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11/04/2015

7 films à voir ou à revoir sur le Handicap

Ludwig van Beethoven était sourd ! Ce qui ne l'empêcha nullement d'être le plus formidable des compositeurs de musique classique. Le poète anglais John Milton, atteint de cécité à l'âge de 43 ans, publie quelques années plus tard, son maître-livre, Le Paradis perdu. Philippe Croizon, quadri-amputé, parvient à relier les cinq continents à la nage. L'aède Homère n'est-il pas toujours représenté aveugle ? La perception des handicaps physique et mental reste encore largement stéréotypée dans nos sociétés contemporaines. Pourtant, on estime à 16% le taux de la population française déclarant un handicap au cours de sa vie. Le handicap demeure l'un des sujets tabous par excellence. La peur l'emporte, de même que l'impossibilité de savoir comment se comporter avec une personne handicapée. Ce sont très largement ces causes qui favorisent l'exclusion des personnes souffrant d'une diminution de leurs capacités physiques ou psychiques. Sujet mineur dans le 7ème art, quelques films ont néanmoins choisi de prendre le sujet à bras le corps.

 

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CAVALCADE

Film français de Steve Suissa (2005)

Il est des êtres à qui la vie sourit ! Léo est de ceux-là et jouit de sa vie sans entraves et en toute insouciance. Fêtard noctambule reconnu au sein de la jet-set qu'il affectionne, Léo, professionnel de la drague, multiplie les conquêtes féminines. Léo a tout ce qu'il veut. Sa compagne Alizée souffre de cette existence facile et somme son ami de changer son mode de vie s'il veut conserver son amour. Tandis qu'il part la rejoindre, Léo effectue une sortie de route et termine sa course dans un ravin. Sorti d'une longue période de coma, Léo apprend que son corps ne lui obéira jamais plus. Léo s'était crû mort. C'est paradoxalement maintenant que va débuter sa vraie vie...

Certes, il est permis de se demander les raisons qui ont poussé le réalisateur a faire tenir le rôle principal à l'humoriste Titoff ! Nonobstant sa performance rarement à la hauteur, le film entame une réflexion sur le sens d'une vie révélée par la tétraplégie, sans parvenir à émouvoir véritablement. Basé sur l'histoire vraie de l'acteur et écrivain Bruno de Stabenrath, la réalisation bénéficie d'un scénario néanmoins solide.

 

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DE ROUILLE ET D'OS

Film français de Jacques Audiard (2012)

Ali doit désormais s'occuper de son fils, âgé de cinq ans, qu'il connaît à peine. Marginal, sans domicile, sans ressources, ni amis, il n'a d'autre choix que de se réfugier chez sa sœur à Antibes. Hébergé dans le garage du pavillon, sa vie s'améliore sous le doux soleil de la côte azuréenne. Et l'enfant trouve en sa  sœur une mère de substitution. Engagé comme videur dans une boîte de nuit, Ali rencontre la belle Stéphanie à la suite d'une bagarre. Stéphanie est dresseuse d'orques dans un parc aquatique. Un jour, le spectacle de dressage tourne au drame. Réveillé en pleine nuit par un coup de fil, Ali retrouve la jeune femme mal engoncée dans un fauteuil roulant. Amputée de ses jambes, Stéphanie ne se berce plus d'illusions sur la beauté de son futur. Ali va l'aider à reprendre goût à la vie sans pitié ni compassion...

De film en film, Jacques Audiard s'impose comme l'une des plus sûres valeurs du cinéma français contemporain. Son sixième long-métrage se révèle une réalisation aboutie de bout en bout et parvient à émouvoir sans jamais sombrer dans le pathos. Lui, le marginal dénué de tout sens des responsabilités, elle, être brisé par de puissantes mâchoires. Deux paumés qui vont s'entraider sans bonté, sans empathie ni compassion. Aussi, ne lui fait-il pas l'amour pour le plaisir de la jeune femme mais juste par hygiène. Un excellent film à des années lumières de la mièvrerie socialement correcte d'Intouchables.

 

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LA FAMILLE BELIER

Film français d'Eric Lartigau (2014)

Dans la famille Bélier, tout le monde est sourd. Tout le monde à l'exception de la pimpante Paula, seize ans. Au sein de l'exploitation agricole familiale en Normandie, Paula officie en tant qu'interprète entre tous les membres de la famille, de même qu'elle régit la vie de toute la famille avec le monde extérieur. La présence de l'adolescente à la ferme est indispensable pour ses parents lorsqu'il s'agit de répondre au téléphone, traiter avec le banquier ou... expliquer au gynécologue les problèmes de mycoses et champignons de ses parents. Passionnée par le chant, la lycéenne est poussée par son professeur de musique à participer au concours de maîtrise organisé par Radio-France. Malgré eux, les parents craignent l'émancipation de leur fille dont la poursuite d'une carrière dans la chanson entraînerait irrémédiablement son éloignement...

La scène chez le gynécologue est juste hilarante. Un film souvent drôle et toujours tendre qui met en lumière les incompréhensions entre les membres d'une même famille paysanne atteinte de surdité et une jeune fille prisonnière de jouir de l'intégralité de ses sens. Car malgré ce handicap surmontable, les bonheurs sont simples dans la famille Bélier. Et le drame pourrait bien survenir de l'épanouissement de leur fille. Révélée par un télé-crochet, la rafraichissante Louane Emera excelle pour son premier rôle.

 

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HASTA LA VISTA

Film belge de Geoffrey Enthoven (2012)

Jozeph, Lars et Philip sont trois amis âgés d'une vingtaine d'années qui désespèrent de perdre leur virginité. Le moins qu'il soit permis de dire est qu'ils partent avec un handicap pour séduire les femmes que le trio aime autant que le vin. L'un est aveugle, l'autre inséparable de son fauteuil roulant et le dernier complètement paralysé. Mais puisqu'ils sont déterminés à perdre leur pucelage dans un bordel spécialisé pour handicapés, le trio embarque pour un voyage, à l'insu de leurs parents, à travers la France jusqu'en péninsule ibérique dans l'espoir de jouir de leur première expérience sexuelle ; une jeune femme leur servant ce chauffeur et d'infirmière. Bientôt rattrapés par leurs parents, le périple des Flamands ne peut qu'être totalement rocambolesque...

Quelle vie sexuelle pour des adolescents lourdement handicapés mais soumis au même travail hormonal que les héros d'American Pie ? Traiter du handicap par le burlesque est un pari risqué et parfaitement réussi ici, même si le style impose parfois une narration trop convenue. Burlesque certes, mais très politiquement incorrect et voyeur. Et le réalisateur a raison de multiplier les gros plans de ces corps suppliciés pour mieux maintenir le spectateur dans une position souhaitée inconfortable.

 

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LES IDIOTS

Titre original : Idioterne

Film danois de Lars von Trier (1997)

Karen entame une longue dérive sublimée par sa nature introvertie. Attablée dans un restaurant, elle observe une jeune femme tentant de faire manger proprement deux handicapés mentaux. Les trois individus, dont elle se rapproche, l'intègrent bientôt à leur communauté. Repliés dans une maison de la banlieue de Copenhague, un groupe d'adultes anti-bourgeois, mené par Stoffer, occupent leurs journées à trouver et mettre en scène leur idiot intérieur et adoptent le comportement d'attardés mentaux. Au sein de leur société idéale, ils s'affranchissent de toutes leurs inhibitions tandis qu'ils observent les réactions compatissantes ou gênées de la société extérieure lorsqu'ils jouent aux déficients en ville ; recherchant volontairement l'humiliation et les situations les plus dégradantes...

Réalisateur génialissime ou sombre décadent ?, Lars von Trier ne laisse personne indifférent. Une chose est sûre, son cinéma anarchisant n'est jamais avare de provocations. En témoigne la scène de partouze non simulée. Filmé caméra à l'épaule, Les Idiots est presque une œuvre d'improvisation. Pas de musique, dialogues sur le vif, lumière naturelle, nous voilà à la frontière du cinéma-réalité, le tout cherchant à déstabiliser le spectateur renvoyé à une sombre introspection face à l'anormalité. Les Idiots constituent le chef d'œuvre du Dogma 95, que proclame Lars von Trier pour le centenaire du cinéma et visant la création d'un art critiquant la dérive bourgeoise de la Nouvelle vague. Dérangeant donc à voir impérieusement !

 

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LE SCAPHANDRE ET LE PAPILLON

Film français de Julian Schnabel (2007)

Jean-Dominique Bauby est rédacteur en chef du magazine féminin Elle. Décembre 1995, victime d'un accident vasculaire cérébral, il sort tétraplégique de vingt jours de coma et dénué de la parole. Son état de "légume" n'altère par contre nullement ses capacités psychiques. En phase de rééducation, Jean-Dominique est suivi par une équipe de thérapeutes lui apportant un réconfort total et lui réapprenant à vivre. Pour cet homme fossilisé dans le marbre, le clignement de sa paupière gauche demeure son dernier espace de communication. A raison d'un clignement pour sélectionner la lettre d'alphabet qu'on lui lit, Jean-Dominique entreprend de cette manière l'écriture d'un roman dont chaque matin, pendant des semaines, il  a mémorisé les phrases avant de les dicter...

Film tiré du roman éponyme du héros et publié quelques jours avant sa mort, emporté par une pneumopathie le 9 mars 1997. Vit-on quand la seule mobilité d'un être est une paupière ? Ne fait-on que survivre lorsque l'on jouit de l'ensemble de ses facultés cognitives ? Loin de tout pathos lacrymophile, la réalisation oscille remarquablement entre le scaphandre oppressant un corps végétatif et le papillon libérant un esprit vagabond. Une œuvre bien évidemment mélancolique mais non-dénuée d'autodérision. 

 

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THE SESSIONS

Film américain de Ben Lewin (2012)

"Homme, 38 ans, cherche femme pour relation amoureuse, et plus si affinités", petite annonce ô combien banale ! "En revanche paralysé... Amatrices de promenades sur la plage s'abstenir", voici qui ferait faire machine arrière à n'importe laquelle des femmes à la recherche de toute idylle. Mark O'Brien est poète, journaliste et fervent catholique. Victime d'une attaque de poliomyélite dans son enfance, Mark passe la majeure partie de sa vie allongé dans un appareil permettant la ventilation pulmonaire. Contre toute attente, Chéryl, une thérapeute faisant office d'assistante sexuelle, répond à son annonce. Bien que secrète, Cheryl va initier Mark à des sensations inédites. Mark peut enfin aimer...

Lumineuse Helen Hunt ! Enfin un rôle à sa hauteur, elle qui semblait condamnée à naviguer dans le soporiphisme du divertissement familial américain. Tendresse, délicatesse et humour, le tout non dénué d'un certain rigorisme quant à l'évolution de la thérapie menée par une profession inexistante en France : assistant(e) sexuel(le), assimilée à une certaine forme de prostitution. Le sexe peut-il, doit-il, pénétrer les thérapies d'accompagnement des personnes tétraplégiques ? Avec finesse, la réalisation de Lewin répond par l'affirmative.

Virgile / C.N.C.

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source

 

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