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03/09/2015

Concert: In Memoriam en Belgique (16.01.16)

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11:00 Publié dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0)

02/09/2015

Intervention d'Arnaud Naudin à Academia Christiana

 Quels enseignements tirer de Mai 68 ?

Cette version rédigée est une version amendée et étoffée de l'intervention prononcée lors de l'Université d'été d'Academia Christiana le dimanche 23 août. L'intervention a été filmée et sera bientôt disponible sur le site d'Academia Christiana.

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Quand il s'agit de parler de Mai 68 et des enseignements que l'on peut en tirer, il incombe d'être le plus exhaustif possible. Ainsi devons-nous parler d'un ou plusieurs Mai 68 ? Mai 68 s'arrête-t-il en juin 68 ? Jusqu'où inclure le phénomène historique : Lip, le Larzac, l'autogestion, les communautés hippies, le retour à la terre, mais aussi les régionalismes et nationalismes armées (FLB, FLNC, etc.) ? Mai 68 est-il un accélérateur de la modernité en France ? Ou comporte-t-il des éléments critiques de la modernité, de la démesure techniciste, du productivisme ? Quant à la postérité, doit-on faire de LMPT et du Printemps français une sorte de Mai 68 de droite (qui plus est 45 ans après) ? Doit-on accepter Mai 68 comme fait et refuser Mai 68 comme idée ?

Ensuite, l'objet de cette intervention est d'en finir autant que faire ce peut avec la vision simpliste et souvent grossière de Mai 68 à droite (droite que je définis par l'ensemble de ceux qui sont dans un refus de toute forme de constructivisme, notamment s'agissant des questions anthropologiques et ceux qui défendent la tradition au sens où l'entendait Dominique Venner). C'est aussi poser les limites de la critique de Mai 68 par Zemmour (notamment dans « Le suicide français ») : croire que c'est un événement téléguidé, extérieur, où la France gaulliste et gaullienne n'aurait pas sa part de responsabilité, où Mai 68 aurait entravé le cours tranquille techniciste et productiviste de cette France-là, en somme cette critique de droite de Mai 68 viserait à ne pas entacher le Grand Homme, sauf que l'on verra un peu plus tard qu'en réalité il n'en est rien. On peut même considérer que la droite techniciste gaullo-pompidolienen a jetée en partie les bases de Mai 68.

Oui, il y a eu plusieurs Mai 68, celui auquel tout le monde pense, le Mai 68 estudiantin, principalement à Paris, autour de ses figures mythiques comme Cohn-Bendit ou Geismar, de ses lieux comme la Sorbonne, Nanterre, le Quartier latin, ses barricades, son carnaval gauchiste, ses slogans, ses grèves, etc. Sans parler de ses suites anthropologiques, les fameux « soixanthuitards » qui ont détruit toute forme d'ordre traditionnel. Mais derrière ce Mai 68, y compris dans la veine hippie, communautés d'amour libre, un autre Mai 68 et surtout après Mai 68, une France un peu sauvage se sont développés voulant retrouver paradoxalement vertus communautaires, enracinement et autogestion.

Mai 68 ne s'arrête donc pas en juin 68, avec les dernières grandes grèves et le vote massif pour les députés gaullistes lors des élections législatives suite à la dissolution décidée par De Gaulle. Comme Mai 68 ne débute pas en mai...

Comme tout événement historique majeur, Mai 68 dépasse les perceptions et les attentes de ces acteurs. D'autant que comme l'indique « Génération » (cf. sources), les différents groupes gauchistes qui constituent le Mai 68 « officiel » sont venus à la remorque des événements, voulant y plaquer leur vision de lutte des classes qui n'avait plus cours, notamment depuis la mise en place de l'Etat-providence, véritable cogestion entre gaullistes et communistes. A tel point que les maoïstes après Mai 68 voyant l'impossibilité de rallier la classe ouvrière à leur cause se tourneront vers les minorités, notamment les immigrés... Ensuite, si ces acteurs du Mai 68 « officiel » ont pu se reconvertir sans problème dans la Modernité, que ce soit pour soutenir la mondialisation heureuse ou pour accompagner le turbo-capitalisme dès les années 80, c'est que justement leur idéologie hostile à toute tradition (traditions certes mises à mal dès le XIXème siècle en se mettant au service du capitalisme et de la bourgeoisie : Eglise, armée, école, famille, mariage,etc.) a accéléré la mainmise de la Modernité (les passages de « Génération » consacrés à l'évolution de ces gauchistes sont particulièrement édifiants). Ainsi, en a-t-on vu certains et non des moindres être partisans de l'action de l'OTAN au Kosovo en 1999.

Mai 68 a surtout dépassé ces acteurs « officiels » quand jusqu'à la fin des années 1970, certains y ont vu une sorte de bascule anthropologique de refus du capitalisme et du productivisme. En fondant des communautés ou encore en se lançant dans l'autogestion à l'instar de Lip en 1973. Figure de l'horlogerie française, Lip a connu une lutte sociale d'un nouveau genre où l'on a vu les salariés gérer leur entreprise, en se passant de la hiérarchie classique, et surtout en vendant leur production. Cette tentative d'autogestion - reprenant les fondements coopératifs dont parlaient les anarchistes du XIXème siècle comme Proudhon - reste un modèle pertinent pour ceux qui veulent revoir complètement les hiérarchies au sein des entreprises. Cette expérience que des gauchistes percevaient comme réformiste a fait que certains d'entre eux ont abandonné leur lutte classique, comme les maoïstes de la Gauche prolétarienne. C'est cette France « sauvage » comme l'expliquait la magazine « Actuel » dans les années 70 qui comporte donc les éléments pertinents et positifs que l'on peut retirer. Si effectivement nombre de ces communautés ont échoué car elles ont elles-aussi voulu plaquer une idéologie sur le réel, elles ont cependant appliqué un certain nombre de valeurs, notamment le refus du productivisme, celui du technicisme et la recherche d'une vie ­saine et communautaire, qui sont les nôtres et qui rappellent notamment ce que les non-conformistes des années 30, plus particulièrement les personnalistes, dont Ellul et Charbonneau, voulaient aussi retrouver et appliquer car cette société techniciste et productiviste était déjà là avant-guerre.

La lutte écologique qui devient un véritable engagement politique date aussi de cette époque, notamment à travers la revue « La Gueule ouverte » qui était bien loin des inepties du développement durable. Sans oublier la candidature de René Dumont à l'élection présidentielle de 1974 qui était marquée déjà par un certain nombre de thèmes décroissants, surtout au niveau démographique. Ainsi que le fameux rapport du club de Rome de 1972.

De même, dans la postérité positive de Mai 1968, on peut adjoindre, avec une certaine critique bien entendu, les luttes corses et bretonnes, y compris le FLNC et le FLB. Luttes de réenracinement, défense de l'environnement (cf. l'affaire dite des Boues rouges en Corse, voir sources), là aussi, malgré un discours gauchiste un peu dépassé, ces luttes participent d'éléments positifs de l'après Mai 68 dans les années 1970.

Si Mai 68 et sa suite ont été l'explosion due à l'étincelle gauchiste, comme le rappelle en partie « Generation », il est cependant nécessaire de rappeler les causes dues au gaullisme productiviste et techniciste. En effet, si certains résument le gaullisme à la politique étrangère du Général, la France de cette époque est surtout l'âge d'or techniciste et productiviste où des hauts fonctionnaires issus des grandes écoles de la République, avec certes une volonté de bien faire, vont pousser au maximum la logique centralisatrice et bureaucratique dans les questions économiques, écologiques, voire anthropologiques. Alors certes, on peut fantasmer sur le Concorde et autres prouesses techniques (comme le TGV et les centrales nucléaires dans les années 70), pour autant cette décennie que l'on peut qualifier de gaullo-pompidollienne est surtout celles des technocrates qui modifient radicalement la société française, que ce soit dans les campagnes, entre remembrement, mécanisation et chimie à outrance, avec l'exode rural, sans parler du réaménagement du territoire via la Datar et que ce soit dans les villes avec la logique dit des grands ensembles et la transformation des quartiers, avec la place privilégiée accordée à la voiture. Comme le rappelle Thierry Paquot dans « Désastres urbains » (cf. sources). Ces technocrates pensant faire le bien pour les gens, ils ont tellement modifié les structures traditionnelles de la France (ce que les gauchistes ne pouvaient leur reprocher) qu'ils ont préparé le terrain à Mai 68 que ce soit le Mai 68 gauchiste ou les éléments positifs de Mai 68 que nous faisons nôtres. C'est la raison pour laquelle nous ne pouvons défendre ce gaullo-pompidolisme contre les gauchistes... Au contraire, nous le mettons dans le même sac que les gauchistes.

Certains analystes ont voulu voir dans la Manif pour Tous et le Printemps français une sorte de Mai 68 de droite. Si on peut s'inquiéter de voir ces deux mouvements reprendre le côté buzz médiatique et uniquement médiatique de Mai 68, pour autant, issu notamment du mouvement des Veilleurs, tout un pan du monde catholique s'est interrogé sur la limite, la mesure, l'interrogation techniciste... A ce sujet, l'ouvrage « Nos Limites » de Gaultier Bès, Marianne Durano et Axel Nørgaard Rokvam est particulièrement intéressant. Sans oublier bien sûr l'encyclique papale « Laudato si ». Là encore une reprise de l'héritage positif de Mai 68 se dessine.

Donc, sans pour autant mythifier Mai 68, nous ne devons rien nous interdire et tout reprendre et donc se servir de cet événement et de sa postérité comme autant d'éléments quant à l'écologie, le refus du technicisme, du productivisme et la volonté d'une bonne vie.

Arnaud Naudin

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source.

Sources :

1- « Génération », « Les Années de rêve » (tome 1) et « Les années de poudre » (tome 2) Patrick Rotman et Hervé Hamon, Seuil, 1987. Véritable bible pour comprendre la période « gauchiste » de 1958 à 1980. Ecrit par un ancien de la LCR et un ancien maoïste, il oublie cependant plusieurs organisations essentielles.

2- « Le Mai 68 de la Nouvelle Droite », collectif, éditions du Labyrinthe, 1998. Ouvrage intéressant pour voir comment de nombreux acteurs de la Nouvelel Droite ont vécu et perçu ces événements. D'autant que le GRECEa été fondé en mai 68... Source connexe : « La nouvelle Droite française et son rapport avec Mai 68 » par Jean-Yves Camus. http://tempspresents.com/2009/08/31/jean-yves-camus-la-no...

3- « Contre-histoire de la philosophie - la résistance au nihilisme, dialactique de Mai 68 » Michel Onfray, émission du 27 juillet 2015, France Culture, http://www.franceculture.fr/emission-contre-histoire-de-l...

Plan détaillé du cours : http://mo.michelonfray.fr/wp-content/uploads/2014/11/1Dia... Onfray reste indispensable,à l'instar de Michéa, pour une analyse pertinente dite de « gauche » de Mai 68.

4- « Nous sommes révolutonnaires malgré nous », Bernard Chabonneau, Jacques Ellul, Seuil, 2014. Compilation de textes personnalistes qui montrent en quoi ces deux non-conformes des années trente avaient vu l'essentiel près de 30 ans avant les événements de Mai 68. Un retour aux sources indispensable.

5- Affaire des boues rouges en Corse : http://laterredabord.fr/?p=7124

6- « Génération FLNC » (la voix off est Patrick Rotman) part 1 : https://www.youtube.com/watch?v=LhR40ZbDI0k et part 2 : https://www.youtube.com/watch?v=F73PASO7suU

7- « Désastres urbains, les villes meurent aussi », chonique du Cercle Non Conforme :

http://cerclenonconforme.hautetfort.com/archive/2015/08/0...

8- « Nos limites », Gaultier Bès, Marianne Durano et Axel Nørgaard Rokvam, éditions du Centurion, 2014

01/09/2015

Julien Langella: La jeunesse déclare la guerre à la génération de mai 68 au pouvoir ! (TV Libertés)


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31/08/2015

Chronique d'exposition : D’or et d’ivoire – Paris, Pise, Florence, Sienne – 1250-1320

Exposition D’or et d’ivoire – Paris, Pise, Florence, Sienne – 1250-1320

Jusqu’au 28 septembre 2015 au musée du Louvre-Lens

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L’intitulé de l’exposition qui se tient au Louvre-Lens jusqu’au 28 septembre est un peu trompeur. Si les œuvres précieuses - éléments sculptés en ivoire ou travaux d’orfèvrerie en métal doré – y ont en effet la part belle, l’exposition présente en fait un ensemble de pièces très varié : éléments d’architecture ou figures sculptées en pierre ou en bois, enluminures, peintures à fond d’or, restitutions de vitraux… un choix judicieux qui permet d’apprécier l’art du XIIIe siècle dans sa diversité, en cette période gothique où la peinture n’occupait pas encore la place prépondérante qui lui sera dévolue plus tard.

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Giovanni Pisano, Christ en Croix, Toscane, 1290-1310
Ivoire d’éléphant, H. 15,3 ; L. 6 ; P. 5 cm

L’exposition s’articule autour d’une thématique un peu complexe : la question des influences et des transferts artistiques entre Paris et les grandes cités toscanes. Si ce sujet peut sembler quelque peu abrupt pour un néophyte, il faut souligner qu’au-delà de son propos, l’exposition peut s’enorgueillir de rassembler de très belles œuvres – la valve de miroir dite « le jeu d’échec », en ivoire d’éléphant, les petits ouvrages sculptés de Pisano, le fabuleux groupe de la Descente de croix en ivoire, déjà présenté lors de l’exposition Saint Louis à la Conciergerie [lien], ou encore la sculpture de Jeanne de Navarre en fondatrice, pour ne citer que ces quelques pièces – qui ne manqueront pas de retenir l’œil averti, mais sauront aussi charmer le visiteur non initié.

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Valve de miroir : Le Jeu d’échecs, Paris, vers 1300
Ivoire d’éléphant, diam. 11,5 cm.

Sur le fond, l’exposition est passionnante. Les croisements artistiques entre les cités toscanes - Pise, Florence, Sienne – et la capitale du royaume de France, dans un contexte de fort développement économique et démographique, sont mis en lumière par de très frappantes confrontations d’œuvres issues de ces différents foyers artistiques. L’idée est stimulante et bienvenue – comme le rappelle le conservateur du musée, Xavier Dectot, jusqu’à aujourd’hui cette question des allers-retours stylistiques entre Paris et la Toscane n’avait encore jamais constitué le cœur d’une exposition – mais sa mise en application ne coule pas de source : il faut en effet faire preuve de bonne volonté pour saisir toutes les subtilités du parcours scénographique. A mon sens, même si les cartels sont toujours très remarquablement documentés, certains rapprochements d’œuvres auraient mérité d’être davantage explicités.

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Reliquaire des saints Maxien, Lucien et Julien, Paris, Sainte Chapelle, vers 1261.
Argent gravé, ciselé et doré, H. 19,6 ; L. 13,5 ; P. 2,9 cm.

C’est peut être la première salle de l’exposition qui gère le mieux l’équilibre entre pédagogie et richesse du propos : on peut y consulter une vaste carte de l’Europe pendant la période concernée, une frise comparative sur laquelle on peut évaluer les dimensions respectives de certaines des plus singulières prouesses architecturales de la période, ainsi que quelques indications relatives à la typologie des drapés – un élément déterminant pour l’étude des transferts et des influences stylistiques.

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Jeanne de Navarre en fondatrice, Paris, vers 1310
Calcaire lutécien autrefois polychrome, H. 82 ; L. 25 ; P. 18 cm

Les autres salles de l’exposition réservent leur lot de petites merveilles, dont l’étrangeté le dispute parfois au raffinement. L’une des pièces les plus remarquables de l’exposition nous toise de toute son élégance faussement moderne dans la dernière salle du parcours : La Vierge de l’Annonciation d’Agostino di Giovanni et Stefano Acolti n’accuse guère ses sept siècles d’existence, et ressemble bien davantage à un mannequin art déco qu’à l’une de ses homologues du XIIIe siècle. Entièrement articulée afin d’être parée comme il se doit en certaines occasions liturgiques, cette sculpture de bois polychrome a vraiment de quoi surprendre.

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Agostino di Giovanni et Stefano Acolti, Vierge de l’Annonciation, Pise, 1321.
Bois polychrome, H. 165 ; L. 60 ; P. 56 cm.

Si l’élégante complexité du style gothique rayonnant ne vous laisse pas indifférent, le Louvre Lens aura de quoi vous contenter, pourvu que vous acceptiez de donner à cette exposition subtile et dense un peu de temps et de concentration.

Lyderic / C.N.C.

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source.

Dates de l’exposition
27 mai - 28 septembre 2015

Coordonnées :
Musée du Louvre-Lens
T : +33 (0)3 21 18 62 62
www.louvrelens.fr

Horaires d’ouverture :
Tous les jours de 10h à 18h, fermé le mardi.
Nocturne jusque 22h les vendredis 5 juin et 4 septembre.
Ouverture du parc tous les jours de 7h à 21h.

30/08/2015

Chronique musicale: Chelsea Wolfe "Abyss"

Chelsea Wolfe - "Abyss"

(Sargent House - 2015)

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La Californie, ce n’est pas que le soleil et le « bling-bling ». Chelsea Wolfe en est la preuve, l’antidote. Ayant gravis les échelons de l’underground avant de connaître un succès d’estime et critique avec son album Pain is beauty, la chanteuse au magnétisme irréel est de retour avec un nouvel album plein de promesses intitulé Abyss.

chelsea wolfe.jpgC’est avec des yeux bleus qui pourraient dévorer le monde et des cheveux noirs comme la nuit que cette fille originaire de Sacramento ensorcelle un public toujours plus grandissant. Son style est aussi singulier que sa présence . Tenter de poser une étiquette sur sa musique est une perte de temps. Au contraire de nombreux musiciens, qui sont avant tout les prêtres d’un style musical orthodoxe et codifié tel un dogme, Chelsea Wolfe est une artiste dans le sens où c’est « l’idée force » qui prime et s’exprime. Par conséquent l’auditeur ne sera pas surpris par le mélange, a priori surprenant, d’influences industrielles, folk, drone et metal où la voix de la californienne est à la fois le fil d’Ariane et le chef d’orchestre.

Justement cette voix éthérée, délicieusement fantomatique et envoûtante, prend le contre-pied d’une musique souvent abrasive, lourde et anxiogène où la technique du clair-obscur est la colonne vertébrale de l’album. Pourtant à l’écoute du dit album, c’est bien ce côté obscur, ces ténèbres insondables qui dominent. Le thème majeur d’Abyss est la paralysie nocturne dont souffre Wolfe. Cette expérience qui peut se révéler traumatisante, accompagné d’hallucinations, brouille la ligne de démarcation entre le rêve et la réalité.

Les chansons possèdent toutes leurs propres identités : « Carrion Flowers » et ses coups de boutoir, « Crazy Love », chanson tempérée possédant un petit côté Jeff Buckley, ou bien encore des morceaux pachydermiques que ne renierait pas Neurosis tel « Iron Moon » et surtout « Dragged Out ». La production se devait d’être à la hauteur des ambitions de la musique et le travail de John Congleton relève ce défi haut la main. Quant à Chelsea Wolfe, elle est une fois de plus entourée d’excellents musiciens dont Mike Sullivan, guitariste de Russian Circles.

A l’évidence, Abyss est une des sorties majeures de 2015. Aux antipodes de la musique mainstream et de la superficialité ambiante, Chelsea Wolfe démontre qu’on peut allier sincérité, mélodies, violence introspective dans une musique sans concession qui touche les couches les moins hermétiques des mélomanes, le tout sans vendre son âme et sans tomber dans la niaiserie narcissique post adolescente. Ce recueil de songes made in California est une réussite.


Donatien / C.N.C.

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29/08/2015

Entrevue du C.N.C. #22 : Michel Drac et Maurice Gendre

Entrevue Michel Drac et Maurice Gendre

Michel Drac et Maurice Gendre seront à Lille le 12 septembre 2015 pour une conférence sur le Traité transtlantique. Nous avons sollicité nos deux prochains intervenants pour une courte entrevue qui donnera quelques clefs à nos lecteurs en perspective de la conférence à venir.

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1) Le Cercle Non Conforme : Merci d'avoir accepté de répondre à quelques questions et de venir le 12 septembre à Lille pour une conférence sur les enjeux et les menaces du Traité transatlantique. Pouvez-vous vous présenter rapidement pour nos lecteurs ?

Michel Drac : J’ai commis quelques textes dont certains m’ont valu l’intérêt de lecteurs partageant mes préoccupations. Mon message général est simple : il n’y a rien à espérer à l’intérieur du système, donc s’il reste un espoir, c’est en dehors. Je suggère aux dissidents de s’organiser entre eux, pour incuber la matrice d’une contre-société libératrice. Par ailleurs, ayant une formation en finance d’entreprise, je m’intéresse particulièrement aux questions économiques.

Maurice Gendre : Je suis chroniqueur sur Méridien Zéro, l'émission francophone de Radio Bandera Nera.

J'ai participé depuis une dizaine d'années à différents media de la sphère dite "alternative" : Ring, le Gri-gri international, Tant pis pour Vous, Scriptoblog, Agence info libre et MZ.

J'ai toujours tenu dans ces différents organes de presse la même ligne : anti-immigration, souverainiste mais favorable à une Europe boréale des peuples et des Nations libres et indépendantes, contre les interventions militaires "humanitaires" en Afrique ou au Moyen-Orient, anti-libérale et anti-libertaire.

J'ai pu tenir cette "ligne" (fruit de convictions profondes et très ancrées) y compris au sein de la rédaction de Ring, à l'époque où celle-ci était fortement marquée par un atlantisme et un sionisme forcenés (ce n'est plus vrai aujourd'hui), du fait de la présence tutélaire de l'écrivain Maurice G.Dantec.

En relisant très récemment des articles et des entretiens rédigés à l'époque, il m'a immédiatement sauté aux yeux que premièrement mon ami David Serra n'était définitivement pas un censeur et que tout ce à quoi nous assistons dramatiquement aujourd'hui était au minimum prévisible il y a dix ans déjà.

Je ne tire aucune gloire d'avoir eu cette lucidité (il suffisait d'ouvrir les yeux), en revanche je me désole que les traîtres, les couards et les salauds qui nous servent de dirigeants n'aient rien fait pour changer de cap.

2) Le C.N.C. : Quelle est votre actualité militante actuelle. Êtes-vous encore engagés dans l'édition ? Prévoyez-vous d'éditer ou de rédiger prochainement un ouvrage ?

M. D. : Depuis que j’ai quitté E&R en 2009, je ne milite plus nulle part. J’ai cofondé les éditions du Retour aux Sources en 2007, mais je n’y travaille pas. Un ouvrage regroupant les textes de trois conférences prononcées en 2014, complétés par environ 200 pages de notes, va sortir dans les semaines qui viennent. Il fait en quelque sorte un point de situation sur l’état de la France et propose quelques pistes de réflexion.

M. G. : En dehors de mon activité syndicale prenante, mon militantisme repose de plus en plus sur la réinformation : articles, conférences, émissions radio etc.

Désormais, je suis partenaire des éditions du Rubicon. Le dernier ouvrage paru : La jeunesse au pouvoir de Julien Langella est un manifeste salutaire à la gloire des Anciens et contre les vieux cons de la génération 68.

Cet ouvrage appelle au sursaut les jeunes Français et les jeunes Européens et les invite à tout faire pour sortir de l'apathie et à se lever contre l'effacement du Destin.

3) Le C.N.C. : Sans livrer la substantifique moelle de votre venue du 12 septembre, pourquoi lutter contre le Traité transatlantique ? En quelques lignes ?

M. D. : Il faut informer la population. Nous n’empêcherons pas l’adoption de ce traité, s’il doit être adopté. En l’occurrence, la décision sera prise au plus haut niveau, et n’aura évidemment rien de démocratique. Mais en informant la population, nous nous préparons à rebondir politiquement et culturellement sur les conséquences d’une éventuelle adoption, et cela peut d’ailleurs peser indirectement sur le contexte général au sein duquel notre classe dirigeante devra définir ses choix.

M. G. : Le TAFTA c'est la Bête sauvage. Si on considère que le mondialisme est le stade suprême de l'impérialisme, il faut envisager le TAFTA comme le stade suprême d'un des segments du mondialisme, en l’occurrence l'occidentalisme. > Dimension parfaitement illustrée par le projet de Fédération transatlantique et de Parlement transatlantique.

4) Le C.N.C. : Allez-vous au cours de votre intervention nous présenter des optiques concrètes de lutte contre le TAFTA ? Nous avons pu constater au M.A.S. que l'affichage public était très insuffisant par exemple.

M. D. : Ce n’est pas mon rôle a priori, mais si on me pose la question, je suggérerai sans doute de repérer les urticants et de leur donner la plus grande publicité possible. Les gens, en général, ne réagissent que quand leurs intérêts personnels sont engagés à court terme. Il faut donc construire une stratégie de communication segmentée, et pour cela mettre en lumière les points qui fâchent telle ou telle catégorie de la population. Incidemment, j’aimerais pouvoir vous dire qu’il faut parler d’indépendance nationale et de souveraineté populaire, mais soyons lucide : pour la majorité de nos contemporains, ces mots ne signifient plus rien. A la rigueur, une fois qu’on les aura réveillés en leur parlant de leurs petits sous, on pourra élargir le propos.

M. G. : La seule chose que nous puissions faire à notre modeste niveau est d'informer, informer, informer, informer et... informer. Faire circuler des vidéos sur la Toile, donner des conférences, ne pas négliger le tractage (pénible mais parfois payant). C'est peu ? Oui fort peu malheureusement au regard des enjeux qui sont absolument gigantesques. Mais je crains que nous ne puissions pour le moment faire plus. Nous ne devons jamais oublier que nous avons le Devoir de le faire. C'est un impératif catégorique. Ne serait-ce que pour pouvoir être en paix avec notre conscience et pouvoir dire : "Cette immense saloperie n'aura pas été faite en notre nom". Mon véritable espoir de voir ce projet funeste capoter vient d'une fronde - peu médiatisée bien évidemment - de certains congressistes US contre le TAFTA. Ils viennent essentiellement des rangs des Démocrates populistes et des Républicains isolationnistes qui eux non plus ne veulent pas voir les États-Unis disparaître dans un magma informe et dépourvu d'âme. A moins que cette opposition ne soit elle aussi parfaitement contrôlée. Un virus que la matrice aurait injecté pour mieux le maîtriser. Malheureusement, ce n'est pas du tout inconcevable. Des députés européens je n'attends en revanche rigoureusement rien. Si ce n'est un à-plat-ventrisme de tous les instants.

5) Le C.N.C. : Pour conclure, pouvez-vous nous dire quelques mots sur la situation économique à prévoir pour la rentrée de septembre ?

M. D. : La conjoncture est en train de dessiner la configuration de base d’une tempête parfaite. On ne s’en rend pas forcément compte, parce que la classe dirigeante truque désormais tous les compteurs avec la complicité active des médias, mais pour qui prend le temps d’étudier sereinement les données objectives, c’est clair et net : avis de gros temps. La crise de l’euro est maintenant entrée en phase critique. L’agonie promet d’être longue et douloureuse. J’espère qu’elle sera suffisamment spectaculaire pour anéantir les derniers reliquats de légitimité qui restent à nos dirigeants déconsidérés. Je fonde cet espoir sur la nullité des dirigeants français, la psychorigidité des Allemands, la perfidie des Britanniques, le cynisme des Américains et l’irresponsabilité des Grecs. Un casting de rêve, n’est-ce pas ? De toute façon, au-delà de l’euro, c’est tout le système monétaire international qui est en train de sombrer, dans la foulée d’un système financier complètement déséquilibré. Tôt ou tard, nous allons traverser une convulsion globale monstrueuse. Nos dirigeants s’y préparent. Les Grecs leur servent de cobayes, à mon avis. Dans ce contexte, l’économie française est à l’arrêt. Elle sous-performe pratiquement dans tous les domaines. Nous allons vers un climat social très détérioré, qui pourrait dessiner une toile de fond intéressante pour les échéances politiques 2017.

M. G. : Pour ne rien vous cacher, je crains infiniment l'automne qui arrive. La dégringolade des bourses chinoises constitue peut-être un des prolégomènes de la Grande Catastrophe à venir. La question semble être désormais : d'où le chaos va-t-il partir ? L'étranglement de la Grèce se poursuit et reposera inéluctablement la question de la viabilité de l'euro, l'Ukraine est dans une situation calamiteuse (et je ne parle que de la dimension économique), les banques régionales allemandes sont toujours truffées d'actifs toxiques, des bulles immobilières restent menaçantes (au Royaume-Uni notamment), la valeur notionnelle des produits dérivés a très largement dépassé son niveau d'avant la crise des subprimes, on assiste à des choix totalement délirants qui sombrent dans l’irrationnel le plus complet (récemment le Mexique a emprunté à 100 ans !), mais le plus grave reste évidemment la politique "accommodante" des banques centrales qui finira inéluctablement par nous exploser à la figure et entraînera un effondrement incontrôlable des monnaies. Il faut ajouter à cela, un déferlement migratoire cataclysmique dont les conséquences prochaines seront ravageuses. 

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source.