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10/08/2014

La vérité, rien que la vérité et toute la vérité.

collier-534567-49091_570x0.jpg« Seule la vérité est révolutionnaire » proclama Antonio Gramsci, alors en rivalité avec Bordiga pour la constitution d’une force révolutionnaire authentique. Cette maxime est depuis abondamment citée (souvent à tort et à travers).

Enrichie par les œuvres dystopiques de Georges Orwell, d’Aldous Huxley ou de Ray Bradbury, la question de la vérité est au centre des préoccupations de tous ceux qui cherchent à constituer un monde plus juste. Elle est en tout cas un principe avec lequel nous ne pouvons pas transiger.

Or, trop nombreux sont ceux qui sacrifient ce principe pour servir leur soupe, y compris dans nos rangs.

Le rôle de la technique accroît ce phénomène, la moindre rumeur est amplifiée par les réseaux dits « sociaux ». Ainsi tel que j’écrivais dans un article précédent : « Cette intox est emblématique de la façon dont circule l’info aujourd’hui, y compris chez les "dissidents" et dans la "réinfosphère" : une rumeur, un propos mal interprété et la viralité du web fait le reste. Ajoutez à cela l’incompétence journalistique, le besoin de buzzer, la capacité pour les uns et les autres de voir le monde comme ils aimeraient qu’il soit et non comme il est, et vous avez tous les ingrédients des « hoax », des « fake » et autres intox en tout genre. Cet avertissement doit conduire à une règle d’or : pas de commentaires à l’emporte pièce sur des faits non établis. »

Nous pouvons reprendre cela point par point :

L’être humain des sociétés dites « développées » est sans arrêt abreuvé d’informations s'il ne se coupe pas un tant soit peu des moyens de communication. Plus rien – ou presque – ne peut préserver quiconque de l’information. Le simple fait d’aller consulter vos mails peut vous conduire par exemple à devoir passer par une page d’accueil bourrée d’infos (et de pubs). En parallèle de cette assaut informatif, la capacité critique des individus à tendance à s'amoindrir. En effet pour pouvoir faire le tri dans cette information pléthorique sur un nombre de sujets incalculable (on passe en 10 minutes d’un crash d’avions, des terroristes du Sahel à Mme Michu qui bronze à Palavas-les-flots ou aux résultats sportifs) on convoque une armada de spécialistes qui sont là pour nous aider à y voir plus clair. On ne sait pas sur quels critères sont choisis ses spécialistes, mais ce sont eux qui font l’opinion, avec les différents journalistes qui véhiculent l’information. Ainsi tout le monde a accès à une information formatée, sans capacité de contradiction, le spécialiste étant l’autorité morale. Tout le monde connaît l’expérience de Milgram où les individus sont capables d’infliger des chocs électriques mortels parce que le scientifique leur a commandé de le faire. On a souvent tendance à y voir la « docilité » des individus face aux ordres. Mais on a tendance à oublier que cette « docilité » n’est due qu’à la confiance placée dans le spécialiste. Ainsi l’acceptation de l’information (ou son rejet) ne vient que de la confiance qu’on place dans le spécialiste, dans le journaliste, dans celui qui s’exprime.

C’est ainsi que va naître la « réinfosphère ». Convaincus que spécialistes et journalistes sont « vendus au système », ou sont des « charlatans », un grand nombre d’individus n’accordent plus leur confiance aux médias dominants. Leur démarche s’assortit d’une volonté de « dire la vérité ». 1984 d’Orwell ou le Meilleur des Mondes d’Aldous Huxley sont convoqués, nous vivons dans un monde du mensonge, les médias nous mentent, d’où la belle expression de Michel Collon sur les « médiamensonges ». Aidées par les « nouvelles technologies de l’information et de la communication », ces informations alternatives, dissidentes, différentes sont là pour réinformer et « rétablir la vérité ». Mais on omet une chose, comme l’a écrit Friedrich Nietzsche, « Il faut toujours choisir soigneusement ses ennemis parce qu’on finit par leur ressembler ». Cette citation est-elle en train de devenir une réalité dans notre mouvance ?

En effet, pour faire contre-feu à l’écrasante domination, incontestable, des médias classiques dits « officiels », la « réinfosphère » s’arme elle aussi de ses spécialistes, de ses journalistes dissidents et de toutes ces personnes qui prétendent proclamer la « vérité vraie ». La masse de tout ceux qui ont pris conscience que le système ment, accorde donc une confiance absolue à cette « réinfosphère » avec le même panurgisme que tous les « mougeons »* qui s’informent dans les groupes de presse dirigés par Bouygues, Rothschild ou Dassaut. Or, il arrive que la « réinfosphère » soit elle-même à côté de la plaque ou travestisse la réalité. Elle finit par ressembler à son ennemi. Que ce soit dans la diffusion de l'information "à chaud" ou dans l'étalement d'approximations historiques pour ne citer que quelques exemples.

Au risque de recevoir les foudres de certains, le conflit en Ukraine est en train par exemple d’entacher très sérieusement la crédibilité de la « réinfosphère » et de rompre avec le principe de vérité et de réinformation. Le phénomène que je décris précédemment est en train de se produire : le manque de confiance accordé aux spécialistes du système conduit mécaniquement à accorder sa confiance à ceux qui portent une information alternative. Ainsi ceux qui ne croient pas les médias occidentaux boivent tout ce qui sort des médias « dissidents », des médias russes ou de la « réinfosphère pro-russe » comme du petit lait. Facebook, twitter, faisant le reste. C’est ainsi que le nombre de « hoax » ou de « fake » des pro-russes n’a strictement rien à envier à celui du camp d’en face. Mais comme le « mougeon » peut aussi être frappé du sceau de la dissidence, la simple affirmation de cette vérité conduit à être vu de façon suspecte. Quelques tours de passe-passe rhétorique et autres tartufferies suffisent à rétablir la « vérité qui nous arrange » et à condamner le poil à gratter.

Parfois on en arrive donc à avoir le sentiment de se retrouver en 1947 avec la doctrine Jdanov qui opposerait d’un côté l’impérialisme fasciste capitaliste autour des Etats-Unis et de l’autre les résistants anti-impérialistes et démocratiques qui défendent la liberté des peuples autour de la Russie. Ainsi le gouvernement de Kiev (pour lequel je n’ai aucune sympathie) issu des élections, devient « la junte fasciste et putschiste » de Kiev alors que dans le même temps le référendum en Crimée organisé en quelques jours est un « formidable exemple de démocratie », le bataillon Azov aurait été détruit (il combat toujours), Dmytro Yarosh aurait été tué (il est toujours vivant) et on pourrait en aligner encore une bonne fournée. Une propagande répond à une autre. Le système se nourrit de ce spectacle, comme deux sportifs se renvoyant la balle. Les européens sont les pions du jeu d'échec americano-russe. Il serait pourtant tellement simple d’agir en présentant les points de vue pour ce qu’ils sont : des points de vue, avec toute l'importance que cela peut avoir dans la façon dont chaque partie se représente le monde, les situations ou les objets. Mais il faut éviter de tomber dans le Spectacle prétendument réinformateur confinant parfois au débilo-complotisme.

Pour notre part, nous considérons que les Russes ont raison quand ils ont raison et qu’ils ont tort quand ils ont tort (oui je sais, c’est osé quand même…). Nous n’avons pas de gourou, mais des principes. Nous sommes d’abord attachés à la vérité, rien que la vérité et toute la vérité. C'est entre autre pour cela que nous n'avons fait par exemple aucun commentaire à propos du crash de la Malaysian Airlines, puisqu'il est à l'heure actuelle impossible d'y voir clair.

Pour être crédible il faut une déontologie et éviter le plus possible de ressembler à l’ennemi : on ne peut pas répondre au mensonge par le mensonge et au manichéisme par le manichéisme. Il faut imposer une autre voie, donner du sens à nos contemporains, déprogrammer le logiciel de la matrice pour le reprogrammer avec le notre. C’est par exemple tout le travail qu’a entrepris Méridien Zéro, loin de l’agitation ambiante, c’est aussi entre autre pour cela que nous avons un phare comme symbole : le phare éclaire en demeurant immuable, insensible au vent ou aux tempêtes...

* mougeon: néologisme humoristique signifiant "moitié mouton, moitié pigeon".

Jean/C.N.C

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