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05/03/2015

Chronique de série : Steins;Gate

 Chronique : Steins;Gate

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Populaire au Japon, le roman interactif (ou Visual Novel) est peu connu en France. On pourrait le définir comme un hybride entre le livre (audio), la bande dessinée et le jeu vidéo*. La principale action est de défiler le texte pour avancer l’histoire, mais des interactions ponctuelles peuvent faire évoluer le scénario dans un sens ou dans un autre. Certaines de ces étrangetés deviennent tellement populaires qu'ils se dérivent sous plusieurs formes (mangas, séries, films, théâtre, …) et s'exportent du pays du soleil levant. Steins;Gate appartient à cette catégorie et nous allons parler de la série animée suivant la « Vraie fin » du jeu (qui en compte 6 au total). Elle rencontra le succès et des critiques très (très) positives depuis sa sortie, en 2011, qui la place souvent à la tête des meilleurs feuilletons japonais jamais créés.**

L’histoire se déroule dans le quartier otaku*** de Tokyo en 2010. Elle se centre sur Okabe Rintaro, un étudiant excentrique, s’autoproclamant être un scientifique fou du nom d’Hououin Kyouma (littéralement phœnix du temple - Vérité maléfique) qui combat l’ «Organisation». Lui et ses amis vont être amenés à travailler sur un micro-onde pouvant altérer l’espace-temps. Sans être découverts, ils doivent faire marcher la machine afin de contrer les plans d’une énigmatique entité.

Le but d’un bon récit est de parvenir à acquérir l’implication du spectateur. Pour y parvenir il faut un monde peuplé de personnages donnant envie de s’y immerger. Steins;Gate opte pour la proximité avec le public en choisissant la culture populaire d’internet et les gens qui la consomment. Les protagonistes sont donc tous des produits du XXIe siècle, en plus loufoques. Okabe en est un bon exemple ainsi que ses amis comme Daru le « nerd » pervers ou Mayuri la confectionneuse de « cosplays ». Je vous rassure même s’ils semblent tous caricaturaux au premier abord, ils se révèlent tous profonds par la suite. Cependant, la série ne s’ancre pas seulement dans le quotidien, elle s’y échappe. L’exotisme, vecteur de fascination, provient ici du thème du voyage dans le temps qui anime et guide la narration. Si celui-ci a été maintes fois traité, il apporte céans son lot d’idées personnelles qui construisent intelligemment l’intrigue. En outre, l’œuvre laisse une grande place au mystère, lequel incite à aller plus loin. Nous sommes par conséquent, dans un cadre à la fois étranger et familier (entrevu dès le premier épisode).

On pourrait diviser la série en deux. La première partie met plus l’accent sur le côté comédie grâce à l’absurdité des situations et des dialogues. De nombreux d’éléments superficiels au premier coup d’œil la ponctue, ils auront leur importance plus tard. Une mise en tension progressive se dessine au fur et à mesure des épisodes jusqu’à une rupture scénaristique. Après celle-ci, nous basculons dans une deuxième partie beaucoup plus dramatique, sérieuse et sombre. Ce déroulement donne beaucoup de sens à l’ensemble. Persévérez donc si le début vous rebute.

Toute bonne création est révélatrice sur son époque et approfondit notre compréhension du monde. Que l’on vous rassure, Steins;Gate n’est pas du vide calibré exclusivement pour divertir, une piqûre de rappel sur la dégénérescence du festivus festivus contemporain. Si le feuilleton s’échappe du réel, c’est seulement afin de mieux nous éclairer sur celui-ci. Il retranscrit de façon saisissante le rapport de la post-modernité au réel et au temps. Il aborde (plus ou moins directement) également de nombreuses questions existentielles intemporelles à travers la nécrose (méta)physique du héros. Là où Steins;Gate impressionne, c’est qu’il ne sacrifie aucunement l’histoire en faisant cela.

Le studio White Fox, qui a réalisé l’adaptation du « Visual Novel », a réussi un tour de force. Il a raccourci habilement 25 heures de lectures**** en 24 épisodes de 22 minutes sans en trahir l’essence. Néanmoins, dans la seconde de partie certains passages auraient mérité d’être plus développés afin de renforcer leurs impacts. Semblablement certaines scènes absentes auraient donné plus de profondeur et de noirceur à la série. Je pense notamment à une séquence particulièrement malsaine, uniquement présente dans le roman interactif. Je ne blâme pas la production pour cela, elle a jonglé avec les contraintes, toutefois des épisodes plus longs ou supplémentaires auraient été la bienvenue tout simplement. Au-delà de cela, il est judicieux d’éviter la comparaison avec le médium d’origine parce qu’ils ont tous les deux leurs limites respectives.***** La partie graphique de l’animé quant à elle tient la route, se voulant très propre. On voit parfois que des astuces de mise en scène ont été utilisées pour ne pas faire exploser le budget, mais elles savent rester discrètes. Pour finir, la bande originale contient des morceaux adaptés aux différentes situations et le thème musical « Gate of Steiner » mérite une écoute.

En guise de conclusion, je crois que ce qui a fait le succès de Steins;Gate est que derrière sa complexité apparente, se cache une histoire simple et sensée. Certains feraient bien d’en prendre de la graine au lieu de proposer des mauvaises productions, juste efficaces dans leur rôle de savon psychique.

PS : L’épisode spécial et le film qui sont respectivement l’épilogue et la suite de la série (du roman interactif aussi) valent le coup d’œil.

* : Pour les connaisseurs, on pourrait l’apparenter aux « livres dont vous êtes le héros »

** : Le Visual Novel (que l’auteur de ses lignes préfère à l’animé) n’existe qu’en anglais dans nos contrées, il aurait été inutile de le chroniquer.

*** : Otaku est un terme désignant une personne qui consacre une certaine partie de son temps à une activité d'intérieur comme les mangas, anime, les idoles japonaises, ou encore les jeux vidéo liés à la culture japonaise. (Source : wikipédia)

**** : si on ne compte que la Vraie fin.

***** : Par exemple, vous ne pouvez pas dans une série faire des choix et voir leurs conséquences, de même que vivre l’histoire à travers les yeux du héros, ni trop rentrer dans les détails, etc.

Valentin/C.N.C.

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source.

Commentaires

Merci pour l'article.
Du coup, pour quelqu'un qui n'a ni lu, ni vu ce manga, il vaut mieux commencer par l'anime ?
Le fansubing est de qualité ?

Écrit par : aristide | 07/03/2015

Si tu as un niveau correct d anglais (au niveau lecture) et que tu as plus de temps à investir, je te conseille le visual novel en premier. La traduction officielle est excellente, l'histoire est plus complète et les fins alternatives apportent un vrai plus en abordant des problématiques qui ne sont pas entrevues dans l'animé.
Ceci-dit la série reste une très bonne adaptation. Le fansubing français a fait un bon boulot même si certains choix de traduction me laissent perplexes (comme la culture moe appelé culture de la beauté en français).
J'espère que ma réponse te satisfait.

Écrit par : Valentin | 08/03/2015

Oui, c'est parfait.
Merci.
Dès que j'aurais un peu de temps, j'y jetterai un coup d'oeil !

Écrit par : aristide | 09/03/2015

Les commentaires sont fermés.