Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

23/05/2015

7 films à voir ou à revoir sur la Lutte du prolétariat

"Le salaire du travailleur ne dépasse guère sa consommation courante et ne lui assure pas le salaire du lendemain, tandis que le capitalisme trouve dans l'instrument produit par le travailleur un gage d'indépendance et de sécurité pour l'avenir. ", écrivait Pierre-Joseph Proudhon. Au terme de travailleur, Karl Marx privilégie le prolétaire, qui, uni au sein du prolétariat, doit s'opposer à la classe capitaliste afin de s'accaparer les moyens de production, en vue de l'instauration ultime de la dictature du prolétariat, selon les vœux préétablis par Auguste Blanqui. Si une lecture marxiste de l'Histoire autorise une classification entre prolétaires salariés et chômeurs d'une part et détenteurs des moyens de production d'autre part, l'aliénation par le travail s'amplifie à mesure de l'industrialisation des unités de production. L'amélioration des techniques n'empêche nullement le prolétariat d'être maintenu dans des conditions de travail avilissantes tandis que l'accroissement des richesses exclut les travailleurs d'une répartition équitable de celles-ci au profit d'une hyper-classe sociale qui parvient même à se désincarner totalement de la vie de l'unité de production par le développement d'un actionnariat qui se généralise. L'injustice sociale ordonne au prolétariat de s'organiser et poursuivre la libération des travailleurs par tous les moyens, fut-ce la lutte violente. Miroir également social, des réalisateurs n'ont pas manqué de se préoccuper des luttes sociales et fournir au cinéma quelques trésors.

 

photo la classe ouvrière.png

LA CLASSE OUVRIERE VA AU PARADIS

Titre original : La classe operaia va in paradisio

Film italien d'Ellio Petri (1972)

Lulu Massa est un stakhanoviste du travail au sein d'une usine métallurgique, haï par ses collègues auxquels il impose un rythme de travail trop élevé. De même, Lulu est imperméable aux revendications syndicales, lui qui est guidé par le confort d'une existence petite-bourgeoise. Mais Lulu est bientôt victime d'un accident de travail dans lequel il perd une phalange. Par solidarité, l'ensemble de ses collègues entament une grève afin de dénoncer l'insuffisance des mesures de sécurité. Lulu s'engage désormais dans la lutte et devient un syndicaliste aussi acharné qu'il était travailleur. Prenant contact avec les étudiants gauchistes, il se retrouve mêlé à une manifestation d'ampleur. Lulu est licencié pour ses activités syndicales tandis que sa compagne le quitte. La dépression le guette lorsqu'éclate une nouvelle grève dénonçant cette fois-ci son licenciement abusif...

Palme d'or au Festival de Cannes 1972, l'œuvre de Petri fournit un regard original de l'évolution d'un ouvrier obsédé par un rendement infernal lui permettant de toujours mieux s'avilir dans le consumérisme. Sourd aux conditions de travail de la classe ouvrière, il apparaît franchement antipathique avant de s'affranchir et devenir un militant syndicaliste révolutionnaire. Il est néanmoins l'archétype du bourgeois égoïste qui ne s'intéresse aux autres qu'après avoir été lui-même impacté. Par ailleurs, le regard ambigu du réalisateur sur les syndicats complices d'une certaine forme du maintien du prolétariat dans l'exploitation par le capitalisme mérite toute l'attention. Le film a certes un peu vieilli et reste fortement incarné dans le cinéma italien des années 1970. Il n'en demeure pas moins qu'il est à ne pas louper.

 

photo en route pour la gloire.jpg

EN ROUTE POUR LA GLOIRE

Titre original : Bound for Glory

Film américain de Hal Ashby (1976)

Woody Guthrie est un musicien texan qui tente de faire vivre tant bien que mal sa femme et ses deux jeunes filles. Woody occupe également diverses fonctions singulières au sein de sa communauté villageoise de Pampa : cartomancien, rebouteux mais aussi chanteur. Woody abandonne tout un jour et erre de ville en ville en direction de la Californie dans une Amérique qui tente de se remettre progressivement de la grave crise économique de 1929. Au cours de son odyssée, Woody chante les misères et les luttes des travailleurs opprimés. Les textes de ses chansons ne sont pas du goût des autorités américaines qui voient en lui un dangereux meneur révolutionnaire. Traqué par toutes les polices, Woody est contraint de gagner le rêve californien en demeurant caché dans les wagons de trains de marchandises...

Intéressante évocation de la vie du chanteur social Woody Guthrie dont l'œuvre est parfaitement méconnue en France. Si le réalisateur prend de grandes libertés avec le personnage, Ashby dresse magnifiquement les portraits psychologiques des différents protagonistes dans leur complexité. Avec une certaine intemporalité, le cinéaste aborde également le thème de la responsabilité des choix entrepris dans son rapport à l'autre et au monde. Le film pêche un peu, il est vrai, dans sa réalisation et il aurait été agréable que certaines séquences soient plus intenses il mais n'en constitue pas moins un regard original sur la résistance prolétarienne vue par un chansonnier libertaire.

 

photo germinal.jpg

GERMINAL

Film français de Claude Berri (1993)

Sous le Second Empire, Etienne Lantier, manœuvre au chômage, parvient à la mine du Voreux dans le Nord de la France. Lantier décroche un travail dans un petit groupe de mineurs dirigé par Toussaint Maheu, père d'une famille de dix âmes. Logé dans un premier temps chez Rasseneur, le cabaretier du village, Lantier s'immerge bientôt dans les dissensions naissantes de la lutte des classes entre socialistes et anarchistes. Lantier intègre bientôt le foyer des Toussaint après que l'un des fils qui vient de se briser la jambe retranche à la famille un part de salaire. Les conditions de vie sont aussi précaires que les conditions de travail sont dures. Elles s'aggravent encore lorsque la direction de la mine impose une baisse du prix de la berline de charbon et le paiement à part du boisage. Une violente grève éclate à laquelle participent Lantier et Maheu. La troupe prend place pour protéger l'exploitation minière et fait feu. Le père Maheu s'écroule...

Œuvre bien évidemment tirée du roman homonyme d'Emile Zola que le réalisateur reproduit fidèlement avec toute la difficulté de porter à l'écran la dense littérature de Zola. Adaptation peut être même trop fidèle et trop sage, empêchant ainsi une relative liberté de ton qui aurait pu faire gagner le film en lyrisme. Il est vrai que Berri n'est pas Eisenstein. L'adaptation n'en est pas moins impressionnante, servie, il est vrai, par un colossal budget que d'aucuns jugeront paradoxal lorsque l'on entend dénoncer l'asservissement du prolétariat par le capitalisme. Mais cessons de faire la fine bouche ! Germinal est un excellent film et reproduit merveilleusement les dures conditions de travail des gueules noires.

 

photo la grève.jpg

LA GREVE

Titre original : Stachka

Film russe de Sergueï Mikhaïlovitch Eisenstein (1924)

La Russie des Tsars en 1912. Des conditions de travail inhumaines poussent à bout les ouvriers d'une usine. Les cadences de travail sont effroyables et les salaires misérables. La direction choisit parmi ceux-ci des espions afin d'identifier les meneurs syndicalistes. Un ouvrier est accusé à tort du vol d'un micromètre. Sous la pression interne, il se pend. Les ouvriers de l'usine déclarent la grève à l'unanimité et punissent avec la plus grande sévérité les responsables de la mort de leur camarade. La réaction de la direction de l'usine ne se fait pas attendre. Affamés, parfois arrêtés et torturés, rien ne met un terme à l'insurrection des ouvriers. De son côté, la direction est résolue à ne rien céder aux revendications du Lumpenproletariat. La police gouvernementale est appelée en renfort et pénètre les quartiers ouvriers...

Premier film du génialissime réalisateur soviétique qui comporte déjà tous les traits esthétisants de sa filmographie. La Grève revêt bien évidemment un indéniable caractère propagandiste marxiste-léniniste de théorisation de la lutte des classes. De même, la réalisation est otage d'un fort manichéisme exacerbé. Pourtant, curieusement, le film fut l'objet de vives critiques émises par des représentants de la cinématographie soviétique car trop esthétique et fictionnel. Le réalisme soviétique avait ses préférences pour le film-documentaire... Une œuvre forte dont la vision est indispensable. Car si l'œuvre est déterminée dans le temps, il n'en demeure pas moins un véritable manifeste intemporel de la lutte ouvrière .

 

photo metello.png

METELLO

Film italien de Mauro Bolognini (1970)

Florence à la fin du 19ème siècle. Metello Salani est bel homme et ne manque pas de parfaire son éducation sentimentale auprès de la gent féminine florentine. Ouvrier maçon d'extraction paysanne, Metello tente d'échapper à une existence misérable. La vie ne lui fit pas de cadeaux avec une mère morte lors de son accouchement et un père anarchiste décédé dans un accident de travail. Prenant conscience de sa condition ouvrière, il est entouré des amis socialistes et anarchistes de son défunt père dont il épouse les thèses de libération du prolétariat. L'engagement politique de Metello est définitif. Il devient leader syndical lors de la grande grève de 1902...

Tiré du roman éponyme de Viasco Pratolini, Metello s'avère une œuvre finalement assez flamboyante, aidée en cela par la beauté de la cité florentine, peu encline aux luttes sociales. Assez peu manichéen également que cette réalisation dans laquelle le patron apparaît moins cruel et oppresseur qu'otage lui-même des règles du marché capitaliste tandis que Metello n'est pas exempt de reproches dès lors qu'il succombe aux charmes d'autres dames que son épouse. Une œuvre agréable dans la droite ligne du cinéma social italien des Années de plomb.

 

photo la patagonia rebelde.jpg

LA PATAGONIA REBELDE

Film argentin de Héctor Olivera (1974)

1919, dans la province de Santa Cruz en terre patagone. Un groupe d'ouvriers de Rio Gallegos, appartenant à l'organisation anarcho-syndicaliste de la Société Ouvrière, entame une grève contre les patrons des usines du secteur. Les autorités locales ordonnent l'arrestation des leaders syndicalistes, majoritairement immigrés espagnols, polonais et allemands. La répression se révèle loin de produire les effets escomptés. Bien au contraire, la Société Ouvrière parvient à paralyser l'activité de l'ensemble des propriétés terriennes de la province après une intense campagne. Trois années pendant lesquelles les luttes s'amplifient. En 1922, les grands propriétaires britanniques, influençant les pouvoirs politique et économique, parviennent à faire décider l'envoi de l'armée pour réprimer le mouvement ouvrier argentin...

Remarquable réalisation inspirée de faits réels sous la présidence d'Hipólito Hirigoyen et passée à la postérité dans l'histoire argentine sous le nom de Semaine tragique.  Constituant un long flashback, le film suit un développement classique de l'insurrection prolétaire, depuis les débats en assemblée sur les tactiques à adopter à leur mise en œuvre contrariée par les divergences sur les modes d'action. On ne se lassera pas non plus de la beauté des paysages patagons. Malheureusement inédit en France.

 

photo les vivants et les morts.jpg

LES VIVANTS ET LES MORTS

Série française de huit épisodes de Gérard Mordillat (2009)

Dans le Nord de la France, Dallas et Rudi sont employés à la Kos, une usine de fibre plastique. L'annonce de la fermeture de l'usine, quasi seul employeur du coin,  sonne comme un drame pour toute la petite ville de Raussel. Plusieurs milliers d'habitants sont sacrifiés pour satisfaire la rentabilité d'actionnaires fantômes. La simple existence de Dallas et Rudi vole en éclats. En éclats également les vies de l'ensemble des ouvriers et habitants de la ville. Les tensions exacerbent les caractères de chacun, brisent toutes les conventions et dévoilent des choix insoupçonnables. Les ouvriers les plus endurcis entreprennent de prendre en otage la direction de l'usine et menacent de la faire sauter. Les forces de l'ordre prennent position autour de la Kos. Face à la légitime intransigeance de Rudi et ses compagnons, la violence devient maîtresse fidèle...

Germinal contemporain, Mordillat livre ici une remarquable série durant laquelle on ne s'ennuie guère. D'un réalisme quasi-documentaire, l'écrivain-réalisateur autorise le spectateur à une formidable plongée dans le quotidien d'êtres brisés par l'ultralibéralisme. Les caractères et profils psychologiques des nombreux personnages, une cinquantaine, sont d'une mesure parfaite et dressent à la perfection l'échantillonnage des réactions qu'un tel drame social laisse entrevoir. Une splendide fresque sociale et militante à voir absolument !

Virgile / C.N.C.

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source

Les commentaires sont fermés.