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28/02/2015

Rien ne sert de courir...

 

le lièvre et la tortue.jpg

 

« Rien ne sert de courir, il faut partir à point »

Nous connaissons tous ce célèbre vers de la fable du Lièvre et de la Tortue de Jean de La Fontaine. Nous pourrions imaginer que le monde moderne, c’est le lièvre, toujours pressé d’aller et de venir, d’être le premier à tout prix. Et puis nous sommes la tortue, la longue mémoire qui se déplace lentement, passe sans faire de bruit mais finit toujours par arriver à son objectif.

Le monde moderne est marqué par l’agitation, le bougisme, les « buzz » et parfois nous nous faisons aspirer par la matrice, ce qui nous prive de notre liberté. La liberté de penser, d’analyser, de passer outre. Notre fond propre, celui de l’homme européen est d’avoir conscience d’être un maillon dans la chaîne du temps, d’être des héritiers mais aussi des passeurs et des bâtisseurs.

Ce monde n’est pas le nôtre, son agitation est une nuisance pour nous, elle nous empêche d’avoir l’esprit libre, de regarder l’horizon avec le regard clair. Nos ancêtres bâtissaient des monuments qui défiaient le temps. Nous devons prendre du recul et de la distance.

Centenaire oblige, je songe souvent à ces poilus de 14/18. Ils étaient nombreux à être là parce qu’il le fallait, et parce que c’était normal de défendre la patrie, mais je me demande aussi à quoi ils pensaient dans leurs tranchées boueuses et puantes. Beaucoup devaient penser à leur famille, restée là-bas dans la campagne, là où le blé pousse du sol de France depuis des générations, où le bétail broute l’herbe verte et saine sans se soucier le moins du monde de l’agitation des hommes. Ils étaient humbles et nourrissaient la patrie. Et puis je pense à ce vieillard assis devant cette ferme en grosse pierres blanches qui a traversé les siècles, celle où il est né et où sa famille est née. Une vie de labeur et l’espoir pour que ses enfants et petits-enfants puissent continuer à produire ce bon grain de France. Pourtant ce vieillard est aujourd’hui pétrifié, lui qui a connu les tourments du XIXe siècle, les révoltes, les changements de régimes politiques,  ses hommes arrachés à la terre et qu’on a jeté dans les usines et dans les mines. Tout cela n’a jamais entravé la marche de son temps à lui. Le blé qui ne poussera pas plus vite, la charrette qui n’ira pas plus loin. Il est assis, avec sa canne, le regard perdu. Son fils a été enlevé par la grande faucheuse quelque part en Alsace ou en Lorraine. Il ne sait pas trop. Il se souvient que les Allemands nous l’avaient pris et qu’on devait le reprendre. C’est du moins ce que lui avaient dit les hussards noirs de la République.

Ce vieillard s‘est éteint de douleur de savoir son fils mort, qui jamais ne reprendrait la ferme. C’est une famille qui est brisée, une épouse éplorée obligée de gagner la ville, laissant derrière elle cette vieille ferme massive, un enfant qui n’a plus de père et devra travailler dans des usines monstrueuses et survivre de petits vols dans les rues grises d’une cité minière sans âme. Cet enfant oubliera même ce qu’est le sol de France. Et ses enfants après lui ne le sauront pas non plus. La France a gagné mais l’Europe a perdue. Dans les rues les gueules cassées mendient, les politiciens et les industriels se gavent dans les salons. Les anciens combattants demandent des comptes. La police toujours fidèle aux ordres tire dans la foule. Il y a des morts.

Ils ont été assassinés par la patrie qu’ils ont défendue. Eux qui ont triomphé de la grande Allemagne, des pluies d’acier, de la faim, de la boue, de la puanteur, qui ont enterré leurs camarades morts au combat, les voila impuissants à renverser ce régime corrompu.

Et puis je regarde le monde dans lequel nous vivons, je vois ces cohortes de drapeaux bleus et roses, ce parti qui récolte un quart des voix pour « la patrie », mais surtout je vois combien nous sommes peu nombreux à rester attachés à nos principes, à nous souvenir, à savoir qu’à défaut de bâtir nous pouvons passer. Je songe à la mort de Dominique Venner.

Je me dis que nous ne devons pas être prisonniers des contingences du temps, nous sommes des Européens, héritiers d’une longue, grande et belle histoire, nous avons en nous cette capacité à penser l’avenir. Nous savons ce que signifie le sang versé, nous savons que ces charognards qui se nourrissent sur le cadavre encore chaud de la nation finiront par disparaitre, mais que l’esprit européen quant à lui demeurera. Nous pouvons connaître milles défaites ou milles déconvenues, l’important c'est que chacun de nous soit un passeur et demain un bâtisseur.

Nous sommes la tortue, les lièvres s’agitent autour de nous, laissons-les faire, notre victoire est certaine car l’Europe est éternelle.

Jean/C.N.C.

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source.

Commentaires

Très beau texte, très émouvant.

Écrit par : Elvire | 01/03/2015

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