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27/08/2016

Chronique de livre : Jean-Pierre Cousteau « Pierre-Antoine, l'autre Cousteau »

 

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Jean-Pierre Cousteau, Pierre-Antoine, l'autre Cousteau

(Via Romana, 2016)

 

Figure souvent oubliée ou négligée du combat de plume mené sous l'Occupation, Pierre-Antoine Cousteau -ou PAC- (1906-1958), le frère aîné du célèbre commandant Cousteau (d'où le titre : l'autre Cousteau) méritait d'être remis à l'honneur. Si plusieurs publications récentes (son Proust digest ou le recueil d'articles de Je Suis Partout que j'avais chroniqué en ces pages) ont permis de redonner une certaine actualité à ce talentueux et louable combattant qui fut « le plus grand polémiste de sa génération » selon certains, il nous manquait à son sujet une biographie en bonne et due forme venant compléter l'étude de Benoît Loeuillet consacrée au parcours journalistique de PAC entre 1932 et 1944 et qui avait paru il y a une bonne dizaine d'années maintenant.

Ecrite par son fils, Jean-Pierre Cousteau, la présente biographie se base sur un corpus de documents souvent inédits, à savoir la correspondance de PAC (avec sa femme lorsqu'il était détenu mais pas seulement) et son journal de prison (Intra muros, qui devrait être publié prochainement pour la première fois). Si l'auteur s'efforce de rester objectif quant au parcours et aux choix de son père, son témoignage est évidemment emprunt d'amour filial mais aussi d'une certaine fierté exprimée très élégamment. Et il peut être fier : PAC n'était pas n'importe qui !

Esprit vif et alerte dès son plus jeune âge, cultivant la liberté de pensée, PAC ne faisait pas partie des tièdes. C'était un homme d'engagement, ne pouvant se résoudre à rester silencieux en une période qu'il savait fondamentale pour l'avenir de l'Europe. Pacifiste depuis toujours mais abusivement présenté comme un horrible « nazi français », PAC l'inclassable (« anarchiste de droite et de gauche » selon son fils) paya comme tant d'autres le prix fort pour avoir été un ennemi implacable de la démocratie parlementaire et du communisme...

Rien ne le prédisposait pourtant à un tel destin... Ni sa famille, ni son parcours scolaire, ni même ses premières idées politiques très à gauche. Devenu journaliste au début des années 1930, il se fait vite remarquer par la qualité de ses écrits et embrasse la cause fasciste auprès de Pierre Gaxotte qui le fait rejoindre le fameux journal Je Suis Partout. PAC y vécut une véritable aventure de presse marquée par des amitiés qui le suivront toute sa vie (Brasillach, Soupault... mais surtout Rebatet) et un engagement sans faille pour une France régénérée au sein d'une nouvelle Europe. Très critique envers Vichy, Laval, Luchaire et même Abetz, PAC fait figure de dur au sein du petit monde de la collaboration jusqu'à ce que les événements de 1944 le poussent à fuir en Allemagne puis en Autriche. Arrêté fin 1945 par la police française, il est condamné à mort. Comme on le sait, PAC ne connaîtra pas le sort qui fut réservé à Brasillach. Il passera 8 ans en prison, ayant finalement été gracié -au même titre que Rebatet et d'autres- par Vincent Auriol. Dernier journaliste « collaborateur » à être libéré en France, il sortira affaibli de cette longue épreuve et sera terrassé par la maladie en 1958, à seulement 52 ans.

La particularité du livre de Jean-Pierre Cousteau est qu'il fait la part belle aux huit années de prison que subit son père. Ce dernier, dans les écrits mentionnés plus haut, fait état de son quotidien de prisonnier, de ses occupations (le sport mais surtout la lecture et l'écriture) mais aussi de ses pensées les plus profondes sur son parcours, la vie, son époque etc. Je me suis délecté de ces nombreuses pages de réflexion d'un homme libre (par l'esprit) ne se plaignant jamais de son sort et qui regarde de haut la comédie humaine et sa petitesse. Voici par exemple ce que PAC écrivit le 9 juin 1953, peu avant sa sortie de prison :

« Ce n'est pas parce que je refuse toute valeur à la loi du nombre érigée en système de gouvernement qu'il faut méconnaître les indications du suffrage universel. Le système est déplorable pour l'administration de la chose publique. Mais il est précieux (…) dans la mesure où il permet de savoir ce que veut une nation. Elle se juge à son choix. Les peuples « asservis » ont le bénéfice du doute. Pas les peuples démocratiques. Les Français ont trop montré qu'ils préféraient à quiconque Herriot, Blum, Auriol, Bidault, Moch et Teitgen pour qu'il soit possible de s'obstiner à les estimer. »

Servies par un style d'écriture savoureux, une grande intelligence et souvent même par un humour très fin, ces pages permettent de mieux comprendre ce personnage perdu dans une période si vile de l'histoire contemporaine (la « libération » et tout ce qui a suivi). Bien évidemment, les événements liés à l'épuration sauvage de notre pays sont souvent évoqués alors que lui croupit derrière les barreaux. PAC constate à quel point les vainqueurs et leur simulacre de justice salissent ceux qui ont cru dans un autre modèle pour l'Europe :

« Le sadisme des « épurateurs » consiste justement à créer cette confusion en mélangeant sous l'étiquette « collaborateurs » les adversaires politiques et les simples fripouilles dont il aurait fallu de toute façon se débarrasser même si la guerre avait tourné autrement. »

Feignant de s'étonner des horreurs de l'épuration, « effroyable explosion de bestialité », il ironise sur le silence des « belles âmes » de son temps :

« Elles n'ont rien su, rien vu, rien entendu. Elles ont ignoré que dans les villes de France on promenait sur les places publiques des femmes tondues, nues, marquées au fer rouge. Elles ont ignoré que dans toutes les prisons de France, on suppliciait des détenus ramassés au petit bonheur, avec des raffinements de férocité qui font paraître dérisoire la science des bourreaux chinois. (…) pour rien, pour le plaisir. »

Vomissant la faiblesse et la tiédeur (Mais pourquoi avoir choisi Franz-Olivier Giesbert pour préfacer le livre ? PAC en aurait été horrifié!), PAC était de cette race d'hommes faisant passer l'honneur avant tout. Il se tint toute sa vie la tête haute et paya fort cher (que ce soit à un niveau personnel ou familial) cette vertu. Vouloir combattre pour ses idées, ne pas se taire face à la décadence de son temps, il en avait fait sa raison de vivre. « Je n'ai à me justifier devant personne. Une seule chose était inconcevablement déshonorante, c'était de ne pas prendre parti. » disait-il... Oui, PAC a souhaité la victoire de l'Allemagne nationale-socialiste, « la dernière chance de l'homme blanc ». C'était logique pour lui et il s'en expliqua longuement lors de son procès, en 1946. « Epouvanté par la décadence de la France » ayant mené à la débâcle de 1940, persuadé que le libéralisme économique avait fait son temps et que seule l'option du socialisme national était désormais possible, PAC considérait qu'il n'y avait que cette solution qui aurait permis à la France de rester elle-même et d'aller de l'avant. Pacifiste, son antisémitisme se voulait avant tout une réaction à la déclaration de guerre des communautés juives du monde entier envers le IIIe Reich dès 1933.

Pierre-Antoine, l'autre Cousteau est complété de riches annexes où l'on trouvera plusieurs articles de PAC écrits dans les dernières années de sa vie pour Rivarol ou d'autres publications. C'est une excellente initiative ! Le livre se termine d'ailleurs par le superbe et émouvant « Testament et tombeau de PAC » publié par Lucien Rebatet peu après la mort de son ami. Je ne résiste pas à l'envie d'en reproduire les dernières lignes :

« Nous ne pouvons, hélas ! Ni remplacer PAC ni l'imiter. Il est irremplaçable et inimitable. Il ne nous reste qu'à poursuivre notre tâche de notre mieux. Quand bien même nous serions recrus de dégoût et de lassitude devant les bassesses et la monotonie de la lutte politique, la disparition de Cousteau nous fait un devoir de persévérer. Nous le lui avons tous promis. Je sais que ce fut une de ses dernières satisfactions. Peut-il exister promesse plus sacrée que celle faite à un tel combattant ? »

Rüdiger / C.N.C.

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source.

 

23/08/2016

Pour en finir avec les vieilles lunes

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Pour en finir avec les vieilles lunes

Alors que la France est traversée par une vague d'attentats sans précédent depuis 1995 - série inaugurée par le Groupe Islamique Armée Algérien le 25 juillet 1995 à la gare Saint-Michel par la pose d'une bombe artisanale dans le RER B entraînant la mort de 8 personnes et faisant plus de 117 blessés – il est peut être temps de revoir nos orientations et prises de positions face au réel qui nous domine aujourd'hui.

Il est bien évident que rien ne va s'arrêter. Bien au contraire, il est à prévoir que les attentats vont désormais s'enchaîner avec une intensité décuplée. Certes, nous ne sommes pas dupes. Comme le rappelle Francis Cousin, il y a l'histoire des apparences, à la surface des choses, et l'histoire radicale dialectique des grandes profondeurs. Mais que ces attentats soient organisés, téléguidés de l'extérieur ou qu'il s'agisse d'un terrorisme étatique importe finalement peu. Ils existent et frappent.

1- Nous sommes bel et bien au cœur d'un choc de civilisation.

L'analyse de la situation en France (ce qui Lénine appelle « le moment actuel ») est sans ambiguïté. Nous pouvons retourner le problème dans tous les sens, trouver ici ou là des dérivés, il n'empêche !

Nous sommes en guerre. Mais contrairement à ce que pensent certains, cette guerre n'est pas neuve et ne date pas des récents attentats commis en France et en Allemagne.

Nous sommes en guerre depuis la fin des trente glorieuses, depuis le regroupement familial, depuis l'acceptation d'une immigration massive extra-européenne sur notre territoire.

Nous vivons en état d'urgence permanent depuis au minimum une trentaine d'années. D'impolitesses en incivilités, d'indifférences en racisme ordinaire, le « vivre ensemble » imposé à nos concitoyens n'est plus qu'un immense champs de ruine dont les prémices nous apparaissent désormais lointains.

Le choc migratoire intense qui déferle sur l'Europe depuis quelques mois n'est que l'aboutissement logique de dizaines d'années de saupoudrage constant.

Nous savons que le mouvement des « réfugiés » est un mouvement organisé par le capital qui a besoin de main d’œuvre nouvelle pour casser le coût du travail. Nous savons qu'il existe des filières immigrationnistes. Nous savons qu'au travers du « grand remplacement » c'est à une substitution de main d’œuvre que nous assistons. Nous savons, comme le dit encore Francis Cousin, que « les hommes ne sont pas des oies sauvages et qu'il n'existe pas de cycles de migration naturelles ».

Nous savons que l'ennemi mortel qui se cache derrière le paravent de l'immigration se nomme Grand Capital et sa cohorte d'idiots utiles.

Qu'importe ! Le réel s'impose à nous. On peut l'appeler comme on veux : choc du futur, comme Alvin Toffler, choc des religions, comme l'abbé Guillaume de Tanouarn ou encore choc des civilisations, comme Samuel Huntington, la réalité c'est que l'Europe doit aujourd'hui faire face à une tentative de balkanisation et d'hétérogénéisation sans précédent.

Cependant, tout n'est pas aussi simple. N'en déplaise aux complotistes de tout poil et aux géopoliticiens de salon, les vagues migratoires qui se déversent à nos frontières se moquent bien de ces concepts d'occidentaux repus, elles n'en ont même sans doute jamais entendu parler. Elles se meuvent avec « leurs tripes », avec leur inconscient de peuples en mouvement. Loin d'intellectualiser leur action, c'est un instinct primaire de conquête de territoire qui les anime. Instinct animal décuplé par la masse.

Attentats et vagues migratoires sont constitutifs d'un même appel : celui d'une haine de l'Occident, d'un passé fantasmé d'une colonisation douloureuse, des mouvements de peuple sur la longue Histoire. C'est la continuation de l'expansion des Omeyyades (661-750) et celle de l'Empire Ottoman (1389 prise de Kosovo) mais par d'autres moyens. Éternel balancier. Que le spectacle de la marchandise l'ait mis en branle n' a guère d'importance. Il arrive que les monstres échappent à leur créateur.

Une chose est sure : nous n'assistons pas à la fin de l'Histoire, comme le crient certains bien-pensants, mais à son retour effectif après des décennies de consensus mou et d'opulence capitaliste. « Sous le choc de la vague migratoire, l’Europe se disloque, se désintègre, se déconstruit. (…) les historiens dateront certainement de cette affaire, de ces années 2015-2016, le début de la décomposition de l'Europe » pouvait-on lire dans Le Monde dans son numéro du 26 février dernier.

« Prétendre qu’il n’y a pas un choc des civilisations entre l’occident localisé et moribond et l’Islam déterritorialisé en pleine santé est une sottise qui empêche de penser ce qui est advenu, ce qui est, et ce qui va advenir », écrit pour sa part Michel Onfray, avant de poursuivre : « Refuser la réalité du choc des civilisations ne peut se faire que si l’on ignore ce qu’est une civilisation, si l’on méprise l’Islam en lui refusant d’en être une, si l’on déteste la nôtre par haine de soi »1.

L'Histoire est faite de mouvements de peuples et de conquêtes territoriales. L'Europe l'a un peu oublié depuis qu'elle est entrée dans la domination absolue de la marchandise et a quitté ce que Dominique Venner nommait l'horizon de la guerre. Celui-ci se rappelle aujourd'hui à notre bon souvenir et frappe de nouveau à notre porte.

Nul besoin de tomber dans les délires psychotiques de groupuscules appelant à la croisade. Seul l'impératif de faire face au réel nous conduit à penser que nous entrons dans une phase de confrontation ethno-culturelle de grande intensité.

2 – Y-a-t-il une solution politique et non violente au choc de civilisation ?

Pour les plus vieux d'entre nous qui avons résisté aux molles années 90, rien ne laissait présager une accélération aussi brutale de l'Histoire. Ces vagues migratoires d'intensité inégalée constituent en l'espèce une « divine surprise » propre à forcer la décision. Les attentats récents s'y agglomèrent comme autant de parasites sur un corps malade, tout à la fois charges émotionnelles et électrochoc psychologique. Le chaos semble proche et l'heure des choix se profile.

Un parallèle saisissant pourrait être fait avec la situation de l'Algérie Française en 1961 et la création de l'OAS. Mais comparaison n'est pas raison, dit-on.

Pourtant, qui pourrait encore croire à une issue non-violente ? La situation semble inextricable.

Boris Le Lay a récemment évoqué l'existence possible de « maquis mobiles musulmans » actifs sur le territoire national. Même s'il convient d'être prudent sur le caractère réel de telles informations, la chose paraît suffisamment sérieuse pour être suivie de près.

Depuis Saint-Etienne-du-Rouvray chacun sait aujourd'hui que des attentats peuvent surgir sur n'importe quelle partie du territoire. Chacun sait également que des années de saupoudrage migratoire ont propulsé des communautés allogènes même dans les coins les plus reculés de France.

La remigration ? Beau concept en vérité, techniquement réalisable. Mais qui peut raisonnablement penser que la chose se fera sans tensions et sans heurts ?

Un retour du sentiment patriotique arasant les sentiments communautaires ? Ce serait se résigner à une lecture instantanée de l'actualité et d'une d'absence totale de recul sur les faits. N'en déplaise à certains, le véritable « vivre ensemble » n'est pas le patriotisme. Ce dernier est désormais un fourre-tout bien commode qui cache en réalité la fracture ethnique et justifie l'assimilation.

Le patriotisme d'avant 1945 avait encore du sens : celui d'une vision autour d'un drapeau et d'une Nation par un peuple sans changement ethno-culturels profonds, communiant dans d'identiques modèles de comportements, de pensées et de sensibilités. De nos jours tout est différent. Nous sommes désormais placés au cœur d'une opposition tendue entre deux mondes et deux civilisations.

L'unité nationale que certains veulent nous vendre est un leurre. Qui est aux commandes de cet enfumage ? L'oligarchie et le gouvernement qui ont tout intérêt à ce que les fractures ne s'élargissent pas pour maintenir, un tant soit peu, leur monde vivant.

« C'est pourquoi, il ne faut plus jamais parler des «populations musulmanes» pour désigner nos compatriotes de confession musulmane mais d'un peuple, le nôtre dont ils doivent désormais faire partie intégrante » écrit Guillaume Bigot, essayiste et membre fondateur du Comité Orwell (sic!)2.

En vérité, le clivage à venir ne se fera pas sur la base des patriotes contre l'anti-France, pour reprendre le fantasme récurent des vieilles barbes de l'extrême-droite française, mais entre la tribu et la mixité, le clan et l'indifférencié, le socialiste et le libéral, l'enraciné et le mondialiste, l'humain et l'homo œconomicus, le défenseur de la nature et le prédateur productiviste, la communauté et la société.

Devant cette horizon de la guerre qui refait surface, il est donc à craindre un affrontement sans égal entre communautés autochtones et allogènes. Nous allons connaître ce retour de la barbarie, du clan et de la tribu. Nos banlieues sont des poudrières, nos métropoles des coupes-gorges et des territoires entiers sont en voie de « dhimmisation ». Parallèlement, les années qui viennent seront des années d'intenses radicalités explosives (Francis Cousin). Les luttes de classes vont se réveiller.

Nous vivons des temps incertains mais riches de sens à venir. A l'instar de Régis Debray, ne nous condamnons pas à un « pastiche des destins hors série qui nous ont précédé, raflant les premiers choix et nous laissant les doublures ».

Le 20 juillet dernier à Saint-Astier, François Hollande a appelé les Français à rejoindre les différentes réserves des forces de sécurité. Chiche !

Intégrons la réserve opérationnelle. Mais intégrons là dans un but bien précis : celui d'apprendre en restant au contact de la réalité du terrain

Il y a un ordre des tâches historiquement fondé. Le travail insurrectionnel est aujourd'hui le travail politique numéro un.

Guillaume Le Carbonel/C.N.C.

1 Chronique mensuelle de Michel Onfray, Mars 2015 N°118 in mo.michelonfray.fr

2 In Le Figaro 26/07/2016

17/08/2016

Plaidoyer pour la puissance maritime : la thalassocratie ou la mort

 Plaidoyer pour la puissance maritime : la thalassocratie ou la mort

Charles_De_Gaulle_PascalSubtil_1.jpgLe 7 mai 2014, Boulevard Voltaire publiait, comme le site le fait régulièrement, un entretien d'Alain de Benoist par Nicolas Gauthier. Comme cela devient de plus en plus fréquent, un passage m'a particulièrement interloqué :

Nicolas Gauthier : "A peu près à la même époque se faisait sentir la nuance, dans les milieux « nationalistes », entre « européistes » et « occidentalistes ». Ce clivage vous semble-t-il toujours d’actualité, à un moment où d’autres font se superposer les notions d’Occident ou de chrétienté ? De fait, l’Occident ne serait-il pas aujourd’hui le pire ennemi de l’Europe ?"

A de B : "Le clivage existe toujours, bien sûr : je me sens moi-même profondément européen, mais absolument pas « occidental ». Mais ce qu’il importe surtout de réaliser, c’est que la notion « d’Occident », telle qu’elle est comprise aujourd’hui, est une aberration géopolitique. L’Europe appartient à la Puissance de la Terre, tandis que les États-Unis représentent la Puissance de la Mer. L’histoire, disait Carl Schmitt, est avant tout une histoire de la lutte entre la Terre et la Mer. En dépit de tout ce qu’on nous serine à Bruxelles comme à Washington, les intérêts des Européens et des Nord-Américains ne sont pas convergents mais opposés. Quant à la notion « d’Occident chrétien », qui n’a que trop longtemps fait oublier la dimension universelle (et universaliste) de la religion chrétienne, elle a perdu toute signification depuis que la religion est devenue une affaire privée. L’Europe et l’Occident se sont aujourd’hui totalement disjoints – au point que défendre l’Europe implique, en effet, bien souvent de combattre l’Occident. Ne se rapportant plus à aucune aire géographique ni même culturelle particulière, le mot « Occident » devrait, en fait, être oublié."

Cet extrait nous a été rapporté en commentaire de l'article intitulé « Occident ? » où il était question de développer une certaine idée de l'Occident qui différait de l'Occident médiatique et financier structuré par quelques villes mondiales et villes globales cosmopolites où se localisent les principaux lieux de commandement de la mondialisation. Ces considérations sont surtout mues par une hostilité aux Etats-Unis qui est appuyée par une certaine fascination pour l'eurasisme. Nous y reviendrons.

Je m'inscris en faux face à ce développement. Sur la question religieuse par exemple, il ne faudrait pas résumer l'Occident à la France laïque. Les processions sont encore par exemple organisées en Espagne ou au Portugal et de nombreux souverains sont aussi les chefs de leurs Églises (comme au Royaume-Uni pour le cas le plus connu). Comme le rappelle Anastasia Colosimo dans Les bûchers de la liberté, le blasphème est encore condamnable pénalement dans certains Etats de l'U.E. (comme l'Allemagne, l'Autriche, l'Espagne, l'Italie ou la Pologne). Aux Etats-Unis, la religion est omniprésente et les procès se font en jurant sur la Bible. « L'Occident chrétien », même s'il a bien changé, existe bel et bien : les Etats-Unis sont un pays comptant presque exclusivement des protestants et des catholiques revendiqués (80% de la population) dont la pratique religieuse reste importante et il en va de même en Europe. En 2008, seul 13% des « Américains » n'ont aucune pratique religieuse (contre 72% des Français la même année) et 75% des « Américains » avaient lu un passage de la Bible dans l'année écoulée (contre 21% des Français). Par ailleurs, l'U.E. elle-même doit beaucoup, comme je l'ai écrit dans un article précédent, aux réflexions sur la paix continentale des catholiques et c'est principalement la démocratie-chrétienne qui a œuvré à son édification (Schuman, Adenauer, De Gasperi). L'Occident reste donc majoritairement chrétien, quand bien même ce christianisme est souvent libéral, ou social, en tout cas démocratique. Et sécularisé. Par ailleurs, l'influence du christianisme ne se limite nullement à la pratique religieuse, mais se retrouve aussi dans les valeurs de la société : la fraternité ou la charité en sont deux exemples. Sur ce seul point, on pourrait déjà contester le postulat d'Alain de Benoist.

Mais ce qui nous intéressera dans cet article et qui a été la raison de sa rédaction, ce sont les considérations tenues sur la question maritime.

« L'Europe, issue de la mer » (Pierre Royer)

A titre d'anecdote, et pour contester le fond même du propos, le nom même d'Europe vient d'une thalassocratie : il s'agissait d'une princesse phénicienne. L'Europe tient donc son nom de la mer...

Par ailleurs, quid de cette opposition catégorique entre Occident et Europe ? L'Occident a été Européen avant d'être « euro-américain » et c'est bel et bien ce qu'il fallait entendre de nos articles et c'est bien ce que nous comprenons lorsqu'un Dominique Venner utilise le terme Occident. Il en va de même dans toute la pensée non-conformiste (qu'on pense à Thierry Maulnier) ou chez Samuel Huntington qui explique qu'historiquement, l'Occident était européen. Oublier que l'Occident a été façonné par les Européens puis par les descendants d'Européens c'est déjà manifester une lecture partiale et partielle de l'histoire européenne. Il n'est pas possible d'affirmer que « l'Europe appartient à la puissance de la Terre » et que ce sont les Etats-Unis qui ont bâti un Occident autour d'une « puissance de la mer ». C'est historiquement faux puisque la première thalassocratie atlantique est espagnole. Athènes, Rome, la Frise du Haut Moyen Âge, la Scandinavie « viking », Venise, Gênes, le Portugal, l'Espagne, la France, la Hollande ou l'Angleterre ont toutes été des puissances maritimes à des époques et à des échelles diverses, et toutes ces puissances ont contribué à l'émergence d'une civilisation « occidentale » (compris dans sa dialectique avec l'Orient et les autres civilisations en général- Chine, Inde, civilisations pré-colombiennes...). Cette civilisation était sous l'Antiquité circonscrite à l'Europe et à la Méditerranée. A la suite des « Grandes découvertes », elle s'est étendue à d'autres territoires. L'ancienne « mer Océane », l'Océan l'Atlantique est alors devenu un « lac occidental ».

La dimension maritime est donc inhérente à l'histoire européenne et l'Europe compte un grand nombre de personnages fameux liés à la mer. Qu'on songe simplement à Pythéas, à Erik le Rouge, à Jean Bart, à Colomb, à Henri le Navigateur et à Vasco de Gama, à Cartier, à Cook, à Lapérouse, à Amundsen… L'esprit européen s'est exprimé sur les mers et les océans du globe et nous a laissé entre autre quelques œuvres littéraires, dont les plus fameuses sont celles de Jules Verne. Mais on pourra aussi penser à l'aventurier et écrivain audois Henri de Monfreid. Jamais les Européens n'auraient pu développer de brillantes civilisations sans la mer. Les sciences doivent beaucoup au monde de la mer et parmi elle la géographie, en particulier la cartographie (portulans, globes, planisphères…), l'astronomie (les premiers marins se repéraient grâce aux astres) et bien évidemment les techniques (constructions à clins, astrolabes, amélioration de la boussole, sextant...). La navigation est d'ailleurs le moyen par lequel l'Homme, et au premier chef les Européens, purent appréhender les éléments : le vent autant que les mouvements de l'eau des mers et des océans. Le sort de l'Europe s'est aussi souvent joué sur mer : victoire des Athéniens à Salamine contre les Perses, victoire des Romains au Cap d'Ecnome contre Carthage, victoire d'Octave et de ses partisans à Actium contre Marc-Antoine et Cléopâtre, victoire de la flotte dirigée par Don Juan d'Autriche à Lépante contre les Ottomans. Ce ne sont que quelques exemples de batailles qui ont permis aux Européens de se prémunir des subversions orientales. Qu'on dise aussi à un Irlandais, un Breton, un Basque, un Portugais, un Espagnol ou un Gênois dont l'histoire et le quotidien sont marqués par la mer que « L'Europe c'est la puissance de la Terre ». L'Europe c'est à la fois la Terre et la Mer. C'est d'ailleurs ce qu'illustre bien l'hermine chez les Bretons. Et c'est pour cette raison que nous avons un phare comme logo : ancré sur Terre, il éclaire la mer et permet de surveiller les passages stratégiques mais aussi d'indiquer la route à suivre. Si l'Europe a dirigé le monde, c'est grâce à sa domination maritime, c'est un fait indéniable. S'il y a bien eu une grande entreprise digne de l'esprit européen, c'est l'aventure maritime.

Alain de Benoist, pour sa part, apprécie Carl Schmitt qui a théorisé le Nomos de la Terre. Il n'aura échappé à personne que Carl Schmitt est un grand juriste allemand ayant notamment travaillé sur le politique. L'Allemagne est, dans son histoire, avant tout une puissance continentale. C'est ce qui motiva donc la West Politik de Guillaume II qui permit au Reich de se constituer une flotte et un empire colonial avant la Première Guerre mondiale pour devenir d'ailleurs la deuxième puissance maritime en 1914 derrière l'Angleterre et devant la France. La géopolitique allemande passe souvent pour une politique des grands espaces influencée par Ratzel (on songera au fameux Lebensraum, l'espace vital). Mais il faut nuancer cette approche. Ratzel ne s'est pas contenté de défendre une « pensée-continent », il a aussi finement analysé les réussites britanniques, qui reposaient sur le contrôle de territoires et de lieux stratégiques (Suez, Gibraltar, Malaka, Hong-Kong...) et a déjà perçu dans l'enclavement russe un élément de faiblesse. Un autre géopoliticien fameux, Karl Haushofer, avait préconisé une alliance entre l'Allemagne, la Russie et le Japon contre les puissances anglo-saxonnes. Le pacte germano-soviétique apparaît à ce titre comme une riposte des puissances de la Terre. Le Japon ayant pour objectif la domination du Pacifique face aux Etats-Unis.  C'est bien sur mer que certains empires auront perdu, sans forcément le percevoir sur le moment. Comme Bonaparte après la défaire de Trafalgar, l'échec d'Hitler sur l'Angleterre n'est-il pas responsable de la fuite en avant à l'Est et au final de la victoire des « puissances de la mer » qui s'adjugèrent la moitié d'un continent européen promis aux soviétiques...? C'est en effet une Allemagne dépourvue de ses territoires coloniaux après 1918 et qui doit affronter les Alliés, c'est à dire les Etats-Unis, le Royaume-Uni et la France qui sont (ou redeviennent pour la France) des puissances maritimes. L'Allemagne va essentiellement miser sur la puissance terrestre, conduisant aux victoires éclaires du début de la guerre (1939-1941). En quelque sorte si l'Allemagne nationale-socialiste a souscrit à la théorie de « l'espace-vital » de Ratzel, c'est à dire à la « pensée continent » mais également en partie aux théories quasiment eurasiatiques de Haushofer, c'est bien parce que de leur côté, les anglo-saxons avaient théorisés, et mis en pratique, la puissance maritime. Cité par Christian Royer dans Géopolitique des mers et des océans, A. Muller dans La Seconde Guerre de Trente Ans (1914-1945) paru en 1947 démontre bien la continuité des deux conflits sur le plan géopolitique entre une Mitteleuropa centrée autour de l'Allemagne qui se posait en « maître de la terre » et des Alliés qui se posaient en « maître de la mer ». Mais en 1982, Braudel écrivait : « Seuls les ratés de l'économie et du commerce se dotent toujours d'armées formidables, tandis que les maîtres de l'économie se contentent de contrôler les voies et moyens de communication ». Nationaux-socialistes et soviétiques en sont de parfaits exemples lors de la Seconde Guerre mondiale. Cette « pensée-continent » a été renforcée par l'apparition du chemin de mer et le développement, plus tardif, des autoroutes. En effet, l'ère colombienne qui s’étend du XVeme au XIXeme siècle se caractérise par la domination maritime. L'essor du chemin de fer, puis de l'automobile, laisse penser aux puissances terrestres qu'elles pourront équilibrer la domination maritime. Le développement de l'aviation et de l'aérospatiale va ruiner très rapidement ces espérances et on peut considérer que dès leurs parutions, les théories « continentalistes » étaient déjà obsolètes. L'aviation reprend d'ailleurs un vocabulaire maritime, on y parle d'atterrissage et de navigation...

Un bon exemple de confusion à ce sujet concerne donc la Russie. Là aussi il a été pris l'habitude de percevoir ce pays comme une puissance continentale et d'en faire beaucoup avec « l'eurasisme », souvent à partir d'auteurs assez anciens. Pourtant, dans les faits, la Russie actuelle n'a de cesse de chercher à protéger ses ambitions maritimes : soutien à Bachar el Assad en Syrie pour défendre son port en eau profonde en Méditerranée (Tartous), annexion de la Crimée, tensions autour de l'enclave de Kaliningrad, coopération avec la Chine (manœuvres militaires, OCS), discussions autour des îles Kouriles avec le Japon, enjeux autour de la route maritime Arctique, largage d'un drapeau russe au Pôle nord pour s'adjuger une partie des eaux territoriales et des fonds sous marins qui submergent « son » plateau continental, incursion dans la Manche, la Russie a, à rebours des théories en vogue, bien compris que la puissance passe par une politique maritime ambitieuse et déterminée soutenue par un important dispositif spatial et aérien. Un des plus grands navire-école de la planète est d'ailleurs le STS Mir, basé à Saint-Petersbourg. En tonnage, la marine russe est d'ailleurs la deuxième du monde derrière les Etats-Unis et devant la Chine malgré sa vétusté et quelques autres difficultés. La géographie des grands espaces est encore ici malmenée. Séduisante sur le papier, elle ne résiste pas aux faits. L'immensité du territoire est plus un problème pour les Russes qu'un atout. Par ailleurs nous sommes en ce début du XXIeme siècle dans une géographie des territoires, et non dans une géographie des grands espaces continentaux, en partie en raison de la mondialisation. Les territoires maritimes y occupent une place de choix. 71% de la surface du globe est composé de mers et d'océans et 90% des échanges commerciaux empruntent des routes maritimes.

Pour une géopolitique française

Comme l'écrivait Napoléon : «  Un État fait la politique de sa géographie ». L'empereur, qui fit, un peu malgré lui, tout le contraire, avait pourtant raison. En tant que Français, nous avons le privilège d'être entouré par la Méditerranée, l’Atlantique, la Manche et la mer du Nord et d'avoir la deuxième ZEE du monde avec nos DROM-COM. Se refuser à « penser la mer » ou à « gouverner la mer » est donc le meilleur moyen de laisser cette tâche aux anglo-saxons. Il nous faut, à l'inverse de ce que semble supposer Alain de Benoist, nous réapproprier la question maritime. Aucun dirigeant français ne pourra faire l'économie à l'avenir d'une politique maritime si nous souhaitons résister au nouvel âge géopolitique qui s'est ouvert. D'ailleurs le programme régional de Marine Le Pen prévoyait un ambitieux volet maritime. Avec le basculement vers le Pacifique, la France a par exemple un atout avec ses 6,1 km² de ZEE (4,8 km² pour la Polynésie française et 1,3 km² avec la Nouvelle Calédonie). Délaisser ces territoires serait criminel. Se contenter d'être une puissance continentale, par romantisme, tropisme ou suivisme allemand ou russe, c'est s'assurer d'être une puissance croupion, une puissance limitée comme le furent l’empire carolingien, empire terrestre assailli par les Vikings au nord et la piraterie arabo-berbère au sud. Se refuser d'être une puissance maritime, c'est condamner l'Europe à n'être qu'une périphérie, voire une marge, par rapport à des puissances affirmées ou émergentes qui sont désormais dans le Pacifique : Etats-Unis, Chine, Japon, Australie, Mexique... Nous entrons dans une ère Pacifique qui explique le tournant des Etats-Unis vers l'Asie-Pacifique et qui se manifeste par d'épineuses questions territoriales : îles Kouriles, Taïwan, Nouvelle-Calédonie, mer de Chine, autant de points chauds qui voient les puissances se frotter ou être contestées. La Chine utilise par exemple des milices privées en mer de Chine pour ne pas être officiellement impliquée dans quelques barbouzeries... Les principaux observateurs de la planète en matière de géopolitique et de relations internationales considèrent que les ambitions chinoises dans cette mer, au détriment du Vietnam, du Japon ou des Philippines, constituent le principal point chaud pour la sécurité mondiale.

Il est urgent de revenir aux fondamentaux de la géopolitique française. C'est en effet sous les Capétiens que la France prend conscience du rôle de la mer : la première ouverture maritime s'effectue sous Philippe Auguste. Aucune vision politique d'ampleur ne peut se passer de la mer. Même durant la guerre de Cent Ans, Français et Anglais s'affrontèrent en mer. Le souverain emblématique en terme de politique maritime est Louis XIV, certes influencé par son entourage et en particulier par deux hommes : Colbert et Vauban. Avec Colbert il put développer une ambitieuse politique navale (construction d'un flotte, édification de phares, développement de la corderie royale...) et avec Vauban il influença le monarque dans ses choix militaires pour borner le pré-carré national. Napoléon, qui délaissa les mers, où il fut vaincu, s'engagea dans une course continentale à l'Est ce qui mena la France à la défaite. C'est sous la Restauration, la Monarchie de Juillet et le Second empire que la France redevient une puissance maritime. Le retour de la France s’effectue d'abord timidement par la conquête de l'Algérie puis, sous le Second empire, par les campagnes en Crimée et au Mexique. Durant ces décennies clefs, la Marine militaire est perfectionnée, de nombreux brevets sont déposés, de nombreux phares sont érigés pour éclairer nos côtes et la cartographie marine s'améliore. C'est donc la première véritable politique ambitieuse depuis Louis XIV. Il est a peu près certains que si le Second empire n'avait pas chuté, la France aurait très rapidement été en mesure de rivaliser avec l'Angleterre sur les mers, mais fort heureusement pour eux, la IIIème République ne manifesta aucune ambition maritime.

La faiblesse de l'Europe n'est donc pas due aux seuls Etats-Unis mais au fait qu'elle leur a laissé le rôle de gouverner les mers, pour en faire un véritable « thalassokrator ». Pierre Royer a d'ailleurs à ce sujet des mots limpides : « Rien n'est plus révélateur de la volonté de puissance d'un pays que la place qu'il accorde à sa marine de combat. De ce point de vue, l'attitude des pays européens, qui furent tous, à des titres et des moments divers, de grandes puissances navales, est très significative : la plupart ont renoncé à la projection de puissance, donc à la puissance tout court. »

La mer est en enjeu majeur en terme de ressources et d'énergies. On comprend donc bien l'importance du « lobby bleu », de la gestion des ressources halieutiques, du rôle que peut jouer la conservation marine et les différentes ONG comme Sea Shepherd. C'est bien parce que la France délaisse beaucoup trop sa dimension maritime et que même sa pensée dissidente n'en fait que peu de cas que je suis assez pessimiste, pour le moment, sur notre capacité à relever la tête. Combien de temps pourra-t-elle conserver la Polynésie ? Et combien de temps va-t-elle pouvoir encore jouer la montre vis à vis de la Nouvelle Calédonie, premier producteur mondial de nickel ?

Nous nous retrouvons donc à peu près dans la même situation que Maurras dans Kiel et Tanger lorsque celui-ci déplorait l'union continentaliste de Kiel en 1895 entre la France, l'Allemagne et la Russie contre la thalassocratie britannique et aurait préféré une politique volontariste en matière maritime. Cette vision continentaliste, développée par une nouvelle droite souvent germanophile voire russophile conduit à l'Eurosibérie d'un Guillaume Faye ou à l'eurasisme. Mais l'eurasisme est une théorie russe qui n'a rien à voir avec la France. L'eurasisme n'est qu'une reculade, un funeste abandon de toute volonté de puissance qui nous soit propre. Un symptôme de la désillusion de nos contemporains. A l'inverse, et pour rester pragmatique, nous aurions fortement à faire avec le Groupe de Visegrad (Pologne, République Tchèque, Slovaquie et Hongrie) et l'Intermarium naissant qui inclut également d'autres pays comme les états baltes ou l'Ukraine. La Pologne mène en effet une politique maritime volontaire depuis quelques années et l'objectif des relations entre les pays d'Europe centrale et orientale est bien de faire coopérer les trois mers : la mer Baltique, la mer Adriatique et la mer Noire. La meilleure stratégie pour la France consisterait donc à s'allier avec les pays d'Europe du sud pour contrôler notre limes africain en Méditerranée, à s'allier avec l'Intermarium pour faire un lien avec les trois mers qui cernent l'Europe centrale et orientale et de valoriser notre ZEE. Les spécialistes de la question maritime l'écrivent, nous assistons à une nouvelle course à la mer. Nous devons en faire partie. D'autant que la France est encore la première puissance maritime de l'UE. Ce qui nous manque c'est donc une vision et sur ce point plus personne n'en a, ni ceux qui nous gouvernent, ni la pensée dissidente.

C'est pour cette raison qu'en plus d'une politique maritime ambitieuse qui deviendrait une cause nationale, et qui ne concernerait pas seulement la volet militaire, mais aussi la recherche scientifique, technique, l'exploration sous-marine, la protection environnementale, les énergies ou la pêche, je préconise entre autre une « union latine » qui réunirait les pays de l'Europe du sud et du sud-ouest (Italie, France, Espagne et Portugal) et qui serait en mesure de maîtriser la Méditerranée, l'Atlantique, la Manche, la mer du Nord et des passages stratégiques : le Pas-de-Calais, Ouessant ou Gibraltar. Dans l'histoire, il a souvent été question de géographie, d'ambition et de volonté, plus que de théorie.

Jean / C.N.C.

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14/08/2016

Une société possible

 Une société possible

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Il existe un archipel européen composé de neuf îles, situé à cheval entre les plaques eurasienne et nord-américaine dont la population totale est de 250000 habitants. L'île la moins peuplée compte 430 habitants et la plus peuplée 134000. Sa superficie totale est de 2333 km2 ; sa langue, le Portugais. J’arrêterai ici l’énumération de données, le but de cet article n’étant pas d’élaborer une brochure touristique ni un manuel de géographie pour débutants destinés à des randonneurs de Basse Saxe en Birkenstock, mais plutôt de comprendre en quoi cette société s’approche de la définition de « la société parfaite ».

C’est en effet bien une société (du latin societas, socius étant le compagnon, l’associé: chacun incarne sa fonction dans le corps sociétal, comme un membre d’un corps qui ne fonctionne que parce que chacune de ses parties connaît sa place et sa fonction, et s’associe aux autres afin que tout soit coordonné pour le bien commun. Le taux de chômage y est bien plus bas que sur le continent. Les habitants ne passent pas le commencement de la journée agglutinés contre la sueur et les pores les uns des autres, dans les transports en commun. On travaille là où l’on habite. On ne « perd pas de temps » : on habite la durée Bergsonienne. Le fruit du travail est concret, ses retombées sur le quotidien aussi, on est impliqué et responsabilisé dans ce que l’on fait.

Ici, on connaît ses voisins, leurs noms, leur histoire. On leur parle, on les respecte. On connaît les dates, les tragédies et les anecdotes, tout ce qui fait l’histoire d’une famille. On accorde de la valeur aux pierres et aux fantômes. Les maisons et objets de famille sont gardés et les vieilles photos chéries ; les musées sont vivants, à l’intérieur des maisons. On comprend la valeur de l’héritage et de la transmission. La population est homogène à tous les niveaux. 99% de Portugais, 99% catholiques. Il n’existe pas de conflits liés au « choc de cultures », à l’imposition d’une « façon de vivre », ces questions n’ont pas lieu d’être, puisque tout le monde partage les mêmes codes et les mêmes valeurs.

On ne ferme pas toujours sa porte à clé, on laisse les fenêtres ouvertes. On ne se méfie pas, on est bienveillant et obligeant. Les rares véhicules de police prennent racine devant le commissariat, faute heureuse de besoin de courses poursuites endiablées dans les rues. On se promène à toute heure et en tout endroit sans crainte. Il n’y a ni grande criminalité, ni gangs, ni attentats, ni violences, ni agressions quotidiennes. Les rares problèmes sont dus au trafic de drogue sur les bateaux qui font escale, ou aux émigrants revenus car chassés des Etats-Unis.

On plante ce qui pousse naturellement, sans engrais, sans pesticides ; on mange ce que l’on pêche et ce que l’on cultive, et ce que l’on y cultive ferait envie au jardin des Hespérides.

Les paysages sont d’une beauté fière et indomptée, et se méritent au prix d’heures de marche et d’efforts pour en admirer la sublime palette de couleurs, contrastes et variétés. Des cratères de volcans succèdent aux massifs d’hortensias, des plateaux lunaires se détachent de sentiers perdus dans la brume, une flore luxuriante côtoie des sommets arides. Certains villages ne sont accessibles que par des sentiers glissants que l’ont ne parcourt qu’à pied ou à dos d’âne. Il s’en dégage une puissance humble, sûre d’elle même, d’avoir su conserver et chérir la splendeur de ce qui est et existe de Beau et de naturel.

Pas d’immeubles, pas de tours, peu de constructions laides modernes, un respect de la nature, jusqu’ici miraculeusement préservée, une compréhension et acceptation de ce qu’ « habiter un territoire » signifie réellement. La menace la plus grande actuelle étant le tourisme qui se développe. Espérons que l’appât du profit ne supplante pas ici aussi la volonté de préserver et de respecter. Des séismes et éruptions volcaniques ont souvent lieu, des pertes animales, humaines et matérielles sont à déplorer, mais cela paraît un bien maigre coût à payer dans le temps en comparaison de ce que l’on vit quotidiennement sur le continent, avec malheureusement plus aucun des avantages cités ci-dessus.

Comment revenir alors sans ressentir avec grande violence le contraste entre cette société cohérente et la nôtre, qui n’aurait jamais du cesser de l’être ? Ce n’est ni l’Atlantide ni les îles des Bienheureux, mais bel et bien un exemple de société vivante, vivable et possible qui subsiste, forte, de nos jours. Les raisons de ce succès ont-elles besoin d’être évoquées ?

Ad augusta per angusta

Aspasie/C.N.C.

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11/08/2016

Regard sur l’Actu #30: Terrorisme et immigration, ici et ailleurs

«L’année va être épouvantable jusqu'à l'élection présidentielle. » nous prédit Marc Trévidic, cet ancien juge anti-terroriste que l'on entend beaucoup ces derniers mois. Il poursuit: « La tentation va être grande pour l’organisation terroriste état islamique de s’en prendre au pays. On est dans une guerre en temps de paix. (...) Mon espérance à moyen terme, et je pense qu'on y arrivera, c’est l’essoufflement suite au degré d’horreur. » Si essoufflement il y a, j'imagine que ce ne sera pas au nombre d'attaques terroristes que l'Europe risque de subir... et de tous les changements qui vont en résulter dans nos sociétés.

Il faudrait déjà que les Etats entendent réagir comme il se doit pour contrer une menace qu'ils refusent de nommer: l'immigration-invasion de l'Europe. Tant que le Système actuel sera en place, rien ne changera. Quelles mascarades que cet état d'urgence et ses mesurettes! Freinées par la religion des Droits de l'Homme et une oligarchie lâche et égoïste, on constate que plus nous sommes attaqués, tués, ridiculisés, plus le Système s'enfonce dans son logiciel. Du pape François qui ne « ne pense pas qu’il soit juste d’associer islam et violences » aux médiats subventionnés voulant maintenant cacher l'identité et le nom des terroristes islamistes, suivant en cela les préconisations du gourou BHL, jamais la tête de l'autruche ne se sera enterrée si profondément! L'Etat fait semblant de réagir comme à l'accoutumée et la justice française fait tout son possible pour éviter les amalgames avec le succès que l'on connaît. Adel Kermiche, l'un des égorgeurs de Saint-Etienne-du-Rouvray, n'avait-il pas été remis en liberté alors qu'il constituait une menace grave?

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Ils nous haïssent dès leur plus jeune âge

La logique est imparable: des millions de non-Blancs installés sur notre continent nous vouent une haine implacable et ce, dès leur plus jeune âge (sur l'explication de cette haine, voir ici). Les cas de radicalisation d'adolescents issus de l'immigration extra-européenne abondent et ces dernières semaines n'ont pas été avares en révélations: dès 14/15 ans, on trouve des candidats pour partir en Syrie comme le rappelle Trévidic dans l'article cité plus haut et l'on a beaucoup parlé de Mourad Hamyd, beau-frère de Chérif Kouachi et soupçonné de participation dans l'attentat visant Charlie Hebdo. Lui qui était décrit par la presse comme « jeune lycéen sans histoire, petit frère rangé d’une famille élargie tourmentée »... Un dernier cas récent: cette adolescente de 16 ans interpellée à Melun pour "association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste" et "provocation à la commission d'actes de terrorisme par un moyen de communication en ligne". Si les perquisitions n'ont rien donné et qu'on se dit qu'il y avait peu de chances qu'elle passe réellement à l'acte, il n'en demeure pas moins que ces différents cas sont très emblématiques de cette nouvelle génération qui n'entend pas vraiment obéir aux règles du vivrensemble!

Y a bon les aides!

D'après une enquête du Wall Street Journal, « au moins cinq des terroristes (des attentats de Paris et Bruxelles) touchaient des aides sociales ». Quel scoop! Qui n'a pas encore conscience que les communautés d'où proviennent les terroristes vivent (relativement bien d'ailleurs) grâce à la manne infinie des aides sociales? Même Salah Abdeslam « qui n'avait en théorie pas droit au chômage car il gérait un bar, avait reçu 19.000 euros d'aides sociales » en deux ans... Voilà bien résumée la situation de pays comme la France ou la Belgique! Quoi qu'ils fassent, qu'ils travaillent ou non, qu'ils grugent ou non, ils ont tous droit à la cascade d'aides! Pas de discrimination ici: les immigrés en priorité! Selon le même journal, « réclamer des allocations sociales est d'ailleurs l'un des conseils donné par le groupe État islamique (EI) pour obtenir "de l'argent facile" ». Ils auraient tort de se priver en même temps! Heureusement, le problème est pris à bras-le-corps par nos gouvernements et ça ne rigole plus:

« L'État belge affirme que depuis quelques mois les contrôles ont été renforcés. En France, en Belgique, aux Pays-Bas et au Danemark, plus d'une centaine d'individus ont ainsi été privés d'aides sociales après s'être rendus en Syrie. »

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Le tourisme dans une mauvaise période...

…qui ne fait sans doute que commencer! C'est Paris et l'Ile-de-France qui sont boudés en priorité. Moins 10% au niveau des nuitées sur le premier semestre 2016! Moins 56% de touristes japonais! Bref: « la peur des attentats fait fuir les touristes les plus aisés », ce qui est une nouvelle victoire de la Hollandie! Mais pas de panique au gouvernement, pensez! Le secrétaire d'Etat chargé de la promotion du tourisme, Matthias Fekl, trouve que tout roule: « la France a battu un record de fréquentation avec 85 millions de voyageurs alors qu'il y avait déjà des attentats ». Naviguons à courte vue alors! Matthias, si je puis me permettre, il n'y a pas que les attentats qui font fuir les touristes. Il aussi l'insécurité endémique de la capitale où nombre de touristes asiatiques se sont fait plumer ces derniers temps par de la racaille partageant bien souvent des origines communes avec les djihadistes... Quelle image de la France dans le monde! Quel rayonnement lui donnent ses enfants de papier qui, quand ils n'attaquent pas les touristes ici, profitent de leurs voyages (en Thaïlande par exemple où la racaille a pris ses quartiers) pour faire une publicité utile au développement du rayonnement de la France!

Même la braderie de Lille est annulée cette année! Monsieur Fekl, un commentaire? Les populations dont je parlais ont tellement changé le visage de la France que nous nous sommes habitués à voir disparaître nombre de festivités par peur des sempiternels « débordements » et « incivilités » mais la braderie de Lille qui n'aura pas lieu est un symbole fort. « La haine » (comme ils diraient dans les médiats), dans sa version terroriste (et non racaille), a encore gagné!

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Détour par le Maroc

Non, je ne suis pas allé passer mes vacances dans le royaume chérifien mais celui-ci m'intéresse car il constitue (certes moins que son voisin algérien) une menace réelle pour la France, l'Espagne et l'Europe de par la radicalisation croissante d'une partie de sa société. Prenons un exemple simple, lié à cette période estivale: les plages marocaines « sont désormais gardées pour prévenir les menaces d'individus munis d'armes blanches contre les femmes en maillot. » On lit dans le Point:

« À l'extrémité la plus radicale de l'éventail marocain, des fondamentalistes, cet été encore, ont tenté d'imposer l'interdiction du maillot de bain deux-pièces sur les plages, y compris pour les touristes – les Marocaines, elles, l'ont abandonné depuis longtemps. Les autorités n'ont évidemment pas donné suite. Mais il n'est plus rare du tout de voir, comme au Moyen-Orient, des femmes se baignant en longue robe, officiellement par « décence islamique »

Face à cette islamisation, une bonne partie de la société marocaine réclame pourtant plus de liberté de conscience et un poids moins fort de la religion. Inquiets par la tournure des choses, « les plus éduqués rêvent de plus en plus de partir faute de pouvoir vivre à leur guise ». En somme, des nouveaux immigrés pour l'Europe et un pays dont la dangerosité ne va que décupler à deux pas de nos frontières méridionales... Quelles bonnes nouvelles pour nous! Heureusement que les autorités marocaines sont moins timides que les nôtres dans leur guerre contre le terrorisme! Le Maroc semble également un informateur de choix:

« En Europe, en particulier en France, les services marocains ont une grande réputation d'efficacité. Après l'attentat du Bataclan, ils avaient mis les services français sur la piste de l'appartement de Saint-Denis où s'était réfugié, chez une cousine d'origine marocaine, l'un des terroristes. On sait aujourd'hui que les Marocains avaient envoyé aux services français la photo de Petitjean, jeune converti français et un des deux tueurs qui ont assassiné le prêtre de Saint-Étienne-du-Rouvray, les avertissant qu'il risquait de commettre un attentat. »

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Une résistance timide mais qui se développe

Face aux attentats et à toutes les menaces liées, on constate une variété d'actes de résistance dans notre pays et ailleurs. Cela va des formes les plus stupides (la ridicule « attaque » aux lardons d'une mosquée qui a vu son auteur se faire sérieusement condamner par une justice implacable dès qu'il s'agit de « Français de souche ») à des mesures locales salutaires telle celle du maire (divers droite) de Rive-de-Gier dans la Loire. Suite aux derniers actes terroristes, il « a annoncé mercredi qu’il refuserait dorénavant « systématiquement » toutes les demandes de rapprochement familial ou de séjour sur sa commune ». On espère que le FN suivra...

Quelques déclarations de personnalités osant s'exprimer dans cette société aseptisée sont à relever. Ce n'est pas grand chose mais c'est mieux que rien. La courageuse Brigitte Bardot a ainsi « choqué » les bien-pensants avec son «Stop à l'Aïd-el-Kebir humain» tandis que l'inénarrable Nadine Morano a dénoncé l' « invasion massive arabo-musulmane » que subit notre pays. C'est assez rare de l'entendre sous cette désignation pour être noté.

Par ailleurs, les peuples, constatant avec raison l'incapacité des Etats à les protéger, se ruent sur les armes d'auto-défense (ainsi en Allemagne). Cela ne semblera pas forcément révolutionnaire à tout le monde mais me paraît très positif car un réel changement s'opère dans les mentalités de ceux qui veulent bien voir. On passe d'une confiance aveugle envers l'Etat à une nécessité personnelle qui amène à reprendre ses responsabilités. Nous n'en sommes pas encore aux méthodes corses (voir ainsi les menaces du FLNC à l'encontre des « islamistes radicaux de Corse ») mais les choses avancent tout de même. Ne soyons donc pas de complets pessimistes. Si l'Europe, en cette période fondamentale de son histoire, refuse de reprendre en main son destin, elle crèvera.

Rüdiger / C.N.C.

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09/08/2016

Afrique : un suicide par la démographie (Bernard Lugan)

Afrique : un suicide par la démographie (Bernard Lugan)

Les_enfants_de_Yanfolila.jpgLe seul moyen pour le continent africain de survivre à la catastrophe démographique c'est subordonner toutes les politiques d'aides et subventions au planning familial, estime le spécialiste de l'Afrique Bernard Lugan.

Dans les années 1950-1960 la population de tout le continent africain était de +/-275 millions d’habitants, soit 9% de la population mondiale. Dans les années 1990 les Africains étaient 640 millions et ils totalisaient alors 12% de la population mondiale. Dans les années 2050, ils seront entre 2 et 3 milliards (dont 90% au Sud du Sahara), soit 25% de la population du globe, puis 4,2 milliards en 2100, soit 1/3 de la population mondiale. En 2050, 40% des naissances mondiales seront africaines, ce qui, ajouté à la baisse de la mortalité, va conduire à une inéluctable catastrophe*.

Avec un taux de fécondité variant entre 3 et 4,8 enfants par femme, l'Afrique voit sa population augmenter de 3% par an, ce qui entraîne un doublement tous les 20 ans. Nous sommes en présence d'une exception africaine car partout ailleurs dans le monde, la tendance a été inversée. L’apogée de la démographie mondiale a ainsi été atteint dans les années 1970 avec un taux de 2,1% d’augmentation annuelle. Puis le taux d’accroissement a baissé à 1,7% dans la décennie 1990, Asie incluse. L’Afrique n’a pas suivi ce mouvement. 

Les projections actuelles de population africaine partent cependant du postulat de la baisse de l’ISF (Indice synthétique de fécondité) qui permet d’évaluer le nombre d’enfants mis au monde par une femme en age de procréer. Toutes ces données postulent une baisse de 50% de l’ISF africain en 30 ans. Dans la décennie 1990, il était de 6,7 enfants par femme et il est postulé qu’il baissera à 3,4 en 2020. Les experts peuvent ainsi annoncer que lcet indice passera à 2,1% en 2020. Or, il s’agit d’un postulat qui, pour le moment, ne semble pas se vérifier. Depuis la fin de la seconde moitié de la décennie 1990, l’ISF a certes très légèrement baissé au Kenya ou au Zimbabwe, mais dans le même temps il a augmenté en Ethiopie, au Mali et en RCA, passant respectivement de 6 à 7,5 ; de 6 à 7 et de 5 à 6. Quant à la Somalie on y compte 6,4 enfants par femme et 6,1 en RDC.

Le cas du Sahel est particulièrement parlant. Voilà en effet une région incapable de nourrir ses habitants et où la population double quasiment tous les 20 ans en raison d'un accroissement de 3,9% par an et une moyenne de 7,6 enfants par femme. En 2040, cette région fragile, en voie de désertification et aux ressources plus que limitées, devra ainsi faire vivre plus de 150 millions d’habitants. Cette explosion démographique a pour conséquence un phénomène d’extension des terres arables aux dépens des pâturages, d’où des conflits entre populations, une surexploitation des puits et leur tarissement.

L’exemple du Niger illustre la catastrophe annoncée. Dans un entretien à  Jeune Afrique en date du 28 décembre 2014, le président nigérien Mamadou Issoufou a ainsi révélé un sondage proprement effarant réalisé parmi la population de son pays qui montre que les Nigériennes souhaitent avoir 9 enfants et leurs maris 11. Le Niger, pays désertique qui a un taux de fécondité de 7,1 enfants par femme comptait 3 millions d’habitants en 1960 ; il en aura 40 en 2040 et 60 en 2050.

Dans le nord du continent, l’Algérie constitue également un cas particulier car s’y produit  un retour en arrière démographique. Le programme de planification familiale avait en effet permis d’y faire baisser l’indice synthétique de fécondité de 4,5 enfants par femme en 1990 à 2,8 en 2008. Or, signe de la ré-islamisation du pays, en 2014, l’ISF y a rebondi à 3,03. Résultat, en 2016 la population algérienne est de 40 millions d’habitants en ne comptant toutefois que les seuls résidents. Pour mémoire, en 1830 elle était estimée à 1 million.

Comme l’écrivait fort justement Michel Jobert, ancien ministre français des Affaires étrangères : «Dès que le taux de croissance démographique est égal ou supérieur au taux de croissance économique, on le sait bien maintenant, le fameux «développement» devient impossible. Un exemple : si la France avait conservé sa fécondité du XVIIIe siècle, elle aurait aujourd'hui 437 millions d'habitants !».

Résultat de cette effarante progression démographique, l'Afrique qui était autosuffisante et exportait des aliments en 1960 ne l’est plus aujourd’hui. En 1980, elle en importait 11 millions de tonnes. En 1995, c'est de 45 millions de tonnes dont elle eut besoin. En 2002, trente pays africains sur 52 connurent une crise alimentaire permanente et 30 millions d'Africains eurent besoin d’une aide alimentaire, chiffre qui  bondit à 135 millions en 2007**. En 2010, 30 pays africains connurent la disette et en 2015, plus de 25% de la population, soit environ 250 millions d’Africains étaient sous-alimentés (PNUD,2015).

Et pourtant, depuis 1960, la production agricole africaine a augmenté de 45% ; mais, comme dans le même temps, les naissances progressèrent de plus de 110%, nous sommes en situation de grand écart. Le futur des Africains sera donc tragique car, un jour ou l’autre, des accidents climatiques majeurs affecteront les productions mondiales de blé et autres céréales, entraînant pénurie, flambée des cours, émeutes et famines. Les pays africains qui ne disposeront alors pas des moyens leur permettant d’acheter de quoi nourrir leurs populations connaîtront des situations explosives.

La crise démographique est en plus aggravée par l’urbanisation qui vide l’Afrique de ses agriculteurs pour en faire des consommateurs urbains. De plus, l’urbanisation n’a pas entraîné de baisse notable et significative de la fécondité. Le taux d'urbanisation africain qui était de 14% en 1950 est passé à 40% en 2013 et il sera supérieur à 60% en 2050. L'Afrique sera alors un continent urbain, univers de bidonvilles constituant autant de pôles de pauvreté et de violence. D'ici à 2050, l'Afrique comptera ainsi entre 300 et 500 millions de citadins de plus, une partie par accroissement naturel, l'essentiel à la suite de l'exode rural. Toutes les politiques de développement seront alors réduites à néant.

En plus d'être suicidaire, l'effarante démographie africaine est également crisogène car, tôt ou tard se posera la question de la lutte pour l'espace, ce qui provoquera des conflits. Dès à présent, la pression démographique explique l’amplification de certains conflits ethniques traditionnels, comme au Kenya ou dans le Sahel.

Face à cette réalité, le pessimisme est de rigueur car tout a déjà été tenté en matière de développement. En vain, car toutes les politiques de développement ont échoué d’abord parce la démographie va plus vite que tous les projets, tous les programmes, toutes les aides.

A moins d’être aveugle aux faits, la seule solution pour l’Afrique est le planning familial. Toute politique d’aide ou de coopération donc devrait lui être subordonnée. Tout pays qui s’y refuserait devrait se voir couper aides et subventions.

* Unicef.Afrique/Génération 2030. Août 2014, 68 pages.

** Banque mondiale (rapport de décembre 2002) et Banque africaine de développement (BAD), avril 2008.

Source : RT France