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28/05/2012

Au cinéma: "25 novembre 1970, le jour où Mishima a choisi son destin"

Lorsque le Japon inspecte son histoire...

Mishima, un personnage fascinant qui allie pensée et action. Connu pour son oeuvre liitéraire par certains, ensensé pour son engagement politique par d'autres, Mishima était un homme debout, entier, dont la fin tragique (suicide d'honneur par seppuku) conclura une existence qui ne laisse personne indifférent.

Le réalisateur japonais Kôji Wakamatsu a choisi de dépeindre la facette plus engagée de Mishima. Son film est une étude sur le fanatisme et l'ultra-nationalisme du personnage. Cette optique laissera sûrement bon nombre de nos contemporains de marbre à une ère où le cinéma semble s'attacher à faire dans la psychologie. Certaines chroniques déplorent que le réalisateur n'évoque pas l'homosexualité, la famille ou l'oeuvre de Mishima... A la bonne heure.

Le film introduit par ailleurs quelques passages documentaires avec le vrai Mishima ce qui risque de créer un effet de contraste assez saisissant.

La bande annonce nous semble en tout cas assez alléchante. Le sacrifice, l'espoir, l'amour, l'héroïsme mais aussi la solitude, le doute, sont autant de sentiments que le maître d'oeuvre paraît explorer.

 

  • Titre original: 11.25 Jiketsu no hi: Mishima Yukio to wakamono-tachi
  • Titre international: 11.25 The day he choses his own fate
  • Réalisateur: Kôji Wakamatsu
  • Acteurs: Arata, Shinobu Terajima, Hideo Nakaizumi
  • Genre: Drame
  • Durée: 2h00
  • Production: 2011
  • Sortie: 2012
  • Pays: Japon

26/05/2012

Important: Méridien Zéro à la rencontre de ses auditeurs

Chers auditeurs, à l'occasion de la 100 ème émission, l'équipe de Méridien Zéro vous convie à un apéro vendredi 1er juin à partir de 20 heures, au bar le 15 vins, 1 rue Dante dans le 5ème arrondissement de Paris (métro ligne 10 Cluny Sorbonne ou Mauber Mutualité).

Animateurs, techniciens et auditeurs pourront ainsi se rencontrer, échanger et débattre autour d'un bon verre de vin.

Venez nombreux vendredi 1er juin à 20 heures au bar le 15 vins dans le 5ème pour l'apéro de la centième de Méridien Zéro !

A l'abordage et pas de quartier !

soirée mz, rencontre, auditeurs

          

Méridien Zéro #98: "Enracinés!"

Ce dimanche, Méridien Zéro vous emmène transhumer sur les chemins de l'enracinement. Au programme, découverte du réseau MAS, des AMAPS, de la Maison Sociale et entretien avec un camarade revenu à la terre.

Emission enregistrée, montée et mixée par Igor.

enracinement, retour à la terre, pays, mas, marché des familles

DIFFUSION DE L'EMISSION LE DIMANCHE 27 MAI

          

24/05/2012

Cinquante ans après, réflexions sur l’OAS par Dominique Venner

Dominique Venner, historien et volontaire en Algérie, propose un éclairage psur l'OAS.

Cinquante ans après, réflexions sur l’OAS

OAS_Appel_de_la_France.jpgLe temps galope plus vite que ne l’imaginait Alexandre Dumas quand il écrivait une suite aux Trois Mousquetaires. Ce n’est pas « vingt ans après », mais cinquante ans après 1962 que d’anciens acteurs ou témoins se retrouvent par historiens interposés pour évoquer leurs souvenirs et réfléchir sur ce qui fut l’un des derniers drames vécus par la France en Algérie avant qu’elle ne sorte de l’Histoire.

Le 15 juin 2012, La Nouvelle Revue d’Histoire (NRH) mettra en vente un très riche numéro hors série (n° 4) consacré à “L’Algérie. Histoire d’une terre tragique”. Une histoire que nous revisiterons dans sa longue durée (2000 ans), depuis la conquête romaine jusqu’à la fin de la présence française. Une part notable sera consacrée à la guerre d’Algérie (1954-1962) en montrant ses origines depuis 1942 (débarquement anglo-américain, puis épisode gaulliste de 1943-1945). Il n’est pas possible, en effet, de comprendre et d’interpréter les événements récents si l’on ignore les longues plages historiques qui les ont précédés.

En préparant ce numéro hors série de la NRH avec plusieurs de nos collaborateurs spécialisés, notamment Philippe Conrad, Bernard Lugan, Yann Le Bohec, Jean Monneret ou Péroncel-Hugoz, je réfléchissais pour ma part à ce que fut l’OAS et sa véritable signification. C’est le résultat très condensé de ces réflexions que je présente ici. Il n’engage que moi et intéressera d’abord ceux qui n’étaient pas encore nés à cette époque, mais ont parfois recueilli des souvenirs brûlants au sein de leur famille.

Qu’est-ce que l’OAS ? Ce fut d’abord une appellation qui rappelait l’époque de la Résistance dont plusieurs de ses futurs inspirateurs avaient gardé la nostalgie : “Organisation Armée Secrète”. Une appellation fort peu politique et dépourvue de signification idéologique. Elle correspond assez bien à ce que fut cette “organisation” assez peu organisée, dont on peut retenir trois composantes et plusieurs significations.

L’OAS fut d’abord le mouvement de résistance des Européens d’Algérie (à l’époque, on ne disait pas “pieds noirs”) après l’échec du putsch des généraux du 22 avril 1961. Ces Français se sentaient trompés et abandonnés, menacés dans leur existence. Ils pressentaient qu’ils seraient contraints de fuir leur pays sous le coup d’une épuration ethnique voulue par le FLN algérien avec la complicité de l’Etat français. Celui-ci déchaina en effet toutes ses forces contre les victimes de sa politique avant et après les “accords” d’Évian (18 mars 1962). Il brisa par la force la révolte de Bab el-Oued (quartier européen et populaire d’Alger) comme l’armée soviétique à Budapest en 1956. Il fit tirer sur la foule désarmée devant la Poste d’Alger, le 26 mars 1962 (63 morts). Il assista passivement aux enlèvements et égorgements d’Européens par le FLN et aux massacres d’Oran (5 juillet 1962). Il ne fit rien pour aider et accueillir le flot des rapatriés qui cherchèrent refuge en France à partir de juillet 1962. Il laissa massacrer les harkis en leur retirant la nationalité française, tout en interdisant à l’armée de les secourir. Dans son livre “Un Silence d’État”, s’appuyant sur les archives officielles, l’historien Jean-Jacques Jordi (Editions Soteca, 2011) a apporté la preuve que les violences de l’OAS ont été des ripostes désespérées aux violences visant les Européens, et ne peuvent en aucun cas justifier celles de l’État français ou du FLN. L’historien Jean Monneret a apporté des preuves identiques concernant les massacres d’Oran (“La tragédie dissimulée, Oran, 5 juillet 1962”, Michalon, 2012).

En ce temps-là, il y avait en Algérie un peu plus d’un million de Français ou assimilés, présents depuis plusieurs générations. Ils n’étaient en rien responsables du sort cruel qui s’abattait sur eux. Dans leur révolte désespérée, concentrée principalement à Alger et Oran, ils trouvèrent le soutien d’un nombre important d’officiers, parmi lesquels le général Salan et le fameux lieutenant Roger Degueldre (fusillé le 6 juillet 1962), organisateur à Alger des “commandos Delta”. Cela introduit à la deuxième composante de l’OAS qui était militaire.

Avant, pendant et après le putsch des généraux, de nombreux officiers (Godard, Gardes, Argoud) acceptèrent de tous sacrifier (carrière, confort, liberté), par sens de l’honneur et leur idée du devoir. L’histoire de la France, n’a connu aucune révolte militaire d’une telle ampleur impliquant nombre de généraux (Salan, Jouhaud, Gardy, Vannuxem, Faure) sans compter ceux du putsch (Challe et Zeller). Au total, les juridictions spéciales mises en place par de Gaulle ont prononcé contre des militaires trois condamnations à mort suivies d’exécutions, 170 condamnations à des peines criminelles et 324 condamnations à la prison pour “activités subversives”. Par ailleurs, dans la seule année 1961, 1300 officiers démissionnèrent. En tout, de 1963 à 1967, 7172 officiers choisirent de quitter l’armée. On n’avait jamais vu cela ! Cette révolte est d’autant plus surprenante qu’elle fut dirigée contre un officier célèbre (il est vrai plus politique que militaire), porté au pouvoir en mai 1958 par les siens dans le but de sauver l’Algérie française. Les généraux et officiers qui rejoignirent l’OAS en 1961 considéraient le général de Gaulle comme un traître à la promesse de Mai 58 et aux engagements solennels pris à l’égard des populations d’Algérie (notamment les Musulmans). Ils voyaient en lui un traître à l’idée qu’ils se faisaient de la France, et un traître également à l’image idéale du général rebelle de Juin 1940. Je renvoie sur ces différents points à mon essai détaillé, “De Gaulle, la grandeur et le néant” (Le Rocher, 2008).

La troisième composante de la grande révolte fut plus idéologique. Elle a concerné principalement la France métropolitaine. L’OAS y reçut le soutien d’une fraction de la droite nationale issue parfois du gaullisme et de la Résistance (Soustelle, Bidault) et d’intellectuels brillants (Raoul Girardet, Roger Nimier, Jacques Laurent, Philippe Héduy ou Jules Monnerot). Elle mobilisa des militants idéalistes, souvent très jeunes, assez fous pour se lancer dans une aventure où jamais un esprit censé ne se serait embarqué. C’est aussi en métropole que naquit le seul projet stratégique cohérent, conçu par le lieutenant-colonel Bastien Thiry (fusillé le 11 mars 1963). Pour combattre la politique algérienne du général de Gaulle, il pensait logiquement qu’il fallait frapper à la tête. Tel fut le but de divers attentats manqués, notamment celui du Petit-Clamart, le 22 août 1962. En raison de sa date (postérieure à l’indépendance de l’Algérie), cet ultime attentat se voulait plus un geste de vengeance ou de justice qu’un acte politique.

Résistance sans idéologie, sans buts politiques ni stratégie bien définie, sans véritable chef (le général Salan n’était qu’un chef nominal), l’OAS ne pouvait qu’échouer alors que se liguait contre elle le mouvement universel de la décolonisation, le recul historique d’une Europe culpabilisée, la lassitude ou l’hostilité de l’opinion française, la volonté implacable et méprisante du général de Gaulle devant qui les amateurs naïfs et désespérés de la révolte n’étaient pas de taille. Certainement, il fallait trouver des solutions au drame algérien, mais concernant l’abandon pur et simple adopté en catastrophe par le général de Gaulle, il n’était pas possible d’agir de façon plus désastreuse pour l’avenir, indigne et cruelle à l’encontre de nos compatriotes. Comme tant d’autres mouvements clandestins, l’OAS ne fut pas à l’abri de querelles internes qui prirent un tour tragique quand furent exécutés à Alger les deux dirigeants du “Front nationaliste”, Michel Leroy et René Villard (19 janvier 1962) qui reprochaient à l’Organisation son absence de stratégie politique. Il reste qu’en dépit de l’échec, subsiste le souvenir d’hommes de droiture et de courage que la postérité, parfois honore, comme cela fut le cas récemment pour le commandant Denoix de Saint-Marc ou pour le commandant Guillaume, dont le souvenir altier imprègne Le Crabe-Tambour, film unanimement admiré de Pierre Schoendoerffer.

Au regard de l’histoire, cette révolte de la population européenne d’Algérie (et d’une partie de l’Armée) contre les forces d’un État trahissant sa fonction protectrice, peut être regardée comme une anticipation. Oui, une sorte d’anticipation extrême et inaboutie des “populismes” qui naîtront ultérieurement dans une Europe soumise par les oligarchies dirigeantes à de catastrophiques invasions migratoires de peuples inassimilables porteurs d’une religion politique conquérante. Inversement, au plan des idées, il faut bien voir que cette révolte n’a apporté que confusion, hormis la “critique positive” qui en fut faite.

 Dominique Venner

Notes

Brève bibliographie :

  1. Anonyme, Pour une critique positive, Prison de la Santé, 1962.
  2. Michèle Cointet, De Gaulle et l’Algérie française, Tempus-Perrin, 2012.
  3. Olivier Dard, Voyage au cœur de l’OAS, Perrin, 2005.
  4. Jean Ferrandi. Six cents jours avec Salan et l’OAS. Fayard, Paris 1969.
  5. Georges Fleury, Histoire secrète de l’OAS, Grasset, 2002.
  6. Bertrand Le Gendre, entretiens avec Jean-Jacques Susini, Confessions du n°2 de l’OAS, Les Arènes, 2012.
  7. Claude Micheletti, Fors l’honneur. La guérilla OAS à Oran, Curutchet, 2002.
  8. Pierre Sergent, Ma peau au bout de mes idées, La Table Ronde, 2 vol., 1967-1968.
  9. Dominique Venner, Le Cœur rebelle, Belles Lettres, 1994.

Source: http://www.dominiquevenner.fr/2012/05/cinquante-ans-apres...

23/05/2012

Penser la nation, penser la République européenne. Entrevue avec Pierre Le Vigan

Nous soumettons à l'esprit critique de nos lecteurs une entrevue de Pierre Le Vigan par Xavier Eman, réalisée en mars 2010, publiée en décembre 2011 dans Orientations Identitaires et parue sur Europe Maxima en janvier 2012.

Pierre Le Vigan y aborde différents thèmes qui nous sont chers comme la nation, l'Europe, la démocratie, le travail, les régions, et bien d'autres encore.

Orientations identitaires : Pour reprendre l’un des termes du titre de l’ouvrage collectif que vous avez dirigé avec Jacques Marlaud, La Patrie, L’Europe et le monde, pensez-vous que la « patrie » puisse se différencier, en France, de la « nation » et si oui, quelle est la nature de cette distinction ?

 

Pierre Le Vigan : « Le vrai  patriote  s’inquiète, non du poste qu’il doit occuper dans la patrie, mais du rang  que la patrie  doit  atteindre  parmi  les nations », disait le journaliste québécois Jules-Paul Tardivel dans la seconde moitié du XIXe siècle. C’est dire que les deux termes « patrie » et « nation » ont longtemps été synonymes. La patrie, c’était notre nation, celle qu’on aimait. Dans Les deux patries, Jean de Viguerie émet la distinction entre la patrie concrète, respectable et aimable, et la « patrie » du patriotisme révolutionnaire de 1789 – 93; idéologique, meurtrière (et, accessoirement, à laquelle Maurras se serait rallié en grande partie, dit-il, à juste titre selon moi). C’est une distinction intéressante mais un peu dépassée : il n’y a plus de patrie sans dimension « idéologique ». On peut aussi distinguer les « petites patries » (les provinces) de la nation, acteur historique. En vérité, on confond trop souvent les attachements géographiques locaux, respectables, et les patries. Les patries, ce sont les attachements qui sont aussi des engagements. La patrie n’est ainsi pas autre chose que ce qu’a été historiquement la nation française, et la nation serbe, allemande, russe, …. Sachant que l’histoire a été et reste ouverte et qu’ainsi, il eut pu exister une patrie bourguignonne si un État-nation bourguignon avait pu s’imposer durablement face à ce qui commençait à être la France et l’État capétien. Idem pour la Bretagne, l’Ukraine, la Silésie, etc.

 

O.I. : Entre revendications locales et problématiques internationales, l’échelon national est-il selon vous encore légitime et valide ?

 

P.L.V. : L’« échelon » national n’est pas un terme très valorisant. La nation reste le niveau privilégié de la décision et de l’existence historique. C’est aussi, comme l’a rappelé Max Gallo, le meilleur niveau de démocratie possible. Pourquoi ? Parce que, aussi affaiblie que soit l’idée d’appartenance nationale, et surtout chez les élites infidèles à l’esprit du peuple, la nation reste unie par un élément essentiel : la langue, et aussi une histoire partagée, y compris une histoire des luttes sociales et filiation d’idées politiques et sociales.

 

O.I. : Que répondriez-vous à ceux qui affirment que critiquer (ou même simplement interroger) les concepts de nation et de nationalisme revient à faire le jeu du mondialisme et du cosmopolitisme ?

 

P.L.V. : Je ne suis pas « complotiste ». On peut critiquer en toute bonne foi les idées de nation et de nationalisme, ou n’importe quelle idée d’ailleurs. Deux remarques : ces deux termes ne signifient pas la même chose. Défendre l’idée de la pérennité de l’idée de nation ne veut pas dire être nationaliste. Enfin, « être nationaliste » mériterait une définition. Plus personne ne défend un nationalisme offensif, conquérant, belligène, vis-à-vis des autres nations. Les « nationalistes révolutionnaires », ceux qui se disent tels, sont aussi des nationalistes européens. Il s’agit en fait pour eux d’affirmer un nouvel être ensemble, une nouvelle façon de vivre dans une nation révolutionnée, un co-nationalisme des peuples européens, libérés, hier du condominium américano-soviétique, aujourd’hui, libérés de l’unilatéralisme américain. Ce que l’on appelle « nationalisme », depuis 1945, signifie en Europe que l’on veut lier les aspirations d’émancipation nationale aux aspirations sociales. Cela signifie dénoncer la colonisation mentale dont les peuples européens sont victimes. Cela signifie aussi dénoncer la dilution de nos identités dans les excès des politiques d’immigration. C’est aussi, pour les plus lucides, comprendre que ces processus viennent d’une conception purement marchande de la vie et de nos sociétés.

En ce sens, on peut, bien entendu, critiquer les insuffisances des positions des « nationalistes révolutionnaires » français, italiens, allemands, etc., qui se disent souvent aussi « nationalistes européens » mais je ne vois pas très bien comment leur dénier une certaine pertinence dans leurs analyses et dans leur combat contre une Europe techno-bureaucratique. De mon côté, je défends sans concession le principe que les « nationaux-révolutionnaires », pour reprendre ici l’expression allemande, ne peuvent l’être de manière cohérente qu’en étant partisans de la démocratie la plus authentique, celle dont nos institutions ne sont souvent qu’une caricature. L’État doit être l’État démocratique du peuple tout entier : démocratie directe quand c’est possible, référendum d’initiative populaire, mais aussi bien sûr processus électoraux classiques dont ne peut faire l’économie – n’en déplaise aux rousseauistes de droite comme de gauche –, à condition qu’ils soient équitables, avec une dose de proportionnelle par exemple.

 

O.I. : Pour vous, au-delà de leurs appartenances nationales respectives, qu’est-ce qui fonde à la fois la spécificité et l’unité de l’homme européen ?

 

P.L.V. : Pour moi, l’homme européen n’existe pas. C’est une fiction, une figure de rhétorique, tout comme « l’homme français » d’ailleurs dont on se gargarisait avant 1940. Je crois que le mythe de l’histoire commune des Indo-Européens a fait perdre beaucoup de temps aux « bons Européens » comme disait Nietzsche. C’est un mythe « hors sol » comme l’a bien vu Philippe Forget. Les Kurdes, les Afghans sont d’origine indo-européenne. Cela n’aide en rien à penser leur intégration ou leur non-intégration. Je me sens beaucoup plus proche d’un Africain francophone que de ces hypothétiques « héritiers » des Indo-Européens. La vérité est que des fétiches d’intellectuels ont été confondus avec des concepts opératoires. Il n’y a pas d’« unité de l’homme européen » tout simplement parce qu’il n’y a pas de langue commune des Européens et donc parce que l’Européen n’existe pas, tout comme l’« Africain » n’existe pas – même s’il y a des Africains. Ou de même que l’« Asiatique » n’existe pas : qu’y a-t-il de commun entre un Chinois et un Hindou ? Quasiment rien. L’unité de l’homme européen, on la trouve… aux États-Unis d’Amérique, avec des descendants d’Européens qui parlent une langue commune, l’anglais. Et qui ont un patriotisme commun. C’est une ambition commune, un rêve commun, la « nouvelle frontière », qui a créé l’unité des Européens exilés devenus des… Américains, y compris au demeurant des Noirs non européens devenus tout aussi Américains par le partage d’un rêve commun. Ce qui compte, c’est la common decency. Je voyais récemment des individus originaires d’Europe de l’Est manger une boîte de cassoulet dans le métro. Au-delà du côté pittoresque, on voit bien que ce n’est pas la question des origines ethniques ou même religieuse qui est le critère, c’est celui des mœurs, c’est la décence ordinaire, commune.

Le constat que l’homme européen n’existe pas  ne m’empêche pas d’être pour l’Europe, mais comme pur constructivisme. Celui qui croît être pour l’Europe pour des raisons hégéliennes – et ils sont nombreux à droite – se trompe, se raconte des histoires et nous raconte des histoires. Des raisons hégéliennes, c’est dire : l’Europe va retrouver son propre, elle va faire retour à elle-même, l’« homme européen » (sic) va advenir à l’histoire et à lui-même,…, ce sont là fantaisies d’intellectuels. Raisonnements circulaires qui ne sont surtout pas des raisonnements. Qui ne partent pas du réel et ne vont pas au réel. L’Europe sera une construction artificielle mais réelle comme la France l’a été ou l’Europe ne sera rien (ce qui n’est pas à exclure !). Tout ce qui est culturel est artificiel, or une construction politique est forcément culturelle et n’est que cela.

 

O.I. : Pensez-vous que le régionalisme puisse être, en dehors de quelques régions à forte identité comme le Pays basque ou l’Alsace, un concept actif et efficient et non simplement une utopie d’intellectuels ? Peut-on penser le régionalisme dans, par exemple, la Creuse ou la Touraine ?

 

P.L.V. : Il n’y a pas de régions ridicules. Mais en France, il n’y en a aucune qui soit devenue une nation. En Allemagne non plus d’ailleurs. Une chose est de constater qu’il y a eut des luttes pour le leadership national et plus encore impérial en Allemagne, avec par exemple les ambitions de la dynastie issue de la Bavière, les Wittelsbach, dynastie qui a d’ailleurs aussi essayé de s’imposer en Bohème, une autre est de croire que la Bavière a été une nation. C’est là confondre les logiques de pouvoir et les logiques de construction nationale. La vérité est qu’en Allemagne il n’y a eut qu’une nation, la nation allemande. On me dira peut-être qu’il y a eut des patries. Qu’est-ce à dire ? Si les patries ne sont pas des nations, ce ne sont que des nations qui ont échouées. Reprenons l’exemple du Pays basque. En France, c’est une province résiduelle, une partie du département des Pyrénées-Atlantiques, le reste du département étant constitué du Béarn, dont je suis en partie originaire. Soyons sérieux. Fait-on l’histoire avec quelques cantons ? Non, on ne fait pas l’histoire. On fait un « machin » comme le Kossovo. Un État–moignon. Et le Pays basque espagnol ? Il est peuplé en immense majorité de non-Basques, d’Espagnols. N’y ont-ils pas leur place ? Bien sûr que si. Un peu d’esprit de grandeur jacobine – l’envie de faire de grandes choses ensemble et de parler au monde – n’est pas inutile face aux régressions mentales micro-identitaires sur de petites régions. Ce dont nous avons besoin, c’est d’un État qui nous fasse rêver, d’un État porteur d’un projet. Ce dont nous avons besoin, c’est de la Grande Europe. C’est de l’Empire. C’est de l’Empire européen. On fait l’histoire avec des rêves, pas avec des calculettes.

 

O.I. : Rompre avec l’hyper-urbanisation, « relocaliser », faire revivre les campagnes beaucoup en rêvent, mais est-ce vraiment possible ? Selon vous, comment faudrait-il procéder pour atteindre ces objectifs ?

 

P.L.V. : Il faut une politique fiscale, budgétaire, financière nouvelle. Il faut mettre le paquet sur le développement des villes moyennes, de 50 000 à 300 000 habitants. Au-delà  de quelque 500 000 habitants,  c’est déjà très difficile à gérer. Il faut développer la densité urbaine. Construire dense, ce qui ne veut pas dire construire des tours, mais construire de la ville, produire de la centralité urbaine, limiter les banlieues de grands ensembles mais aussi les banlieues pavillonnaires, offrir des alternatives à la voiture mais ne pas persécuter les automobilistes qui n’ont pas le choix. Il faut une économie orientée, une économie dirigée, cadrée par de grands axes de choix publics, comme la filière nucléaire. Il faut un État-stratège, fort mais limité, présent là où il faut mais pas envahissant. Il faut aussi un changement des mentalités : décoloniser les imaginaires de la marchandise. Sans pour autant s’arc-bouter sur le mythe de la décroissance. Être a-croissant, cela suffit. On peut imaginer une décroissance avec autant d’injustices, de misère morale et sociale que la croissance. Est-ce cela que l’on veut ? Bien entendu, non. Aussi, plutôt que de décroissance, je parle de développement vraiment durable, ce qui veut dire surtout relocaliser, et mettre la France au travail. Les 35 heures je suis pour, mais tout le monde doit travailler. Du travail pour tous mais tous au travail. La fainéantise soixante-huitarde, très peu pour moi.

 

O.I. : Pour conclure, quel serait pour vous le cadre institutionnel « idéal » pour accompagner un renouveau européen ?

 

P.L.V. : C’est l’Empire européen. Un Empire républicain, ou si l’on préfère une République impériale mais pas au sens des États-Unis, qui sont plutôt une République impérialiste. Cet Empire doit être républicain, c’est-à-dire que le modèle ne peut être une monarchie telle que l’Empire d’Autriche-Hongrie, certes assez respectueux des diversités mais dont le caractère vermoulu ne faisait pas de doute. Une République, cela veut dire une structure historique qui articule les diversités sans les admettre toutes. Toute idée non républicaine tend à être trop laxiste quand à ce qui est intégrable et ce qui ne l’est pas. Il n’y a pas de place, par exemple, dans l’Empire républicain européen, pour l’excision. Ou pour la femme dont le visage est voilé. Toutes les différences ne sont pas admissibles. Certaines différences doivent mettre hors l’Empire. Pas de tolérance non plus pour le gamin se promenant en capuche. Il doit y avoir, pour qu’il y ait une existence historique de l’Europe, une façon européenne de se tenir, de parler, d’admirer, et un type éthique (je dis bien éthique et non pas ethnique) dominant, une figure dominante. Il doit y avoir une exigence esthétique en Europe impériale, portant sur l’art et les monuments, et un consensus sur ce qui est noble et sur ce qui ne l’est pas.

L’Europe est en même temps très plurielle. Il y a la coupure entre les anciens empires romains d’Occident et d’Orient, coupure qui passe au milieu des Balkans. Il y a de ce fait l’évidence que l’ancien noyau carolingien doit être le moteur et le modèle mais ne peut ni ne doit uniformiser toute l’Europe. Il y a la question des limites de l’Europe. Celles-ci vont à coup sûr jusqu’à la Bulgarie, la Roumanie, la Pologne. Les Pays baltes, l’Ukraine ont vocation à être indépendantes, elles sont européennes, mais se pose en même temps la question de leur statut. Elles ne doivent pas menacer la Russie et celle-ci en retour ne doit pas menacer leur indépendance. Pascal G. Lassalle a dit là-dessus des choses d’une grande justesse (« Faut-il se garder d’une “ russophilie ” excessive ? », mis en ligne sur Europe Maxima, le 6 mars 2010) et je dois dire que je sors de sa lecture convaincu que l’Ukraine n’est pas seulement historiquement la « petite Russie » de Kiev mais qu’elle a une identité nationale réelle. L’Empire européen ne peut intégrer immédiatement la Russie mais il doit être fondé sur une communauté de civilisation à construire qui inclut la Russie. Mais il doit aussi dépasser la simple inclusion de celle-ci pour inclure les pays asiatiques de l’ex-Union Soviétique, et la Turquie – ce qui serait indispensable à partir du moment où les pays turcophones seraient inclus dans cette Eurasie (inclure les pays turcophones sans la Turquie serait  comme couper un arbre de ses racines). L’Eurasie, c’est une réalité géopolitique et c’est dans le même temps un mythe au bon sens du terme, un horizon, une autre voie que le productivisme sino-américain. Sans tomber dans le désarmement économique unilatéral des idéologues de la décroissance; il faut essayer ce que nous n’avons jamais essayé, c’est-à-dire le développement conditionné et soutenable, la croissance dans certains domaines et la décroissance dans d’autres domaines. On ne peut faire cela sur la base de l’idée (décroissante) que moins serait forcément toujours mieux. En outre, la nature humaine est le développement des capacités humaines. Il nous faut inventer un développement non productiviste.  Alors, bien sûr, le cadre institutionnel de l’Empire, c’est la Confédération européenne, c’est une monnaie commune mais pas forcément unique (je pense aux pays de l’Est européen qui ne sont pas prêts à adopter l’euro), et c’est une politique de défense, une politique extérieure commune, une politique d’immigration commune, et des axes communs en politique économique, fondés sur la relocalisation, l’économie autocentrée et la fin du libre-échange mondial. Attention : si on croît que le temps est venu de grands ensembles impériaux homogènes, on se trompe, ce sont des liens impériaux respectant les voies propres et l’autonomie de chaque peuple qui sont nécessaires. Regardez la Chine, elle gagnerait à être éclatée en quatre ou cinq ensembles associés entre eux, etc. Ce qui résoudrait accessoirement la question de Taïwan.

Alors, l’idée d’Empire, c’est justement ne pas vouloir tout réglementer à partir d’un centre, l’idée de République, c’est la condition de la démocratie – il faut un peuple avec des coutumes communes, une langue et des règles communes pour se comprendre et être en démocratie –, etc. La démocratie, c’est l’objectif ultime. L’anti-démocratisme, qu’il soit d’extrême gauche à la Alain Badiou ou d’extrême droite n’a jamais été ma tasse de thé. Le peuple doit décider de ses affaires, un point c’est tout. Encore faut-il qu’il y ait un peuple, un peuple sur sa terre. Et cela, cela se fait avec une République sociale, populaire et nationale. Et européenne bien entendu.

• Propos recueillis par Xavier Eman, le 8 mars 2010, pour la revue Orientations identitaires, n° 1, décembre 2011, « Vers un post-nationalisme ? Entretiens sur la question européenne », 50 p., 5 € (+ 1,5 € pour le port), à commander sur le site <http://orientationsidentitaires.over-blog.com/> ou à l’adresse <orientationsidentitaires@gmail.com>.

Le présent entretien mis en ligne a bénéficié de quelques modifications de Pierre Le Vigan pour réparer quelques obscurités de son texte initial ! Comme quoi nul n’est parfait et certainement pas Le Vigan.

 

Source: http://www.europemaxima.com/?p=2346 

22/05/2012

Rébellion #53: Le nouveau chaos international.

Le nouveau chaos international

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Au sommaire du numéro 53 de la revue Rébellion :

Editorial : Le temps des leurres. 

Culture : Sank'ia, l'épopée barbare de Z. Prilipine. 

Dossier géopolitique 

Entretien avec Aymeric Chauprade : comprendre la Realpolitik. 

L'Union pour la Méditerranée par Julien Teil. 

Obama et l'Impérialisme par Terouga. 

Entretien avec Alexandre Douguine. 

Histoire : Thermidor, le crépuscule de la République par david l'Epée. 

Culture : Entretien avec François Bousquet sur Jean Edern Hallier. 

Livre : les Mémoires Vives d'Alain de Benoist par Thibault Isabel. 

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