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25/07/2015

Chronique de film : Jurassic World

Chronique de film : Jurassic World

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2015 marque le retour tant attendu d’une des franchises les plus connus et « bankable » du cinéma, à savoir Jurassic Park. Jurassic World a la lourde tâche de remonter le niveau et de faire oublier un prédécesseur en demi-teinte.

Vingt-deux ans après le désastre survenu dans le premier parc, un jeune millionnaire du nom de Simon Masrani (Irrfan Khan) est devenu propriétaire de la société InGen. Il réalise finalement le rêve de John Hammond en créant un parc à thème où les dinosaures tiennent la vedette. Dans un souci de compétitivité et d’innovation, l’équipe de scientifiques, dirigée par Claire Dearing (Bryce Dallas Howard), élaborent un dinosaure de toutes pièces, l’Indominus rex. Masrani fait appel à Owen Grady (Chris Pratt), un ancien de la Navy qui a réussi à dompter un groupe de vélociraptors, pour évaluer le comportement de sa future attraction. Pendant ce temps, les neveux de Claire, Zach et Gray, dont les parents sont sur le point de divorcer, visitent le parc, accompagné de l’assistante de leur tante. Lors d’une inspection de l’enclos de l’Indominus Rex, ce dernier s’échappe en semant le chaos sur son passage et se dirige droit vers le parc…

Jurassic World, à la vue de la bande annonce, suscita pas mal d’espoirs, notamment en ce qui concerne le rôle de Chris Pratt et de ses vélociraptors. En réalité le film reste dans la lignée de ses prédécesseurs en respectant un cahier des charges qui a fait ses preuves : de gentils et de méchants dinosaures, un incident/imprévu, des mômes, etc. Le scénario, il faut l’avouer, tient sur un confetti. Les nouveautés, outre les effets spéciaux dans l’air du temps, ne se bousculent pas vraiment au portillon. Le film vit sur les acquis de la saga c’est indéniable ; malgré tout et tant que l’on juge l’œuvre pour ce qu’elle est, Jurassic World ne déçoit pas. Pourvu d’un rythme maîtrisé et sans temps mort, il tient aisément le spectateur en haleine. Bryce Dallas Howard et Chris Pratt sont parfait dans leurs rôle respectifs, la première incarnant une femme d’affaire ambitieuse, psycho-rigide et maniaque du contrôle; et le second, incarnant quant à lui à peu près l’inverse, un homme soucieux du respect de la nature et des animaux du parc. A noter la présence d’Omar Sy, en bon noir de service (quota ethnique oblige), dans le rôle du partenaire d’Owen Grady, rôle plus qu’anecdotique. {SPOILER !!!!] On aurait aimé voir l’acteur des abominables œuvres de propagande que constituent Intouchable et Samba terminé en charpie mais peine perdu. Une véritable déception…

Au-delà de son côté « entertainement », Jurassic World invite le spectateur critique et lucide du monde dans lequel il vit à un minimum de réflexions. En effet, et bien qu’étant une fiction, le film met en exergue certains thèmes de société. Celui qui saute évidemment aux yeux et le tropisme Prométhéen de l’homme moderne. Analogue à la fameuse œuvre de l’anglaise Mary Shelly, Frankenstein ou le Prométhée moderne, la reconstitution de dinosaure, grâce à l’apport des avancées scientifiques, peint le portrait d’une humanité qui, non seulement a tué Dieu, mais souhaite également prendre sa place. Une étape est cependant franchis comparé au premier film avec la création symboliquement (et non techniquement) ex nihilo, de l’Indominus Rex. Authentique Frankenstein à sang froid, ce monstre qui échappe complètement à ses créateurs, incarne parfaitement la dérive scientiste et techniciste que sont par exemple les OGM, si ce n’est que les rôles sont ici inversés, l’humain finissant dans l’estomac de sa propre création. L’exploitation animale est également un thème explicite présent dans le film, où toute l’horreur des cirques et des zoos est présente. Que ce soit des spectateurs avides de sang et de boyaux devant un Tyrannosaure dévorant une pauvre chèvre, ou des bambins chevauchant des bébés triceratops tel des poneys, un malaise se fait sentir. Non seulement l’Homme moderne a pris la place de Dieu, mais il ne respecte pas sa propre création qu’il utilise pour son propre plaisir. La Nature doit donc se plier à sa volonté et satisfaire ses caprices…

Le capitalisme mondialisé et ses méfaits sont au centre de Jurassic World qui suinte littéralement la société de consommation. Le personnage de Masrani est révélateur. D’origine probablement indienne, il incarne parfaitement ces nouveaux riches issus des pays en voie de développement, notamment les BRICS. On ne pourra pas s’empêcher de faire une analogie avec le Qatar ou la Chine qui investissent de plus en plus en Occident. La monstruosité capitalisme ne connaît pas les frontières et ne peut plus se résumer à « l'homme blanc ».

L’Homme moderne (dans ce cas la Femme moderne) est incarné à la perfection par le personnage de Claire Dearing. Phagocyté par sa carrière, elle est coupée de sa famille à tel point qu’elle ne sait même pas l’âge de ses neveux et ne sait pas comment se comporter avec eux. Cette caricature pointe clairement du doigt la place qu’occupe le travail dans la vie et la psyché de l’être humain du XXI siècle, qui ressemble parfois à un robot. Et comment le carriérisme féminin n'a rien à envier à la soif de pouvoir des hommes. Le constat final demeure assez triste et inquiétant à la vue de ce producteur/consommateur à l’égo démesuré, dont le nombrilisme l’empêche de réaliser à quel point il est esclave de la technique et de lui-même. Cette technique, certains souhaiteraient la voir appliquer au domaine militaire comme Vic Hoskins, responsable de la sécurité chez InGen. A ses yeux, les vélociraptors représentent une nouvelle arme de guerre et il n’hésitera pas à la tester pour détruire l’Indominus Rex. Pour accomplir cette mission il fait également appel à une société privée constituée de mercenaires rappelant fortement la société Black Water. L’avènement de ce genre de milice/armée privée, agissant déjà au Moyen-Orient, démontre également la puissance de certains réseaux d’argent qui anticipe sûrement de futures révoltes populaires…

En conclusion Jurassic World est un film typiquement hollywoodien, sans prise de tête qui ravira toute la famille. Il a le mérite de redorer le blason de la franchise même si on aurait aimé plus de nouveauté et de profondeur dans le scénario et les personnages. Le côté « tout public » est sans doute un frein en soit car d’autres pistes auraient pu être explorées, et du même coup apporter vraiment du sang neuf. Le film, et cela est plutôt surprenant, pointe du doigt plusieurs thèmes d’actualité, chose que l’on a du mal à s’imaginer venant d’une machine de propagande comme Holywood. Certes le spectateur lambda a de grande chance de passer à côté mais ceci méritait d’être souligné. Néanmoins nous sommes à des années lumières du film anti capitaliste. Jurassic World figure parmi le podium des meilleures recettes du cinéma avec 1,52 milliard de dollars…

Donatien/C.N.C.

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