate, l'Italien entreprend de percer le mystère de son ancienne rupture avec l'univers du cirque...
Habitué des longs, très longs-métrages, Rivette a décidé, une fois n'est pas coutume, de condenser son film en moins de quatre-vingt-dix minutes. Condenser ou bâcler ? Si l'œuvre ne fait pas l'économie de scènes extrêmement fortes et d'une intensité fidèle au réalisateur, on ne peut que déplorer la totale invraisemblance de ce cirque dont les artistes aussi vifs qu'un nonagénaire feraient salle comble dans des villages vides d'habitants. Et tout s'écroule quand on apprend les véritables raisons de la fragilité de Kate, néanmoins remarquablement interprétée par Jane Birkin. Mais l'exploitation métaphorique du cirque est originale. Bref, qu'en penser ? Le cinéma de Rivette est toujours aussi irritant. Certains adoreront, les autres s'en seront remis au marchand de sommeil bien avant le générique de fin.

Virgile / C.N.C.

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source

Commentaires

Merci pour ces petits comptes rendus!

Je suis étonné que vous ne parliez pas des ailes du désir...

Cordialement

Écrit par : jacob b. | 14/09/2015

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