Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

31/07/2015

Méridien Zéro #243: "De l'Afrique en général et des Grands Lacs en particulier"

Pour cette dernière émission de la saison, Méridien Zéro vous propose une rencontre avec Patrick Mbeko, chercheur canadien d'origine congolaise, dont les travaux portent sur les conflits dans la région des Grands Lacs et les chocs de la mondialisation en Afrique.

30/07/2015

L'hubris ou le crime d'orgueil

L'hubris ou le crime d'orgueil

Gladiator-012-620x330.jpg

Culte du moi, ambition amorale et sans limite, victoire de l’intérêt individuel (ίδιον) sur le bien commun (κοινόν) : l’homme moderne est résolument tourné vers la démesure. Dans l’Antiquité cela portait un nom : l’hubris (ϐρις). Et c’était le plus grand des crimes. Au vu de la suppression inévitable de l’enseignement des lettres classiques, il semble urgent de rappeler les conceptions des philosophes antiques sur ce point.

 

« Le ciel rabaisse toujours ce qui dépasse la mesure », écrit Hérodote. Pour les Anciens, une justice cosmologique, dont le représentant est Zeus, est à l’œuvre dans notre monde. Jean-Pierre Vernant, dans L’Univers, les dieux, les hommes, revient sur le rôle qu’Hérodote attribue au dieu dans sa théogonie : « Il répartit entre les dieux les honneurs et les privilèges. Il institue un univers divin hiérarchisé, ordonné, organisé et qui, par conséquent, sera stable. Le théâtre du monde est planté, le décor est mis en place. A son sommet règne Zeus, l’ordonnateur d’un monde issu originellement de Chaos. » Pour faire respecter son pouvoir, « Zeus s’entoure en permanence de Kratos, le pouvoir de souveraineté universelle, et de Biè, la capacité de déclencher une violence contre laquelle il n’est pas possible de se défendre. Lorsque Zeus se déplace, où qu’il aille, Kratos et Biè l’encadrent toujours, placés à sa droite et à sa gauche. » Celui qui ne respecte pas la limite fixée par cet ordre premier commet un acte d’hubris, de démesure. Ce crime est puni par le châtiment de Némésis, divin et irrévocable puisqu’il entraîne l’anéantissement pur et simple de l’individu.

La mythologie antique regorge d’exemples significatifs. Ainsi, le titan Prométhée, missionné avec son frère pour répartir les dons entre les espèces vivantes, abuse de sa fonction et favorise l’homme en lui offrant le feu. Zeus le sanctionne et le titan, enchaîné à une montagne, se fera dévorer le foie par un aigle pour le restant de ces jours. Icare, lui, décide de se fabriquer des ailes pour s’échapper du labyrinthe de son père Dédale, mais il tente de s’approcher trop près du soleil ; elles s’enflammeront en plein vol. Le message est clair : l’homme doit rester à sa place, ne pas convoiter plus que de raison les biens terrestres et ne pas ambitionner imprudemment les privilèges réservés aux dieux.

 

Le muthos et le logos contre l’hubris

L’aède, dont les plus connus sont Hésiode et Homère, a une place particulière dans la société grecque. Il est à la fois maître de vérité et maître de justice : il est le maillon, ainsi que le décrit Platon dans Ion, qui fait la liaison entre les dieux et les hommes. L’aède rapporte les récits du fond des âges par l’inspiration, de sorte que son importance dans la cité ne se limite pas à la simple exposition de ses talents de récitant : il conseille les dirigeants des cités, au même titre que des oracles comme la Pythie de Delphes. Il prend la parole dans les fêtes religieuses, les Jeux, les banquets. Partout la voix des aèdes et des poètes résonne. Partout la volonté des dieux et le crime d’hubris sont rappelés aux hommes de l’Antiquité, qui ne se contentent pas de les craindre via des récits. La justice de la cité s’applique donc selon ce principe. Ainsi Alcibiade, général athénien intime de Socrate, sera condamné pour hubris après avoir insulté les dieux lors d’une parodie des mystères d’Eleusis et pour s’être compromis dans une affaire de mutilation de statues d’Hermès. Cet homme, d’une grande beauté et issu d’une des familles les plus riches d’Athènes, le voilà exilé et banni, son nom gravé sur une stèle d’infamie.

Platon se veut l’ennemi de ces poètes : il défend l’idée que les philosophes sont les seuls détenteurs de la vérité. Pourtant, Platon est autant philosophos (amoureux de la philosophie) qu’il est philomuthos (amoureux du discours mythique, l’opposé du logos philosophique). C’est en effet lui qui, le premier, rapporte dans le Timée et dans le Critias le mythe du châtiment divin subi par les habitants de la légendaire île de l’Atlantide.

« [Les Atlantes] n’avaient que des pensées vraies et grandes en tout point, et ils se comportaient avec douceur et sagesse en face de tous les hasards de la vie et à l’égard les uns des autres. Aussi, n’ayant d’attention qu’à la vertu, faisaient-ils peu de cas de leurs biens et supportaient-ils aisément le fardeau qu’était pour eux la masse de leur or et de leurs autres possessions. […] Mais quand la portion divine qui était en eux s’altéra […] et que le caractère humain prédomina, incapables dès lors de supporter la prospérité, ils se conduisirent indécemment, et à ceux qui savent voir, ils apparurent laids, parce qu’ils perdaient les plus beaux de leurs biens les plus précieux, tandis que ceux qui ne savent pas discerner ce qu’est la vraie vie heureuse les trouvaient justement alors parfaitement beaux et heureux, tout infectés qu’ils étaient d’injustes convoitises et de l’orgueil de dominer. Alors le dieu des dieux, Zeus, qui règne suivant les lois et qui peut discerner ces sortes de choses, s’apercevant du malheureux état d’une race qui avait été vertueuse, résolut de les châtier pour les rendre plus modérés et plus sages. » (Critias, Platon)

Lire la suite sur PHILITT

29/07/2015

Chronique de concert : Dream Theater – Arles, théâtre antique – 20/07/2015

Chronique de concert : Dream Theater

 

dream.jpgDream Theater en Arles ? Wtf ? Et oui, les Américains, meneurs incontestés de la scène métal progressive viennent fêter leurs 30 années de carrière au théâtre antique d'Arles. C'est tout près de chez moi, parfait, je n'attends pas plus longtemps avant d'acheter ma place. Bon, ça commence mal, 50 euros le billet, on le sent passer, mais après tout, c'est quand même pas le groupe de la MJC du coin, et le cadre vaut le détour; et puis ça fait bien longtemps que je n'ai pas été voir un concert.

D'ailleurs ce n'est pas la première fois que je vois DT, et je garde un excellent souvenir de leur tournée pour l'album Systematic chaos où je m'étais déplacé à Toulouse pour un concert inoubliable. Dream Theater, que l'on soit fan ou pas (et je n'en suis pas vraiment un), si on aime la musique, il faut pouvoir les voir au moins une fois pour apprécier un vrai gros groupe avec un vrai son et une vraie présence sur scène. Ça change vraiment des formations de seconde zone, qui peuvent être talentueuses parfois mais qui n'ont pas la possibilité d'offrir une qualité telle en terme de spectacle, de maîtrise et d'acoustique.

J'arrive un peu en avance, je trouve facilement une place pour me garer, tout semble parfait. Le parc du théâtre antique est déjà rempli par des centaines et des centaines de personnes, ça déborde jusque dans la rue, on se croirait à un spectacle de Dieudonné. D'ailleurs en parlant du public, il faut noter qu'il est ici très hétéroclite, moitié metaleux-geek, moitié « personne normale ». L'ambiance est familiale et saine, ce qui est un vrai bol d'air frais pour quelqu'un qui, comme moi, a fui le folklore métal depuis longtemps. Pas de types bourrés, pas de gothiques en latex, ou très peu, dilués dans la foule.

Voilà, c'est l'ouverture des portes, je m'incruste dans la queue l'air de rien pour rentrer assez vite. Il faut maintenant vous parler un peu du lieu. Le théâtre antique d'Arles et l'un des premiers théâtres romains bâtis sur notre sol, sous le règne d'Auguste, au premier siècle avant JC. Il est plus petit que les arènes qui sont situées pas très loin mais peut tout de même accueillir 10 à 12000 personnes. Sur la centaine de colonnes situées jadis derrière la scène, deux, qu'on appelle « les deux veuves » tiennent encore debout. C'est un lieu magnifique, mais il est très difficile de se représenter son apparence originelle. Avec la scène, les éclairages, et les musiciens, cela ressemble un peu à un décor de cinéma. Plusieurs fois au cours du concert je suis obligé de me forcer à réaliser que ces colonnes sont là depuis plus de 2000 ans.

Le premier groupe (Myrath) lance rapidement son set. Je ne les connais pas du tout. Leur musique est moderne, c'est pas mal foutu, mais pas vraiment mon style. Alors j'écoute sans écouter, et pendant ce temps le théâtre se remplit.

La seconde partie en revanche ne m'est pas inconnue puisqu'il s'agit des britanniques d'Anathema. Mais là encore, je me sens un peu largué car les derniers albums que j'ai écouté étaient Alternative 4 et Judgement, et c'était il y a bien longtemps. Je n'ai reconnu aucune chanson durant leur prestation. On vieillit, on change, et les groupes aussi. Leur musique est plus orientée rock, et les compos sont plus efficaces sur scène que les anciennes. Même si ce n'est pas vraiment mon style de musique, il faut admettre que c'est bien foutu et que le chanteur est vraiment très très doué. Il a vraiment une sacrée voix, expressive et très juste. Petit bémol tout de même pour la chanteuse qui les accompagne et qui a été fausse à plusieurs reprises, mais un ami qui les connaît bien pour avoir tourné avec eux me précise qu'elle chante d'habitude mieux que ça.

La nuit est tombée, les musiciens font leur apparition sur l'introduction de leur dernier album que je ne connais pas non plus, et puis surprise, ils embrayent sur un morceau de leur premier album. On comprend alors ce que James Labrie va nous confirmer par la suite, qu'ils joueront un morceau de chacun de leurs albums pour retracer leur longue carrière. La voix est encore un peu faible, mais je sais qu'il faut attendre quelques minutes pour que les techniques vocales et électroniques se règlent un peu. De toute façon, disons le, même si ce n'est que mon avis, la voix dans Dream Theater c'est un peu leur talon d'Achille.Très logiquement, le second morceau sera tiré du mythique Images and words, et il s'agira de « Metropolis part 1 », excellent morceau. L'ennui c'est qu'il est difficile de s'astreindre à n'écouter qu'un seul morceau par album. Le choix est forcément compliqué, certains titres trop longs sont exclus et c'est bien dommage. C'est donc à chaque titre que l'on voit aussi s'effondrer la possibilité d'écouter un morceau que l'on affectionne. Pas de « Pull me under » donc, ni de « Fatal tragedy », en revanche nous avons pu entendre l'excellente « Panic attack ». Je regrette le choix du morceau « Constant motion » qui est selon moins l'un des moins bons du très bon Systematic chaos; mais tout cela n'est qu'une question de goût. J'accepte aussi avec le sourire qu'ils n'aient pas choisi « A rite of passage », leur très ringard morceau qui traite de la très ringarde franc-maçonnerie.

En tout cas je ne me suis pas ennuyé, les morceaux s’enchaînent et ne se ressemblent pas, sauf les passages purement progressifs, qui sont loin d'être mon dada et qui peuvent contenir des longueurs. Ce qui donne de la force à l'ensemble, c'est les changements de rythmes et les structure complexes des compositions. Le groupe alterne les passages mélodiques avec des breaks plus techniques, le tout avec une maîtrise toujours éblouissante. Petrucci est quand même très bon, mais surtout quand il joue lentement ! Quant à Mangini, il était selon moi le batteur rêvé pour remplacer Mike Portnoy, la section rythmique étant la vraie clé de voûte de Dream Theater.

Au final, j'ai passé un assez bon moment, mais j'ai trouvé ça bien trop court et le choix des morceaux ne m'a pas toujours convaincu. Je me dis que cela a certainement convenu à d'autres fans et il y a des albums que je connais assez peu (Six degrees et Train of thought). Le son résonnait un peu trop dans la fosse, mais je pense qu'il devait être meilleur sur les gradins. J'avais gardé un bien meilleur souvenir du son lors de leur concert vers Toulouse en 2007 où l'on pouvait apprécier la qualité extraordinaire des effets de guitare.

En espérant les revoir pour une prestation sans première partie, donc plus longue, et pour apprécier les meilleurs titres datant qu'il y a 10 ou 20 ans, il reste encore les DVDs.

Frank / C.N.C.

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source.


28/07/2015

Chronique de livre : Stuart McRobert - "Beyond brawn"

stuart mcrobert, hardgainer, beyond brawn

Enfin, je viens de finir le "beyond brawn" de Stuart McRobert. Si je dis "enfin", c'est n'est pas à cause d'une lecture trop longue, car malgré les presque 500 pages, c'est un livre qui se lit rapidement, même en anglais; mais parce que cela faisait bien longtemps que je m’intéressais à cet auteur et à ses positions à contre-courant à propos de l'entraînement en musculation, sans me plonger dans une lecture complète et investie d'un de ses ouvrages.

Ces positions quelles sont-elles ? Selon notre auteur, les grandes théories de l'entraînement qui sont nées dans les années 60, lors de l'arrivée massive des anabolisants, et qui visent à inclure dans les programmes un gros volume d'effort sur des exercices nombreux appliqués à chaque muscle, ne seraient pas efficaces pour la grande majorité des pratiquants. Toujours selon l'auteur, il y aurait trois types de pratiquants : le champion, gars super doué qui progressera quoi qu'il fasse de toute façon (5%); le gars assez doué, qui obtient plutôt rapidement des résultats mais sans devenir un champion; et le "hardgainer", qui représente la majorité, environ 80% des pratiquants, et sur qui les méthodes conventionnelles ne fonctionnent pas. Nous reviendrons sur les bases de cette théorie à la fin de l'article.

Il y a donc de grandes chances pour que vous aussi soyez un "hardgainer". Notez que toutes ces observations sont valables dans le cas d'une musculation naturelle, car dans le cas contraire l'ordre des choses peut être inversé. Donc si vous ne prenez pas de stéroïdes et que vous n'êtes pas de nature à prendre facilement du muscle, ce livre s’adresse à vous.

Commençons par parler du livre en lui-même. Ce n'est pas le premier livre de l'auteur, mais il semblerait que ce soit le plus complet, il reprend la thèse qui de toute façon est la même tout au long de sa bibliographie. Le livre ne contient pas de photographies, ou très peu, et est plutôt épais pour un livre sur la musculation. C'est d'ailleurs la principale critique que l'on peut adresser à l'ouvrage qui aurait mérité d'être condensé. Il y a beaucoup de redondances et le tout aurait facilement été regroupé en trois fois moins de pages. Je crois cependant qu'il s'agit d'un parti-pris de l'auteur de vouloir écrire une sorte de bible, où le même message est répété parfois à l'excès dans un développement souvent mal ficelé et confus. Cela donne en effet un côté « biblique », ou je dirai plutôt « livre de chevet », sur lequel on peut revenir souvent, piquer des pensées ça et là, en lire des extraits pour entretenir sa motivation. Si certains principes sont répétés très souvent, c'est aussi parce que les méthodes contre lesquelles l'auteur se bat sont très implantées dans les milieux de la musculation, autant chez les débutants que dans les programmes des diplômes d'état. Nous y reviendrons à la fin de l'article.

Ce n'est donc pas un livre technique. On n'y trouve aucune étude scientifique, aucun programme précis, peu de données physiologiques ou anatomiques. Il s'agit plutôt de conclusions faîtes sur la base d'observations et d'expérimentations personnelles. Le but de cet ouvrage est essentiellement de nous remettre en question, de nous faire réfléchir à propos de notre éventuelle stagnation ou renoncement. C'est un livre qui se veut motivant et qui prend en compte les aspects psychologiques de la pratique.

Heureusement, on trouve quand même toute une partie qui propose d'apprendre à faire son propre programme de musculation. L'auteur donne même des exemples mais ne rentre jamais dans les détails, il nous ait toujours possible d'adapter le nombre de répétitions, de séries, et les temps de repos, en restant évidement dans le cadre des principes énoncés dans l'ensemble du bouquin.

On pourra donc reprocher à ce livre son aspect peu synthétique et son manque de précision, mais il est une source de questionnement et c'est sans doute cela qu'il faut retenir. Le programme universel n'existe pas, et jusqu'à présent la science ne nous l'a pas apporté. Au final, nous avons peut-être tort d'imaginer que la science pourra trouver le secret de l'anabolisme naturel alors que plusieurs générations de pousseurs de fontes se sont succédé sous les barres. Ils n'étaient pas tous des monstres de génétique, et certains ont sûrement obtenu de bons résultats sans appliquer les méthodes courantes, soit parce qu'elles n'avaient pas encore été théorisées, soient parce qu'ils ne les connaissaient même pas ou qu'ils ont décidé de s'en affranchir. Les salles de musculation sont en quelque sorte un laboratoire vivant où l'on peut observer des centaines de cobayes et expérimenter soi-même tous les protocoles possibles. Nous aurions tort de faire plus confiance à des études qui ont encore du mal à limiter les facteurs confondants et de ne pas accorder de crédit à la somme des expériences des passionnés. Notons tout de même que les théories énoncées dans le bouquins ne vont pratiquement jamais à l'encontre des bases scientifiques, cela reste dans tous les cas une méthode rationnelle.

Ici, on ne vous vendra pas de méthode miracle, le temps et la persévérance sont des piliers du succès selon McRobert, et les gains promis en terme de force restent dans la limite de l'envisageable pour un athlète non-dopé. Cet ouvrage aura donc sa place dans votre bibliothèque, si vous lisez l'anglais, et aura le pouvoir de vous faire poser des questions, car il y a de grandes chances que vous appliquiez des méthodes qui n'ont pas vraiment prouvé leur efficacité autrement que sur le papier. Comme nous avons parfois tendance à vouloir en faire trop, et que le mieux est souvent l'ennemi du bien, ce livre remettra un peu de bon sens dans votre réflexion sur la pratique de la musculation.

 

Méthodes « conventionnelles » VS méthode « hardgainer » :

Revenons un instant sur les théories promues par l'auteur face à ce qui est le plus souvent pratiqué.

Le « split-routine », c'est à dire le fait de n'entraîner que un ou deux groupes musculaires par séances et le nombre élevé d'exercice et de séries, se sont imposés depuis plusieurs décennies à travers le règne des frères Weider dans l'industrie du fitness. Ce règne s'est étendu au niveau mondial et à tout ce qui touche au monde de la forme et du culturisme (compétitions, matériel, presse spécialisée, méthodes d'entraînement, promotion des champions, etc). Ce monopole a longtemps étouffé l’émergence de méthodes « dissidentes » en imposant un modèle, et seul le domaine de la préparation physique (sportifs de haut niveau ou militaires) a parfois conservé des techniques plus anciennes et sortant du cadre du culturisme.

Récemment, la grande mode du Crossfit a eût le mérite de nous montrer des performances et des physiques solides en sortant complètement de ces standards théoriques. Force est de constater, sans pour l'instant conclure que les méthodes classiques sont inefficaces, qu'il existe d'autres moyens d'obtenir des résultats.

Les bases théoriques qui composent encore les programmes des diplômes d'état aujourd'hui sont plus ou moins imprégnées de ces méthodes à haut volume d'entraînement. Dans les clubs de musculation, je peux confirmer que 90% (minimum) des adhérents s'entraînent à la « weider » (sauf dans les salles de type « crossfit » bien sûr) et en effet, peu parviennent à de bons résultats. Le split-routine avec 4 à 5 séances par semaine, de nombreux exercices et de nombreuses séries est pratiqué de la même façon par le débutant ou par le champion à la génétique hors-norme et à l'assistance chimique irraisonnée.

Stuart McRobert conseille de s'entraîner deux fois par semaine (jusqu'à trois fois, dans certains cas) et de ne faire que des exercices « de base », c'est à dire les grands classiques que sont le développé couché, le squat, le soulevé de terre, les dips, etc, et de limiter à la fois de nombre d'exercices et le nombre de séries. En revanche, les répétitions peuvent s'adapter aux muscles sollicités et au ressenti, l'important étant de pouvoir mesurer ses performances et d'établir une progression planifiée.

Je crois que le meilleur moyen de se faire une idée serait finalement d'essayer soi-même de se construire un programme sur les bases de la méthode « hardgainer » et d'en tirer ses propres conclusions. Personnellement, si je n'ai encore jamais appliqué ce type d'entraînement « minimaliste », toutes mes expériences s'en approchant ont été dans ce sens. Les protocoles de très haut volume (deux fois chaque muscle par semaine par exemple) m'ont très vite mené à la régression, tandis qu'une simplification des séances m'a toujours mené à de bons résultats. Le plus difficile dans cette histoire est finalement de vaincre la peur de la régression et de ne pas être tenté d'ajouter des exercices ou des séances.

Si vous êtes dans la situation du pratiquant en salle qui a du mal à progresser, vous savez ce qu'il vous reste à faire. Rien ne vous coutera d'essayer. Pour ma part, je vais me mettre au point une planification pour le mois de septembre et je ferai un retour détaillé sur le blog après trois mois d'entraînement, donc sans doute vers la fin de l'année 2015.

En attendant, profitez bien de l'été.

Source : Les Briseurs de Chaînes (association sportive du MAS Méditerranée)

11:51 Publié dans Lecture | Lien permanent | Commentaires (2)

27/07/2015

Lutte sociale ou lutte locale ?

Lutte sociale ou lutte locale ?

Hist_mouv_ouvrier_3_L33.gifSi le mouvement ouvrier naît, entre 1830 et 1836, d'une légitime révolte contre la misère et la révolution industrielle, il prend forme également, comme l'a souligné Edouard Dolléans dans son Histoire du Mouvement ouvrier1, d'une « rencontre de facteurs économiques et de facteurs psychologiques, rencontre dont dépend tout grand mouvement révolutionnaire ». Qu'en est-il aujourd'hui ? La réalité et le devenir de la lutte des classes dans le combat anticapitaliste ont-ils encore un sens ? Ne faudrait-il pas lui préférer une autre forme d'action plus en adéquation avec l'atomisation de la société ?

Au début du XIXe siècle, la France reste un pays d'artisans et d'ouvriers à domicile. Vers 1880, près d'un actif sur deux exerce encore son activité professionnelle dans l'agriculture2. Différence majeure avec la Grande Bretagne dont le décollage industriel va rapidement susciter un mouvement instinctif de révolte. En France, les crises sont moins dévastatrices et il faudra attendre l'insurrection de Lyon de 1831 pour voir apparaître un début d'organisation ouvrière, attisé par les rancœurs face à l'échec de la Révolution de Juillet.
Dès cet instant, un sentiment de solidarité se révèle au sein des travailleurs précaires qui vivent dans la promiscuité et l'absence d'hygiène au cœur des quartiers populaires. Dolléans parle d'une « âme collective », ce que d'autres nommeront conscience de classe. « Mettons-nous en rapport d'amitié les uns avec les autres, sans distinction de métiers, établissons des relations de fraternité au moyen de députations » écrit l'ouvrier cordonnier Efrahem en 18333.
Cette  identité collective est fortement marquée par le fait que les quartiers ouvriers ont été laissés à eux mêmes depuis la Révolution. Nombre d'historiens parlent notamment à cet égard de continuation du combat des « sans-culottes ». Des traditions de luttes se sont formées au cœur de quartiers habités depuis des générations. « Cette autonomie ouvrière est le terreau à partir duquel peut se constituer une pensée de classe séparée, refusant explicitement les porte-parole venus des autres groupes sociaux », souligne Gérard Noiriel.

Mais aujourd'hui ? Certes les facteurs économiques définis comme nécessaires à la révolution par Dolléans prédominent au sein de notre société moderne. Nous en sommes même au delà puisque nous subissons un tout-économie. La marchandisation du monde atteint son paroxysme. L'homme s'est mué en zombie-consommateur, pousseur de caddie guidé par la dictature de l'émotion et fruit de ses seuls intérêts. Ce processus d'affirmation de l'identité par la consommation est le signe d'un profond désenchantement du monde. Nous sommes bien loin de la seule lutte contre le machinisme. Comme le souligne Jean-Michel Besnier, nous sommes entrés dans l'ère de l'homme simplifié, écrasé par la technique avec pour seul désir la volonté d'abolir toutes les limites. Cette catastrophe est d'abord existentielle et métaphysique. Comme le résume Serge Latouche, « nous sommes face à une vraie crise de civilisation » (…) « de laquelle surgira soit une révolution au sens propre, c'est à dire un changement total, agissant aussi sur le plan culturel, soit carrément la barbarie4.
Corollaire de cet asservissement : selon l'ONG Global Footprint Network, il faudrait une planète et demie pour produire les ressources écologiques renouvelables nécessaires pour soutenir l'empreinte actuelle de l'humanité. Pourtant, dans le même temps,  l’Insee pronostique une hausse d’activité en France qui atteindrait 1,2 % en moyenne sur l’ensemble de l’année 2015, alors que l'endettement à bondi de 51,6 milliards au 1er trimestre, pour atteindre 2089,4 milliards à fin mars 2015, soit 97,5% du PIB. Règne absolu du chiffre et de la quantité. Décroissance ou barbarie.

Dans cet optique, la lutte des classes reste t-elle encore un outil pertinent dans notre lutte à mort contre le capitalisme et la chosification du monde ? Diverses raisons me font penser que cette orientation est désormais caduque.

seuls_ensemble.jpgD'une part, l'atomisation de la société, l'individualisme et surtout le narcissisme exacerbé par l'abus de numérique ont pulvérisé littéralement toute « âme collective » populaire. Notre monde est celui de la compétition, de l'isolement et de la déshumanisation. Au travail, les tâches sont de plus en plus individualisées et chacun se méfie de l'autre. Sherry Turkle dans son copieux livre  Seuls ensembles souligne à quel point la simulation du lien social peut nous suffire. La crise syndicale est l'un des symptômes de cette atomisation. En France, en 2010, les syndicats de salariés représentaient 7,8 % de l’ensemble des salariés et 5 % seulement des salariés du secteur public, soit le taux de syndicalisation le plus faible des pays de l’OCDE, à l’exception de la Turquie5.
« Si la conscience de classe s’est affaiblie, c’est d’abord parce qu’ont régressé et le niveau d’organisation du prolétariat et sa capacité d’action collective. Il importe toutefois de distinguer deux tendances : une de long terme d’affaiblissement des organisations du mouvement ouvrier, mais aussi des organisations antiracistes et féministes, et de baisse tendancielle – avec, il est vrai, des soubresauts – de la conflictualité sociale (effondrement du nombre de journées de grève par an depuis les années 1970) ; et une de court terme, conséquence de l’accumulation de défaites sociales et politiques de 2007 à 2010, provoquant la démoralisation et la désorientation des franges militantes du prolétariat au sens large » reconnaît lui même le NPA6.

D'autre part, la notion de classe (lutte de l'homme contre l'homme) atomise le fait ethno-culturel en ce sens qu'elle raisonne uniquement en rapports de production, en force de travail, manuelle ou intellectuelle.
A la naissance du mouvement ouvrier, la question ne se posait guère. Le phénomène ethnique n'avait pas lieu d'être. Si vers 1880, la France comptait près d'un million de travailleurs étrangers, ceux-ci venaient pour la plupart de Belgique et d'Italie. L'identité collective des ouvriers se reconnaissait également en terme de comportements, pensées et sensibilités qui structuraient les rapports à la nature, à la société et au transcendant.
Aujourd'hui, pour reprendre la terminologie marxiste,
une partie croissante du prolétariat est reléguée en dehors de la production par le biais du chômage et de la précarité. Une masse inerte gonflée par les intenses flux migratoires venus d'Afrique et les enfants d'immigrés qui peinent à trouver du travail, notamment à cause de leur faible niveau d'études. Contrairement à la fin du XIXe siècle, nous sommes désormais en présence d'un contact de cultures très éloignées les unes des autres, possédant des codes très différents et rendant toute assimilation – c'est à dire absorption – impossible. Le NPA ne s'en cache pas : Unifier notre classe, c’est aussi combattre le racisme. Un effort particulier devrait être fourni par les organisations ouvrières et révolutionnaires pour recruter dans les milieux touchés par le racisme – c’est-à-dire, dans la classe ouvrière, parmi les salariés d’exécution les plus exploités, où sont surreprésentés ceux qui subissent le racisme –, avec pour objectif la formation de cadres… et pourquoi pas de porte-paroles ! » « Impossible d’unifier la classe ouvrière sans se confronter au racisme ».
Abonder dans le sens d'un nouveau bloc historique souhaité par Michéa, faciliter cette stratégie de rassemblement et de fédération des travailleurs, c'est abandonner ce qui fait la caractéristique majeure de notre combat. « Tout n'est pas perdu pour donner aux gens, quelle que soit leur origine ethnique ou autre – ouvrier issus de l'Islam, population des banlieues, population de la France périphérique – le sentiment qu'ils ont quelque chose en commun, malgré tout, à partir de quoi un front commun est possible » expliquait récemment Michéa sur France Culture.
toennies-1.jpgAinsi, adhérer à cette nouvelle lutte de classes c'est rejoindre de fait
le parti de l'autre et de la soumission. Le fait communautaire que nous défendons s'inscrit dans la démarche de Ferdinand Tönnies qui distinguait communauté, Gemeinschaft, et société, Gesellschaft. Pour Tönnies, la communauté se définit comme un groupe humain vivant en commun, uni par la même origine les mêmes sentiments, la même aspiration fondamentale. Au contraire, la société réunit des individus qui, tout en vivant les uns à côtés des autres, n'ont entre eux aucun lien réel, ne sont globalement apparentés par aucune forme d'héritage spécifique. Défendre la lutte des classes c'est préférer la société à la communauté.

Enfin, se cantonner aux rapports de production et au rôle historique du prolétariat c'est s'enfermer dans une conception du monde axée sur la modernité. Le marxisme est apparu avec la société moderne et se présente essentiellement comme une vision de ce monde moderne que nous refusons. Centraliser la question de la lutte des classes c'est rester esclave du productivisme et de la grande industrie comme modèle unique d'organisation de la production.

Aux luttes de classes, nous devons substituer les luttes enracinées dont l'enjeu est le territoire. Luttes qui doivent avoir pour caractéristique principale l'impossibilité d'une intégration par le capitalisme. Autrement dit, privilégier la lutte sur les lieux de vie plutôt que sur les lieux de travail.

Réflexions déjà développées pour les camarades de Rébellion7 et que je reprends ici in-extenso.

Plus qu'un Grand Soir ou un Petit Matin, Michel Onfray a évoqué de possibles microrésistances et développé l'idée d'une révolution en fragments. « Un Lilliputien ne peut entraver le géant Gulliver. En revanche, si les liens se multiplient, il est possible d'immobiliser le géant » écrivait-il en 20098. « Il faut agir, créer des coopératives, les fédérer, les mutualiser, inventer des banques de quartier, fédérer des combats locaux, mettre sur pied des structures d'éducation populaire et créer tout un maillage alternatif qui permet de sortir du fantasme de la révolution en bloc pour passer à la révolution en fragments ».
Une orientation qui rejoint le travail des ZAD et la lutte pour les territoires. « Le capital ne se pense plus nationalement, mais territoire par territoire. Il ne se diffuse plus de manière uniforme, mais se concentre localement en organisant chaque territoire en milieu de culture. Il ne cherche pas à faire marcher le monde d'un même pas, à la baguette du progrès, il laisse au contraire le monde se découpler en zones à forte extraction de plus-value et en zones délaissées, en théâtres de guerre et en espaces pacifiés » nous explique le Comité Invisible dans son dernier ouvrage9.
Ce que redoute le plus le pouvoir en place c'est justement une sécession, une fuite de population vers des périphéries où elle s'organiserait en communautés autonomes, en rupture avec les modèles dominants de la mondialisation néolibérale. Mais attention ! L'objectif d'un tel choix stratégique n'est pas de vivre coupé du monde, à l'image des survivalistes qui ne sont en réalité que des ultralibéraux égoïstes. Il est au contraire d'entrer en résistance en réseau, d'organiser des passerelles entre les archipels dissidents et d'élargir le plus possible le cercle de cette révolution par contamination progressive. « Je crois aux coordinations, aux flux agrégés, aux connexions de forces, aux mises en relation des tensions, aux réseaux de champs magnétiques, à la puissance de la volonté » renchérit Onfray. Dans cette nouvelle optique de lutte, l'enjeu est à la fois le territoire, notre lien vernaculaire, mais aussi et surtout les façons de vivre qui s'y inventent ou se redécouvrent et qui impliquent nécessairement une dissémination hors du territoire conquis, sous peine de neutralisation. Le système n'aurait aucun mal à laisser végéter dans leur marginalité inoffensive des groupes vivant en vase clos.

« Deux facteurs viennent d’ailleurs s’ajouter, plaidant en faveur d’une intervention beaucoup plus réfléchie en direction des lieux de vie, à savoir l’accélération de la crise écologique et la polarisation sociale du territoire (ségrégation au sein des espaces urbains et rapports villes/campagnes). Il y a donc toutes les chances que les luttes locales – qu’elles aient pour objet les questions de logement, d’écologie (Notre-Dame-des-Landes, Sivens) et de transports (comme au Brésil), de racisme et de répression policière (révoltes de 2005 en France, en Angleterre en 2011 ou aux Etats-Unis actuellement), ou encore concernant l’aménagement du territoire (parc Gezi en Turquie) – prennent une importance nouvelle dans les années à venir » admet de son côté le NPA.

Reste à définir une stratégie claire d'intervention sur le local. L'objectif de ce nouveau travail doit être de décoloniser l'imaginaire, de retisser du lien social et de construire une société à dimension humaine, conviviale, autonome et économe. Un éco-communautarisme local où nous pourrions recouvrer une autonomie véritable, terreau à partir duquel pourrait se constituer une pensée communautaire enracinée.

Guillaume Le Carbonel / C.N.C.

1Histoire du Mouvement ouvrier, Edouard Dolléans, libraire Armand Colin 1948

2Les ouvriers dans la société française, Gérard Noiriel, Seuil point histoire 1986

3De l'association des ouvriers de tous les corps d'état, Paris, Auguste Mie

4 Renverser nos manières de penser, Métanoïa pour le temps présent, Serge Latouche, Mille et une nuits, 2014.

5L'Opinion, 9 février 2015

6Npa2009.org

7Rébellion N° 69 mars/avril 2015

8 Post capitalisme, imaginer l'après, ouvrage collectif, Au Diable Vauvert, 2009.

9 A nos amis, Comité Invisible, La Fabrique édition, 2014

26/07/2015

C'est ainsi que les méchants gagnent...

Il n'y a pas de "crise économique" qui tomberait du ciel comme la chtouille sur le bas clergé, il y a un système d'exploitation et de confiscation de type mafieux pensé, organisé et dirigé par une oligarchie rapace mondialisée. Et voir des armées de connards en costumes cintrés, qui pointent à 2500 ou 3000 par mois, se sentir solidaires de ce grand braquage parce que, tout fienteux de la terreur de perdre leur “job”, ils se pensent du bon côté du manche alors qu'ils ne sont que des domestiques, des valais serviles et à qui on jette quelques piécettes afin qu'ils continuent à vider les chiottes et a assurer la sécurité de l'entrée, est peut-être le plus tragique et le plus pathétique. On les fait tapiner en les laissant fantasmer sur des cercles auxquels ils n'auront jamais accès., et ils deviennent alors, avec enthousiasme et même fierté, les chiens de garde d'une caste qui les méprise et leur pisse à la raie. A grands coups de promesses d'augmentations, de primes ridicules, de titres ronflants , de séminaires annuels dans un coin à putes, de “plans de développement de carrière”, on les fait patienter et s'exciter comme des clébards devant de pauvres morceaux de sucre. Ils adoptent le même imaginaire que leurs exploiteurs mais sans en avoir les moyens et se branlent sur les catalogues glaçés de bagnoles, de voyages et de bateaux que leurs patrons peuvent s'offrir grâce à leur complicité et leur frénétique dévouement. Chaque jour ils travaillent donc avec sérieux, efficacité, talent, conviction, acharnement même, pour un système qui les humilie, les spolie, les maintient dans une dépendance infantile et ruine, par sa voracité et son amoralisme, tout ce à quoi ils se disent attachés: famille, nation, tradition, culture, honneur, amour...

A 65 ou 70 ans, ils crèveront, épuisés et bourrés de médocs, dans un pavillon à crédit, entre une troisième femme hystérique et des gamins collés à leur Ipad, en se disant, peut-être, qu'une autre vie était possible.

Xavier Eman

Publié le 22 juillet 2015 sur Amoyquechault.