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04/07/2015

Groupe TRACE Nord: Randonnée des deux caps (05/07/15)

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7 films à voir ou à revoir sur les Skinheads

Par où t'es rentré ? On t'a pas vu sortir... Ne parvenant pas à intégrer le box office dès la première semaine, Un français de Diastème sera presque sorti des salles aussi vite qu'il est sorti en salles. Au point d'ailleurs qu'il a même eu du mal à y entrer. La faute à d'affreux skinheads et autres fachos qui menaçaient d'attaquer les salles de projection !?! On ne prête qu'aux riches après tout ! Bien évidemment encensé par toute l'intelligentsia, tant il est vrai que la moindre production artistique ayant la prétention de faire œuvre d'antiracisme est forcément un chef-d'œuvre, les chansons "Tout le monde il est beau" de Zazie et "La bête est revenue" de Pierre Perret sont là pour nous le rappeler, le riche battage médiatique n'aura pas suffi à faire se déplacer les foules. Nul doute que Diastème parviendra à en rejeter la faute sur un climat qui fait penser aux-heures-les-plus-sombres-de-notre-histoire, sans jamais se demander si son film n'est pas tout simplement mauvais. De très loin, c'est finalement Serge Ayoub qui aura signé la meilleure critique du film*, tout en nuances. Certains esprits malveillants affirmeront de la manière la plus péremptoire que nous ne pouvons supporter le cinéma antifasciste. Nous objecterons simplement que le traitement d'un tel sujet, beaucoup plus complexe qu'il n'y parait, requiert un minimum de talent et de réalisme non fantasmé.

 

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AMERICAN HISTORY X

Film américain de Tony Kaye (1998)

Derek Vinyard n'est qu'un enfant lorsque son pompier de père est abattu par un dealer noir alors qu'il tentait d'éteindre un incendie dans un ghetto noir de Los Angeles. Devenu skinhead, Derek se rapproche bientôt d'un groupe néo-nazi de sa localité de Venice Beach en Californie. Les Disciples of Christ sont dirigés par le charismatique Cameron. Une nuit, Derek surprend deux jeunes noirs s'affairant à voler la voiture de son père. Il fait feu et abat les deux délinquants sous les yeux de son jeune frère. Derek est condamné à trois années fermes d'emprisonnement. A son tour, son jeune frère Daniel fréquente la communauté suprématiste...

L'histoire du skinhead repenti semble devoir constituer la trame préférée de réalisateurs en panne d'imagination. Si Edward Norton et Edward Furlong sauvent le film d'un naufrage complet, on s'ennuie rapidement devant la simplicité médiocre de l'intrigue et un manichéisme fort qui condamnent l'œuvre. On comprend volontiers la volonté de Kaye de réaliser un film à charge mais à vouloir aller trop loin dans le stéréotype, on passe forcément à côté du but recherché ; Kaye souhaitant même que son nom n'apparaisse pas au générique. On se demande même comment le réalisateur a pu tourner une fin aussi ambigüe. Bref, à l'exception de quelques scènes assez bien menées, c'est pas folichon...

 

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GUERRIERE

Titre original : Kriegerin

Film allemand de David Wnendt (2011)

Marisa a 20 ans et grandit dans une petite ville désœuvrée de l'ex-Allemagne de l'Est des bords de la mer Baltique. Comme beaucoup de jeunes, elle fait partie d'une bande de skinheads. Marisa exècre les étrangers de couleur, les juifs et les flics jugés responsable du déclin de la de la grandeur nation allemande qu'incarnait son grand-père, ancien soldat de la Wehrmacht. Ecorchée vive, la violence, les gardes à vue et l'alcool font partie du quotidien de la jeune femme employée comme caissière dans un supermarché. La rumeur se répand bientôt comme une trainée de poudre de l'arrivée en ville d'un adolescent réfugié afghan. Tandis qu'elle le croise en voiture, la skingirl le renverse volontairement...

De la repentance, acte 2 ! Si l'outrance des skinheads américains d'American History X peut, à l'extrême limite, apparaître un minimum crédible, avec Guerrière, on sombre dans le plus risible folklore pour qui s'intéresse un tant soit peu à la mouvance. Un skin qui ferait le dixième de ce que nos héros s'autorisent quotidiennement dans le film irait assurément en prison pour plusieurs années ! On devine que tous les skinheads allemands n'ont pas la finesse de Goethe mais, là encore, à vouloir trop stéréotyper, on sombre dans le grotesque. Que l'on fasse un film pour dénoncer la xénophobie des skinheads, soit ! Mais qu'on le fasse bien ! C'est dégoulinant de pathos. Le seul intérêt du film est d'analyser l'histoire sous l'angle d'une jeune femme immergée dans un monde majoritairement masculin. A part ça... Si ! Les plages sont jolies...

 

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MADE IN BRITAIN

Film anglais d'Alan Clarke (1982)

Trevor est un jeune skinhead anglais de seize ans. Une croix gammée tatouée entre les deux yeux, Trevor crache sa haine à la figure de la bien-pensance britannique et partage son temps entre le bureau d'aide sociale à l'emploi et le hangar qui lui tient lieu de royaume. Condamné à six semaines de placement dans un centre social pour avoir commis un vol avec dégradations d'habitation sur fond de violence raciale, le jeune homme est suivi par Harry Parker qui ne ménage pas ses efforts pour remettre le skinhead dans ce qu'il estime être le droit chemin. Mais Trevor est retors à toute autorité...

Premier film à donner le premier rôle à un skin, Made in Britain est un petit bijou. Oui Trevor est brutal et raciste mais Alan Clarke donne une formidable liberté de ton à son métrage. Car Trevor est également ce jeune prolétaire otage d'une société qui rejette son ascendance sociale. Sans concession, Trevor refuse au bourgeois son abdication. Trevor se délecte d'emmerder le monde entier. Enfin un peu de profondeur en opposition avec l'insupportable niaiserie des autres réalisations. Et il est finalement difficile de ne pas s'identifier à ce jeune en opposition violente à la société ultra-libérale. Première apparition à l'écran de Tim Roth qui campe son rôle à la perfection. On n'a peut être pas fait mieux depuis sur les skinheads.

 

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OPHILIA

Film malaisien de Raja Mukhriz Raja Ahmed Kamaruddin (2014)

En Malaisie, Uji, Ozzi Gandum et Totoi sont d'indécrottables amis depuis l'école. Issus de la classe ouvrière, tous les trois se reconnaissent dans la même culture skinhead. Par hasard, les trois amis font la connaissance d'Ophilia, négociatrice de la plus importante triade de Kuala Lumpur. La présence de la mystérieuse jolie jeune femme ne tarde pas à créer des tensions entre les trois skinheads. La situation dégénère bientôt au point qu'Ophilia est accidentellement tuée. Tout s'envenime lorsque la triade exige le paiement d'une lourde compensation financière pour expier le décès de la jeune femme qui a largement perturbé les activités économiques de l'organisation criminelle dans la capitale. La chasse au skin s'organise...

Preuve s'il en est que la culture skinhead est un excellent produit d'exportation, l'Asie connaît depuis quelques années une forte explosion du mouvement, et même dans les pays les plus inattendus tels le Népal ou la Chine. Ophilia est le premier film asiatique autocentré sur les skinheads. Et si l'œuvre est fortement ancrée dans le cinéma d'action asiatique, c'est une remarquable réussite ! Les différentes facettes de la culture skinhead sont parfaitement représentées : bomber, Doc Martens et musique Oï ! Tout y est ! Ophilia apporte également un arrière-plan métaphysique très réussi sur l'amitié et le sens de l'existence. Est-il utile de préciser que le film est inédit en France ?

 

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ROMPER STOMPER

Film australien de Geoffrey Wright (1992)

A Melbourne, Hando et Davey appartiennent à une bande de skinheads néo-nazis. Ils passent leurs journées à se battre contre les immigrés asiatiques qui prolifèrent dans la métropole australienne et qu'ils estiment constituer une menace pour l'intégrité du pays. Gabe, une jeune femme épileptique, rejoint bientôt la bande. La violence entre autochtones et immigrés redouble toujours plus d'intensité. Attablés dans le bar qu'ils ont l'habitude de fréquenter, les skinheads voient débarquer des vietnamiens bientôt rossés avant que la situation ne tourne à leur avantage. Le bar détruit par l'incendie oblige les skins à chercher refuge dans une zone plus reculée. Les tensions entre skinheads croissent tandis que Gabe et Davey se rapprochent. Ce qui n'est pas du tout du goût de Hando...

Les romper stomper sont des petits éléments de plastique placés sous les semelles des chaussures pour imiter la sonorité des claquettes. Les skinheads australiens reprirent cet accessoire dont le bruit imite également le claquement de bottes sur le bitume. Que dire du film ?... Encore une fois, un minimum de documentation sur la culture bonehead ne nuirait pas. L'intention est louable mais les puristes s'étrangleront à la vue du look de nos héros. Et par décence, nous n'évoquerons pas les tatouages.... Si abstraction est faite du décorum nazi, on se demande parfois s'il s'agit bien du mouvement skinhead que le réalisateur a voulu dépeindre et non un simple gang de ghetto. D'aucuns se délecteront des nombreuses scènes de bagarre, bien qu'elles puissent paraître trop nombreuses. La profondeur psychologique des personnages est tout simplement absente. Cinquième film de Russel Crowe alors totalement inconnu du public occidental.

 

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SKIN GANG

Film américain de Wings Hauser (1994)

A Los Angeles, deux skinheads croisent la route de Marjoe, un jeune homosexuel de quinze ans qui vient de louper le dernier autobus. Emmené de force dans le repaire de la bande, Marjoe est passé à tabac, subit nombre de sévices sexuels et est abandonné totalement nu sur un trottoir. Sa mère ne peut se résigner à laisser la bastonnade impunie. Elle reprend contact avec son ancien policier de mari, totalement dépendant à l'alcool et résidant désormais au Mexique. Pourtant homophobe, Joe se résout à organiser l'implacable vengeance. Noirs, blancs, juifs, tous unis, sont déterminés à venger l'adolescent...

Le film ferait passer Joséphine, ange gardien pour un chef-d'œuvre pasolinien. Certes, il est de bon ton, au sein du microcosme du 7ème art, de ne pas porter les skinheads en très haute estime. Mais quel est l'intérêt de réaliser des films aussi vulgaires et racoleurs sur une culture sur laquelle on ne prend même pas la peine de se renseigner quelque peu ? Et dans le cas présent, c'est un euphémisme... A quelques exceptions près dans le cinéma britannique, les skinheads remplissent la fonction d'alibi nourrissant les fantasmes sadiques de réalisateurs médiocres. C'est tellement mauvais que même un antifa trouverait le ficelles un peu grosses.

 

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THIS IS ENGLAND

Film anglais de Shane Meadows (2006)

L'Angleterre en juillet 1983, Shaun n'a que douze ans et partage une existence modeste avec sa mère dans une ville côtière du Nord, après que son père ait été tué lors de la guerre des Malouines. Pris en grippe par ses camarades de classe, les vacances estivales lui offrent quelque répit. L'ennui le guette lorsqu'il croise Milky, Gadget, Pukey, Kez et Woody, tous skinheads apolitiques. Au sein de la communauté, Shaun s'émancipe et découvre l'amitié, la fête, le reggae et les premiers émois amoureux. Tout naturellement, Shaun devient un membre à part entière de la bande. Mais l'entente cordiale est bientôt mise à mal lorsque Combo termine de purger sa peine de prison. Revenu à la vie civile, Combo ne masque pas son virage entrepris en direction du National Front. Plus charismatique et dur que les autres skins, Combo contraint Shaun de montrer qu'il est digne d'appartenir à la bande en réussissant un rite de passage. Et Shaun ne veut pas décevoir Combo en qui il retrouve une figure paternelle...

Une vraie réussite ! L'intérêt majeur de cette réalisation est bien évidemment de remonter aux sources de la culture skinhead identifiée au Spirit of 69'. Et qui mieux que Meadows, lui-même ancien skin, pour y parvenir ? En plus d'une excellente description de la culture skinhead, éloignée de tout fanatisme et sensationnalisme, Meadows parvient en plus à relater remarquablement l'arrière-plan social d'une Angleterre thatchérienne qui s'abandonne définitivement au libéralisme ; laissant de côté nombre de jeunes de la working class avides de révolte et d'un patriotisme qui mue progressivement en nationalisme radical . Le jeune Thomas Turgoose est tout simplement hallucinant de justesse !

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* http://solidarisme.fr/17202-un-francais-pas-si-mauvais-par-serge-ayoub/

Deux des films de cette sélection, Guerrière et Romper Stomper, avaient déjà été chroniqués dans nos pages. Voir ici et .

Virgile / C.N.C.

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source

03/07/2015

Méridien Zéro #239: "Quelle armée française dans un monde globalisé ?"

Ce vendredi soir, Méridien Zéro a l'honneur de recevoir le colonel (ER) Jacques Hogard, officier de la Légion étrangère, nommé lieutenant-colonel en 1993 à l'âge de 37 ans et commandant du groupement de Légion Étrangère lors de l'opération Turquoise au Rwanda en 1994. À ce titre, il est membre fondateur de l'association France-Turquoise, dont la raison d'être est la défense de la vérité sur l'action de la France au Rwanda. Après cette opération, il est engagé en Macédoine et au Kosovo comme commandant du groupement interarmées des forces spéciales. Il est largement revenu sur ces événements dans son ouvrage L'Europe est morte à Pristina (2014). Le colonel a pris sa retraite anticipée en 2000. Nous évoquerons avec lui la situation de l'armée française et les enjeux qu'elle doit affronter dans le contexte qui est le nôtre.

A la barre et à la technique, Eugène Krampon et Wilsdorf.

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02/07/2015

Entrevue avec Angelo, sa femme Elodie et le petit Timothée, SDF français.

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Propos recueillis le 1er juillet 2015 à Bordeaux par Christine de l’Association des Patriotes Girondins, Valérie et Axel du Renouveau Français, Florent de la Dissidence Française et Christophe du Mouvement d’Action Sociale.

 

Christophe : Angelo, vous êtes connu depuis qu’une vidéo vous concernant circule sur la toile. Pouvez-vous vous présenter ?

Angelo : Je me nomme Angelo Gacem, originaire du Jura, de Saint-Amour plus précisément. J’ai 27 ans, Elodie en a 23. Depuis le 4 décembre dernier nous sommes les parents d’un petit Timothée… Je suis commis de cuisine saisonnier depuis plusieurs années.

Elodie : Cela fait huit ans que nous sommes ensemble. Pour ma part je suis, enfin j’étais, assistante de vie. Je m’occupais de personnes âgées.

Christophe : Pouvez-vous nous décrire votre situation actuelle, pour ceux qui n’auraient pas vu la fameuse vidéo ?

Angelo : Nous sommes, bien malgré-nous, ce qu’on peut appeler des SDF… Nous passons de ville en ville, à travers l’ouest de la France, depuis le mois d’avril.

Christophe : Comment en êtes-vous arrivés là ? Surtout avec un enfant en bas-âge…

Angelo : Tout a commencé en mars 2015, lorsque j’ai répondu à une annonce en ligne concernant un restaurant de bord de mer aux Sables-d’Olonne. J’ai été recruté. Moi et ma petite famille sommes venus nous installer en Vendée. Le patronnous payait une studette dans un établissement réservé aux saisonniers, en échange je bénéficiais d’une rémunération quelque peu « allégée »…

Christophe : C'est-à-dire ?

Angelo : 50 euros par-ci, 100 euros par-là… à chaque réclamation le patron nous disait : « on ajustera cet été, quand on aura plus de clients… » Je voulais bien le croire, mais j’avais un enfant à nourrir, et l’activité ne me semblait guère rentable. Sans compter le coût de la vie dans une station balnéaire. Nous avons eu une explication sérieuse. Un RDV a été convenu le lendemain, pour la remise d’un chèque.

Elodie : Oui, c’est ça. On a attendu toute la journée avec le petit à l’endroit convenu… Et personne n’est venu. Nous avons rappelé plusieurs fois. Rien.

Christophe : Quelle a été votre réaction ?

Elodie : Nous avons pensé à un malentendu. Nous sommes rentrés à l’hôtel. Le lendemain nous sommes allés au restaurant et avons découvert que ce dernier était fermé… C’est alors que nous avons décidé d’aller prévenir la police.

Angelo : Les policiers nous ont dit que chaque année c’était la même histoire. Des salariés se font entuber par des patrons pas corrects. On nous a dit de repasser le lendemain car aucun OPJ n’était présent pour enregistrer notre plainte. Le lendemain on nous a expliqué que c’était le tribunal des prud’hommes qui aurait à trancher.

Elodie : Et le patron était toujours introuvable ! On a fouillé dans toute la ville. Les choses ont vraiment mal tourné quand le gérant de l’hôtel nous a demandé de faire nos valises…

Christophe : Vous n’avez pas songé à joindre des proches ? Famille, amis ?

Elodie : J’ai commencé à fréquenter Angelo lorsque j’avais 15 ans. Mes parents ne l’ont jamais accepté. Lorsque j’ai appelé ma mère en décembre pour lui dire qu’elle était grand-mère, on m’a raccroché au nez.

Angelo : Et puis les amis… Quand on est dans le pétrin…

Christophe : Donc vous voilà sans argent et nul-part où aller…

Elodie : Nous ne connaissions rien concernant les services sociaux. Nous nous sommes dirigés vers la mairie avec notre fils pour obtenir de l’aide.  Ils n’avaient aucune solution. C’est alors que nous avons découvert les joies du 115…

Angelo : Oui, la joie ! On a pu nous placer dans une chambre d’hôtel, pas mal l’hôtel d’ailleurs… mais seulement pour trois nuits, renouvelable une nuit ! Or on nous a donné RDV avec une assistante sociale du SIAO local pour trois semaines après ! Nous avons été néanmoins dirigés temporairement vers une structure baptisée ASPH ou APSH, je ne me souviens plus avec tous ces sigles… Là, surprise de la part du personnel : il y a un enfant ! Panique à bord. « On ne peut pas prendre en charge un enfant ! On vous transfert vers la Maison de la Solidarité. » On l’a bien sentie, la solidarité, lorsqu’on nous a demandé de quitter Les Sables-d’Olonne… « Si on vous voit dormir dehors avec le bébé, nous serons forcé de vous le retirer. »

Elodie : C’est à ce moment là qu’on a du commencer la manche…

Christophe : J’imagine que ce cap a du être très dur à franchir.

Angelo : Oui. Nous avons toujours travaillé et gagné dignement notre vie. Là… c’était nouveau. Mais nous avions Timothée. Nous avons fait cet effort pour lui. Sans l’enfant nous aurions déniché une toile de tente et nous serions repartis dans la vie en quelques semaines, mais avec un bébé… autre paire de manches.

Elodie : Nous allions au contact des gens, nous refusions de rester assis et d’attendre les piécettes. Nous parlions beaucoup, expliquions notre situation. Parfois nous avions un billet ou des cigarettes… Souvent de l’indifférence. Il m’est aussi arrivé d’entendre des choses très violentes, du style : « il fallait avorter, ma fille », ou encore « je t’offre 5000 euros pour le bébé », et des choses pires encore… Finalement nous parvenions à nous en sortir avec une centaine d’euros par jour, mais quasiment tout partait dans les nuitées…

Christophe : Et vous êtes partis…

Elodie : Oui, un SDF que nous avions pris l’habitude de croiser nous a précisé que les services du 115 étaient départementaux et non nationaux comme nous le pensions… En gros il fallait que nous bougions pour pouvoir retourner gratuitement à l’hôtel quelques jours. Au bout d’une semaine de manche nous avons pris le train pour Poitiers. Nous n’avions eu aucun retour des organismes contactés les derniers jours. Un cercle vicieux.

Christophe : Que s’est-il passé sur Poitiers ?

Angelo : Nous avons immédiatement contacté le 115 dès notre descente du train, dans l’après-midi. Ils étaient complets. Or nous savions qu’il existait un hôtel dans les parages où séjournaient des demandeurs d’asile… « Mais nous avons un bébé…» - « Désolé madame, recontactez-nous à 22H00, il y aura peut-être une place. » A 22H00 nous n’avons obtenu aucune réponse. J’ai alors utilisé le dernier recours, je suis allé sonner au presbytère. Le prêtre nous a accueilli et a lui-même constaté les résultats du 115… Il nous a trouvé des matelas et des draps. Le lendemain nous partions dans une maison de religieux ou nous sommes restés une dizaine de jours.

Elodie : Normalement les femmes n’y ont pas accès, mais ils ont fait une exception pour nous. Ils ne nous ont rien demandé.

Angelo : Puis nous avons décidé de partir, la chambre que nous occupions devait être utilisée par un moine de passage. Nous avons décidé de refaire une tentative avec le 115, cette fois en nous faisant passer pour des gens de l’est… J’ai tâché de prendre mon meilleur accent !

Christophe : Et ça a fonctionné ?

Angelo : Pas trop mal… l’hôtel nous a été accordé pour trois jours et une assistante sociale et même venue nous voir ! J’ai du jouer mon rôle ce jour là. Un RDV a été convenu, mais avec nos passeports « polonais »… Nous ne sommes pas allés au RDV, vous comprenez…

Christophe : Oui, je comprends. Quelle est la suite ?

Angelo : Nous nous sommes remis en route. Nous sommes passés par Niort, Angoulême, Saintes, Nantes, etc… A chaque fois nous récoltions une amende dans les trains et ne restions parfois que quelques minutes dans la gare, le temps de constater l’absence totale d’appui du 115… Nous faisions la manche pour les hôtels quand nous ne pouvions obtenir les deux ou trois nuits gratuites… Fin mai ou début juin, je ne me souviens plus très bien, nous sommes arrivés à La Rochelle. Nous avons eu la possibilité d’avoir les trois nuits. Nous tournions sur le secteur. Nous sommes allés à la mairie expliquer notre situation. La réponse était invariablement la même…

Christophe : C’est là que vous êtes tombés sur l’équipe des Contribuables Associés ?

Angelo : Oui, je venais de finir le tour du centre pour trouver un peu d’argent et j’ai vu cette petite manifestation sur le port. J’ai discuté avec un responsable et ce dernier a vite proposé de me filmer avec son appareil photo. J’ai accepté. C’était début juin.

Christophe : Quand avez-vous compris que vous étiez devenus « célèbres » ?

Angelo : Quand on a commencé à nous dévisager dans la rue et que la police s’est intéressée à nous. C’était il y a environ une semaine.

Christophe : Que vient faire la police là-dedans ?

Elodie : J’ignore comment la police nous identifie, car nous sommes propres et discrets, mais quasi-systématiquement, dès que nous croisons une patrouille, nous sommes fouillés sans ménagement. Plusieurs fois les affaires du bébé ont même été versées sur le sol. Nous avons commencé à paniquer un peu… De plus les médias ont commencé à s’intéresser à nous. Nous avons vu les articles de Sud-Ouest et de Libé… Ils sont très éloignés de la réalité. Nous sommes harcelés d’appels de journalistes.

Christophe : Comment êtes-vous arrivés à Bordeaux ?

Angelo : En revenant de Saintes où nous étions allés chercher le calme quelques jours, en marchant sur l’avenue entre la gare et le port de La Rochelle des cyclistes de la police municipale nous ont interpellés. Ils nous ont dit qu’ils avaient des instructions de la mairie… Ils nous ont conduits à la gare avec notre enfant et nos affaires et, avec la collaboration de la police ferroviaire, nous ont demandé de prendre le train pour Bordeaux. Nous n’avons pas cessé d’être fouillés dans la rue par la police et harcelés au téléphone par les journalistes depuis notre arrivée ici. Ces derniers nous ont même proposé une somme contre une interview, cela m’a tellement choqué que je les ai envoyé paitre ! On a encore notre fierté.

Elodie : Pour l’instant c’est à Bordeaux que nous avons trouvé la meilleure aide. Un réseau s’est mis en place pour nous aider.

Christophe : Qu’allez-vous faire à présent ?

Angelo : Une solution d’hébergement a été trouvée dans une autre région de France. Nous partons demain pour nous installer définitivement dans un nouvel endroit. Cette page se tourne enfin, surtout pour mon fils.

Christophe : Que retirez-vous de cette expérience ?

Angelo : Se retrouver impuissant malgré l’ensemble des structures officielles existantes est une chose très dure à expérimenter. Certaines populations bénéficient d’avantages réels, d’autres non. Je ne l’imaginais pas à ce point… Au final se sont des individus et des organismes ne faisant pas partie du « système » qui ont été les plus efficaces. La désinformation médiatique est aussi un facteur difficile à supporter. D’un autre côté, sans cette vidéo, nous ne serions peut-être pas sortis d’affaire... Je compte surtout ne rien oublier et faire valoir nos droits. Des actes impardonnables ont été commis à l’encontre de ma famille.

Christophe : Le mot de la fin…

Angelo : Je ne souhaite cela à personne, on bascule très vite, et parfois même la volonté ne peut pas tout… Nous voulions cette entrevue pour replacer les choses dans leur contexte. Et si, il est possible de rester dormir dehors en France en tant que demandeur d’aide Français avec un enfant de moins d’un an.

Elodie : Un grand merci de ma part et de celle de mon fils.

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La vidéo: ici.

Christophe pour le C.N.C.

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source.

01/07/2015

Knut Hamsun : entre modernité et tradition

 

Knut Hamsun : entre modernité et tradition

Knut Hamsun est un aventurier qui a parcouru les styles, les genres et les époques. Génie aujourd’hui infréquentable et oublié, le Norvégien a laissé au monde littéraire une œuvre dense comme une forêt du Nord, tour à tour obscure et enchanteresse. Conteur moderne, il s’est attaché à fuir les carcans de la littérature de son époque, et ceci en travaillant à la fois la psychologie de ses personnages et la langue à la manière d’un orfèvre.

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Si l’écrivain scandinave Martin Nag qualifie Knut Hamsun de « Dostoïevski norvégien », c’est sans doute parce qu’il a été très influencé par le réalisme de l’auteur des Possédés (précisons que le réalisme russe n’est pas celui de la tradition française) et ce, même si son parcours littéraire l’a entraîné bien plus loin. C’est au travers d’un article paru en 1890 dans la revue Samtiden, intitulé De la vie inconsciente de l’âme, que Knut Hamsun révèle son projet littéraire. Dans ce pendant théorique de La Faim (1890), roman majeur, l’auteur montre la liaison qu’il entend opérer, tout du moins de façon inconsciente, entre l’individualisme de Nietzsche (quoiqu’il ne l’ait ni lu, ni rencontré) et la modernité de Franz Kafka. Hamsun s’est imprégné de philosophie nietzschéenne grâce à l’influence de Georg Brandes, qui donne à partir de 1888 une série de conférences sur l’auteur du Gai Savoir en Scandinavie. Une mentalité qui se retrouve dans Ciel sombre, ultime chapitre du dernier ouvrage que consacre Hamsun à son voyage en Amérique. Moquant allègrement ses prédécesseurs, et notamment Guy de Maupassant, il s’attache à explorer les tréfonds de l’âme humaine, à commencer par la sienne. C’est ainsi que la Faim prend la forme d’un roman quasi autobiographique. Knut Hamsun fait du personnage principal, un anonyme, un urbain moderne, sans visage, sans racines, preuve de sa volonté de rompre avec les anciens codes du réalisme et du naturalisme du XIXe siècle déclinant. Naturalisme qui s’attachait davantage à décrire avec minutie les lieux, les personnages et les objets, dans l’objectif de retranscrire fidèlement la « nature ».

Knut Hamsun et la modernité de la langue

Bien plus qu’un roman social traitant de la misère et de l’errance d’un homme dans une capitale européenne qui lui est totalement inconnue, La Faim est un roman psychologique qui met son narrateur en face d’un alter-ego, compagne ambiguë, qu’il entretient pour cultiver l’inspiration nécessaire à son travail littéraire : « J’avais remarqué très nettement que si je jeûnais pendant une période assez longue, c’était comme si mon cerveau coulait tout doucement de ma tête et la laissait vide. » Ce personnage parcourt le roman en équilibre, entre moments de génie et d’éclat, entre tortures physiques et mentales. Il écrit ainsi : « Dieu avait fourré son doigt dans le réseau de mes nerfs et discrètement, en passant, il avait un peu embrouillé les fils… » Ce personnage ambivalent permet à Hamsun d’évoquer ses propres névroses et d’annoncer un autre objectif de sa vie : l’esthétique de la langue. Il n’aura de cesse de la travailler, parfois avec fièvre. Kristofer Janson, poète et prêtre qui a connu Hamsun, dit ne connaître « personne aussi maladivement obsédé par l’esthétique verbale que lui […]. Il pouvait sauter de joie et se gorger toute une journée de l’originalité d’un adjectif descriptif lu dans un livre ou qu’il avait trouvé lui-même ». Dans La Faim, le personnage entretient un rapport imprévisible et tumultueux à l’écriture : « On aurait dit qu’une veine avait éclaté en moi, les mots se suivent, s’organisent en ensembles, constituent des situations ; les scènes s’accumulent, actions et répliques s’amoncellent dans mon cerveau et je suis saisi d’un merveilleux bien-être. J’écris comme un possédé, je remplis page sur page sans un instant de répit. […] Cela continue à faire irruption en moi, je suis tout plein de mon sujet et chacun des mots que j’écris m’est comme dicté. » Son premier roman inaugure donc un travail sur l’esthétique de la langue. Auparavant, Hamsun parlait un norvégien encore « bâtard », paysan, et assez éloigné du norvégien bourgeois de la capitale. C’est probablement ce à quoi il pensait en écrivant dans un article de 1888 : « Le langage doit couvrir toutes les gammes de la musique. Le poète doit toujours, dans toutes les situations, trouver le mot qui vibre, qui me parle, qui peut blesser mon âme jusqu’au sanglot par sa précision. Le verbe peut se métamorphoser en couleur, en son, en odeur ; c’est à l’artiste de l’employer pour faire mouche […] Il faut se rouler dans les mots, s’en repaître ; il faut connaître la force directe, mais aussi secrète du Verbe […] Il existe des cordes à haute et basse résonance, et il existe des harmoniques… »

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30/06/2015

Chronique de livre: Gottfried Feder, Critique nationale-révolutionnaire du capitalisme spéculatif

 Gottfried Feder, Critique nationale-révolutionnaire du capitalisme spéculatif, les éditions de la forêt, 2012, 118 p., 20 euros

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"La source principale d'où le culte de Mammon tire sa force est l'afflux sans fin de biens acquis sans effort qui résulte de l'intérêt." Gottfried Feder

Gottfried Feder est un nom qui ne vous dit peut-être rien. Né en 1883 à Wurtzbourg en Bavière, cet homme politique et économiste est lié au destin de l’Allemagne. Vétéran de la première guerre mondiale,  il développe, en parallèle de son engagement sous les drapeaux, une critique radicale du système bancaire. 1919 est l’année de parution de son œuvre la plus célèbre, Manifeste pour briser les chaînes de l'usure (Brechung der Zinsknechtschaft) et, dans la foulée, de la création du groupe « Deutschen Kampfbund zur Brechung der Zinsknechtschaft » qui réclamait, entre autre, la nationalisation des banques et l’abolition des intérêts bancaires. Il participe à la création du Parti ouvrier allemand (Deutsche Arbeiterpartei), qui changera bientôt de nom pour devenir le NSDAP (Nationalsozialistische Deutsche Arbeiterpartei). Adolf Hitler montera au pinacle Gottfried Feder pour ses talents d’économiste et ce dernier aura un rôle déterminant dans la ligne économique du parti.

Les Editions de la Forêt, de nos camarades de Terre & Peuple, ont eu la bonne idée de rééditer le manifeste de Feder, agrémenté d’articles connexes sur lesquels nous reviendrons un peu plus loin. Précédé d’une présentation du contexte historique rédigée par Pierre Vial, l’auteur rentre dans le vif du sujet et vise là où ça fait mal. Sa critique du capitalisme spéculatif est à la fois morale et économique. Il est cependant nécessaire de bien distinguer le capitalisme spéculatif, basé sur la prédation, la rente et le cumul à visée illimitée du capital, du capitalisme entrepreneurial. En effet ce dernier demeure dans le domaine du limité et est le plus souvent réinvestit contrairement au premier. Le prêt à intérêt est quant à lui le moyen par lequel le grand capital assoit sa puissance. L’auteur explique son principe de fonctionnement via les exemples des emprunts de guerre qui aboutissent, avec d’autres facteurs, à l’endettement de l’Allemagne. La critique de Feder s’accompagne naturellement de propositions et de mesures concrètes détaillées ; citons parmi elles la conversion des emprunts de guerre en avoirs bancaires, ou même la déclaration de la faillite de l’état. Enfin l’auteur, dans une partie nommée « objections et réponses », confronte ses propositions aux oppositions courantes, qu’elles soient libérales ou communistes.

Pour compléter le propos de Gottfried Feder, les Editions de la Forêt ont choisi d’adjoindre plusieurs articles. Tout d’abord, et dans la continuité de l’auteur, on retrouve deux courts essais de Roland Wuttke (chef du groupe de travail Economie du NPD), intitulés Pour en finir avec le capitalisme  et  L’héritage de Feder : le programme économique du NPD. L’héritage de Feder est plus que palpable mais ces deux articles n’apportent pas grand-chose en définitif. Ensuite, un article initialement paru dans le n°29 de la revue Réfléchir & Agir est signé d'Edouard Rix. Étant de loin le plus intéressant, il relate l’histoire d’Otto Strasser. Figure montante du NSDAP, il sera, de par ses convictions révolutionnaires et radicales, ostracisé.  Il rentrera même en dissidence et sera contraint de s’exiler avant de revenir en Allemagne dans les années 50. Enfin, le livre se termine par un texte d'Edmond Vermeil et par deux citations, l'une d’Ernst von Salomon et l'autre d’Ernst Jünger. L'ensemble est franchement dispensable.

Ce Critique nationale-révolutionnaire du capitalisme spéculatif est un recueil de textes dans l’ensemble enrichissants. Bien entendu le manifeste de Gottfried Feder en est la clef de voute et sa critique du capitalisme est toujours d’actualité. Passée la lecture un tantinet rugueuse, malgré une traduction de l’allemand très correcte et un léger côté incantatoire ici et là, on comprend pourquoi cet écrit rencontre un tel succès à l’époque. Certes il vous faudra quelques notions d’économie de base pour appréhender tous les tenants et aboutissants mais ceci ne représente pas du tout un obstacle insurmontable. La présentation de Pierre Vial et le texte d’Edouard Rix ont également leur importance, davantage historiques qu’économiques. Toute personne critique envers le néo-libéralisme et le système financier se doit de lire au moins une fois le manifeste de Feder ; manifeste trop souvent passé sous silence (hélas !) du fait de l’engagement de l’auteur au sein du NSDAP.

Donatien / C.N.C.

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