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23/06/2015

Vers un nouvel ordre impérial sans l'Europe ?

Vers un nouvel ordre impérial sans l'Europe ?

Dans une entrevue récente au Figaro, Jean-Michel Quatrepoint est formel : « Un super Etat islamique aux portes de l'Europe, c'est possible ».

Vers la reconstitution du Califat

Les lecteurs du C.N.C. connaissent nos positions modérées quant à l'islam. Toutefois, force est de reconnaître que le rapport de force actuel au sein du « monde musulman » est clairement en faveur des sunnites de tendance salafiste et aux diverses ramifications des Saoudiens, des Qataris et des Frères musulmans. Peu importe les débats sur le vrai ou le faux islam ou sur, tartufferie absolue, « l'islam républicain », car dans l'histoire il est d'abord question de rapports de force plus que de vérité, même si bien sur, cela n'empêche pas la vérité de triompher.

Lors de la révolution bolchevique, les bolcheviks ont taillé des croupières aux mencheviks, puis les partisans de Staline à ceux de Trotski. Ce schéma se répète quelque soit les époques et les pays. Il va donc probablement falloir s'adapter à un réel  en passe de modification et qui manifestement ne nous est pas favorable. Aymeric Chauprade, dans une tribune controversée, avait déjà noté le basculement des rapports de force dans le monde arabo-musulman. Il notait l'effacement du nationalisme arabe au profit de l'Oumma (communauté des croyants). Il lui a été reproché, de façon parfois assez grossière, de faire le jeu du « choc des civilisations », comme si les analystes et les spécialistes étaient responsables des constats qu'ils émettent et qui se basent sur une observation du réel.

Cette réalité s'adosse à une autre : la « bombe démographique africaine ». Sans être en accord avec l'intégralité de ce qu'énonce Guillaume Faye dans un article récent, il replace néanmoins des éléments concrets (chiffrés et sourcés) qui vont dans ce sens et qui devraient doucher les conceptions des uns et des autres sur la « réconciliation » qui tient plus de l'utopie marxiste, donc d'une tradition qui n'est pas la nôtre, que de l'approche du monde tel qu'il est. La démographie est par exemple un élément trop sous-estimé par l'opinion publique et les observateurs. Mais les statistiques démontrent clairement que les dynamiques en cours dans le monde africain et musulman vont avoir un effet à court, moyen et long terme chez nous, en Europe. Le Califat et les différentes avancées de l'islam s’appuient sur une démographie galopante. La faiblesse des nations africaines et moyen-orientales et la puissance des réseaux islamistes auront donc raison rapidement, dans un premier temps, du monde issu de la décolonisation.

Vers l'effondrement des états-nations au Moyen-Orient

L'idée que j'ai, et qui prolonge (modestement) celle énoncée par Aymeric Chauprade, c'est que nous assistons à la faillite quasi totale du nationalisme issu de la Révolution française, et de l'expérience bonapartiste, qui se diffusa au cours du XIXème siècle essentiellement en Europe mais également du XXème à travers le monde.

Le nationalisme eut pour caractéristique de lutter d'un côté contre le morcellement féodal (ex: Italie) et de l'autre contre les empires (ex: indépendances au sein de l'empire colonial français). Le modèle de l'Etat-nation s'est imposé car les Européens dominaient le monde et ont diffusé une partie de leurs conceptions. Ce modèle paraît aujourd'hui daté et ne pourra s'imposer de nouveau au mieux que par des processus de "restauration" qui ne dureront qu'un temps, ce qu'a très bien pointé Julien Rochedy.

La multipolarité et l'effacement des nationalismes arabes au profit du Califat peuvent être analysés comme des phénomènes concomitants et qui émergent à peu près au même moment, au tournant de l'an 2000. A l'échelle du temps long du Moyen-Orient, l'existence d'états comme la Syrie, le Liban ou l'Irak apparaissent à mon sens comme des parenthèses, au même titre que les Etats latins du Levant médiévaux. Ce furent d'ailleurs des chrétiens influencés par le monde européen qui impulsèrent initialement les dynamiques nationales dans le monde arabo-musulman. C'est aussi pour cela que nous les soutenons.

Cette région du monde est passée de l'empire romain à l'empire byzantin puis aux différentes formes de Califat dont la puissance varia au cours du temps, mais qui jamais ne disparut vraiment jusqu'à la chute de l'empire ottoman. Le recul de l'empire ottoman à partir principalement de 1830 recomposa ces régions selon les volontés des puissances coloniales européennes. La Première Guerre mondiale acheva de disloquer l'empire ottoman mais la politique étrangère des Etats-Unis depuis 1991, et surtout depuis 2001, contribua à réactiver la logique impériale au détriment des logiques nationales. La politique néo-ottomane d'Erdogan, l'absence de réaction vis-à-vis de l'Etat islamique, les mauvaises relations avec la Syrie baassiste sont autant d'indicateurs qui tendent à démontrer que la Turquie ne voit pas d'un mauvais œil la reconstitution d'un Califat émergeant des cendres des anciens états. Face à cette situation le seul Etat-nation restant n'est autre qu'Israël et il est tentant pour des Européens désemparés par la situation Proche-orientale de se tourner vers l'Etat hébreu. En effet le sionisme est aussi un produit de l'histoire européenne puisqu'il est né dans la ferveur des idées nationales du XIXème siècle.

Vers l'affirmation des empires au détriment des Etats-nations

Les Etats-nations ont aussi été porteurs de leur propre projet impérial : l'empire britannique ou l'empire français dominèrent une part non négligeable de la planète. Leur recul puis leur disparition se fit au profit des Etats-Unis et de l'URSS, et facilita le processus de construction européenne. Les nations européennes étaient sommées d'abandonner leur projection sur le monde pour se recentrer sur la maison commune européenne.

Ouvrez un Atlas historique, et une réalité vous sautera aux yeux : l'histoire est la succession chronologique de l'émergence de l'apogée, puis du déclin des différents empires. L'Europe est d'ailleurs face à un paradoxe : alors qu'elle a porté le projet stato-national, elle n'a pourtant jamais été aussi forte que lorsque les royaumes et les nations se sont mus en empires. Actuellement, les pays qui dominent la scène internationale ne sont pas des Etats-nations mais des « empires », même s'ils n'en portent pas le nom. Le XXIème siècle pourrait conduire à une nouvelle ère des grands empires: anglo-américain thalassocratique, moscovite eurasiatique, chinois, indien, ottoman/islamique. « L'empire » n'est donc aucunement réductible aux seuls Etats-Unis contrairement à ce qu'imagine une certaine dissidence. La multipolarité n'est que le nouveau découpage du monde entre empires différents aux intérêts tantôt opposés, tantôt convergents. Russie, Inde et Chine cherchent d'ailleurs à s'affirmer au sein de l'ONU qui est devenu une tribune anti-occidentale pour de nombreux pays mais qui permet aussi de noter que chacun défend avant tous ses intérêts. Les BRIC voudraient également modifier le fonctionnement et la composition du Conseil de sécurité de l'ONU, ce qui se ferait au détriment de la France et du Royaume-Uni. L'Inde (1.25 milliard d'habitants) n'y est pas membre permanent par exemple à l'inverse de la Russie et de la Chine.

Ces empires ne s'affrontent pas véritablement sur le plan idéologique, puisqu'ils s'alignent à peu près tous sur une ligne néo-conservatrice ou a minima autoritaire-libérale, même si des différences subsistent du fait de leur histoire propre. Le monde musulman a la particularité de se situer à la marge de ces différents empires : Russie, Inde, Chine par exemple, qui ont, plus que les Etats-Unis, un besoin vital de maîtriser leurs marges face à la poussée démographique et guerrière islamique. Ce sont d'ailleurs les soviétiques, puis les russes qui lancèrent les hostilités contre les mouvements islamistes, et non les Etats-Unis. La lutte contre le terrorisme islamique, principalement en Tchétchénie, permit d'ailleurs à Vladimir Poutine de s'emparer du pouvoir. La « dissidence » a malheureusement eu tendance à projeter ses fantasmes sur la personne du président russe alors que jamais la Russie n'a eu pour projet d'être une force « anti-sioniste ».

Vers l'effacement de l'Europe ?

Au cœur de tout cela se situe l'Europe, et l'honnêteté conduit à admettre que la situation n'y est pas favorable. Divisée en raison des crises financières, monétaires et économiques, et de l'inégale intégration et coopération des différents pays à l'Union européenne, incapable de se définir elle-même sur le plan identitaire, soumise à une immigration massive et à une démographie autochtone en berne, sans armée à l'exception de l'anecdotique « Eurocorps », avec une souveraineté contrariée, un vide politique, une hostilité croissante des opinions publiques, le projet européen traverse une crise majeure. Cette faiblesse, bien perçue de l'extérieur, en fait une « proie » pour les appétits des uns et des autres : Etats-Unis via le TAFTA, Chine, Russie, islamistes… Trop d'observateurs et de commentateurs continuent de ne pas voir par exemple que c'est l'Union européenne, et non les Etats-Unis, qui paye les pots cassés des frictions avec la Russie sur le dossier ukrainien.

L'obsession anti-américaine qui sévit ça et là empêche de nombreux « faiseurs d'opinions » de voir les partenariats en Arctique et dans l'industrie pétrolière, pourtant principale ressource du pays entre les russes et les états-uniens. Pendant que la Russie boycotte l'agriculture européenne, elle exploite son pétrole avec Exxon Mobil... La guerre économique en cours semble donc bien plus tournée vers notre zone économique que vers le « Grand Satan américain ». La faiblesse structurelle de la construction européenne est le nœud du problème, et nécessiterait d'ailleurs un article qui lui soit propre.

Quoi qu'il en soit, alors que l'ensemble des bassins civilisationnels sortent de leur sommeil, les européens sont en dormition et ont perdu, pour le moment, toute pulsion vitale. Des intellectuels au « petit peuple », c'est la rengaine du déclinisme et du fatalisme qui tient la corde. Les européens sont annihilés par le consumérisme et la culpabilité. Les voyants sont au rouge et aucune réaction ne semble véritablement voir le jour. Nous savons tous très bien ce qui pourrait enclencher un réveil : le combat (Polemos est le père de toute chose, écrivait Héraclite), mais la construction de l'Europe est un projet de paix et elle ne sait pas qui combattre... Alors que les états-uniens, les russes, les chinois, les indiens, les islamistes, eux, savent très bien qui ils combattent et savent user de mythes fondateurs et mobilisateurs. Les enjeux sont tels que seule une inflexion par le haut serait de nature à inverser la tendance. Les initiatives par la base n'auront pour objet que d'être des « noyaux » qui serviront, le cas échéant, à la reconquête.

Jean / C.N.C.

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Annexe:

fond de carte empire 1.jpg

Note 1: Ce document ne vise ni à la complexité, ni à l’exhaustivité. Il a seulement pour objet d'illustrer le propos.
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Commentaires

POUTINE coopère-t-il au NOUVEL ORDRE MONDIAL ?
Les Amants de SION ne sont pas de cet avis.

C'est la faiblesse fatale de votre analyse.

Voir mes interventions précédentes pour les références.

Écrit par : ericbasillais | 23/06/2015

Au contraire, et nous l'avons déjà démontré.

Écrit par : JB | 23/06/2015

Les commentaires sont fermés.