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02/06/2015

L'obligation de penser le monde qui vient et d'enterrer celui qui passe.

90825017.jpgQue l'on s'arrête un temps sur la politique française : on n'y trouvera que de la com. Les choses qui encore se font, se font, à la limite, à l'échelon local – à l'échelon, dirons-nous, communautaire. Pour le reste, c'est à dire au niveau national, il n'y a qu'une stricte application des élans de l'époque, laquelle obéit à une décomposition progressive de tous les acquis des siècles. Le Parti Socialiste au pouvoir, à la suite de l'UMP, détricote les fondamentaux de la France que nos grands-parents et parents ont connu : éducation, symboles, fonction publique, identité, autorité, culture, centralisation, etc. Cette politique effective de déconstruction semble être la seule possible au pouvoir, comme si elle obéissait à des impératifs qui appartiendraient à un déterminisme historique obligatoire d'intermède entre deux siècles. Quand à ceux qui briguent le pouvoir national, les Républicains et les Frontistes, leur rhétorique consiste à vouloir, justement, restaurer. Les uns et les autres veulent « restaurer l'autorité de l'Etat », « appliquer la laïcité telle qu'elle fut pensée en 1905 », « retrouver notre souveraineté nationale », « revenir à l'assimilation », quand il ne s'agit pas de « retrouver notre monnaie nationale » etc. Or, la politique des « re » est pure tautologie d'une nostalgie qui trouve, bien sûr, ses clients et ses électeurs en démocratie. Mais en fin de compte, il ne s'agit que de « com », car s'il peut être pratique de s'adresser à la foule des inquiets qui abondent toujours en périodes historiques  intermédiaires, et de s'adresser à eux à travers une redondance d'appels au passé, il n'en demeure pas moins qu'aucune politique pérenne ne peut se fonder exclusivement sur des « re ». Les exemples historiques – de Sylla, qui voulut refaire la Rome républicaine et aristocratique, à De Gaulle, qui voulut restaurer la France – montrent toujours que ces intentions ne peuvent être que passagères, et que les civilisations, comme les nations et comme les siècles, obéissent toujours à la maxime d'Héraclite : on ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve. Or, l'Histoire est le fleuve par excellence.

Résumons :

1 – Nous vivons une période historique intermédiaire qui bientôt va finir, raison pour laquelle la déconstruction des fondamentaux de la France (déconstruction qui, en vérité, a déjà commencé il y a 1 ou 2 siècles) s'accélère particulièrement en ce moment.

2 – Nous entrons progressivement dans un nouveau siècle, avec ses propres conditions, temporalités, impératifs et nécessités.

3 – Les hommes politiques au pouvoir ne font qu'accompagner, consciemment ou non, cette décomposition du temps passé. Quant à ceux qui n'y sont pas, ils ne font qu'appeler à sa restauration qui jamais ne viendra, ou, au mieux, que pour un temps très court, comme les derniers soubresauts d'un mourant.

4 – Les intellectuels actuels n'ont comme seul objet de pensée la destruction du monde qu'ils connaissaient. C'est pourquoi le monde de l'intelligence passe tout entier « à droite », parce qu'il s’aperçoit du carnage et du changement mais se contente, comme les politiques, à le pleurer.

5 – La nécessité pour les intellectuels et les politiques d'aujourd'hui est plutôt de penser le monde de demain pour y projeter des volontés. Finis les « re » : il faut vouloir dans les nouvelles conditions possibles qui se mettent en place petit à petit.

J'imagine que tout ceci est très dur à avaler, car cela fait fi de nos affects et de notre tendresse pour un monde qu'il y a peu nous touchions encore. Pourtant, si l'on veut échapper au règne de la com et/ou de l'impuissance politique, il nous faudra faire le deuil d'un certain nombre de choses pour penser les meilleurs solutions afin d'en préserver d'autres.

J'ajoute qu'il ne s'agit pas là d'un fatalisme pessimiste ; au contraire : plutôt que de perdre son temps dans des combats perdus, une envie impérieuse d'affronter le monde qui vient.

Julien Rochedy

Source: Rochedy.fr

Commentaires

Il est bon ce mec depuis qu'il s'est affranchi de son parti. À voir aussi son excellente interview sur Tv liberté.

Écrit par : Franck | 02/06/2015

Ce que j'ai trouvé chez Pessoa, et qui me semble correspondre à la situation présente de notre pays :
« Voilà le devoir portugais. Tout les reste – la politique, l'économie, l'indépendance même de la nation – ne vaut que parce que et dans la mesure où il conduit à ce but.
Le plaisir est pour les chiens, le bien-être pour les esclaves ; l'homme aspire à l'honneur et à la domination.
Le bien-être du peuple, la justice sociale – toutes ces choses sont des aspirations légitimes de nos instincts légitimes de nos aspirations humanitaires, si nous sommes sains d'esprit ; mais les instincts humanitaires ne sont pas les qualités sociales les plus élevées.
[…]
Quand une nation traverse une crise profonde et possède une grande proportion d'analphabètes, il reste de l'espoir […].
Mais quand une nation traverse une crise profonde, et qu'il s'agit d'une nation cultivée, l'espérance de salut est minime, parce qu'il n'y a pas de matériau neuf en elle, comme ressource. »
(Dans Le Chemin de serpent)

Le véritable défi est spirituel et éthique. Tout le reste est littérature. Il faut puiser dans l'époque la manifestation de l'éternité, et tout, alors, se déroule (sur)naturellement, car tout réside dans la qualité supérieure de l'être. Cela ne sert à rien de mirer nostalgiquement des cartes postales. Le salut est maintenant, dans l'instinct et le sursaut.

Écrit par : Claude Bourrinet | 02/06/2015

«Ce n'est pas en faussant l'objet de notre regard et de notre admiration que nous parviendrons à les rendre lucides et sereins. C'est en créant à l'intérieur de nous-mêmes une nouvelle manière de sentir et de voir. » 

[…] nous sommes bien loin d'avoir l'âme des Grecs ou l'âme des Romains. Nous les admirons de profil, d'une manière inconsistante. Plus rien de l'âme antique n'est resté en nous. Notre soif de beauté classique est entièrement chrétienne, dans sa rage de la perfection comme dans son inquiétude.
Le sentiment avec lequel nous admirons les statues grecques les insulte. Nous admirons trop la beauté : les Grecs ne l'aimaient pas ainsi. La beauté n'était, pour leur sensibilité, que cette traquille lucidité de leur vision des choses. Quand on voit les choses avec trop de lucidité, on ne peut plus guère les sentir. Et les Grecs étaient doués d'une extrême lucidité. C'est pourquoi ils ressentaient peu. D'où la perfection de leurs œuvres d'art.[...]
Aucun rapport avec nous, qui mêlons à la sensation que nous éprouvons devant une statue ces sentiments postiches que le christianisme nous a appris à éprouver dans l'admiration du Christ sur la croix, de la perfection morale et de la chasteté. Ce n'est pas en faussant l'objet de notre regard et de notre admiration que nous parviendrons à les rendre lucides et sereins. C'est en créant à l'intérieur de nous-mêmes une nouvelle manière de sentir et de voir.
La tradition grecque est la tradition la plus ancienne au sein de notre civilisation. Il faut renouer avec elle. Il faut recréer cette âme grecque à l'intérieur de nous-mêmes, afin de continuer l'oeuvre des Grecs.
[…]

Fernando PESSOA

Écrit par : Claude Bourrinet | 03/06/2015

Ce qui est certain c'est que les Grecs allaient à la palestre (gymnase) mais savaient raisonner aussi.

C'est cela qui manque à notre époque et Internet le montre sans fard : l'alliance de la logique et de la santé du corps.

La propagande qui sévit partout sur le NET ne vaut pas mieux (fut-elle dissidente) en termes de logique.

Quant à M. Rochedy, il vient d'un parti qui ne connaît par définition que la rhétorique. Ce qui n'est pas précisément la meilleure invention des Grecs : elle a entraîné leur ruine.

Enfin, les Grecs d'Asie Mineure ont commis une faute éternelle : ils ont inventé la première monnaie (en or) en -700 aJC en Illyrie.

Certes en -500 Athènes est richissime et atteint l'apogée classique mais en -330, elle est déjà morte sous les coups d'Alexandre le Grand (certes disciple du logicien Aristote).

A M. Rochedy, je conseillerai de répéter ce mantra de Sophocle avant de songer à "penser" quoi que ce soit pour son avenir :
« L’argent est la plus funeste des inventions des hommes. Il dévaste les villes, il chasse les hommes de leurs demeures, et il pervertit les esprits sages, afin de les pousser aux actions honteuses ; il enseigne les ruses aux hommes et les accoutume à toutes les impiétés. »

Sophocle, ANTIGONE

http://angoulmois.hautetfort.com/archive/2015/02/24/antigone-et-l-argent-5565722.html

Écrit par : ericbasillais | 04/06/2015

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