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16/08/2014

La Russie et le Nouvel Ordre Mondial

La Russie et le Nouvel Ordre Mondial

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La tribune d’Aymeric Chauprade n’en finit pas de susciter des réactions et des commentaires. Comme on pouvait s’y attendre, la mouvance (plurielle) des anti-sionistes y voit une trahison ou un reniement là où d’autres se félicitent de cette prise de position au nom de la lutte contre l’islam radical.

En revanche un élément ne semble jusqu’à présent n’avoir suscité aucun commentaire, l’optique russe clairement expliquée dans ce texte et qui fait suite à un certain nombre de prises de positions personnelles d’Aymeric Chauprade ou du parti dont il est désormais le conseiller pour l’international, le Front National. Les communiqués de nationpresseinfo ne font aucun mystère sur le fait que le FN n’est pas sur une ligne d’équilibre dans les relations entre l’Ukraine et la Russie mais prend délibérément parti en faveur de la Russie et de ses intérêts. Des personnalités du FN ont même soutenues publiquement l’insurrection du Donbass amalgamée avec le soutien aux populations.

Si nous lisons les sites « dissidents » depuis plusieurs mois (et années), cette double optique à la fois russe et israélienne pourrait apparaître contradictoire. En effet on nous rebat les oreilles sur l’opposition de Poutine au Nouvel Ordre Mondial et sur le rôle de la Russie dans l’opposition à l’axe « atlanto-sioniste ». Nous allons y revenir, mais avant cela il nous faudra faire un historique très lapidaire du dialogue entre l’Europe, l’Occident et la Russie et surtout du rapport que nous entretenons avec la Russie.

La Russie, que ce soit l’empire russe, l’URSS ou la Russie moderne a toujours joué un rôle clef sur le plan géopolitique à l'époque contemporaine. Ainsi la Russie appartenait à la Triple Alliance lors de la Première Guerre mondiale avec le Royaume-Uni (et son empire) et la France (et son empire). La création de l’URSS par Lénine rebattra les cartes, ce sera au tour des mouvements communistes de prôner l’alliance avec la Russie. Au sein de la révolution conservatrice allemande, le « national-bolchevique » Ernst Niekisch sera un partisan du rapprochement avec l’URSS. Hitler lui-même, pourtant hostile à Niekisch, fera sceller le pacte germano-soviétique. Puis vint la Seconde Guerre mondiale. L’URSS se rallia aux Alliés contre l’Axe à la suite de la rupture du pacte germano-soviétique. Les Alliés et l'URSS remportent la guerre. La bipolarité qui s‘instaure véritablement à partir de 1947 avec le fameux « rideau de fer » éloignera la Russie pour les européens qui seront inféodés peu à peu aux Etats-Unis à l’exception des communistes, des gaullistes  et des partisans de Jean Thiriart. Vient alors le temps de la construction européenne et de la lutte anti-communiste. Puis vient la chute de l'URSS et du « bloc de l'Est ». La Russie sort du jeu, les Etats-Unis deviennent une hyperpuissance, pour reprendre  Hubert Védrine, c'est le Nouvel Ordre Mondial.

Depuis la chute de l’URSS, la Russie demeure une énigme. Nain géopolitique sous Eltsine, le président Poutine a quant à lui œuvré au redressement de son pays, c’est un fait indéniable. Très rapidement, la Russie et les Etats-Unis ont donné la sensation que l’action de Vladimir Poutine plaçait le plus grand pays du monde par sa superficie à être une épine dans le pied du projet hégémonique des Etats-Unis, en particulier pour le contrôle du heartland. Les mouvements « nationalistes révolutionnaires » et « identitaires » ont commencé à regarder la Russie comme un pays avec lequel nous pourrions construire une Europe libérée des chaînes atlantistes et mondialistes, d’autant que Poutine a chassé de Russie certains oligarques peu scrupuleux à cette période. En parallèle, la presse occidentale a commencé à mener régulièrement des campagnes de presse hostile à Vladimir Poutine pouvant aller jusqu’à la désinformation. Parce que je considère les Russes comme des cousins et la Russie comme une sœur de la vieille Europe, je faisais partie de ceux – quoi que beaucoup plus jeune à l’époque évidemment – à être favorable au projet d’Eurosibérie énoncé par Guillaume Faye. Ce projet qui permettrait à l’Europe de s’assurer un destin et de ne plus dépendre des manœuvres atlantistes. Guillaume Faye préconisait en effet une « autarcie des grands espaces [pour] rompre avec les dogmes très dangereux de la mondialisation ». En parallèle, la pensée du national-bolchevique Limonov et de son ancien acolyte Alexandr Douguine s’est peu à peu popularisée et diffusée en France, notamment à travers les travaux d’Alain de Benoist, du site VoxNR ou de la revue Rébellion. Il en va de même pour son corollaire, l’eurasisme, sur lequel j’ai déjà donné mon sentiment en un paragraphe qui me semble se suffire à lui-même. Aymeric Chauprade quant à lui a beaucoup œuvré à diffuser la vision géopolitique d’un monde multipolaire, notamment au sein de la Nouvelle Revue d’Histoire alors qu’elle était dirigée par Dominique Venner. Un débat a pu se nouer entre des partisans de l’Eurosibérie, projet identitaire européen et ceux de l’Eurasie, moins attachés au fait ethnique. La question de l’islam étant une pierre d’achoppement essentielle.

Les derniers événements en Ukraine auront pu entériner le fait que la parole de Faye, Chauprade ou Douguine, chacun à leur façon, a été reçue 5/5 chez la grande majorité des nationalistes, des identitaires, des nationaux-bolcheviques ou des dissidents. Le soutien à la Russie est sans faille et le Kremlin peut compter sur une petite armée de propagandistes zélés. Pourtant, à mesure que le tropisme russe s’accroît, la réalité du pouvoir russe se fait de plus en plus visible. La répression des nationalistes russes allant jusqu’aux assassinats, l’arsenal répressif contre « l’extrémisme » ou contre les idées politiquement incorrectes se fait de plus en plus fort et n’a strictement rien à envier à ce que nous connaissons en Europe de l’ouest. Aucun de ces éléments n’a été relayé dans ses mouvances en Europe, à l’exception de quelques officines confidentielles souvent reliées à la mouvance dite « ultranationaliste ». A côté de cela les relations entre Poutine et Israël se sont renforcées.

Mi-avril, Israël fait faux bond aux Etats-Unis sur l’Ukraine et début juin une ligne directe et sécurisée est créée entre Poutine et Netanyahou. Ces informations qui m’avaient échappées à l’époque mettent en lumière les propos d’Aymeric Chauprade et ceux d’Israël Shamir que j’ai cités dans mon article précédent :

"Certes Israël est aujourd’hui encore très lié aux États-Unis mais ceux-ci commencent à s’en détourner et Israël adopte une posture multipolaire en construisant des relations fortes avec la Russie, l’Inde, la Chine." Aymeric Chauprade

"La semaine dernière [NDLR: en juin], l'historien militaire israélien Martin van Creveld est passé par Moscou. En 2003, il s'était rendu célèbre en menaçant l'Europe d'anéantissement nucléaire (l'option "Sanson") en disant: "Israël a la capacité de couler le monde entier avec nous, et c'est ce qui va se passer, avant qu'Israël se soumette à d'autres". Cette fois-ci il a expliqué aux Russes la nouvelle politique israélienne: tandis que les US entrent dans leur déclin, Israël doit diversifier et consolider ses projets en se rapprochant de Moscou, de Pékin et de Delhi, a-t-il écrit dans le quotidien Izvestia." Israël Shamir

De là à penser que la « multipolarité » telle qu’elle nous est vendue est une nouvelle tartufferie, je ne suis pas loin de franchir le pas. Les Etats-Unis, au sein duquel le courant isolationniste se renforce, seraient peut-être bien tentés de lâcher du lest et de sous traiter à leurs partenaires l’intervention dans les différents conflits du monde. Ainsi Obama n’a pas mis les pieds en Israël lors de son premier mandat et sous-traite aux Européens le conflit en Libye, aux Qataris le conflit en Syrie contre al-Assad ou aux Kurdes la contre-offensive envers l’EIIL. Les Israéliens n’étant pas dupes de cette tendance et du refroidissement des liens qui les unissent aux Etats-Unis au profit des pétromonarchies, seraient tentés de trouver de nouveaux partenaires. La Russie est de ceux-là et cela prend tout son sens si on regarde un peu l’histoire d’Israël et du sionisme et les relations russo-israéliennes.

On a tendance à ignorer la place importante des juifs russes lors la fondation de l’Etat d’Israël et leur omniprésence à la Knesset. Beaucoup de personnalités de l’histoire israélienne ont des origines familiales en Russie comme Chaim Weizmann, premier président de l’Etat d’Israël, son neveu Ezer Weizmann, militaire et septième président de l’Etat d’Israël, Ariel Sharon ou encore Avigdor Eskin, journaliste et politicien de la droite radicale israélienne qui exhorta la Russie à s’engager contre Maïdan et qui pointa bien avant les événements en Ukraine le (soit disant) retour en grâce de Stepan Bandera dans l’opinion publique ukrainienne.  D’après Israël Shamir : « Il clame que le gouvernement israélien a d'ores et déjà décidé de sauter du train US pour monter dans les wagons russes, que des commandos israéliens sont en route pour aller se battre pour les Russes à Donetsk, et que les autorités israéliennes vont retirer sa nationalité israélienne à Kolomoysky. ». Bien que cela soit exagéré, ces témoignages de nouvelles orientations se font de plus en plus nombreux. Par ailleurs, mi-avril, le journal le Point rapporte des propos d’Avigdor Lieberman, le chef de la diplomatie israélienne qui aurait déclaré : "Un jour, nous aurons un ministre de la Défense russophone, un président russophone, et peut-être bientôt un Premier ministre russophone !". Dans le même article, nous apprenons que la ministre de l’intégration des immigrants, Sofa Landver, a grandi à Léningrad (Saint-Petersbourg). En France le conservateur William Goldnadel, président de l’association France-Israël est également d’ascendance russe. Intéressant également, ce que nous pouvons lire sur le site de géopolitique diploweb : « La visite officielle en Russie est devenue un passage quasi incontournable pour tout dirigeant israélien soucieux de s’attirer l’électorat russophone dont les voix sont réellement déterminantes dans l’issue des élections en Israël. Les responsables politiques russes semblent quant à eux désireux de rencontrer leurs homologues israéliens à la fois pour saluer les Russes d’Israël mais aussi pour encourager la signature de nouveaux contrats au service des intérêts russes. L’ancienne élite technique et scientifique juive soviétique a constitué un indéniable moteur à la croissance économique israélienne. Très représentés dans les métiers de la technologie de pointe, les Russes ont apporté un savoir-faire qui a consolidé le potentiel d’excellence d’Israël dans le domaine. Ces Israéliens d’origine russe représentent d’ailleurs un véritable « pont économique entre les deux pays. ».  Par ailleurs beaucoup de juifs russes sont dans l’entourage de Poutine comme nous l’avions déjà indiqué  comme Arcady Rothenberg – (métallurgie, construction), Roman Abramovitch – 107e fortune mondiale (hydrocarbures, sport), Mikhail Friedman - 41e fortune mondiale (pétrole, secteur bancaire, télécommunications), Len Blavatnik – 44e fortune mondiale (divers), Oleg Deripaska (aluminim, services publics)  ou encore Leonid Mikhelson – 47e fortune mondiale (gaz, produits chimiques). Certains occupent même des postes dans les congrès et organisations liés à leur communauté.

Tout cela n’est pas étonnant, beaucoup de juifs vivaient et vivent toujours en Europe de l’est et 20% des israéliens ont aussi la nationalité russe, beaucoup le revendiquant même avec fierté en Israël en affichant des drapeaux russes. Même la presse française « officielle » l’a déjà évoqué. Sans oublier les liens entretenus par Poutine et le judaïsme orthodoxe. Citons par exemple le rabbin loubavitch Berel Lazar, grand rabbin de Russie. Né à Milan formé dans une école rabbinique de New York (Collège rabbinique d’Amérique, Morristown, New Jersey). En 1990, Berel Lazar a été nommé rabbin de la synagogue Maryina Roshcha de Moscou. En 1992, Lazar rencontre à Moscou le diamantaire israélien Lev Leviev avec qui il se lie d’amitié.  Ce dernier le présente aux hommes d’affaire juifs russes Boris Berezovski  et Roman Abramovich. Abramovich, ami intime et appui politique de Poutine le présente au futur président de Russie qui une fois au pouvoir le fera grand Rabbin et citoyen russe. (Les deux extraits en italique proviennent d’un article publié en avril d’Arnaud de Robert).

Le constat que nous pouvons établir, c’est que sans diminuer les mérites d’Egalité & Réconciliation, il apparaît que le travail sur le sionisme russe et la « question juive » en Russie n’a été fait nulle part à l’exception notable de celui d’Hervé Ryssen et de Pierre Hillard. L’autre constat que nous pouvons établir, c’est que Poutine, conformément à sa stratégie, s’appuie sur les minorités russes partout où elles sont et Israël ne fait pas exception à la règle.

Vous allez me dire: oui mais au fond, quel intérêt de raconter tout ça? Je pense que si il faut éviter les monomanies et ne pas "essentialiser" la question juive, au sens où chaque juif incarnerait le mal absolu (ce n'est pas le propos), il faut dans le même temps ne pas se faire berner sur la question de la lutte contre le sionisme, le mondialisme et le capitalisme. Le sionisme, le mondialisme et le capitalisme, qui sont trois sujets distincts pouvant se recouper, sont d'abord et avant tout une affaire de réseaux. Sur ce point, il convient donc de faire abstraction des apparences et de constater le caractère transnational de ces réseaux, qui vont indistinctement de New-York à Moscou en passant par Londres, Paris, Bruxelles ou Tel-Aviv et ne se limitent pas, d’ailleurs, à la communauté évoquée précédemment. L'erreur pour beaucoup de « nationalistes » est donc d'être rentré à l'instar des anciens communistes devenus dissidents "patriotes" dans une dialectique post-guerre froide reprenant les mêmes ingrédients qui opposerait un impérialisme atlanto-sioniste à des nations non-alignées, résistantes, défendant la civilisation européenne, chrétienne ou d'autres formes de spécificités (comme le chiisme), le tout dirigé par la Russie. Les réseaux sionistes, mondialistes et capitalistes sont dans les deux camps et les deux schémas (l'hegemon atlantiste et la multipolarité) peuvent être deux formes de contrôle par les mêmes types de réseaux. Il est donc impossible d'analyser l'optique israélienne de Chauprade sans se poser la question dans le même temps de son tropisme russe. Il est possible qu'au sein même de ces réseaux, deux factions s'opposent, une faction "libérale", favorable aux Etats-Unis (incarnée chez nous par BHL par exemple) et une faction "conservatrice" favorable à la Russie. Les nationalistes, les dissidents et les anti-capitalistes sont en train de se faire manipuler par des schémas maintes fois rebattus où on oblige les gens à « choisir leur camp » alors que tous les camps appartiennent d’une façon ou d’une autre au Système. Vladimir Poutine est par exemple citoyen d'honneur de la City (Pierre Hillard) et pendant que certains s’enfoncent dans le bourbier du Donbass, il entérine les accords entre Rosneft et Exxon (compagnie pétrolière dont JP Morgan est actionnaire et dans laquelle des membres de Goldman Sachs sont au conseil d‘administration).

Ce qui se joue en Ukraine est donc symptomatique de la confrontation de deux réseaux qui ont surement des divergences sur le plan économique et géopolitique voire même philosophique (libéralisme vs conservatisme) mais qui ont aussi des points communs dans les objectifs visés (libre-échange, multiculturalisme, contrôle des matières premières, affaiblissement de l’Europe, etc…). Alexandre Soljenitsyne, l’auteur de « l’Archipel du Goulag » mais aussi de « Deux siècles ensembles » a écrit en 1981: « Cette intolérance furieuse dans la discussion sur la question russo-ukrainienne (nuisible pour les deux nations et utile seulement pour leurs ennemis) me fait particulièrement mal parce que je suis moi-même d'origine russo-ukrainienne, que j’ai grandi dans une ambiance imprégnée par ces deux cultures et que je n'ai jamais constaté et que je ne discerne toujours aucun antagonisme entre elles. J'ai eu maintes occasions d'écrire et de parler en public de l'Ukraine et de son peuple, de la tragédie de la famine ukrainienne, j'ai beaucoup de vieux amis en Ukraine, j'ai toujours été au courant des souffrances russes et des souffrances ukrainiennes subies sous le communisme. Dans mon cœur il n'y a pas de place pour le conflit russo-ukrainien et si, que Dieu nous garde, les choses en arrivent aux dernières extrémités, je peux dire que jamais, en aucune circonstance je n'irai moi-même ni ne laisserai mes fils participer à un affrontement russo-ukrainien, quelque zélées que fussent les têtes folles qui nous y pousseraient. ».

Cet extrait devrait nous faire réfléchir sur ceux qui tiennent les manettes de chaque côté et poussent à la fracture ukraino-russe déjà entamée par l’URSS. Nous ne pouvons feindre d’ignorer que les oligarchies prospèrent sur le chaos qu’elles engendrent fait de confrontation, d’instabilité, de faiblesse du pouvoir, de cinquième colonne et de réseaux apatrides. Le conflit indirect entre l’Ukraine et la Russie sert les intérêts de l’Oligarchie au même titre que celui entre Européens et arabo-musulmans qui détourne de la lutte contre la submersion migratoire ou entre chiites et sunnites qui affaibli durablement le Moyen Orient. Ces conflits conduisent à accroître la polarisation entre des groupes sociaux et ethniques pour générer un chaos propice à la prédation capitaliste. De fait, à moins d’aspirer à un chaos général d’où on ne sait pas bien ce qui en sortirait de positif, il nous faut être très prudent dans les positions que nous prenons et dans les soutiens que nous affichons.

Vous pouvez continuer de fermer les yeux si ça vous arrange et résumer la géopolitique en un conflit entre les méchants atlanto-sionistes et les gentils russes défenseurs de l’Europe éternelle et de la libératrice multipolarité. On vous aura prévenu. D’ailleurs qu’a fait concrètement la Russie de Poutine au Kosovo, en Libye ou à Gaza pour parler de trois exemples si chers à certains ? Rien.

Gabriele Adinolfi fait partie des rares à avoir envisagé le conflit actuel en Ukraine comme un nouveau Yalta, position que nous pouvons élargir à d’autres conflits et à d’autres régions du monde. En 1985, Guillaume Faye, qui est aujourd'hui dans la même optique qu'Aymeric Chauprade, écrivait alors dans son Nouveau discours à la nation Européenne : « Depuis Yalta, l'Union Soviétique et les Etats-Unis sont des puissances associées qui collaborent « naturellement », pour empêcher leur concurrent commun de s'unir et de se relever. Aussi maintiennent-ils l'Europe à terre, démembrée et impuissante, sans même avoir besoin de se concerter. Un tel réflexe d'autodéfense géopolitique – La constitution d'une ligue implicite contre un concurrent – est commun dans l'histoire : Athènes et Thèbes contre Sparte, Romains et Gaulois contre Germains, François 1er et le Grand Turc contre l'Empire des Habsbourg, l'Angleterre et la Prusse contre Napoléon, etc... » . Cette vision des choses peut surprendre, mais à l’heure où Poutine choisit de s’exprimer depuis Yalta, le jeu d’échec américano-russe se fait encore aujourd’hui au détriment des Européens. Les sanctions actuelles par exemple pénalisent bien plus les Européens que les Etats-Unis, ce ne sont pas les chantres du Traité transatlantique qui vont s’en plaindre, trouvant ici un argument pour faire avancer le projet.

En 2011, Nicolas Sarkozy a commandé à Jean-Pierre Thomas, ancien député et gérant-associé de la banque Lazard, un rapport sur les relations économiques euro-russes. Publié en 2012, il préconisait une zone de libre-échange entre l'UE et la Russie. Dans le même temps, Vladimir Poutine, alors premier ministre, lançait l’idée d’une Union eurasiatique inspirée de l’Union européenne et Dimitri Medvedev, alors président, signait les accords pour une Commission eurasiatique, copie de la Commission européenne. Ce projet pourrait logiquement englober des pays non européens. Les Etats-Unis y sont bien surs opposés, mais cela est-il une raison valable pour approuver ce projet ? Dans le cas présent aussi, on constate que les Russes copient non seulement le si nuisible projet « eurocratique » mais que les rapports avec les Russes sont toujours traités sous l’angle du libre-échange. A l’instar du projet européen, volé par les technocrates et les libéraux, le projet eurasiste suit la même voie et les accords euro-russes également. Il n’y a ici aucune logique civilisationnelle. L’Argent est la seule valeur commune.

Or quels sont nos objectifs ? La renaissance de l’Europe et la préservation des Européens sur le plan culturel et identitaire ainsi que la sortie du capitalisme sur le plan économique. Ces objectifs ne sont pas ceux défendus ici.

A la lumière de cet article, il ne sera j’espère plus possible de faire avaler des couleuvres au sujet de la Russie de Poutine ni chez les anti-sionistes, ni chez les partisans de l’Europe libérée.

Il convient donc à mon sens de définir un positionnement clairement alter-européen qui adopte une position équilibrée sur la Russie: partenariat mais avec lucidité et fermeté. C’est ce qu’on aurait pu attendre du FN.

Que la Russie soit un partenaire stratégique et économique, soit, personne ne le conteste, qu’elle soit une sœur de notre l’Europe, personne ne le conteste non plus, mais fermer les yeux sur la nature réelle du pouvoir russe, c’est non. Nous ne pouvons pas appuyer aveuglément les oligarchies qui divisent les Européens entre eux. C’est une nouvelle fois une question de principe. Surtout quand celles-ci usent d’une rhétorique antifasciste et hostile à l’ethno-nationalisme et qu'elles n'ont pas de projet de sortie du capitalisme. Pour court-circuiter les réseaux mondialistes, il ne faudra probablement compter sur personne d’autre que nous même. Comme souvent.

Jean/C.N.C

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source.

Commentaires

Un article salvateur et indispensable a la lecture!

Écrit par : WnHtim | 16/08/2014

En total accord avec ce texte, merci.
Pour sauver la civilisation européenne, nous devons détruire le capitalisme qui est à l'origine de tous ses maux. Ce constat exposé, il est évident que Poutine est notre ennemi.
Salutation enracinées et merci pour ces textes de mise au point.

Écrit par : Mandrin | 16/08/2014

Texte très bien rédigé et complétement inattaquable. Tout y est dit, l'accointance de Poutine avec l'oligarchie, ses relations avec Israël, les USA et l'Europe en générale. Le projet eurasien de Poutine est aussi, voire plus dangereux que le projet libéral Occidentale, car Poutine joue sur plusieurs tableaux, et parvient à s'attirer la sympathie de gens ayant des idéaux différents. Il mène en bateau les patriotes et leur inculque une idéologie qui déstabilise totalement l'idéologie alter-européenne qui était pourtant en pleine montée en puissance avant le conflit en Ukraine.
Sur ce qui se passe actuellement, j'ai bien peur qu'on ne puisse pas faire grand chose, si ce n'est soutenir financièrement et moralement nos camarades slaves qui se battent pour le projet national-socialiste.

Écrit par : alter38 | 16/08/2014

Accord total.
Merci pour cet article que tout le monde devrait lire et que je vais me permettre de relayer.

Écrit par : Carine | 17/08/2014

Alter38

"nos camarades slaves qui se battent pour le projet national-socialiste"

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Voilà. Il fallait bien que quelqu'un dise une énormité.

Qu'est-ce qui vous prend de sortir ça ?

Vous croyez vraiment que les patriotes ukrainiens sont des nazis ?

Vous avez pris ça chez Berruyer ?

Non mais, franchement...

Sinon, sur l'article du CNC, globalement en accord, mais je trouve que les références à ce zinzin de Pierre Hillard et l'accent excessif mis sur Israël et les lobbies juifs affaiblissent le propos.

Écrit par : Boreas | 17/08/2014

Effectivement nous sommes en droit de craindre qu'en luttant contre l'Impérialisme Américain ... pour "s’allier aux Russes, comme il serait tout naturel que les européens le fassent s’ils avaient conscience de la nécessité de penser en termes continentaux." (Alain de Benoist) les Russes nous imposent ensuite leurs séries TV, leurs chaines de restauration rapide, leur films d'actions et enfin leur théologie dispensationaliste ! et j'allai oublier comme vous le mentionnez très justement leurs nombreuses interventions militaires. Mais fort heureusement vous avez la solution, avec votre bande de copains et vos petits bras ballants vous allez combattre à la fois la Russie mafieuse et L'Empire de la décadence pour instaurer une nouvelle Europe "blanche" complètement indépendante et prospère et tout ça sans armée et sans poids politique. Quel humour ! il est temps de poser les stylos et de sortir prendre l'air ...

Écrit par : Albert | 17/08/2014

Poutine est un salaud que cache des Kalach dans des boites de sardines !! si si toute la presse fwancaise le dit !!

Écrit par : Paule Pot | 17/08/2014

Albert est typique de la mentalité des patriotes inutiles. C'est cela le problème en France : comme vous, bien des français sont devenus d'un pessimisme morbide, ne croient plus en rien, alternent cynisme et mépris pour tout et n'importe quoi, à un point tel qu'il en viennent, comme vous, à considérer que la France et l'Europe est composée de "petits bras ballants", et que donc il faudrait se soumettre forcément au nouveau messie que serait Poutine, qui est, je le rappelle, le plus sanglant des dictateurs d'Europe depuis Staline. Je ne pourrais que vous répondre que l'Europe, certes en dormition, a été, est, et sera le bloc le plus puissant au monde. Pour peu qu'il soit uni et qu'il croit en lui-même. Avec des gens comme vous, ce n'est pas gagné. Heureusement, les forces vives existent encore dans ce pays.
Concernant votre remarque, qui se veut ironique, sur les productions américaines. J'ai une nette préférence pour les séries américaines (il y en a d'excellentes) ; je crois que Walking Dead, True Detective, The Wire, ou Game of Throne, se vendent très bien de par le monde ... au contraire des séries russes, qui j'espère n'arriveront pas sur nos écrans TV (le niveau actuel est déjà bas, il ne faudrait pas descendre encore plus). Idem pour le cinéma : si de nombreux films américains sont très mauvais, les meilleurs sont aussi à aller chercher du côté outre-atlantique. Je serais curieux de savoir ce que vous admirez tant dans le Russie poutinisée ? Les tablettes Samsung (ils en sont friands), les BMW rutilantes , les Limousines? Les sushis? Peut-être le bling-bling de ses nouvelles élites corrompues?

Écrit par : Thomas R | 21/08/2014

Merci Thomas R pour votre remarque, notamment en prenant l'exemple des séries américaines dont j'avais déjà fait état dans un commentaire sur un autre article. Vous avez de bons goûts.

Écrit par : aristide | 22/08/2014

http://breizatao.com/2014/08/27/ukraine-offensive-finale-sur-donetsk-la-transdniestrie-en-alerte/

"- Le président russe en a profité pour déclarer à l’attention du président ukrainien mais surtout à l’attention de celle de la représentante de l’Union Européenne, que l’UE, l’Ukraine et l’Union Douanière devrait travailler à un but commun : une union économique allant “de Lisbonne à Vladivostok”. Vladimir Poutine donne donc à ce projet une dimension officielle en proposant directement aux dirigeants européens la perspective d’une alliance stratégique euro-russe comme conclusion naturelle de l’actuel conflit."

Certains nous recommandent de poser notre stylo, ils devraient quant à eux changer de lunettes.

Écrit par : Gardien du phare | 28/08/2014

Vive la Russie !!!!

Écrit par : François | 17/09/2014

Les commentaires sont fermés.