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29/01/2015

Pendant ce temps-là, les adolescents se suicident...

Les médias ont largement parlé ces derniers jours de la parution du livre de Nora Fraisse Marion, 13 ans pour toujours. Dans celui-ci, l’auteur, mère d’une ado qui s’est donné la mort il y a deux ans, traite d’un sujet très préoccupant et très symptomatique de « notre » société malade : le suicide des adolescents.

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« Notre » belle société y est habituée depuis près de 3 décennies. Ce n’est pas une nouveauté et cette cause de mortalité est l’une des principales chez les moins de 20 ans. Cela est connu. Dans un monde d’excès comme le nôtre, il était impensable que cela ne s’arrête qu’aux adolescents et ne finisse pas par toucher les jeunes ados ou pré-ados. C’est chose faite ! Plusieurs affaires ont été traitées par les médias ces derniers mois au sujet d’enfants de 12-13 ans se donnant volontairement la mort. La première constatation que l’on peut en tirer, c’est que nous vivons dans une époque de mal-être généralisé. S’il est choquant de voir des jeunes de 12-13 ans (donc des enfants quelque part) se suicider, ce n’est pas étonnant à mon sens.  Pourquoi ? Premièrement, parce que nous vivons dans un monde sans repères et le passage entre l’enfance et l’âge adulte est une phase souvent difficile. Cette phase s’appelle « l’adolescence ».  C’est une émanation du monde moderne car jadis nos anciens passaient directement de l’enfance à l’âge adulte. Pas de période intermédiaire. Comment se fait le basculement aujourd’hui? A quel moment ? Ce passage est-il évident pour l’enfant ? Y-a-t-il un rite de passage, un évènement qui le fait sortir de l’enfance ? Je ne le pense pas et l’entrée au collège ne joue certainement pas ce rôle… La plupart des groupes sociaux ayant été abattus dans la société libérale (Famille, Eglise, Armée, scoutisme, etc…), les enfants cherchent bien souvent leurs propres rites de passage : le jeu du foulard, la première cigarette, la première cuite, le premier joint, la multiplication des partenaires sexuels, les scarifications, l’identification aux stars, et bien sûr, la consommation effrénée… tout ça participe à cette transition douloureuse et sans repères sociaux et culturels.

Le monde adolescent est souvent difficile pour plusieurs raisons : conflits avec les parents, à l’école, transgression progressive de différents interdits etc. Il semble cependant que ce soit le plus souvent le monde du collège qui soit à mettre en cause dans les suicides de jeunes adolescents. Le collège… On sait ce que c’est… Dans un bon nombre d’établissements en France, aucune autorité n’existe et le laxisme est la règle. Les élèves sont livrés à eux-mêmes et sont surtout livrés à une foule hétéroclite de racailles en devenir, nourris par la violence télévisée au rabais, le rap, les médias et la société de consommation et qui ne connaît ni le civisme ni le respect ni aucune valeur noble. Celui qui n’est pas « à la mode » ou « ringard » sera vite marginalisé voire humilié pour telle ou telle petite différence. Il sera raillé devant tout le monde sur place et même sur Facebook… La moindre différence trop perceptible de look, d’attitude, de comportement (les « intellos » ou les « rêveurs ») vaut souvent l’exclusion de groupes souvent formés autour de petits imbéciles qui, bénéficiant du laxisme en vogue dans toute la société, se croient tout permis. En premier lieu, celui de tyranniser les plus faibles, les plus vulnérables, les plus gentils ou les plus isolés. Le groupe contre celui ou celle qui est seul(e) et qu’il est facile d’humilier ou de harceler… Un article du Nouvel Observateur fait justement le portrait de la petite Marion (voir photo) : « sensible, artiste, drôle à faire hurler de rire son père et ses camarades, mais aussi parfois dans son monde, en quête d'affection, touchée par le malheur des autres. Une cible idéale. » Pour diverses raisons, la jeune fille était devenue la risée d’un bon nombre d’élèves qui la considéraient comme une « pute », une grosse, une fille mal roulée car sans seins (voyez déjà comment est jugée une gamine de seulement 13 ans…) et surtout une « boloss », « suprême insulte en 2013 » nous indique-t-on (voyez plus bas l'une des lettres laissées par Marion avant de se suicider). Une « boloss », donc une jeune fille blanche normale sans soutien réel et dont la bande d’amis ne fait pas partie de la racaille issue de la diversité… Cette petite racaille qui est la plupart du temps responsable de toutes ces « incivilités » (pour reprendre le vocabulaire victimaire du système) et qui, elle, ne se suicide pas. Cela ne touche que les petits blancs, vulnérables de par la société et leurs parents. Ils ne sont pas habitués au conflit et restent désarmés face à la méchanceté et à la violence : ils sont seuls et ne peuvent/savent se défendre. Des « cibles idéales » comme ils disent…

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Recentrons notre propos. Certes, les moqueries et autres humiliations à l’école ont toujours existé mais il semble qu’aujourd’hui, elles agissent sur l’état moral des jeunes adolescents bien plus qu’auparavant… et avant tout car elles sont incessantes et omniprésentes. On n’est plus harcelé qu’à l’école mais sur son téléphone, sur Facebook, devant tout le monde en somme. Il n’est plus possible de séparer le monde privé (à la maison) du monde de l’établissement scolaire. Tout est lié : privé et public. Un weekend tranquille sera vite pourri lorsque l’adolescent se verra insulté sur les réseaux sociaux. Stress. Attente insupportable d’un retour en classe qui offrira son lot d’humiliations…Pas de temps mort. Cela amène, après des semaines, des mois voire des années d’un tel traitement, certains adolescents à se donner la mort, seule issue pour eux dans une société où rien ne semble pouvoir les protéger de la honte, de la pression, des menaces.

Deux autres enfants dont on a beaucoup parlé ces derniers mois se sont suicidés pour ces raisons : Pauline, 12 ans, originaire de Lens, en 2012 et Mattéo, 13 ans, originaire de Savoie, en 2013. Humiliés par leurs « camarades » et, apparemment, défendus mollement par les adultes, ils sont finalement passés à l’acte. Ils n’avaient pas de problèmes familiaux mais leurs parents connaissaient la situation qu’ils vivaient au collège et avaient tenté d’y remédier, en vain. On sait bien que l’autorité molle de l’Education Nationale ne fait peur à personne et les enfants ont bien conscience qu’ils sont seuls face à leurs problèmes et estiment qu’on ne peut rien faire pour eux. Et c’est là qu’il convient de ne pas se mettre des œillères : le système ne protègera pas vos enfants efficacement et ne les armera pas pour faire face à la vie. Et c’est selon moi, un travers qu’ont beaucoup de parents aujourd’hui : ils ne préparent pas leurs enfants aux problèmes actuels et les laissent complètement désarmés face à tout type de conflit. Ce désarmement est total : moral, spirituel et physique. Face à une société qui n’est angélique qu’à travers le prisme de la télévision, les parents ont le devoir de donner confiance en eux à leurs enfants et à les renforcer, avant tout moralement, face au monde bancal que nous connaissons. Voici un exemple malheureux d’aveuglement comme on le trouve trop souvent : Mattéo, dont nous avons parlé plus haut, s’ouvre de ses problèmes à son père et lui demande de lui apprendre à se battre. Le père le dit lui-même : « J’ai toujours refusé. Moi, j’avais plutôt envie de lui apprendre le respect, le bonheur, les choses de la vie et de la nature. Je lui ai conseillé de ne pas se laisser approcher à plus d’un mètre. » Le discours du père pourrait se comprendre mais il convient de réaliser que nous et nos enfants ne vivons pas chez les Bisounours, ce n’est pas parce que la vie semble plus facile à notre époque que le conflit a disparu. Il est partout et il est de notre devoir d’y préparer nos descendants. Cela n’empêchera pas tous les drames mais aura au moins le mérite de préparer les générations à venir (qui sont bien mal parties…) à faire face à l’adversité.

Rüdiger / C.N.C.

NB: Version revue et corrigée d'un ancien article paru sur le CNC: Quelques considérations sur le suicide des pré-adolescents… Les photos proviennent de l'article du Nouvel Observateur en lien plus haut.

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source.

 

Commentaires

Il y a deux aspects à ces affaires : le caractère tragique et émotionnel, en premier.

L'aspect décomposition sociale voulue d'autre part.

Écrit par : ericbasillais | 29/01/2015

On peut se demander ce qui passe par la tête des parents qui savent que leur enfant se fait maltraiter à l'école, et qui n'y font rien. A tout le moins, on ne laisse pas sa progéniture dans la cage aux lions, on l'en retire dès que possible ! D'où vient cette idée folle que l'école est inévitable et obligatoire pour tous ? L'école est une invention récente. Nos enfants y souffrent, sont maltraités et n'en sortent pas grandis.

Comment faisaient nos pères ? Ils grandissaient au contact de la nature, dans le giron familial, donc dans l'amour et la tendresse. Non pas dans la violence, les rapports de domination ethnique et le conditionnement à la consommation.

Pour ma part il est bien clair que mon fils (encore jeune) n'ira pas à l'école -- à moins qu'il demande de lui même à y aller. J'invite tous les parents à regarder le film de Clara Bellar "être et devenir" qui porte sur la déscolarisation. Pour ma part ce film (en dépit des inévitables scories bien pensantes et boboïdes) m'a ouvert les yeux.

Les propos du père de Matteo sont délirants de par leur décalage total avec la réalité. Mais c'est cohérent avec le mépris total de l'enfant qui est la norme dans notre société post-famille, post-tradition, où le nihilisme est la règle et la réalité un mythe.

Je ne veux pas juger trop sévèrement ces parents mais il est manifeste qu'ils n'ont pas su protéger leurs enfants. Ils portent leur part de responsabilité.

Écrit par : Papa patriote | 29/01/2015

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