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18/08/2015

Entrevue du C.N.C. #21: Guillaume Lenormand

Entrevue #21: Guillaume Lenormand

gl.jpgDe retour du Donbass, Guillaume Lenormand a accepté de répondre à notre entrevue. Il nous a semblé intéressant d'avoir son point de vue sur différents éléments du conflit, mais également des éléments de son parcours. Avant son départ, Guillaume avait rédigé quelques articles pour le Cercle Non Conforme et nous avions pris l'habitude de relayer certaines de ces contributions issues de son blog personnel. Bien que nos chemins aient divergé par la suite, Guillaume n'a jamais manifesté d'hostilité à notre égard, et inversement. C'est naturellement que nous lui ouvrons de nouveau nos colonnes.

1) Le Cercle Non Conforme. : Peux-tu te présenter rapidement pour nos lecteurs. Quel était ton parcours militant et intellectuel avant ton engagement au Donbass ?
 
Guillaume Lenormand : J'ai eu la chance de grandir sans télé, ce qui m'a obligé à beaucoup lire. J'ai fait une année d'étude d'arts à l'école Emile Cohl à Lyon, et une licence d'Histoire à l'Université de Rouen. Parallèlement, je dessinai sous le pseudo de "Krampon" et j'ai milité successivement chez les identitaires, au Parti de la France, à 3eme Voie et à la Fraternité Nationaliste Normande.

2) Le C.N.C. : Au commencement de la crise ukrainienne, nous avions publié une tribune libre dans laquelle tu avais développé ta vision du Maïdan, vision en divergence avec les positions que nous avons développé par la suite. Cette position et tes vues de l’époque t’ont conduit à un engagement direct pour les séparatistes du Donbass. Peux-tu développer les raisons de ton engagement ? Qu'est-ce qui t'a incité à franchir le pas, à passer du clavier au fusil, la politique ? Le goût de l’aventure ?

G. L. : J'ai toujours voulu faire la guerre, mais je voulais choisir mon combat, donc l'armée française et son esprit déplorable, hors de question. Avec le recul, j'aurai peut être quand même du y passer quelques années, c'est important pour le CV quand on se porte volontaire. Du reste, les raisons de mon engagement ont survécu: je suis plus que jamais persuadé qu'il y a eu au Donbass, une "révolte contre le monde moderne", une résistance authentique d'une partie de la population contre le pillage de leur terre par des intérêts apatrides. Ils ont refusé l'humiliation et le "sens de l'histoire" qui nous est imposé aujourd'hui, non plus par les marxistes, mais par les mondialistes. Pour moi, le Donbass, c'était un peu les ch'tis et les électeurs du FN qui prennent les armes contre l'UMPS... Pour le meilleur et pour le pire.  Passer à l'action était naturel. Je ne suis pas particulièrement courageux, mais je hais le faux, le vide, les paroles inconséquentes. Autrefois, tous les jeunes européens partaient en guerre à un moment ou autre. Mes grands-parents ont tous vécu la guerre, en Algérie, en Indochine ou en Europe. C'est une chose normale.

3) Le C.N.C. Quel bilan tires-tu de cet engagement sur le plan personnel et militant ? Pourquoi as-tu quitté Unité Continentale ? As-tu le sentiment d'avoir servi des intérêts nébuleux, éloignés des idées que tu défendais initialement au début de ton engagement?

G. L. : Le bilan est trop vaste pour le résumer ici. Politiquement, j'étais au départ totalement sur la ligne d'Unité Continentale. Je les ai quittés car ils devenaient le contraire de ce pourquoi je m'étais engagé. L'esprit caporaliste de l'armée régulière française y régnait, agrémenté de paranoïa et de machinations diverses. Ils isolaient les volontaires, confisquaient l'argent et les téléphones, s'en prenaient à ceux qui voulaient partir, voulaient tout contrôler.  Sur le terrain, ils étaient totalement incompétents. Ils refusaient les bonnes occasions de se battre, ou au contraire, montaient des missions suicide sans queue ni tête. Ils se mettaient également les Russes à dos. Moi j'étais venu me battre, pas faire de la com.  Me battre pour le peuple du Donbass, pas pour une clique de Français. Me battre pour devenir un homme libre. Unité Continentale était devenu une prison. En Février, quand je l'ai quitté, presque tous les Français m'ont suivi à Donetsk, ils en avaient marre aussi. On s'est ensuite dispatché dans différentes unités.

4) Le C.N.C. : Que penses-tu du rouleau compresseur médiatique pro-Kremlin et de la poutinolâtrie qui sévit dans la mouvance nationale, toi qui a été volontaire sur place ? As-tu le sentiment, malgré le fait que tu aies choisi l'autre camp, que les nationalistes ukrainiens ont pu être injustement traités médiatiquement par beaucoup de camarades (ou prétendus tels) ?

G. L. : Je suis devenu assez allergique à la propagande en général, qu'elle soit de mon camp ou de l'autre. Elle est tellement grossière, tellement incantatoire...  La propagande est "le faux", ce contre quoi je me bats, et ce contre quoi tout chrétien doit se battre. On me dira sûrement que je suis trop idéaliste. Je comprends les raisons de certains nationalistes ukrainiens qui se battaient contre nous. La propagande néo-stalinienne niait rabiquement toute fierté nationale pour ces peuples satellites de l'URSS. "Nazis, nazis", mot répété ad Nauseam. Il n'y avait aucune distanciation, aucune volonté de comprendre l'ennemi. Pour vaincre, il faut comprendre. J'avais envie de foutre mon poing dans la gueule de certains "politruks" de notre camp, car leur triomphalisme et leur incapacité à se remettre en question ont été la source de nombreux problèmes militaires et politiques.
Heureusement, tout le monde ne tombait pas dans le mensonge et le fanatisme. Il y avait également des soldats déterminés, mais calmes et justes, comme le commandant Mozgovoï. Lui, ne confondait pas le peuple ukrainien avec ses oligarques véreux. Il voulait une révolution "pour tous". Igor Strelkov était également un de ceux-là, je suis bien placé pour le savoir.

5) Le C.N.C. : Tu vas prochainement publier un livre, quels en seront la teneur et l'objectif ? Quel est le public visé ?

G. L. : Je suis parti à l'origine pour 4 ou 5 mois et j'ai finalement passé un an à l'étranger. Il y a eu des situations rocambolesques, tragiques et incroyables, de nombreux personnages hauts en couleurs... Je me suis dit que cela méritait d'être écrit, car c'est indéniablement une aventure moderne (pour ceux qui croient que l'aventure n'est plus possible en ce monde). Il y a aussi énormément de rumeurs et de bruits qui courent sur ce que nous aurions fait ou non. Même si l'on ne me croira pas forcément, je veux livrer "ma version". J’espère que ce bouquin servira à long terme de référence et de témoignage pour tous ceux qui s'intéressent à l'histoire de cette guerre des volontaires étrangers: historiens, passionnés. Évidemment, je ne renie pas mes idées et j'imagine que seul un éditeur "ami" acceptera de le publier.

6) Le C.N.C. :  Fort de cette expérience, vas-tu poursuivre ton engagement, sous une forme ou sous une autre en France, ou souhaites-tu tourner une page et en écrire une nouvelle loin du militantisme, de la politique et de la guerre ?

G. L. : Joker. 

7) Le C.N.C. : Merci Guillaume de nous avoir accordé cet entretien. Souhaites-tu ajouter quelque chose ?

G. L. : C'est moi qui vous remercie. Hauts les cœurs et mort aux cons !

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source.

Crédit photo : novorussia.today

Commentaires

Eh bien... Je connais moi aussi très bien l'Ukraine. On n'a pas dû voir la même chose à Maïdan en 2014...
Il faut dire que "faire la guerre" pour soutenir Poutine n'a jamais été mon rêve. Et ce que j'ai vu dans un hôpital militaire de Kiev ne donne pas vraiment envie de soutenir les terrorusses mercenaires (des jeunes ukrainiens amputés d'une jambe ou deux, des yeux crevés par des éclats d'obus, des hurlements de blessés qu'on tente de soigner avec ce qu'on a... sans parler des équipements des hôpitaux qui n'ont rien à voir avec les confortables cliniques parisiennes).
Pour ce qui est de la "comparaison" : "combattre l'UMPS" = combattre l'Ukraine, c'est assez osé, car :
- l'UMP est à moitié pro-russe (et la moitié la + pro-russe est comme par hasard la moitié de l'UMP la plus pourrie, Sarkosy en tête). Les guignols partis en Crimeé occupée étaient d'ailleurs à 90% des UMP
- le PS n'est pas pro-russe, donc je vois pas le rapport entre l'UMP et le PS sur ce coup là!
- les communistes (et autre FDG) est pro-russe
- le FN est pro-russe (normal... on sait qui le finance).
Par ailleurs, je suis étonné que Guillaume Lenormand ait pu rentrer en France sans problème, car les "français" partis combattre aux côtés des terrorusses (bon, l'ami Guillaume est peut-être fiché et surveillé sans qu'il le sache. Ce qui serait logique)
Bref, pour qualifier les poutinolâtres, on ne doit plus dire UMPS mais UMPFNFDG. Que ça plaise ou non, c'est ainsi

Écrit par : Thomas R | 18/08/2015

Thomas, sans branchage, tu devrais relire l'entretien, tu passes à côté de l'essentiel en faisant une fixation sur un point de détail (si j'ose dire !), en interprétant maladroitement ce qui est dit.

L'UMPS nuit à la France, comme les dirigeants ukrainiens nuisent à leur peuple aux yeux de Guillaume. C'est de là que vient sa comparaison.

Pour ce qui est des blessures de guerre, il ne te contredit pas. Pense aussi que de l'autre côté il y a eu des "gueules cassées".

Écrit par : Marceau | 18/08/2015

J'en veux bien plus aux petits cloportes qui vouent un culte au petit Vlad qu'à Guillaume. Mais je lui ai déjà dit...

Écrit par : tarkan | 18/08/2015

@Marceau :
1- Comme je l'ai écrit, "UMPS" ne veut rien dire. Faut pas prendre pour argent comptant les slogans simplistes des neuneus du FN. Exemple : Bruno Le Maire (UMP) est bien différent de Mariani (UMP aussi), lequel serait bien mieux à sa place au FN ... et l'un comme l'autre n'ayant que bien peu de points communs avec le PS
2- Concernant les "gueules cassées" . Certes, il y en a des deux côtés. Mais il y a une différence énorme : les uns défendent leur pays, les autres sont des "importés" (par l'argent ou par la propagande poutinienne - Guillaume en est un exemple). Les "vrais" ukrainiens russophones voulant vraiment la séparation sont rares, et souvent croient que le pays est dirigé par des nazis (la TV russe étant la seule à émettre dans le Donbass) .
3- Sans les "importés", les ukrainiens auraient stabilisé le Donmbass. On l'a vu : les forces ukrainiennes avaient repoussé les terrorusses juste avant l'arrivée des camions blancs - la fameuse "aide humanitaire" russe... - dont on a vu le résultat !
4- Les dirigeants ukrainiens ne sont pas à assimiler aux dirigeants français. Porochenko a d'ailleurs reçu à plusieurs reprise des combattants y compris du bataillon Azov.
5- J'ai discuté avec de nombreux ukrainiens de Kiev , d'Odessa, de l'ouest (et aussi 3 qui venaient du Dombass). J'ai constaté qu'il y avait un fort patriotisme dans toute la population y compris russophone ; et que les principaux candidats à la Présidence affichaient tous leur patriotisme , y compris Porochenko '. Ce dernier a été élu (avec des obsevateurs internationaux, y compris russes ; d'ailleurs Poutine himself a été obligé de la reconnaître), jugeant à juste titre que c'était le moins pire pour gouverner.
6- l'affirmation selon laquelle les "russophones" seraient systématiquement pro-russes , c'est du pipeau. De la propagande. C'est comme si l'on disait que les francophones de Suisse, parce que francophones, voudraient être rattaché à la France.

Écrit par : Thomas R | 19/08/2015

@ Thomas R.
1- Tu as vraiment du mal à comprendre l'interview.
"les ch'tis et les électeurs du FN qui prennent les armes contre l'UMPS" signifie que les patriotes, les conservateurs se révoltent contre les mondialistes. Guillaume met la France et l'Ukraine en parallèle, ce qui veut dire par définition que ça ne se rejoint pas. Arrête d'interpréter cette phrase sur le sujet des pro-russe ou pro-ukrainiens dans la politique française.
2- La Suisse francophone n'a pas la même histoire que la Novorussia. Comparaison inutile et inappropriée.

Écrit par : Svinushkin | 19/08/2015

T'inquiète pas , j'ai très bien compris. Je connais très bien les "idées" du FN (faut dire que c'est pas très difficile), pour avoir participé à leur développement et à leur diffusion. Erreur de jeunesse, dirons-nous.
Oui, en effet ; la "Novorussia" n'a pas la même histoire : elle n'a pas d'histoire du tout !
Mais bon, les mythes pondus par les soviétoïdes ont trouvé en France des clients... et le Kremlin de bon petits pions pour les diffuser. "1984" en 2014-2015.
Quant à croire que le FN va nous sauver de la mondialisation (euh... pardon, c'est vrai qu'il faut reprendre la rhétorique du FN pour certains ici présents : disons , donc "le mondialisme"), c'est assez risible. Vaudrait mieux dire : "le FN va permettre à la France de mieux se faire engloutir par la mondialisation".

Écrit par : Thomas R | 19/08/2015

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