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04/07/2015

7 films à voir ou à revoir sur les Skinheads

Par où t'es rentré ? On t'a pas vu sortir... Ne parvenant pas à intégrer le box office dès la première semaine, Un français de Diastème sera presque sorti des salles aussi vite qu'il est sorti en salles. Au point d'ailleurs qu'il a même eu du mal à y entrer. La faute à d'affreux skinheads et autres fachos qui menaçaient d'attaquer les salles de projection !?! On ne prête qu'aux riches après tout ! Bien évidemment encensé par toute l'intelligentsia, tant il est vrai que la moindre production artistique ayant la prétention de faire œuvre d'antiracisme est forcément un chef-d'œuvre, les chansons "Tout le monde il est beau" de Zazie et "La bête est revenue" de Pierre Perret sont là pour nous le rappeler, le riche battage médiatique n'aura pas suffi à faire se déplacer les foules. Nul doute que Diastème parviendra à en rejeter la faute sur un climat qui fait penser aux-heures-les-plus-sombres-de-notre-histoire, sans jamais se demander si son film n'est pas tout simplement mauvais. De très loin, c'est finalement Serge Ayoub qui aura signé la meilleure critique du film*, tout en nuances. Certains esprits malveillants affirmeront de la manière la plus péremptoire que nous ne pouvons supporter le cinéma antifasciste. Nous objecterons simplement que le traitement d'un tel sujet, beaucoup plus complexe qu'il n'y parait, requiert un minimum de talent et de réalisme non fantasmé.

 

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AMERICAN HISTORY X

Film américain de Tony Kaye (1998)

Derek Vinyard n'est qu'un enfant lorsque son pompier de père est abattu par un dealer noir alors qu'il tentait d'éteindre un incendie dans un ghetto noir de Los Angeles. Devenu skinhead, Derek se rapproche bientôt d'un groupe néo-nazi de sa localité de Venice Beach en Californie. Les Disciples of Christ sont dirigés par le charismatique Cameron. Une nuit, Derek surprend deux jeunes noirs s'affairant à voler la voiture de son père. Il fait feu et abat les deux délinquants sous les yeux de son jeune frère. Derek est condamné à trois années fermes d'emprisonnement. A son tour, son jeune frère Daniel fréquente la communauté suprématiste...

L'histoire du skinhead repenti semble devoir constituer la trame préférée de réalisateurs en panne d'imagination. Si Edward Norton et Edward Furlong sauvent le film d'un naufrage complet, on s'ennuie rapidement devant la simplicité médiocre de l'intrigue et un manichéisme fort qui condamnent l'œuvre. On comprend volontiers la volonté de Kaye de réaliser un film à charge mais à vouloir aller trop loin dans le stéréotype, on passe forcément à côté du but recherché ; Kaye souhaitant même que son nom n'apparaisse pas au générique. On se demande même comment le réalisateur a pu tourner une fin aussi ambigüe. Bref, à l'exception de quelques scènes assez bien menées, c'est pas folichon...

 

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GUERRIERE

Titre original : Kriegerin

Film allemand de David Wnendt (2011)

Marisa a 20 ans et grandit dans une petite ville désœuvrée de l'ex-Allemagne de l'Est des bords de la mer Baltique. Comme beaucoup de jeunes, elle fait partie d'une bande de skinheads. Marisa exècre les étrangers de couleur, les juifs et les flics jugés responsable du déclin de la de la grandeur nation allemande qu'incarnait son grand-père, ancien soldat de la Wehrmacht. Ecorchée vive, la violence, les gardes à vue et l'alcool font partie du quotidien de la jeune femme employée comme caissière dans un supermarché. La rumeur se répand bientôt comme une trainée de poudre de l'arrivée en ville d'un adolescent réfugié afghan. Tandis qu'elle le croise en voiture, la skingirl le renverse volontairement...

De la repentance, acte 2 ! Si l'outrance des skinheads américains d'American History X peut, à l'extrême limite, apparaître un minimum crédible, avec Guerrière, on sombre dans le plus risible folklore pour qui s'intéresse un tant soit peu à la mouvance. Un skin qui ferait le dixième de ce que nos héros s'autorisent quotidiennement dans le film irait assurément en prison pour plusieurs années ! On devine que tous les skinheads allemands n'ont pas la finesse de Goethe mais, là encore, à vouloir trop stéréotyper, on sombre dans le grotesque. Que l'on fasse un film pour dénoncer la xénophobie des skinheads, soit ! Mais qu'on le fasse bien ! C'est dégoulinant de pathos. Le seul intérêt du film est d'analyser l'histoire sous l'angle d'une jeune femme immergée dans un monde majoritairement masculin. A part ça... Si ! Les plages sont jolies...

 

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MADE IN BRITAIN

Film anglais d'Alan Clarke (1982)

Trevor est un jeune skinhead anglais de seize ans. Une croix gammée tatouée entre les deux yeux, Trevor crache sa haine à la figure de la bien-pensance britannique et partage son temps entre le bureau d'aide sociale à l'emploi et le hangar qui lui tient lieu de royaume. Condamné à six semaines de placement dans un centre social pour avoir commis un vol avec dégradations d'habitation sur fond de violence raciale, le jeune homme est suivi par Harry Parker qui ne ménage pas ses efforts pour remettre le skinhead dans ce qu'il estime être le droit chemin. Mais Trevor est retors à toute autorité...

Premier film à donner le premier rôle à un skin, Made in Britain est un petit bijou. Oui Trevor est brutal et raciste mais Alan Clarke donne une formidable liberté de ton à son métrage. Car Trevor est également ce jeune prolétaire otage d'une société qui rejette son ascendance sociale. Sans concession, Trevor refuse au bourgeois son abdication. Trevor se délecte d'emmerder le monde entier. Enfin un peu de profondeur en opposition avec l'insupportable niaiserie des autres réalisations. Et il est finalement difficile de ne pas s'identifier à ce jeune en opposition violente à la société ultra-libérale. Première apparition à l'écran de Tim Roth qui campe son rôle à la perfection. On n'a peut être pas fait mieux depuis sur les skinheads.

 

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OPHILIA

Film malaisien de Raja Mukhriz Raja Ahmed Kamaruddin (2014)

En Malaisie, Uji, Ozzi Gandum et Totoi sont d'indécrottables amis depuis l'école. Issus de la classe ouvrière, tous les trois se reconnaissent dans la même culture skinhead. Par hasard, les trois amis font la connaissance d'Ophilia, négociatrice de la plus importante triade de Kuala Lumpur. La présence de la mystérieuse jolie jeune femme ne tarde pas à créer des tensions entre les trois skinheads. La situation dégénère bientôt au point qu'Ophilia est accidentellement tuée. Tout s'envenime lorsque la triade exige le paiement d'une lourde compensation financière pour expier le décès de la jeune femme qui a largement perturbé les activités économiques de l'organisation criminelle dans la capitale. La chasse au skin s'organise...

Preuve s'il en est que la culture skinhead est un excellent produit d'exportation, l'Asie connaît depuis quelques années une forte explosion du mouvement, et même dans les pays les plus inattendus tels le Népal ou la Chine. Ophilia est le premier film asiatique autocentré sur les skinheads. Et si l'œuvre est fortement ancrée dans le cinéma d'action asiatique, c'est une remarquable réussite ! Les différentes facettes de la culture skinhead sont parfaitement représentées : bomber, Doc Martens et musique Oï ! Tout y est ! Ophilia apporte également un arrière-plan métaphysique très réussi sur l'amitié et le sens de l'existence. Est-il utile de préciser que le film est inédit en France ?

 

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ROMPER STOMPER

Film australien de Geoffrey Wright (1992)

A Melbourne, Hando et Davey appartiennent à une bande de skinheads néo-nazis. Ils passent leurs journées à se battre contre les immigrés asiatiques qui prolifèrent dans la métropole australienne et qu'ils estiment constituer une menace pour l'intégrité du pays. Gabe, une jeune femme épileptique, rejoint bientôt la bande. La violence entre autochtones et immigrés redouble toujours plus d'intensité. Attablés dans le bar qu'ils ont l'habitude de fréquenter, les skinheads voient débarquer des vietnamiens bientôt rossés avant que la situation ne tourne à leur avantage. Le bar détruit par l'incendie oblige les skins à chercher refuge dans une zone plus reculée. Les tensions entre skinheads croissent tandis que Gabe et Davey se rapprochent. Ce qui n'est pas du tout du goût de Hando...

Les romper stomper sont des petits éléments de plastique placés sous les semelles des chaussures pour imiter la sonorité des claquettes. Les skinheads australiens reprirent cet accessoire dont le bruit imite également le claquement de bottes sur le bitume. Que dire du film ?... Encore une fois, un minimum de documentation sur la culture bonehead ne nuirait pas. L'intention est louable mais les puristes s'étrangleront à la vue du look de nos héros. Et par décence, nous n'évoquerons pas les tatouages.... Si abstraction est faite du décorum nazi, on se demande parfois s'il s'agit bien du mouvement skinhead que le réalisateur a voulu dépeindre et non un simple gang de ghetto. D'aucuns se délecteront des nombreuses scènes de bagarre, bien qu'elles puissent paraître trop nombreuses. La profondeur psychologique des personnages est tout simplement absente. Cinquième film de Russel Crowe alors totalement inconnu du public occidental.

 

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SKIN GANG

Film américain de Wings Hauser (1994)

A Los Angeles, deux skinheads croisent la route de Marjoe, un jeune homosexuel de quinze ans qui vient de louper le dernier autobus. Emmené de force dans le repaire de la bande, Marjoe est passé à tabac, subit nombre de sévices sexuels et est abandonné totalement nu sur un trottoir. Sa mère ne peut se résigner à laisser la bastonnade impunie. Elle reprend contact avec son ancien policier de mari, totalement dépendant à l'alcool et résidant désormais au Mexique. Pourtant homophobe, Joe se résout à organiser l'implacable vengeance. Noirs, blancs, juifs, tous unis, sont déterminés à venger l'adolescent...

Le film ferait passer Joséphine, ange gardien pour un chef-d'œuvre pasolinien. Certes, il est de bon ton, au sein du microcosme du 7ème art, de ne pas porter les skinheads en très haute estime. Mais quel est l'intérêt de réaliser des films aussi vulgaires et racoleurs sur une culture sur laquelle on ne prend même pas la peine de se renseigner quelque peu ? Et dans le cas présent, c'est un euphémisme... A quelques exceptions près dans le cinéma britannique, les skinheads remplissent la fonction d'alibi nourrissant les fantasmes sadiques de réalisateurs médiocres. C'est tellement mauvais que même un antifa trouverait le ficelles un peu grosses.

 

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THIS IS ENGLAND

Film anglais de Shane Meadows (2006)

L'Angleterre en juillet 1983, Shaun n'a que douze ans et partage une existence modeste avec sa mère dans une ville côtière du Nord, après que son père ait été tué lors de la guerre des Malouines. Pris en grippe par ses camarades de classe, les vacances estivales lui offrent quelque répit. L'ennui le guette lorsqu'il croise Milky, Gadget, Pukey, Kez et Woody, tous skinheads apolitiques. Au sein de la communauté, Shaun s'émancipe et découvre l'amitié, la fête, le reggae et les premiers émois amoureux. Tout naturellement, Shaun devient un membre à part entière de la bande. Mais l'entente cordiale est bientôt mise à mal lorsque Combo termine de purger sa peine de prison. Revenu à la vie civile, Combo ne masque pas son virage entrepris en direction du National Front. Plus charismatique et dur que les autres skins, Combo contraint Shaun de montrer qu'il est digne d'appartenir à la bande en réussissant un rite de passage. Et Shaun ne veut pas décevoir Combo en qui il retrouve une figure paternelle...

Une vraie réussite ! L'intérêt majeur de cette réalisation est bien évidemment de remonter aux sources de la culture skinhead identifiée au Spirit of 69'. Et qui mieux que Meadows, lui-même ancien skin, pour y parvenir ? En plus d'une excellente description de la culture skinhead, éloignée de tout fanatisme et sensationnalisme, Meadows parvient en plus à relater remarquablement l'arrière-plan social d'une Angleterre thatchérienne qui s'abandonne définitivement au libéralisme ; laissant de côté nombre de jeunes de la working class avides de révolte et d'un patriotisme qui mue progressivement en nationalisme radical . Le jeune Thomas Turgoose est tout simplement hallucinant de justesse !

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* http://solidarisme.fr/17202-un-francais-pas-si-mauvais-par-serge-ayoub/

Deux des films de cette sélection, Guerrière et Romper Stomper, avaient déjà été chroniqués dans nos pages. Voir ici et .

Virgile / C.N.C.

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source

Commentaires

la horde a fait un article similaire qui complète un peu celui-là :
http://lahorde.samizdat.net/2015/06/10/les-skinheads-au-cinema-un-francais/

Écrit par : Franck | 04/07/2015

Skin Flick (1999) Bruce LaBruce

https://www.youtube.com/watch?v=Yqsf4IDmd_A

Écrit par : Lars von Lars | 03/08/2015

Brotherhood (2009) Nicolo Donato https://www.youtube.com/watch?v=tZFvjL3i5vg

Écrit par : Lars von Lars | 03/08/2015

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