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05/09/2012

La dérive mondialiste de la plus grande braderie d'Europe.

La dérive mondialiste de la plus grande braderie d'Europe.

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Mais que diable allait-il faire…

Je le confesse, je suis en partie responsable de mon malheur. Rien que pour le plaisir de rédiger une chronique assassine, je me suis fendu d’une petite promenade le long d’un ou deux grands axes de la braderie de Lille, dimanche après-midi. Je suis donc arrivé après la bataille. J’ai fait le touriste, en somme. L’espace d’un instant, je me suis glissé dans la peau du quidam débordant de naïveté, un peu téméraire quand même, curieux de tout et surtout avide de nouveauté.

Quand même, je me doutais bien que je n’allais pas débusquer le premier tome des aventures de Spiderman en édition originale, alors je n’avais pas mis la barre bien haute, mais malgré tout je pensais avec ingénuité pouvoir débusquer un petit quelque chose.  Une lampe de chevet fonctionnelle, un encrier d’époque, un plateau de backgammon, n’importe quel objet dont le charme désuet aurait été susceptible d’éveiller la fibre rétro-vintage-old-school du personnage que j’avais choisi de camper. 

Que nenni ! A la place du marché aux puces en format géant que j’avais espéré en secret, je me retrouve confronté à un véritable festival improvisé de la diversité. Point de défilé, de char ou de paillette ici, mais malgré tout, quel spectacle édifiant !

Laissez-moi tout d’abord vous parler de l’image : couleurs chamarrées et nombreuses, de quoi faire péter le baromètre de la diversité ethnique ; belle alternance kebabs / goodies Eminem & Bob Marley / objets de contrefaçon ; présence tout à fait remarquable d’un certain nombre de stands publicitaires - hautement appréciés en ces temps de disette médiatique -  ou à vocation « citoyenne » - on peut citer le stand d’Amnesty International, ou encore celui du PS ; mention spéciale, cette année, pour la recrudescence des vendeurs de disques vierges tombés du camion. Je vous épargne le traditionnel discours d’agoraphobe qui accompagne en temps normal les chroniques de bradeux en herbe, puisque je n’ai pas vraiment connu le « rush » du samedi après-midi (je suis courageux, pas stupide).

L’odeur, ensuite. Croyez-le ou non, ce ne sont pas les effluves de moules qui incommodent le promeneur du dimanche. Ce sont bien plutôt les relents d’épices exotiques, d’urine et de viande saoule, qui donnent un cocktail au moins aussi détonant que le célèbre bière-vomi-pizza-froide bien connu des amateurs de festivals.

La musique, enfin : tout comme au supermarché, l’entêtante ritournelle du dernier tube moisi en date revient, implacable et lancinante, pour vous inciter à consommer mieux,  de même un certain nombre de commerçants se sent investis de la mission sacrée de vous faire profiter de sa culture musicale éclectique, afin que vous chiniez avec  plus d’entrain. Vous pouvez ainsi profiter tout à loisir du Frédéric François local, de l’indétrônable compil’ techno-zouk-ragga, ou encore d’un morceau de hip-hop tout en finesse. Vous en conviendrez, tant de subtilité concentrée ne saurait être pleinement intégrée qu’à un volume sonore respectable, et c’est ce raisonnement d’une logique implacable qui est à l’origine de la guerre des décibels que certains « bradeux » se livrent, au détriment des chineurs, il est vrai, mais après tout, la guerre c’est souvent comme ça : ce sont les innocents qui paient le prix fort.

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Un bilan mitigé pour le promeneur trop désinvolte

Tandis que les braderies de localités moins importantes, telles que Maroilles, ont su préserver leur caractère authentique, pour la joie des chineurs invétérés, la braderie de Lille a perdu une partie de son âme.

Une partie seulement : pour qui est suffisamment malin pour éviter les grands axes, la braderie n’est pas dénuée de charme, et c’est ce qui explique probablement pourquoi cet événement baroque rencontre toujours autant de succès. Il suffit de fouiner du côté de la citadelle Vauban, du champ de Mars, ou des ruelles moins fréquentées, un peu partout dans Lille, pour retrouver ça et là de brefs éclats d’humanité. Brocanteurs de tout poil, antiquaires en bonne et due forme, disquaires et libraires amateurs ou improvisés, on trouve encore de quoi rêver ou s’amuser un peu, si l’on a un peu de bonne volonté.

En ce qui me concerne, j’avais laissé ma bonne volonté dans mon autre veste, et je n’ai pas trouvé la perle rare, l’objet tout en patine et en émotion brute qui aurait pu trôner au milieu de la chambre d’amis.

J’ai seulement eu le droit de constater avec impuissance le déclin de cette braderie tant acclamée par la presse locale, cette fameuse braderie qui pourrait être un événement festif, bon enfant et plein de saveur, et qu’on transforme en foire au kebab à force d’incurie et de soumission au dictat du « vivre ensemble »… le tout aux frais de la princesse Aubry et de sa fine équipe (et aussi du contribuable, il est vrai). Allez, encore un tout petit effort, les gars, et le centre ville en 2013 ressemblera trait pour trait à un énorme supermarché à ciel ouvert.

Lyderic

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