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04/04/2015

7 films à voir ou à revoir sur les Années de plomb

"Tuer un fasciste n'est pas un délit", tel est le blanc-seing proclamé et bombé sur les murs de l'Italie de la fin de la décennie 1960. Les formations néo-fascistes italiennes font l'objet d'une répression impitoyable orchestrée par l'Etat tandis que les organisations communistes révolutionnaires s'abandonnent à la lutte armée et au terrorisme, sans oublier de mettre en pratique le mot d'ordre évoqué plus haut. L'Italie et l'Allemagne, et dans une moindre mesure d'autres Etats dans le monde entier, viennent d'entrer dans les Années de plomb. Passées à la postérité à l'issue de la sortie sur écrans du film éponyme de Margarethe von Trotta, les Années de plomb désignent ainsi les deux décennies de guerre civile et d'agitation révolutionnaire qui ensanglantèrent la société et marquèrent de manière indélébile tant de destins. Rien que pour l'Italie, le bilan se dresse ainsi à 380 morts et près de 2.000 blessés. Si les cinémas italien et allemand n'ont, par bonheur, pas manqué de s'intéresser à cette période trouble, on regrettera, bien évidemment, leur partialité contrastant avec une certaine mythologisation de la lutte d'extrême-gauche. Pour ceux qui désireraient explorer le sujet plus avant, est-il besoin de préciser l'impérieuse nécessité de plonger dans la trilogie de notre ami, camarade et témoin Gabriele Adinolfi, Nos belles années de plomb, Orchestre rouge et Années de plomb et semelles de vent ?

 

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LES ANNEES DE PLOMB

Titre original : Die Bleierne Zeit

Film allemand de Margarethe von Trotta (1981)

En Allemagne, Juliane et Marianne sont deux sœurs engagées dans le combat militant. Si la première est journaliste passionnée et publie dans un journal féministe, la seconde, pourtant de nature plus réservée, abandonne mari et fils pour épouser la lutte radicale communiste révolutionnaire. Arrêtée, Marianne est emprisonnée et entame une grève de la faim à l'approche du procès. Mais elle est bientôt retrouvée morte dans sa cellule de prison. Juliane ne peut croire que sa sœur se soit donné la mort. Tandis que son mari la quitte, elle décide de recueillir l'enfant de sa sœur cadette qui, lui aussi, est animé du feu de la révolte...

Le titre du film aura fait florès dans l'histoire en offrant son nom à cette période de tension ; la réalisatrice ayant elle-même pioché le nom dans la délicieuse poésie de Hölderlin. Pour sa réalisation, von Trotta s'est librement inspirée de faits réels : le suicide carcéral de Gudrun Ensslin, membre fondatrice de la Fraction Armée Rouge, dont la sœur avait repris à son compte l'enquête sur son décès. Avec brio, la réalisatrice fait s'alterner les flash-back favorisant l'immersion dans l'enfance des deux sœurs et l'analyse comportementale et sociologique de la jeunesse ouest-allemande de la seconde moitié du 20ème siècle. 

 

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LA BANDE A BAADER

Titre original : Der Baader Meinhof Komplex

Film germano-franco-tchèque d'Uli Edel (2008)

Attentats à la bombe meurtriers, braquages, enlèvements, la République Fédérale d'Allemagne est le théâtre d'opérations d'une organisation clandestine d'extrême-gauche redoutablement violente. Son nom ? Fraction Armée Rouge. Fondée par le trio Andreas Baader, Ulrike Meinhof et Gudrun Ensslin, la R.A.F. entend mener un combat sans merci contre l'impérialisme américain qui s'apparente à leurs yeux au nouveau fascisme. Ces révolutionnaires entendent contribuer à l'émergence d'une société plus humaine, au moyen d'actions terroristes sanglantes. La fragile République allemande entame une pourchasse impitoyable à l'encontre de l'organisation. Horst Herold est le chef de la police, instigateur des coups de filet qui sonnèrent le glas de l'organisation. Consciencieux, Herold n'en est pas moins compréhensif à l'égard d'une jeunesse consciente que se profile un totalitarisme larvé. Et surtout lucide, il sait que ce trio n'est que la partie visible de l'iceberg...

Remarquable adaptation de l'histoire de la R.A.F. depuis sa création en 1967 jusqu'à l'"automne allemand" de 1977 qui culmina avec le suicide en prison des principaux responsables de l'organisation. La mise en scène s'avère efficace et musclée, sans jamais sombrer dans le cul-de-sac du simple film d'action. L'analyse politique affleure tout au long du film, à travers une parfaite évocation des principales figures de la R.A.F. Un film qui évite remarquablement le manichéisme. A ne pas manquer !

 

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CHRONIQUE D'UN HOMICIDE

Titre original : Imputazione di omicidio per uno studente

Film italien de Mauro Bolognini (1972)

Fabio est étudiant en architecture, d'extraction bourgeoise et militant dans la formation d'extrême-gauche Lotta Continua. Lors d'une manifestation à laquelle il participe, de violents affrontements entre policiers et manifestants ensanglantent la rue. Un étudiant est retrouvé mort, tué d'une balle de revolver de calibre 7,65, tandis que Fabio est lui-même blessé. S'emparant d'un poing américain traînant au sol, il blesse mortellement un policier. C'est l'un de ses compagnons de lutte, Massimo Trotti, qui se retrouve inculpé d'homicide. Fabio manifeste l'intention de se constituer prisonnier, bientôt dissuadé par son chef de cellule. Le juge Aldo Sola est chargé de l'enquête sur ce double assassinat et ne tarde pas à découvrir l'implication de Fabio. Et il s'avère que Sola n'est autre que le propre père de Fabio. La confrontation morale et idéologique entre les deux hommes s'avère inévitable...

Fantastique réalisateur italien, jamais avare de la sublimation des luttes sociales,  Bolognini réalise ici un coup de maître d'une parfaite mesure et renvoie l'ensemble des protagonistes dos à dos. D'un côté, les institutions italiennes, plus particulièrement judiciaire et policière, prêtes à jeter en prison un manifestant, certes subversif, mais innocent du meurtre dont on l'accuse. De l'autre, une organisation prolétaire révolutionnaire qui consent à laisser croupir en geôle ce même manifestant, dont la détention arbitraire autorise le maintien d'une stratégie de la tension avec l'Etat. A voir immanquablement !

 

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ILS ETAIENT LES BRIGADES ROUGES 1969-1978

Documentaire français de Mosco Lévi-Boucault (2011)

9 mai 1978, l'assassinat par balle du responsable démocrate-chrétien italien Aldo Moro marque le point culminant de l'action terroriste des Brigades Rouges, fédération d'organisations communistes révolutionnaires, formées huit années plus tôt à Milan. Etudiants ou ouvriers, les brigadistes constituaient le fer de lance de la déstabilisation révolutionnaire communiste des années de plomb. Attentats, enlèvements et meurtres contraignent l'Etat italien à voter les lois d'exception. Victime d'arrestations massives, l'aventure des brigadistes se termine par de longues peines d'enfermement...

Le documentariste dresse ici le portrait de quatre de ces brigadistes, membres du commando responsable de l'enlèvement d'Aldo Moro, qui tentent de retrouver leur place dans une société italienne du troisième millénaire étrangère à leurs vœux sociétaux. Divisé en deux parties, le film explore la genèse de la création des Brigades et leur conversion à la lutte armée. Si les quatre protagonistes ne s'avèrent nullement partisans de la langue de bois, lumière n'est guère faite sur certains évènements troubles, tel l'attentat de la Piazza Fontana à Rome, instituant la mouvance néo-fasciste comme l'ennemi principal de la démocratie italienne ; les formations révolutionnaires de gauche bénéficiant alors d'une certaine forme d'impunité. Intéressant !

 

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ROMANZO CRIMINALE

Film italien de Michele Placido (2005)

Rome dans les années 1970, surnommés Le Libanais, Le Froid, Le Dandy ou Le Nazi, des voyous du quartier de la Magliana entreprennent la conquête de la cité de la Louve de la manière la plus spectaculaire. Le baron Rossellini est bientôt kidnappé et assassiné, malgré le versement de la rançon. L'importe somme perçue est réinvestie dans le trafic de drogue. La petite bande criminelle se hisse très rapidement parmi l'élite des voyous italiens. Et ce, pendant 25 années. Le commissaire Scialoia est déterminé à mettre un terme à leur ascension. Et il possède un atout de choix en la personne de Patricia, sa maîtresse, magnifique prostituée de luxe, que le commissaire partage avec Le Dandy...

Si la réalisation de Placido n'est pas à proprement parler un film politique sur l'évocation des années de plomb, le réalisateur n'en oublie pas pour autant de mélanger subtilement l'ascension sanglante des protagonistes avec le contexte politique italien des années 70 et 80, à travers l'assassinat d'Aldo Moro, l'attentat de la gare de Bologne ou l'instrumentalisation de la pègre pour lutter contre la subversion de l'extrême-gauche. Si Placido, bien évidemment ne rétablit pas la vérité sur les manipulations héritées du dynamitage de la gare bolognaise, il ne manque pas de pousser le réalisme jusqu'à faire lire Julius Evola au Nazi. Une fiction brillante, rapide et sans temps mort. Et avec Anna Mouglalis d'une lascivité érotique débordante...

 

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RUE DE LA VIOLENCE

Titre original : Milano trema : la polizia vuole giustizia

Film italien de Sergio Martino (1977)

Giorgio Caneparo est un flic au tempérament sans concessions, l'un des plus durs de sa brigade. Lors d'un transport de prisonniers en fourgon cellulaire, une échauffourée éclate. Deux détenus en fuite sont tués et Caneparo en prend pour son matricule. La tragédie se poursuit avec l'assassinat de son ami et supérieur hiérarchique, abattu en pleine rue. Caneparo est bien décidé à venger son collègue en infiltrant, en dehors de toute enquête officielle, la pègre locale. Padulo est bientôt identifié par le policier comme le chef de la bande criminelle. Le flic-justicier entend bien utiliser les méthodes les plus expéditives pour pallier la lenteur et le laxisme de l'institution judiciaire...

A l'image de Romanzo Criminale, Rue de la violence n'est pas non plus un film politique de prime abord. La décennie 1970 a néanmoins largement favorisé l'essor de nombreux poliziotteschi, polars à l'italienne fortement teintés du sceau du politiquement incorrect, où le contexte d'agitation révolutionnaire, bien que secondaire, est affleurant. Ici réside l'une des réponses du cinéma transalpin pour conjurer les angoisses d'une société empreinte d'un large sentiment d'insécurité. Curieusement, ce film passé absolument inaperçu en France a été distribué sous pas moins de sept titres différents !

 

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LA SECONDA VOLTA

Film italien de Mimmo Calopresti (1995)

A Turin en hiver, Alberto Sajevo, professeur universitaire spécialiste de l'organisation du travail, croise par hasard Lisa Venturi. Elle ne se souvient pas de lui. Lui, en revanche, n'oubliera jamais le visage de Lisa. Et pour cause, ancienne terroriste des Brigades Rouges, elle avait tenté de le tuer douze années auparavant. La balle est d'ailleurs toujours logée dans le cerveau du professeur et une complexe et dangereuse opération médicale est bientôt prévue pour l'en extraire. Lisa, qui a été condamnée à trente années de prison,  tente de refouler son passé. Alberto fait en sorte de multiplier les rencontres et de croire les allégations de la jeune femme. Nullement employée de bureau, Lisa est contrainte de retourner passer chaque nuit en prison. Et Alberto est perpétuellement hanté par le souvenir de sa tentative d'assassinat, provoquée par l'ex-brigadiste amnésique. Qu'attend-il de la multiplication de ces rencontres ?...

"Pourquoi moi ?", telle est la question qui obnubile le professeur. De la manière la plus délicate et désenchantée, le film aborde subtilement la question du pardon et de l'oubli, bien qu'il se préserve de fournir une réponse au spectateur. Autre question intérieure subtilement dosée : "Que reste-t-il des idéaux révolutionnaires après douze années de captivité ?" Un point de vue original sur les années de plomb et son empreinte socio-psychologique. Une œuvre tout en nuances.

Virgile / C.N.C.

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source

Commentaires

L'Affaire des cinq lunes

https://www.youtube.com/watch?v=-SYwWBMyBRs

Écrit par : Bob | 04/04/2015

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