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16/06/2014

Chronique musicale: Mayhem "Esoteric Warfare"

Mayhem "Esoteric Warfare" (Season of Mist, 2014)

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Mayhem fait partie de ces légendes du monde de la musique qui ne laissent personne indifférent. Précurseur du son et de l’éthique/esthétique de la seconde vague du Black metal , le groupe créé en 1984 par Øystein Aarseth (alias Euronymous) devient vite la locomotive de la scène métal extrême Norvégienne.  Le groupe sent le soufre : attitude extrême, rébellion contre le christianisme ou encore têtes de cochons empalées sur des piques durant les concerts. La scène extrême locale comprenant des groupes autrefois pratiquant un style Death metal vont, sous l’influence d’Euronymous et de Mayhem, se tourner vers le Black metal et la philosophie radicale qui le caractérise. Une série d’incendies d’églises embrase alors la Norvège, suscitant une vive émotion à travers tout le pays. Cette société au niveau de vie très confortable s’apprête à découvrir une jeunesse qui rejette ses codes et sa morale chrétienne, le tout mêlé à un satanisme qui reste cependant très puérile et provocateur. Les évènements s’accélèrent et tournent au drame quand Varg Vikernes, tête pensante de Burzum, tue Euronymous une nuit d’aout 1993. Varg est condamné à 21 ans de prison et le groupe cesse ses activités. Néanmoins Mayhem va renaitre de ses cendres sous l’impulsion du batteur Hellhammer et du bassiste Necrobutcher qui font appel à l'un de leurs anciens chanteurs, Maniac, et au guitariste Blasphemer. « Wolf’s lair Abyss » sort en 1998 et s’en suivra plusieurs albums. Le style du groupe a évolué, empreint d’expérimentations soniques et d’influences electo/industrielles. Le groupe a tourné la page, le vieux Mayhem n’est plus.

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« Esoteric Warfare » nous arrive après une attente de sept longues années et fait suite à « Ordo Ab Chaos » l’album qui marqua le retour d’Attila Csihar (le chanteur qui eut la lourde tâche de remplacer Dead sur l’album « De Mysteriis Dom Sathanas »). Le guitariste Blasphemer a, quant à lui, quitté le groupe après 13 années de service et c’est Teloch (Nidingr, Gorgoroth, Orcustus, Umoral) qui se charge dorénavant de la six-cordes. Nombreux sont les fans (ceux de la première heure surtout) qui attendaient un retour en arrière salvateur de la part de Mayhem et force est de constater que ce revirement n’est pas à l’ordre du jour. En effet Mayhem persiste dans la ligne directrice qu’il s’était donné sur l’album précédent sans pour autant faire du sur place ; mieux: il aiguise son style. Tout d’abord le groupe a opté pour une production différente, beaucoup moins brouillonne que celle de son prédécesseur, où chaque instrument est parfaitement audible. La guitare de Teloch est tour à tour acérée, tour à tour aride. Son jeu irréprochable est indéniablement marqué par celui de Blasphemer, assurant une continuité quasi parfaite, alternant riffs assassins typiquement Black metal et arpèges sinistres rappelant la scène Black metal orthodoxe (Ondskapt, Malepeste voire Deathspell Omega).  Necrobutcher reste solide comme un roc avec sa basse et soutient l’ensemble des compositions avec une certaine discrétion. Côté batterie la prestation de Hellhammer est une de fois plus impressionnante: blast beats, double pédale hyper sonique, le tout avec ce style reconnaissable entre mille. Celui qui est considéré par beaucoup comme le meilleur batteur de la scène Black metal jouit (enfin !) d’un son de batterie beaucoup plus organique que sur les précédents albums qui avaient tendance à sonner très synthétiques, pour ne pas dire plastiques. Enfin, Attila délivre une nouvelle fois une performance vocale qui pousse toujours plus loin la limite de ses cordes vocales avec des cris inhumains, des "growls" caverneux au possible et des déclamations de texte très théâtrales. Son style ne fait pas dans la demi-mesure c’est le moins qu’on puisse dire mais il se révèle être terriblement efficace dans les moments où l’atmosphère et l’ambiance priment sur la violence pure. On peut distinguer deux types de chansons sur « Esoteric Warfare ». D’un côté des morceaux haineux et rentre dedans tel le single « Psywar », « Throne of time » ou « Trinity » qui sont très efficaces tout en gardant ce côté maléfique caractéristique du groupe. De l’autre, on a des morceaux plus mid tempo basés sur l’ambiance et malheureusement, en dépit de quelques passages savoureux à vous glacer le sang (« Corpse of care », « Posthuman »), ces derniers ne décollent pas vraiment et peuvent à la longue s’avouer pénibles car souffrant de certaines longueurs inutiles… Les expérimentations et autres bidouillages sont nettement moins présents, même si un sample, un effet, voire un clavier très discret apparait çà et là s’intégrant parfaitement à la musique du quatuor.  


Au final « Esoteric Warfare » ne déçoit pas mais ne transcendera pas non plus l’auditeur. Bien que la musique de Mayhem soit plus concise, ne vagabondant plus dans des expérimentations laborieuses, elle reste coincée entre un lourd héritage, qui fit sa renommée et l’unanimité chez les fans, et une volonté de repousser les limites, quitte à déboussoler et à perdre en efficacité. Néanmoins, malgré quelques imperfections qui subsistent, le groupe semble être sur la bonne voie, la qualité de « Esoteric Warfare » l’atteste indéniablement, et il se doit d’être souligné que Mayhem est toujours là, envers et contre tout, quand bien des groupes de la scène Norvégienne sont tombés en désuétude face au déluge de groupes qui inondent de nos jours la scène Black metal. 

Antoine/C.N.C

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