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30/04/2015

"Ton travail est vanité", extrait de Jacques Ellul

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« Tu ne dois pas entreprendre une œuvre au-delà de ta force. Tu ne dois pas compter sur Dieu par exemple pour te permettre de faire une prouesse, héroïque, sportive, ou vaincre un record stakhanoviste ! Ou bien une œuvre d'art au-dessus de tes moyens ! Non – ta force, pas plus.

Il te faut la connaître et en savoir la limite. Ainsi engage toute ta force, mais rien au-delà de ta force (il s'agit du travail, entendons-nous bien!).

C'est alors un ordre personnel. Ainsi apprendre à vieillir, et quand les forces déclinent ne pas prétendre que l'on peut aller au-delà, que l'on peut toujours ce qui était possible vingt ans plus tôt. Mais notre texte nous oblige à aller plus loin. Fais le travail avec ta force. Et se pose aussitôt tout un problème de civilisation. Peut-on multiplier la puissance énergétique à l'infini ? Peut-on substituer à la force limitée une source illimitée d'énergie ? Peut-on faire des œuvres qui consomment finalement les réserves du monde pour excéder par millions ce que l'homme pouvait accomplir ?

Certes, maintenant, on le peut, dans l'ordre du possible. Mais est-ce dans l'ordre du permis ? Je sais bien qu'aussitôt cette simple question provoquera colère et jugement contre l'esprit rétrograde qu'elle est censée manifester. Je réponds avec la simplicité du texte : de toute façon, ton travail est vanité, poursuite du vent. Et vos satellites et vos sondes spatiales, et vos centrales atomiques et vos milliards de volts et vos millions de voitures et de télés, poursuite du vent. Il n'en restera rien. Rien. Absolument rien. Dans le séjour des morts où tout va.

Alors, il suffit bien, pour satisfaire ta joie, de ce travail à portée de ta main, avec la force que tu as, et non celle des centrales atomiques. Il suffit bien de cette mesure de blé dans ta main, et de ce comblement par des petites choses, car l'angoisse est d'autant plus grande que les œuvres sont plus somptueuses, et la dévoration du monde pour produire l'inutile n'engendre que la conscience plus aiguë de la vanité de ces richesses, et le désespoir de les perdre aussitôt que gagnées. Fais tout ton travail, mais il est vanité ! »

La Raison d’Être - Jacques Ellul

Texte déniché sur Technosaurus

29/04/2015

« Civilisation du temps et civilisation de l’espace » par Julius Evola

« Civilisation du temps et civilisation de l’espace »

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Les traces qui subsistent — rien que dans la pierre la plupart du temps — de certaines grandes civilisations des origines renferment souvent un sens rarement compris. Devant ce qui reste du monde gréco-romain le plus archaïque et au-delà, de l’Egypte, de la Perse, de la Chine, jusqu’aux mystérieux et muets monuments mégalithiques épars dans les déserts, les landes et les forêts comme derniers vestiges visibles et immobiles de mondes engloutis et disparus — et, comme limite dans la direction opposée de l’histoire, jusqu’à certaines formes du Moyen Age européen : devant tout cela on en arrive à se demander si la miraculeuse résistance au temps de ces témoignages, outre le concours favorable de circonstances extérieures auquel ils doivent d’être encore là, ne contient pas aussi une signification symbolique.

Cette impression se renforce si l’on pense au caractère général de la vie des civilisations auxquelles la majorité de ces vestiges appartiennent, c’est-à-dire au caractère général de la vie dite « traditionnelle ». C’est une vie qui demeure identique à travers les siècles et les générations, dans une fidélité essentielle aux mêmes principes, au même type d’institutions, à la même vision du monde ; susceptible de s’adapter et de se modifier extérieurement face à des évènements calamiteux, mais inaltérable en son noyau, dans son principe animateur, dans son esprit.

 

Un tel monde semble nous renvoyer surtout à l’Orient. On pense à ce qu’étaient. Jusqu’à des époques relativement récentes, la Chine et l’Inde, et jusqu’à hier le Japon lui-même. Mais, en général, plus on remonte le temps, plus on ressent la vigueur, l’universalité et la puissance de ce type de civilisation, au point que l’Orient finit par être vu comme la partie du monde où, pour des circonstances fortuites, ce type a pu subsister plus longtemps et se développer mieux qu’ailleurs. Dans ce type de civilisation la loi du temps semble être en partie suspendue. Plus que dans le temps, ces civilisations semblent avoir vécu dans l’espace. Elles ont eu un caractère « achronique ».

 

Selon la formule aujourd’hui en vogue, ces civilisations auraient donc été « stationnaires », « statiques » ou « immobilistes ». En réalité, ce sont les civilisations dont même les vestiges matériels semblent destinés à vivre plus longtemps que toutes les créations ou tous les monuments du monde moderne, lesquels, sans exception, sont impuissants à durer plus d’un demi-siècle et à propos desquels les mots « progrès » et « dynamisme » signifient seulement une soumission à la contingence, au mouvement d’un incessant changement, d’une rapide ascension et d’un déclin tout aussi rapide et vertigineux. Ce sont là des processus qui n’obéissent pas à une vraie loi interne et organique, qu’aucune limite ne contient, qui deviennent autonomes et prennent par ta main ceux par qui ils ont été favorisés : voilà la caractéristique de ce monde différent, dans tous les secteurs qui le composent. Cela n’empêche pas qu’on ait fait de lui une sorte de critère de mesure pour tout ce qui aurait droit, au sens le plus élevé, au mot « civilisation », dans te cadre d’une historiographie qui fart siens des Jugements de valeur arrogants et méprisants du genre de ceux auxquels il a été fait allusion plus haut.

 

A cet égard, typique est l’équivoque de ceux qui prennent pour immobilité ce qui eut, dans les civilisations traditionnelles, un sens très différent : un sens d’immutabilité. Ces civilisations furent des civilisations de l’être. Leur force se manifesta justement dans leur identité, dans la victoire qu’elles obtinrent sur le devenir, sur l’« histoire », sur le changement, sur l’informe fluidité. Ce sont des civilisations qui descendirent dans les profondeurs et qui y établirent de solides racines, au-delà des eaux périlleuses en mouvement. L’opposition entre les civilisations modernes et les civilisations traditionnelles peut s’exprimer comme suit : les civilisations modernes sont dévoratrices de l’espace, les civilisations traditionnelles furent dévoratrices du temps.

 

Les premières donnent le vertige par leur fièvre de mouvement et de conquête de l’espace, génératrice d’un arsenal inépuisable de moyens mécaniques capables de réduire toutes les distances, de raccourcir tout intervalle, de contenir dans une sensation d’ubiquité tout ce qui est épars dans la multitude des lieux. Orgasme d’un désir de possession ; angoisse obscure devant tout ce qui est détaché, isolé, profond ou lointain ; impulsion à l’expansion, à la circulation, à l’association, désir de se retrouver en tous lieux — mais jamais en soi-même. La science et la technique, favorisées par cette impulsion existentielle irrationnelle, la renforcent à leur tour, la nourrissent, l’exaspèrent : échanges, communications, vitesses par delà le mur du son, radio, télévision, standardisation, cosmopolitisme, internationalisme, production illimitée, esprit américain, esprit « moderne ». Rapidement le réseau s’étend, se renforce, se perfectionne. L’espace terrestre n’offre pratiquement plus de mystères. Les voies du sol, de l’eau, de l’éther sont ouvertes. Le regard humain a sondé les cieux les plus éloignés, l’infiniment grand et l’infiniment petit. On ne parle déjà plus d’autres terres, mais d’autres planètes. Sur notre ordre, l’action se produit, foudroyante, où nous voulons. Tumulte confus de mille voix qui se fondent peu à peu dans un rythme uniforme, atonal, impersonnel. Ce sont les derniers effets de ce qu’on a appelé la vocation « faustienne » de l’Occident, laquelle n’échappe pas au mythe révolutionnaire sous ses différents aspects, y compris l’aspect technocratique formulé dans le cadre d’un messianisme dégradé.

 

A l’inverse, les civilisations traditionnelles donnent le vertige par leur stabilité, leur identité, leur fermeté intangible et immuable au milieu du courant du temps et de l’histoire : si bien qu’elles furent capables d’exprimer jusqu’en des formes sensibles et tangibles comme un symbole de l’éternité. Elles furent des îles, des éclairs dans le temps ; en elles agirent des forces qui consumaient le temps et l’histoire. De par ce caractère qui leur est propre, il est inexact de dire qu’elles « furent » — on devrait dire, plus justement et plus simplement, qu’elles sont. Si elles semblent reculer et s’évanouir dans les lointains d’un passé qui a même parfois des traits mythiques, cela n’est que l’effet du mirage auquel succombe nécessairement celui qui est transporté par un courant irrésistible qui l’éloigné toujours plus des lieux de la stabilité spirituelle.

 

Du reste, cette image correspond exactement à l’image de la « double perspective » donnée par un vieil enseignement traditionnel : les « terres immobiles » fuient et se meuvent pour celui qui est entraîné par les eaux, les eaux remuent et fuient pour celui qui est fermement ancré dans les « terres immobiles ».

 

Comprendre cette image, en la rapportant non au plan physique mais au plan spirituel, veut dire percevoir aussi la Juste hiérarchie des valeurs, dès lors que le regard porte au-delà de l’horizon dans lequel sont enfermés nos contemporains. Ce qui semblait appartenir au passé devient présent, de par la relation essentielle des formes historiques (et comme telles contingentes) à des contenus méta-historiques. Ce qui était jugé « statique » se révèle saturé d’une vie pléthorique. Les vaincus, les décentrés, ce sont les autres. Devenirisme, historicisme, évolutionnisme et ainsi de suite apparaissent comme des ivresses de naufragés, comme les vérités propres à ce qui fuit (où fuyez-vous en avant, imbéciles ? — Bernanos), à ce qui est privé de consistance intérieure et ignore cette consistance, à ce qui ne connaît pas la source de toute élévation véritable et de toute conquête effective — des conquêtes qui ne furent pas seulement des culminations spirituelles intangibles et souvent invisibles, mais qui s’exprimèrent également dans des faits, des épopées, des cycles de civilisation qui, précisément, même dans leurs vestiges de pierre muets et dispersés, semblent refléter quelque chose d’intemporel, d’éternel. A quoi s’ajoutent aussi certaines créations artistiques traditionnelles, monolithiques, rudes et puissantes, étrangères à tout ce qui est subjectif, souvent anonymes, comme des prolongements des forces élémentaires elles-mêmes.

 

Il faut enfin rappeler quelle fut, dans les civilisations traditionnelles, la conception du temps : non pas une conception linéaire, irréversible, mais une conception cyclique, à périodes. D’un ensemble de coutumes, de rites et d’institutions propres soit aux civilisations supérieures, soit aux traces de celles-ci chez certains peuples dits « primitifs » (on peut se rapporter à ce sujet aux matériaux recueillis par l’histoire des religions — Hubert, Mauss, Eliade et d’autres), apparaît l’intention constante de ramener le temps aux origines (d’où le cycle), dans le sens d’une destruction de ce qui, en lui, est simple devenir, de le freiner, de lui faire exprimer ou refléter des structures supra-historiques, sacrées ou métaphysiques, souvent liées au mythe. De la sorte, et non comme « histoire », le temps — tel une « image mobile de l’éternité » — acquit valeur et sens. Retourner aux origines voulait dire se rénover, boire à la source de l’éternelle jeunesse, confirmer la stabilité spirituelle, contre la temporalité. Les grands cycles de la nature suggéraient cette attitude. La « conscience historique », inséparable de la situation des civilisations « modernes », ne scelle que la fracture, la chute de l’homme dans la temporalité. Mais elle est présentée comme une conquête de l’homme actuel, c’est-à-dire de l’homme crépusculaire.

 

Le cas n’est pas rare que certaines découvertes, à l’origine de conceptions générales destinées à révolutionner une époque, même lorsqu’elles entrent dans le domaine d’une objectivité scientifique présumée, aient le caractère d’un symptôme, si bien que leur apparition à une période donnée, et non à une autre, n’est pas le fruit du hasard. Pour nous référer, par exemple, à la science de la nature, il est plus ou moins connu de tous que selon la dernière théorie en vogue — Einstein et ses continuateurs — c’est chose indifférente d’affirmer que la terre tourne autour du soleil, ou l’inverse : il est seulement question de préférer une plus ou moins grande complication de calculs astrophysiques dans la fixation des systèmes relationnels. Or, il est très significatif que la « découverte copernicienne », avec laquelle le fait que la terre soit le centre fixe et immobile des entités célestes cessa d’être « vrai » — alors que devint « vrai » le contraire, que c’est elle qui se meut, que sa loi est d’errer dans l’espace cosmique comme partie insignifiante d’un système dispersé ou en expansion dans l’indéfini — sort survenue plus ou moins à l’époque de la Renaissance et de l’humanisme, c’est-à-dire à l’époque des bouleversements les plus décisifs pour l’avènement d’une civilisation nouvelle, dans laquelle l’individu devait perdre peu à peu tout rapport avec ce qui « est », devait déchoir de toute centralité spirituelle jusqu’à faire sien le point de vue du devenir, de l’histoire, du changement, du courant incoercible et imprévisible de la « vie » (le plus singulier, c’est qu’au début de ce tournant il y a eu au contraire la prétention — l’illusion — d’avoir finalement découvert l’« homme », de l’affirmer et de le glorifier, d’où le terme d’« humanisme » ; en réalité, ce fut une réduction à ce qui est « seulement humain », avec un appauvrissement de la possibilité d’une ouverture et d’une intégration au « plus qu’humain »).

 

Ce n’est pas là le seul des tournants symboliques que l’on pourrait relever à ce sujet. Sur l’exemple donné à présent — la « révolution copernicienne » — un point doit être précisé : dans le monde traditionnel aucune vérité dite « objective » n’était importante ; des vérités de ce genre pouvaient également être prises en considération, mais accessoirement, et cela à cause de leur relativité effective d’une part, de leur valeur humaine de l’autre, en tenant compte de critères d’opportunité à l’égard du sentiment général. Une théorie traditionnelle de la nature pouvait donc même être « erronée » du point de vue de la science moderne (à un de ses stades) ; mais sa valeur, la raison pour laquelle elle était adoptée tenait à sa capacité de servir de moyen expressif à quelque chose de vrai sur un plan différent et plus intéressant. Par exemple, la théorie géocentrique saisissait dans le monde des apparences sensibles un aspect propre à servir de support à une vérité d’une autre sorte et inattaquable ; la vérité concernant l’« être », la centralité spirituelle, comme principe de l’essence véritable de l’homme.

 

Cela suffira pour éclairer morphologiquement l’opposition entre civilisations de l’espace et civilisations du temps. De cette opposition, il serait également aisé de déduire l’antithèse correspondante, typologique et existentielle, entre l’homme du premier type de civilisation et l’homme du second type. Et si l’on devait passer au problème de la crise de l’époque présente, en s’appuyant sur ce qui a été dit, l’inutilité de n’importe quelle critique, de n’importe quelle réaction et de n’importe quelle velléité d’actions rectificatrices apparaîtrait assez clairement, tant que, dans l’homme lui-même ou, du moins, dans un certain nombre d’hommes en mesure d’exercer une influence décisive, ne se produira pas un changement intérieur de polarité — une metanoia, pour reprendre le terme antique : dans le sens d’un déplacement vers la dimension de l’« être », de « ce qui est », dimension qui s’est perdue et dissoute chez l’homme moderne au point que rares sont ceux qui connaissent la stabilité intérieure, la centralité, par conséquent aussi la sécurité calme et supérieure ; alors qu’inversement un sentiment caché d’angoisse, d’inquiétude et de vide se répand toujours plus malgré l’emploi systématique à grande échelle et dans tous les domaines des sédatifs spirituels récemment inventés. Du sens de l’« être », de la stabilité, ne pourrait pas ne pas provenir de façon naturelle le sens de la limite, comme principe, dans un domaine plus extérieur également, pour se réaffirmer sur des forces et des processus devenus plus puissants que ceux qui les ont inconsidérément mis en mouvement dans la temporalité.

 

Mais à considérer la situation dans son ensemble, il reste tout à fait problématique de pouvoir trouver de solides points d’appui dans une civilisation qui, comme la civilisation moderne, est en tout et pour tout, dans une mesure sans précédents dans le passé, une civilisation du temps. D’autre part, il est assez évident qu’on aurait dans ce cas, plus qu’une rectification, la fin d’une forme et la naissance d’une nouvelle forme. Ainsi, raisonnablement, en règle générale on ne peut envisager que des orientations différentes dans certains domaines particuliers et, surtout, ce que de rares hommes différenciés, comme s’ils s’éveillaient, peuvent encore se proposer et réaliser invisiblement.

 

Julius Evola

 

Ce texte constitue le premier chapitre du livre de Julius Evola, L’arc et la massue, Pardès, 1983 (traduit de l’italien par Philippe Baillet). Première édition italienne en 1971.

Source: La Dissidence

28/04/2015

La France du localisme.

 La France du localisme.

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Avec le retour du printemps, de nombreuses communes et de nombreuses coopératives agricoles organisent des « fêtes du printemps » ou des « journées portes ouvertes » qui permettent à nos compatriotes de rencontrer les producteurs locaux. Ces derniers temps des militants du MAS Nord ont flâné dans ces événements dans leur secteur. En effet nombreux sont les militants qui se coupent progressivement des circuits classiques liés à l'agro-industrie et la grande distribution pour acheter directement aux producteurs ou au sein de coopératives pratiquant l’agriculture raisonnée ou l’agriculture bio.

Le week-end dernier, trois de nos militants se sont rendus aux « journées portes ouvertes » du Panier Vert, coopérative agricole localisée à Frelinghien, à quelques kilomètres au nord de Lille. Issue d'un projet monté en 1986 par une dizaine de producteurs, la coopérative regroupe aujourd'hui 27 agriculteurs. Ces derniers assurent eux-mêmes la vente des produits qui sont transformés directement sur place. Le site internet nous apprend également que « La coopérative appartient aux producteurs et elle est gérée par eux par le biais d’un bureau et d’un conseil d’administration. Elle ne fait pas de bénéfice. Après déduction des charges, le résultat est réparti entre les adhérents. C’est une forme de commerce équitable. » Ce projet, à l'image d'autres qui existent ou émergent sur notre territoire, correspond aussi à une demande de plus en plus importante de la part des Français qui souhaitent manger sainement et localement. Une révolution silencieuse, par la consommation (ou la non-consommation), a lieu sous nos yeux et porte progressivement ses fruits. Ces projets sont intéressants car ils joignent la lettre à l'esprit de la lettre. En effet à quoi bon acheter du bio ou du local dans la grande distribution ? Il ne s'agit pas simplement d’améliorer à titre individuel ce que nous mangeons, mais d'initier collectivement une révolution anthropologique, économique et évidemment écologique.

Qu'avons-nous vu ce week-end ? Des producteurs amoureux de leur métier, qui en parlent avec passion, qui apprennent aux enfants et aux adolescents - mais aussi aux adultes... - comment on produit des jus de fruits, du fromage, comment on fabrique du miel, ce que font les abeilles... Les enfants ont pu s'émerveiller devant les animaux de la ferme (veaux, lapins, poules, …), dessiner ou encore jouer à des jeux traditionnels. Le tout dans une ambiance réellement décontractée, où le public était accueilli par les producteurs. En somme, ce que nous avons vu, c'est la France. La population présente autant que les producteurs sont des Français lambda, tout cela fonctionne avec harmonie, loin des partis, des idéologies et des ghettos militants... Loin aussi de la société globalisée, du bougisme stérile et du nomadisme obligatoire.

Souvenons-nous des propos d'Arnaud de Robert, porte-parole du M.A.S. il y a quelques mois :

« Au travers d’une multitude d’initiatives locales, prises souvent sous la violente contrainte de la crise économique et financière, nos compatriotes français et européens réorganisent des formes de solidarités actives. Les projets germent partout, sous des aspects inattendus, et démontrent une vitalité que nous avons longtemps sous-estimée … et que nous sous-estimons encore.

Nous qui sommes militants, engagés et je dirais même enragés, nous avons en effet souvent tendance à prendre la défense du peuple tout en en dénonçant l’apathie, la lobotomisation, le caractère moutonnier et consumériste. Nous allons parfois très loin dans ce raisonnement, rejetant nos propres insuccès sur la bêtise et la passivité supposées de nos concitoyens. Et d’entendre les « Mais qu’est-ce que tu veux y faire, ils ne comprennent rien », « ils sont aveugles » … Que c’est pratique ! Que c’est facile !

Or, nous commettons là une lourde erreur d’appréciation. La vérité est que les peuples européens, malgré la puissance destructrice du rouleau compresseur de la société de consommation ont su préserver une forme d’intelligence instinctive. Une intelligence de survie et donc un potentiel de régénération.

Depuis quelques années, nos compatriotes, et particulièrement ceux parmi les plus pauvres, se rendent lentement compte du désintérêt total de l’oligarchie. Oubliés, délaissés car économiquement inintéressants, ils s’organisent par nécessité et découvrent par là-même qu’ils n’ont plus non plus besoin de l’oligarchie politico-financière pour s’organiser.

Face à des structures étatiques en complicité d’impuissance avec les banques et dirigées selon la formule célèbre de Karl Marx par des « fondés de pouvoir du Capital », les peuples qui souffrent trouvent en eux les ressources d’un commencement de riposte.

[...]

Mais une fois de plus, l’histoire nous surprend et, des bonnets rouges aux coopératives ouvrières, des paysans qui s’organisent pour vendre eux-mêmes leur récoltes aux initiatives décroissantes, localistes, écologiques et anti-consommation toute une frange de notre peuple réagit et construit parfois inconsciemment les outils de contre-pouvoir.

[...]

La vérité est je crois que nous passons bien trop de temps à dénoncer et à nous lamenter et pas assez à analyser et construire. Et quand nous le faisons, bien peu suivent. »

Loin des ghettos militants stériles et des discours incantatoires qui le sont tout autant, il faut reprendre pied dans le réel, dans nos campagnes, chez nos commerçants, dans nos villes et nos villages. Il faut soutenir les petites entreprises, être bénévoles associatifs, être attentifs et à l'écoute, nous devons plus que jamais être des sentinelles. Il est possible d'agir, pas dans la France muséographiée, dans la France idéologisée ou dans la France fantasmée mais au sein de la France telle quelle est. Bien loin des idées préconçues, il y a un peuple qui vit et qui agit. Nous qui disposons de tous les outils dialectiques et théoriques nous pouvons dès à présent faire le plus important, mais aussi le plus difficile, agir sur le terrain pour atteindre des objectifs: autonomie, localisme, souveraineté populaire et identité vécue. La révolution ne peut pas être seulement métapolitique ou culturelle mais passe aussi par des initiatives économiques.

Jean/C.N.C.

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source.

TRACE Normandie: Randonnée à la sente aux moines - 23 et 24/05/15

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27/04/2015

Chronique musicale: Leviathan "Scar Sighted"

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Leviathan "Scar Sighted"

(Profound Lore Records, 2015)

Fjords, forêts enneigées et (pseudo) messes noires ; telles sont les images, pour ne pas dire les clichés, qui viennent à l’esprit lorsque l’on se réfère au Black metal. Genre musical extrême et très européo-centré dans sa majorité, le Black metal, qui embrasa l’Europe du nord au début des années 90, su s’exporter dans divers pays du globe. Terre de Rock'n’roll par excellence, mais également en pointe quant aux styles de musiques énervées comme le Hardcore, le Thrash metal et le Death metal, les Etats-Unis semblèrent à la traine pendant de longues années avant de voir l’émergence de groupes de qualité que sont par exemple Grand Belial’s Key, Weakling, Xasthur ou Nightbringer.

Leviathan est indéniablement l’un des fers de lance de ce que l’on appelle maintenant « l’USBM » (US Black Metal). A l’instar de nombreuses formations du genre, Leviathan est le projet d’un seul homme, Jeff Whitehead, plus connu sous le pseudonyme de Wrest. Sacré personnage que cet artiste talentueux et touche à tout (multi instrumentiste, tatoueur mais aussi ancien skateur) mais névrosé jusqu’à la moelle. Basé pendant longtemps à San Francisco qu’il inondait d’innombrables démos CD-R avant d’accoucher de son premier véritable album The Tenth Sub Level of Suicide, Wrest enchaîna les splits, les albums et autres démos jusqu’en 2008 où ce dernier annonça la fin du projet. Mais 2011 marquera le retour de Leviathan aux affaires avec un nouvel album ainsi que des ennuis judiciaires, Jeff Whitehead étant alors accusé de viol sur sa petite amie de l’époque…


L’eau a depuis coulé sous les ponts et la situation de Wrest s’est grandement améliorée (il est entre temps devenu père). Scar Sighted déboule début mars 2015 précédé de quelques extraits prometteurs et surtout de cette magnifique couverture du magazine Decibel où l’on voit le principal intéressé poser fièrement avec sa fille -parée d’un tricot Leviathan- dans les bras ; véritable doigt d’honneur à cette scène musicale sclérosée par ses propres codes et surtout à tous ces bouffons maquillés comme des pandas et à la horde d’internet warriors qui les vénèrent tels des gourous. Après une intro atmosphérique et introspective comme seul Leviathan sait les faire, « The smoke of their torment » nous saute à la gorge ! Tout de suite on se demande si l’on ne sait pas trompé d’album : on croirait entendre un groupe de Death metal ! Scar Sighted est à l’image de cette première salve, l’album, tout en étant clairement du Leviathan pur jus, surprend par sa diversité. Sonorités Death metal, chants clairs torturés, guitares acoustiques, rythmes tordus pouvant rappeler Meshuggah, ponctuent un album qui marque un renouvèlement dans la continuité. Car au-delà de l’apport de ce sang neuf bienfaiteur, le style est reconnaissable entre mille. Mieux, Wrest a su combiner le meilleur de sa discographie dans un opus varié, rythmé et, comme à son accoutumé, de haute qualité.

La folie, la neurasthénie et le sentiment de déréliction habitent cette œuvre qui s’imposera d’elle-même comme l’une, voire comme la meilleur sortie Black metal de 2015. Brassant un nombre conséquent d’influences, Scar Sighted a le mérite de mettre un bon coup de pied au cul à une scène figée dans le marbre, adepte malgré elle de pratiques consanguines alors qu'elle se voulait justement être un style éthique et esthétique incarnant la Rébellion et le non-conformisme.

Donatien / C.N.C.

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26/04/2015

Bethune Retro 2015 (28-30.08)

11:00 Publié dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0)