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01/05/2016

Attaquer, oui, mais en tête !

Attaquer, oui, mais en tête !

gabriele.jpgQue l’Institut Iliade non seulement existe, mais qu’il soit en unissant dynamisme et qualité, réussissant à impliquer des effectifs importants (ainsi, plus de mille participants payants lors d’une réunion tenue en avril 2016), est l’une des meilleures nouvelles de ces dernières années.

Une nouvelle tellement bonne que, dans l’édification du projet européen tripartite (think-tank, existentialisme militant et écomomie) que j’anime, j’ai tenu à affirmer immédiatement une volonté de collaborer de manière organique et dans le respect mutuel.

Iliade a, entre autres qualités, celle de concentrer les meilleures énergies et de leur donner une visibilité meilleure que celle qu’elles ont dans leur pays d’origine ou en Europe, comme c’est le cas pour l’Autrichien Philip Stein, dont le texte, résumé dans Il Primato nazionale, qui exprime une thèse que nous pourrions qualifier de “rupture”, mais recoupant pleinement la ligne d’Iliade, sera publié en France dans la revue Krisis, très proche d’Alain de Benoist.

Thèse de rupture, disions-nous, que l’on pourrait résumer de la façon suivante : “C’en est assez des nationalismes du passé ; construisons l’Europe !”

Je partage la critique que Stein fait aux souverainistes nationaux-populistes et qui recoupe parfaitement celle qu’a présenté, lors de la dernière rencontre de Polaris, le 23 mars 2016 à Milan, Gérard Dussouy, auteur de Fonder l’Etat européen contre Bruxelles, édité en Italie par Controcorrente. Non seulement je partage cette critique, mais, en somme, je pousse un soupir de soulagement en remarquant que tout ce que j’affirme depuis 2002, souvent seul contre ceux qui m’entourent, est en train de s’imposer.

Et si c’est en train de s’imposer, c’est pour trois raisons :

La première provient du fait qu’une certaine Foi est toujours présente, je dirais une Fidélité à l’Idée qui enflamma les peuples et les guerriers durant un court siècle, une Idée qui s’appela Europe et ne pourra jamais s’appeller autrement.

La seconde est que les forces réactionnaires, comme à chaque fois, manquent de hauteur et de perspectives, parce que l’Histoire nous enseigne que l’on ne revient jamais en arrière et que chaque tentative pour la bloquer se révèle un accélérateur de la décadence. Il ne faut pas chercher à la bloquer, mais à en changer le signe. Telle est la leçon qui revient régulièrement depuis l’époque de César, alors que chaque Sainte-Alliance, quant à elle, lorsqu’elle veut restaurer le passé, ne sert en fait que les intérêts des Rothschild.  De sorte que, qui joue contre l’UE -que personne n’entend ici défendre-, comme ceux qui s’opposaient à Napoléon, ou comme la droite anti-mussolinienne, se retrouve immanquablement à chanter sur une partition du CFR dans le choeur des banques anglo-américaines.

Enfin, il existe un troisième motif, souvent non avoué, parce que l’on craint de plus en plus d’utiliser des termes faisant référence aux racines, qui veut que, dans les rapports démographiques actuels et avec les continuelles menaces biologiques, on ne peut trouver la force de faire face que si on la recherche dans la profondeur des temps, dans les origines, dans nos racines, soit autant dans le Mythe que dans la préhistoire. Une force ancestrale que l’on retrouve, dès lors que le passé renoue avec l’avenir.

Cela signifie-t-il qu’il faille en finir avec l’esprit du Risorgimento, avec l’italianité, avec la Nation ? Absolument pas, puisque la démarche proposée est au contraire la seule qui, à mon avis, soit en mesure de faire renaître ces valeurs, assassinées il y a soixante-treize ans. La Nation n’est pas seulement le fait de frontières, et moins encore d’institutions, qu’elle précède largement. L’italianité est identifiable au moins huit siècles avant l’Unité et, si l’on va plus au fond, on ne réussit pas à définir exactement quand elle a commencé à se manifester, exprimant une version gréco-méditerranéenne du protogermanisme latin et une interprétation de la Romanité qui fut, et est, synonyme de Ius, d’Imperium, de Civilisation et d’Europe.

Dans l’ère des satellites, qui ont produit l’effet “temps zéro”, qui ont imposé un nouveau Nomos à la géopolitique dont il a bouleversé les canons, dans l’ère de la mondialisation et de l’explosion démographique, il est impossible de concevoir une quelconque souveraineté sans adosser celle-ci à un espace vital, à une force démographique coordonnée dans le cadre d’une unité militaire, monétaire et fiscale, mais aussi et surtout à la maîtrise d’une gestion satellitaire. Par conséquent, si l’on doit parler de souveraineté, on doit aussi lui donner des fondements solides, ce qui n’est possible que dans une dimension européenne.

Le point à souligner est que, en construisant l’Europe, nous devrons prendre garde d’abandonner les préjugés démocratiques du fédéralisme et du consensus intergouvernemental. On n’est pas ici dans un système d’équivalence généralisée : le poids historique et matériel de chaque composante n’est pas le même que celui d’une autre. Par conséquent, nous devrons être conscients que, pour révolutionner l’Europe dans le bon sens, il faudra le faire en s’appuyant sur les vocations éternelles et stables. La construction de l’Europe autour de l’axe romano-germanique, où la conscience de Rome (celle de l’Antiquité, et non celle d’aujourd’hui) apporte la lumière à la vitalité germanique, demeure, encore et toujours, notre presqu’unique espoir de survivance. Un axe qui prend sa source dans cette philosophie grecque que la Romanité s’est appropriée. Et qui doit s’affirmer sous une forme qui, ni fédérale, ni du XIXème siècle, se situe pleinement dans la logique de l’Imperium, laquelle sous-tend une unité indestructible, en même temps que la pleine autonomie des peuples, en dehors de toute référence à des institutions formelles. C’est ainsi que, dans la conception impériale, l’indépendance des individus, des communautés, des régions et des nations en vient à être exaltée. A tout ceci, j’ai dédié un essai de la collection Orientations et Recherche, appelé justement L’Europe, qui répond de manière systématique aux questions qui se posent concernant la façon de bâtir un programme et d’agir en conséquence, ainsi que le premier des Cahiers Lansquenets, justement appelé Imperium, traduit en quatre langues.

Enfin, il n’y a que l’Europe impériale qui nous restituera aussi l’Italie.

Pour toutes ces raisons, en m’appuyant sur les directions majeures définies par Stein et Dussouy, et avant eux par Drieu La Rochelle, Adriano Romualdi et Jean Thiriart, j’invite à cesser d’attaquer l’Allemagne et de la confondre avec l’ensemble de l’UE. Elle est, en effet, la seule puissance qui puisse nous permettre de réaffirmer notre droit à survivre et, pourquoi pas, à dominer, et représente également le seul point sur lequel pourrait s’appuyer un levier visant à nous émanciper de la tutelle des Etats-Unis, bien plus que la Russie, laquelle, tout au plus, cherche à se débrouiller dans le chaos actuel, et qu’il faudrait convaincre, voire même contraindre, d’être un prolongement de l’Europe plutôt que le garant de l’équilibre d’un nouveau Yalta.

Cela ne signifie pas que nous ne devions renoncer à combattre la technocratie de l’UE, avec cette excuse que -ne le répétez pas à Salvini et à la Meloni- l’on pourrait trouver bien pire ; au contraire, cela doit nous conduire à nous enrôler vraiment pour la ligne de front, à révolutionner l’Europe et à chasser ceux qui, tels les “prétendants” de l’Odyssée, banquettent à proximité d’Aix-la-Chapelle. Etant précisé que, ce n’est pas en lui disant “Non” que l’on combat ce que l’on refuse, mais en affirmant autre chose, non pas, notons-le bien, comme une alternative éventuelle, mais comme la seule solution possible. Et laisser ce soin à d’autres reviendrait à leur laisser le choix de la réaction.

D’où mon choix sur le plan symbolique : alors que presque tous mettaient un “X” sur le drapeau de l’UE, comme on le fait pour un panneau “Défense de fumer”, j’ai fait dessiner un autre drapeau, où les étoiles forment une croix celtique.

Pour attaquer, oui, mais en tête !

 

Gabriele Adinolfi

Source : fr.gabrieleadinolfi.eu

30/04/2016

7 films à voir ou à revoir sur les 7 péchés capitaux

Chiffre fort de la symbolique chrétienne avec le 3, la religion catholique détermine en la paresse, l'orgueil, la gourmandise, la luxure, la colère, l'avarice et l'envie, les Sept péchés auxquels le dominicain Saint-Thomas d'Aquin préfère le terme de vices, dont découle la définition du Mal contenu dans l'Homme. Le meurtre, la violence mais encore le blasphème, dont la gravité de l'acte sont largement supérieurs au péché, ne sont ainsi que les conséquences de ces passions exacerbées. Influencé par la Somme théologique de Thomas d'Aquin, le Catéchisme de l'Eglise catholique maintint, au 6ème siècle, la liste des péchés capitaux au nombre de sept ; le pape Grégoire le Grand refusant l'incorporation de la vaine gloire. Les péchés capitaux sont à ne pas confondre avec les péchés véniels affaiblissant la charité et les péchés mortels, commis en connaissance de cause, et affectant la Grâce de Dieu sans l'interdire. Défini théologiquement, le thème des Sept péchés passa rapidement de la philosophie religieuse à une représentation artistique sous forme d'allégories. On peut d'ailleurs considérer que ce thème préexista dans la littérature bien avant Thomas d'Aquin, notamment dans l'œuvre de Tertullien, écrivain berbère et païen, converti au Christianisme à la fin du 2ème siècle. Tertullien, écrivain visionnaire à maints égards qui égratigna La Première société du spectacle dans un texte paléo-debordien que les Editions des Mille et une nuits ont eu l'heureuse initiative de rééditer. A la suite de Thomas d'Aquin, Dante Alighieri décline les péchés sous une multitude de formes dans sa magistrale Divine comédie. Eugene Sue, Georges Bernanos et Paul Valéry prendront, entre nombreux autres, la relève auxquels répond Thomas Edward Lawrence, passé à la postérité sous le nom de Lawrence d'Arabie, dans Les Sept piliers de la sagesse. Il apparut, dès la création de l'art filmé, que le cinéma ne pouvait pas ne pas s'inspirer de ce thème majeur de l'identité du monde catholique. Bien évidemment, la sélection présentée ici n'aura pas la prétention d'analyser chaque péché à l'aune de la religion catholique. Aussi, nous attacherons-nous à un cinéma "laïc" s'attaquant à la représentation, sous de multiples formes, des traits de caractère dénoncés par Thomas d'Aquin.

 

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L'AMI DE LA FAMILLE

Titre original : L'Amico di famiglia

Film italien de Paolo Sorrentino (2006)

Geremia de' Geremei, ironiquement surnommé Cœur d'or, est un homme de 70 ans qui cumule nombre de défauts. Monsieur est affreusement laid et sa laideur est enrichie par un cynisme froid et moqueur. Il pratique également l'usure et est farouchement radin ; c'est ainsi qu'on devient riche après tout ! Et Geremia est fantastiquement riche. Il entretient un rapport morbide avec l'argent qui demeure sa grande obsession et lui permet de dominer la vie de sa famille et de sa mère avec qui il partage une vieille demeure délabrée. Individu parfaitement insupportable, Geremia entend intervenir dans l'utilisation que font ses emprunteurs de l'argent remis. Pour autant, il ne comprend pas les raisons pour lesquelles il demeure seul et boudé par les femmes. L'un de ses voisins sollicite bientôt le riche septuagénaire afin qu'il prête de l'argent pour marier sa fille Rosalba. A son habitude, Geremia pratique l'usure à un taux exorbitant. L'usurier découvre en la future mariée une jeune fille ravissante et en tombe immédiatement amoureux...

Avarice. Sorrentino fait de son héros exécrable et avare un personnage que l'on croirait tout droit sorti d'Affreux, sales et méchants d'Ettore Scola. Le spectateur ne ressent aucune empathie pour cet usurier impitoyable et gisant dans son cloaque glauque qui tient lieu de succursale bancaire qu'encombre la mama. Le film vaut d'être vu rien que pour cet individu laid que ne rachète aucun trait de caractère. Pourtant, à l'exception de ce premier rôle remarquablement interprété par Giacomo Rizzo, le film pêche par de nombreux défauts. La galerie de seconds rôles englués dans leur impossibilité de recouvrer leur dette est malheureusement trop faiblement dessinée. La mise en scène laisse également à désirer malgré quelque habileté à montrer les désirs sexuels du hideux héros pour la belle mariée. Pas le meilleur Sorrentino mais ça reste du Sorrentino !

 

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THE ARTIST

Film français de Michel Hazanavicius (2011)

Hollywood en 1927. George Valentin est une star du cinéma muet, au faîte de sa renommée, et dont rien ne semble pouvoir stopper la carrière. Al Zimmer, son producteur convie la star à la projection de son dernier film, lors de laquelle il croise une jeune débutante dans le Septième art, Peppy Miller. La jeune comédienne est engagée sur le prochain film de Valentin qui ne reste pas insensible à son charme mais refuse de s'engager auprès de la jeune femme. Lui qui se sentait intouchable disparaît pourtant bientôt des écrans. La révolution du cinéma parlant bouleverse l'art filmé de fond en comble. C'est au tour de jeunes étoiles d'être propulsées au rang de vedettes. Parmi elles, Peppy. L'arrogant Valentin juge éphémère l'avènement du cinéma parlant et congédie Zimmer afin de produire lui-même son prochain film muet. C'est le début de la descente aux enfers...

Orgueil. Chacun aura très certainement vu le film et tout a déjà été écrit au sujet de The Artist qui transpose l'Antiquité du cinéma en plein Troisième millénaire. Il est de bon ton de bouder les succès internationaux mais la réalisation de Hazanavicius n'aura pourtant pas volé ses dizaines de récompenses. Jean Dujardin et Bérénice Bejo non plus ! Jean Dujardin qui, d'ailleurs, n'a rien à envier à Fred Astaire. L'occasion est ici fournie d'analyser le film sous l'angle original du trait de caractère orgueilleux du héros qui refuse que l'art qu'il domine puisse lui échapper. Le cinéma parlant ne peut pas être tout simplement parce que, lui, Valentin, n'a jamais parlé dans ses films ! Notre star déchue préfère la déchéance alcoolique, la vente de tous ses biens immobiliers, la ruine et l'idée du suicide plutôt que se remettre en question. Mais le film se conclue bien évidemment sur un happy end. C'est fort bien fait. Le film ne révolutionne pas pour autant le genre disparu du muet.

 

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BOF... (ANATOMIE D'UN LIVREUR)

Film français de Claude Faraldo (1971)

Lui exerce la profession de livreur de vin, ce qui le lasse au plus haut point. Surtout de gravir les étages... Son mariage avec Germaine permet à la jeune femme de quitter son emploi de vendeuse et de profiter de la vie de femme au foyer. Devenu veuf après avoir assassiné son épouse et maquillé le meurtre en suicide, le père du jeune homme se dit que lui aussi a bien le droit d'être lassé de son emploi à l'usine. Alors décide-t-il de s'installer dans l'appartement des jeunes noceurs. L'oisiveté ambiante lui convient parfaitement, à plus forte raison qu'il partage avec son fils l'amour de Germaine. Boubou, un balayeur noir, ami du fils, voit dans ce foyer la société idéale. Lui aussi ne tarde pas à plaquer son métier et rejoindre la communauté oisive. Mais se prélasser au Soleil est nettement plus agréable. Qu'à cela ne tienne !, nos quatre héros partent en direction du Midi...

Paresse, autrefois désignée sous le terme d'acédie. Vous avez aimé le Manifeste contre le travail du Groupe Krisis ? Alors ce film anarchisant devrait vous plaire. Siestes et jeux de cartes, l'oisiveté est un sujet finalement assez peu traité au cinéma, et plus particulièrement au sein de la classe prolétaire. Poussant le sujet un peu plus loin, Faraldo expose les vues de son idéal post-soixante-huitard qui exalte la vie en communauté et l'amour libre délivré des tabous conformistes bourgeois. Et contre toute attente, ça n'est pas le fils qui épouse les formes les formes les plus radicales de ce libertarisme prolétaire mais bien son quinquagénaire de géniteur. Le film a évidemment vieilli de ce point de vue et il est permis de tacler la candeur de la réalisation. Elle est néanmoins plaisante à regarder et souvent drôle malgré la rareté des dialogues et un criant manque de budget.

 

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LA GRANDE BOUFFE

Film français de Marco Ferreri (1973)

Marcello est pilote de ligne, Michel est réalisateur à la télévision, Philippe, juge d'instruction et Ugo restaurateur. Ce sont de fins gourmets que ces quatre amis qui décident de se retrancher le temps d'un week-end dans un hôtel particulier parisien, en cette fin d'automne,  afin de se livrer à un gargantuesque repas. Aussi, la satisfaction de ce séminaire gastronomique nécessite-t-elle le stockage d'un volume dantesque de nourriture. La motivation du banquet pantagruélique est bien plus funèbre en réalité puisqu'il s'agit pour nos compères de se suicider en se gavant jusqu'à ce que mort s'ensuive. Les plats les plus divers se succèdent à un rythme infernal. Marcello insiste auprès de ses amis afin que trois prostituées rejoignent leur cérémonie mortifère, en compagnie d'Andréa, une institutrice du voisinage arrivée là un peu par hasard. Ecœurées et épuisées, les filles de joie quittent bientôt les quatre amis. Seule la plantureuse institutrice persévère et assiste impuissante à la déchéance des corps...

Gourmandise. Un véritable scandale que provoqua le film de Ferreri au Festival de Cannes. Les journalistes s'en donnèrent à cœur joie pour détruire la réputation de cette œuvre perçue comme une insulte aux arts de la table. Mais, plus que cela, c'est bien l'hédonisme gratuit et la jouissance bachique et sans entraves d'une société bourgeoise et égoïste qu'a voulu épingler le talentueux italien habitué aux provocations filmiques. Les libations ayant cours dans cet hôtel coupé du monde sont le reflet d'un monde englué dans une consommation effrénée qui se condamne à la mort dans la plus parfaite indifférente opulence. Il est bien plus politiquement incorrect que ne purent l'analyser les journalistes cannois... Ce film obscène et indigeste n' pas perdu une miette de sa force provocatrice, ni de son actualité bien au contraire. Un chef-d'œuvre eschatologique et scatologique !

 

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L'HISTOIRE DE RICHARD O.

Film français de Damien Odoul (2007)

Un homme, Richard O., est assassiné par une jeune femme qu'il refusa de violer pendant son sommeil... Nous sommes à Paris au mois d'août. Quelques semaines plus tôt, Richard O. déambule dans la capitale à la recherche du sujet de son prochain film. Le Grand est son fidèle serviteur, tout occupé qu'il est à racoler des proies faciles et faire obtenir des rendez-vous explicites à son mentor. Les élues sont des femmes qu'il croise ça-et-là dans au hasard des rues. Richard se montre incapable de résister aux nombreux désirs qu'il ressent pour les femmes. Face à lui, les amazones se livrent en exposant leurs secrets et fantasmes les plus intimes. A travers treize rencontres et autant d'expériences sexuelles, le fornicateur errant tente de briser les tabous et assouvir les pulsions de ces inconnues avant d'aller chercher quelque réconfort dans les bras de sa voisine et de son ex-compagne...

Luxure. Le titre fait bien évidemment écho au film érotique Histoire d'O de Just Jaeckin sorti en 1975 avec la délicieuse Corinne Cléry en Madame O. Sauf qu'ici, Monsieur O, en la personne de Mathieu Amalric, ne suscite guère l'enthousiasme sexuel. L'idée n'est pourtant pas absurde de présenter un héros à la recherche unique d'un plaisir sexuel hérité de rencontres sans lendemain. D'autant plus que le héros a la prétention d'intellectualiser ses expériences.  Si l'on se prend de quelque empathie pour cet érotomane paumé et aliéné par ses propres désirs, Odoul passe à côté de son sujet avec des dialogues trop souvent prétentieux qui ne trouveront écho qu'auprès d'un public bourgeois-bohême. Parmi les corps nus qui défilent, il y en a pas pour tous les goûts mais le portrait psychologique de ces naïades offertes au héros est plus restreint. Toutes ont pour point commun le souhait d'être violentées et souillées. Non seulement le film flirte avec l'apologie de la violence sexuelle mais c'est filmé avec tellement de maladresse que la provocation en est désolante. Malgré tous les efforts du réalisateur, rarement la luxure n'aura paru aussi peu excitante. On est loin de Gaspar Noé !

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SELON LA LOI

Titre original : Po Zakonu

Film russe de Lev Koulechov (1926)

Au fin fond du territoire canadien du Yukon, le long de la rivière Klondyke, un groupe de pionniers cherche le précieux métal jaune. Hans Nielsen et son épouse Edith, l'Irlandais Michael Deinin, Detci et Herke composent le groupe qui partage la même cabane de fortune. Les Nielsen découvrent un recoin de la rivière riche en métal. L'exploitation du site démarre aussitôt dans la bonne humeur. Aux journées harassantes succèdent des soirées monotones lors desquelles la petite assemblée s'enivre de vin. Mais l'accumulation de l'or fait tourner les têtes. Le cupide Deinin abat à bout portant Detci et Herke afin de devenir seul propriétaire de l'or. Les Nielsen parviennent à maîtriser l'assassin et l'attachent solidement. Malgré la contrainte qu'impose la surveillance du prisonnier, le couple se refuse à l'exercice de toute justice expéditive et organise le procès de l'Irlandais. La fonte des neiges renforce l'isolement des lieux...

Envie. Cinéaste phare de la période soviétique, Koulechov adapte à l'écran une nouvelle de Jack London, inédite en français, The Unexpected. L'attrait du réalisateur pour la littérature anglo-américaine le rendit suspect aux yeux du pouvoir communiste qui ne manqua pas de lui reprocher sa fidélité à l'œuvre. La critique de la voracité capitaliste est certes bien faible dans ce muet soviétique qui ne démérite pas. Découpé en deux parties, la seconde est intégralement consacrée à un regard juridique "amateur", les Nielsen n'étant pas homme et femme de loi, sur la façon dont il convient de châtier l'envie cupide. Koulechov maîtrise à la perfection ce huis clos esthétique qui renseigne sur la dégradation physique et psychologique des corps fatigués par le dur travail et la pluie. Un western claustrophile et poétique qui impose l'idée que le cinéma n'a mis que peu de temps à acquérir ses lettres de noblesse. A voir !

 

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LE TONNERRE DE DIEU

Film français de Denys de La Patellière (1965)

Le vétérinaire Léandre Brassac réside dans un majestueux manoir de la campagne nantaise en compagnie de son épouse allemande Marie, de ses chevaux et de nombreux chiens errants qu'il recueille. Brassac, que l'on pourrait croire généreux, est pourtant tout le contraire et se revèle être un misanthrope au caractère sombre et violent. Ça n'est pas un énième chien que le vétérinaire ramène ce soir mais Simone, une prostituée rencontrée dans un bar. Si Marie, qui n'a pu offrir de descendance à son alcoolique d'époux, ne se risquerait pas à contester la présence au domicile d'une fille légère, Marcel, le souteneur, ne l'entend pas de cette oreille. Brassac calme les ardeurs de ce dernier et permet à Simone de durablement loger au manoir. Mais la fille de petite vertu tombe amoureuse du voisin cultivateur Roger et craint le courroux de Brassac...

Colère. La Patellière offre un rôle sur mesure pour Jean Gabin en homme irascible qui inonde de sa verve piquante le premier quart d'heure du film. Et Michèle Mercier, débarrassée de ses oripeaux Angéliques, est également très à l'aise dans ce mélodrame rural. Le réalisateur du Taxi pour Tobrouk fut l'un des cinéastes les plus prolifiques des décennies 1950-1960 bien que sa filmographie soit de qualité inégale. Inspiré du roman Dieu est Dieu, nom de Dieu de Maurice Clavel, Le Tonnerre est un film plaisant et soigné auquel il manque peut être quelque prise de risque, notamment dans les dernières dizaines de minutes. Si le film s'essouffle progressivement du début à la fin, il demeure un classique du cinéma français et est malheureusement tombé dans l'oubli.

Virgile / C.N.C.

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source.

29/04/2016

Concert: Tana del Tigri 2016 (Rome, 21.05)

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11:00 Publié dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0)

28/04/2016

La Révolution sera verte ! ou le salut par la terre

 

La Révolution sera verte ! ou le salut par la terre (1ère partie)

C'est dans les périodes de crise qu'il est fondamental de revenir à l'essence des choses. Pour nous, Européens, la société moderne post-industrielle menace d'être notre tombeau et ce, malgré les indéniables réussites technologiques dont elle est la source. Dans une optique archéofuturiste, il convient certes de les utiliser intelligemment mais surtout de les coupler avec un retour plus prononcé à la terre, à cette terre qui contient nos racines mais également les germes d'un renouveau salvateur pour notre race (et les autres... bien que leur sort nous importe évidemment bien moins que la nôtre).

Face à un monde devenu fou, nous devons réfléchir à notre rapport à la terre et avant tout, à une autre façon de l'appréhender. Nous refusons que l'agriculture désincarnée, chimique et déracinée soit notre horizon. En conséquence, nous partirons de l'étude de quelques réussites actuelles (qui occuperont la première partie de cet article) pour tenter de mieux réfléchir à des idées pouvant participer à une future Révolution verte, condition nécessaire à la survie de la France et de l'Europe à moyen et long terme (thème de la seconde partie).

Partie 1 : Inspirations actuelles

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Le modèle cubain

Cela fait une vingtaine d'années maintenant que l'île de Cuba connaît une véritable Révolution verte et il convient d'analyser cette réussite préalablement à toute autre. Comment a-t-elle été possible ? Par l'agriculture urbaine et biologique.

Début des années 1990 : Cuba se retrouve isolée de par la disparition de l'URSS et souffre des effets de l'embargo américain. La population a faim mais ne se laisse pas mourir. Rapidement, elle réoccupe le moindre espace cultivable dans les villes (même les toits des immeubles!). Chaque lopin de terre est mis à contribution que ce soit pour la culture ou l'élevage. La population dans son ensemble participe à ce mouvement agro-écologique de grande ampleur dont les paysans sont la base. L'Etat cubain met en outre de grandes quantités de terres à la disposition de ceux qui veulent les cultiver et fait le pari du localisme et de l'agriculture biologique.

Cuba compte aujourd'hui près de 400.000 exploitations agricoles urbaines (produisant 1,5 millions de tonnes de légumes chaque année) qui ont bouleversé les habitudes et les modes de vie car elles impliquent l'ensemble de la population dans un effort commun :

« Universitaires, chercheurs, agronomes sont mis à contribution pour diffuser les techniques de l’agroécologie. Un réseau de boutiques vend semences et outils de jardinage à bas prix, prodiguant également aux clients des conseils d’experts. Et dans toutes les villes du pays, on enseigne l’agriculture biologique par la pratique, sur le terrain. »

« Aujourd’hui, la main-d’œuvre agricole a été multipliée par dix. D’anciens militaires, fonctionnaires et employés se sont convertis ou reconvertis à l’agriculture, car nombre d’entre eux avaient été paysans auparavant. »

« Chaque école cultive son potager, les administrations ont leur propre jardin, fournissant les légumes aux cantines des employés. »

Les résultats de la Révolution verte cubaine sont sans appel : outre l'aspect écologique (baisse de la pollution, qualité des produits consommés, biodiversité), la population a bénéficié dans son ensemble de ses bienfaits : créations d'emploi, hausse du niveau de vie et de la santé... Par ailleurs, le localisme étant encouragé, la centralisation s'est faite plus discrète car on laisse:

« davantage de marge de manœuvre aux initiatives individuelles et collectives autogérées. (...) Dans les villes, ce principe a permis de promouvoir la production dans le quartier, par le quartier, pour le quartier, en encourageant la participation de milliers de personnes désireuses de rejoindre l’initiative. »

Le pays est en marche vers l'autonomie alimentaire car il produit aujourd'hui plus de 70% de ses besoins. De plus, selon les critères de l’ONU, « le pays a un indice de développement humain élevé et une faible empreinte écologique sur la planète ».

« Si demain les importations de nourriture devaient s’arrêter, les habitants seraient beaucoup moins en péril que ceux d’un pays comme la France, qui dispose seulement de quelques jours de réserves dans ses supermarchés » conclut l'article nous ayant servi de base d'informations.

Cuba est, certes, un pays éloigné de nous mais son exemple nous permet de saisir les bienfaits d'une telle démarche : localisme favorisé, bénéfices pour la population et marche vers l'autosuffisance (et donc vers davantage de souveraineté vis à vis de l'extérieur!). Rien à redire!

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Deux exemples européens : Lisbonne et Albi

A une échelle moindre, bien d'autres initiatives mériteraient que l'on s'y attarde. Certaines villes ont ainsi développé des modèles intéressants de retour à la terre. La capitale portugaise en est certainement le fer de lance en Europe depuis une petite dizaine d'années.

A Lisbonne, « la municipalité a réagi à la crise en faisant le pari que l’agriculture urbaine pouvait avoir un rôle social ». Plusieurs hectares d'espaces verts ont été transformés en potagers urbains dont les parcelles ont été attribuées sur critères sociaux. 500 familles en ont déjà bénéficié et l'objectif de la ville est de doubler ce chiffre d'ici 2017. Les chômeurs sont prioritaires dans l'obtention des parcelles, ce qui leur permet de compléter leurs revenus et de nourrir sainement leur famille. Ils peuvent en outre bénéficier de formations à l'agriculture biologique.

Duarte Mata, initiateur du projet et qui espérerait « faire vivre les gens au rythme des saisons, de la nature », en décrit les avantages :

« Ce plan (d'agriculture urbaine) souligne combien l’agriculture urbaine est importante pour une ville, principalement à cause de sa dépendance aux légumes frais, de la montée des cours internationaux, et du revenu supplémentaire que cela apporte aux familles. Un autre facteur (…) est que cela permet de faire face aux éventuelles pénuries alimentaires. (…) Vous ne savez jamais ce qui peut arriver – événements soudains, catastrophes naturelles ou guerres. »

A Lisbonne, on ne compte d'ailleurs pas s'arrêter en si bon chemin : « une ferme urbaine (…) devrait voir le jour. Six hectares de maraîchage seront consacrés à la formation des chômeurs. La production sera vendue sur le marché local. »

En France, la ville d'Albi a elle aussi décidé de se lancer dans une démarche intelligente dont l'objectif est de parvenir à l'auto-suffisance alimentaire d'ici 2020. Il s'agit par ailleurs de sécuriser les approvisionnements de la ville en cas de crise alimentaire car seuls 5 jours de nourriture seraient assurés à l'heure actuelle... Rappelons-nous de ce qui était dit plus haut sur Cuba par rapport à la France...

Proximité et qualité sont recherchées. La volonté de faire travailler la campagne albigeoise est clairement affirmée. De plus, la mairie utilise des terres pour y installer des néo-maraîchers moyennant un loyer très modique (70 euros par hectare et par an). La seule condition étant de faire exclusivement du bio et de vendre en circuit court. Les premiers résultats semblent encourageants et 7 emplois auraient été crées pour le moment.

Le plus intéressant reste à venir car, à Albi aussi, les idées ne manquent pas. Sont prévues la réhabilitation des jardins ouvriers et des potagers délaissés par les personnes âgées (sur la base du volontariat) mais également l'utilisation du surplus de la production de la ville afin d'approvisionner les cantines et les autres équipements municipaux. Albi espère que l' « émulation positive » jouera en sa faveur et qu'agriculteurs et supermarchés parviendront à s'entendre pour favoriser la production locale.

On retrouve, dans les démarches adoptées par les deux villes dont nous venons de parler, bien des éléments qui répondent à ce qui a été développé avec succès à Cuba. La recherche de la qualité de notre alimentation est, en effet, primordiale en cette époque du tout-chimique. Anticiper les problèmes tels que les pénuries alimentaires montre une réflexion pragmatique sur le monde de demain, ce qui est le bienvenu dans notre époque de courte-vue et de « j'en foutisme ». L'aspect localiste des choses ne peut, en plus, que nous séduire. De même que la fréquentation de la terre qui permettra une réelle désintoxication de ceux qui seront retournés à elle. Pour finir, le gain social est non négligeable : création d'emplois et de liens sociaux plus forts dans une époque d'ultra-individualisme, aide aux personnes à faible revenu etc. Concluons avec cette phrase d'un élu albigeois :

«Les gens retrouvent l'essence des choses: la vocation nourricière de la terre. Une partie de la population a de faibles revenus, mais du temps libre. »

L'essentiel est là... et la seconde partie de notre article se basera sur cette idée pour entamer une réflexion plus poussée (et radicale) sur les gains que pourrait avoir une Révolution verte à grande échelle dans un pays comme le nôtre.

Rüdiger et Ann / C.N.C.

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26/04/2016

Compte-rendu d’exposition : Jheronimus Bosch, Visions de Génie (Noordbrabants Museum, Bois-le-Duc)

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Voici maintenant cinq cents ans que le vénérable Jheronimus van Aken s’en est allé.

Plus connu sous le nom de Jérôme Bosch, cet artiste hors du commun est né aux alentours de 1450 dans la ville de Bois-le-Duc, s’Hertogenbosch en néerlandais. C’est à ce toponyme que l’artiste doit son nom, et c’est au sein du Noordbrabants Museum de cette charmante localité que se tient, depuis février et jusqu’au 8 mai 2016, une exposition exceptionnelle en son honneur.

L’œuvre de Jérôme Bosch, si elle est relativement restreinte – seulement 25 peintures de sa propre main, et à peu près autant de dessins, nous sont parvenus – n’en finit pas de nous émerveiller. Au-delà des formules iconographiques totalement novatrices pour l’époque, à l’image du Chariot de foin ou du Vagabond dont on ne connait aucun antécédent pictural, c’est surtout l’étourdissante profusion de formes et des figures contrefaites et tourmentées, démons, monstres et créatures hybrides, confrontés à des anges, à des pécheurs ou à des saints, qui marque le plus durablement quiconque se laisse prendre au jeu de la contemplation d’une peinture de l’artiste néerlandais.

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Le Jugement Dernier, vers 1495-1505, huile sur bois, Bruges, Groeningenmuseum

L’exposition du Noordbrabants Museum présente une vingtaine de peintures de Bosch, dont quatre triptyques et quatre panneaux peints des deux côtés, ainsi que dix-neuf dessins et sept panneaux issus de son atelier ou de suiveurs confirmés, en plus de quelques soixante-dix œuvres variées destinées à éclairer certains aspects de la peinture du maître, et parmi lesquels on se réjouira de trouver une magnifique gravure de Dürer, Saint Jérôme dans le Désert.

Il faut souligner que c’est une prouesse tout à fait remarquable pour le musée néerlandais d’être parvenu à réunir un tel nombre d’œuvres de Jérôme Bosch sans toutefois en posséder une seule dans son fonds propre, une prouesse d’autant plus grande que des musées des quatre coins du monde ont été sollicités pour l’occasion : le Metropolitan Museum de New York, le Pallazo Grimani de Venise et le Prado de Madrid, pour ne citer que ces trois institutions. La monnaie d’échange proposée pour ces prêts exceptionnels s’intitule BRCP, Bosch Research & Conservation Project, un vaste programme international comprenant plusieurs restaurations et une analyse extrêmement approfondie de l’œuvre de Bosch, dont on peut apprécier l’étendue et le résultat sur le très instructif site internet : http://boschproject.org/

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Le Vagabond, vers 1500-1510, huile sur bois, Rotterdam, Museum Boijmans

Cette campagne de conservation, d’étude et de restauration, sur le modèle de celle qui est menée depuis 2012 sur le retable de l’Agneau mystique des frères van Eyck aujourd’hui visible au sein de la cathédrale de Gand, permet pour la première fois d’apprécier douze peintures de Jérôme Bosch sous un jour nouveau.

La scénographie de l’exposition est irréprochable, l’ensemble des moyens déployés pour mettre en valeur chaque œuvre est remarquable. Le parcours articulé autour de six thèmes – le pèlerinage de la vie humaine, Jérôme Bosch à Bois-le-Duc, la vie du Christ, Bosch dessinateur, les saints, la fin des temps – est très intéressant, et ponctué de moniteurs permettant d’apprécier encore davantage de détails, ou de prendre connaissance de repentirs bouleversant la composition originale par exemple. La pénombre qui baigne le vaste espace d’exposition est une excellente idée, elle permet de s’immiscer pleinement dans les univers bigarrés, à la fois grotesques et émouvants, du peintre de Bois-le-Duc. Il faut noter qu’en dépit de la fragilité extrême de ces panneaux datant d’un demi-millénaire, les conditions d’exposition sont telles qu’il est tout à fait possible de s’approcher à loisir de chaque peinture, ce qui est particulièrement bienvenu ici.

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Paysage Infernal, plume et encre brune sur papier, 25,9x19,7, collection privée

L’ensemble des dessins exposés est tout particulièrement appréciable et émouvant : il faut souligner que presque aucun dessin des contemporains de Bosch ne nous est parvenu. Les feuilles du maître néerlandais que nous connaissons regorgent à la fois de scènes qui témoignent d’une fine observation de la nature, parfois dans ce qu’elle peut offrir de plus incongru, mas aussi de figures inventées, souvent des croisements entre des hommes, des animaux et des objets, qui semblent d’ailleurs avoir été conçues comme des œuvres autonomes, ce qui ajoute encore à la valeur de ce corpus exceptionnel.

Seule bémol concernant l’exposition dans son ensemble : le célèbre triptyque du Jardin des Délices fait figure de grand absent au sein du magnifique corpus d’œuvres réunies à Bois-le-Duc. Le musée du Prado n’a pas jugé souhaitable de se défaire de ses précieux panneaux de bois, officiellement pour des raisons de conservation, peut-être aussi en partie parce que le déclassement par le BRCP de la Tentation de Saint Antoine et de la Lithotomie, qui ne seraient pas de la main de Bosch lui-même mais de son atelier, a quelque peu irrité l’institution espagnole, au sein de laquelle ces deux œuvres sont conservées… Il faudra donc se contenter à Bois-le-Duc du panneau central et du volet de gauche du Jardin des délices de la main de suiveurs, très qualifiés cependant.

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Un joli picture disc de Jérôme Bosch : La Passion, 1490-1495, huile sur bois, Berlin, Staatliche Museen zu Berlin

Comme bien souvent avec les expositions majeures, celle de Bois-le-Duc est victime de son succès et l’affluence y est souvent terrible. Cependant je ne saurais trop vous recommander de vous rendre au Noordbrabants Museum avant le 8 mai si vous en avez la possibilité, c’est une occasion unique de vous confronter à l’une des plus grandes figures de l’art médiéval européen. Au reste la ville de s’Hertogenbosch est charmante, la cathédrale est étonnante et mérite largement le détour. Et si le vent froid des terres nordiques vous effraie, sachez qu’une exposition similaire se tiendra à Madrid à partir du 31 mai 2016 !

Lydéric / C.N.C.

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source.

Vente de billets en ligne :https://tickets.hetnoordbrabantsmuseum.nl/nl/jheronimus-b...

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 Triptyque du Chariot de foin, 1510-1516, huile sur bois, Madrid, Musée du Prado

24/04/2016

Pourquoi les Européens se laissent mourir et envahir?

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Le professeur Kevin McDonald évoque souvent les tendances suicidaires de la race blanche, rendue déprimée par la culpabilisation de son passé raciste ou colonial.

Il refuse selon nous de voir l’évidence déjà mise en avant par Nietzsche : la race blanche disparaît la première – bientôt suivie par la race jaune – parce qu’elle a créé la première le dernier homme de Zarathoustra ; et parce qu’elle a mieux à faire à Disneyland ou aux Seychelles que des projets de civilisation à long terme.

On rappellera Tocqueville, déjà pas très optimiste à une époque où la race blanche est en pleine expansion démographique et culturelle : « Je vois une foule innombrable d’hommes semblables et égaux qui tournent sans repos sur eux-mêmes pour se procurer de petits et vulgaires plaisirs, dont ils emplissent leur âme. Chacun d’eux, retiré à l’écart, est comme étranger à la destinée de tous les autres : ses enfants et ses amis particuliers forment pour lui toute l’espèce humaine ; quant au demeurant de ses concitoyens, il est à côté d’eux, mais il ne les voit pas ; il les touche et ne les sent point ; il n’existe qu’en lui-même et pour lui seul, et, s’il lui reste encore une famille, on peut dire du moins qu’il n’a plus de patrie. »

On peut citer ces lignes caractéristiques d’Edouard Drumont, écrites pourtant en pleine période coloniale : « L’être qui est là est un moderne, un nihiliste, il ne tient à rien ; il n’est guère plus patriote que les trois cent mille étrangers, que l’aveuglement de nos gouvernants a laissés s’entasser dans ce Paris dont ils seront les maîtres quand ils voudront… »

Et l’on comprend que cet être supporte comme son prédécesseur romain (voyez Pétrone et Juvénal !) tout de son gouvernement, impôts, immigration, ce qu’on voudra. Ce n’est pas que cet être soit incapable de temps à temps de se permettre une remarque xénophobe ou un vote interdit, simplement sa rage ne dure guère, et il retourne à l’écuelle dont parle magnifiquement La Boétie. Ce n’est pas, dit Fukuyama, que le citoyen lambda de l’État post-historique soit dépourvu de tendances nationalistes, c’est qu’elles sont brèves et plus très dangereuses.

Il serait d’ailleurs bon de voir l’électeur de Donald Trump sous cet aspect pour éviter d’envisager le pire. L’électeur moyen de Trump n’est pas un Allemand élevé à la dure et encore sous le choc du Diktat de Versailles ; c’est un blanc assez fatigué, bien content de sacrifier sa liberté à son confort – comme dans la Rome ancienne ou dans le film Rollerball.

Les peuples jeunes ont toujours eu beau jeu de conquérir les peuples vieillissants et prospères.

Citons Nietzsche pour terminer : « On travaille encore, car le travail est une distraction. Mais l’on veille à ce que la distraction ne débilite point. On ne devient plus ni pauvre ni riche : ce sont deux choses trop pénibles. Qui voudrait encore gouverner ? Qui voudrait obéir encore ? Ce sont deux choses trop pénibles. »

Nicolas Bonnal (Source: EuroLibertés)